Le Monde au service du Hutu Power

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Le 6 avril 1994 l`attentat contre l’avion du président rwandais, Juvénal Habyarimana, servait de prétexte utile au déclenchement d`un génocide perpétré contre la population Tutsi et les Hutu modérés.Orchestré par le Hutu Power et l’entourage du président décédé, ce génocide fut exécuté avec l`appui militaire et diplomatique de la France qui avait formé et encadré l’armée hutu rwandaise durant les deux années ayant précédé son déclenchement (ces faits ne sont, aujourd’hui, plus mis en cause que par les autorités françaises et une partie de la presse nationale, notamment par Le Monde, qui a depuis 1994 adopté une position pro-hutu caricaturale. Voir les sources mentionnées ci-dessous, et notamment les articles parus en janvier 1998 dans Le Figaro sous la plume de Patrick de Saint-Exupéry qui fournissent de nombreux détails sur l’aide apportée par la France au clan génocidaire, et dans lesquels on peut lire : “Les livraisons d’armes par intermédiaires français se sont poursuivies au moins jusqu’au 3 mai 1994, soit quasiment un mois après le début du génocide”).

Trois mois après le déclenchement du génocide et plus d’un million de morts plus tard, la France intervenait militairement (opération Turquoise), non pour arrêter les massacres, mais pour tenter de stoper l’avancée du FPR (Front Patriotique Rwandais de l’actuel président Tutsi) et maintenir une zone de protection pour les débris de l’armée hutu.

Réfugiés en France (comme la veuve du président et principale porte-voix du génocide) et au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo), le Hutu Power devait maintenir une présence militaire sur les pourtours du Rwanda afin de préparer la contre-offensive avec l’appui de la France. Installé dans des camps de réfugiés sous administration des Nations Unies, le Hutu Power devait harceler le nouveau régime rwandais et lancer régulièrement des raids meurtriers contre les populations civiles rwandaises. La France, de son coté, devait tout faire pour que le nouveau régime rwandais soit discrédité et ne puisse pas bénéficier de l’aide internationale pour se reconstruire.

Espérant, aujourd’hui encore, renverser le régime de Kigali, la France soutient et arme les dissidents du régime rwandais, qu’ils se trouvent en République Démocratique du Congo (comme les anciens génocidaires) ou en Ouganda (comme d’anciens membres du FPR opposés à l’actuel président). Elle maintient une forte présence militaire dans la région, grâce, notamment, à la présence des camps de réfugiés où des populations Hutu sont prises en otage par les anciens cadres du régime génocidaire (l’opération “Artémis” et le déploiement de 1 500 soldats Français dans le nord-est du Congo, de juin à octobre 2003 en est un exemple). Et enfin, régulièrement, elle lance des campagnes médiatiques pour discréditer le nouveau régime rwandais et brouiller les pistes de la responsabilité des acteurs principaux dans le génocide.

La France, à travers Le Monde, dont les dirigeants sont proches des services secrets français (comme le reconnaît Claude Silberzahn, patron de la DGSE de mars 1989 à juin 1993. Voir Au Cœur du secret, de Claude Silberzahn et Jean Guisnel, Fayard, 1995, p.100), défend une position qui peut se résumer en trois principaux axes de propagande :

il n’y a pas eu, à proprement parler, un génocide mais un acte d’autodéfense de la population Hutu contre les tentatives d’incursion militaire répétées du FPR, qui auraient été accompagnées de massacres de civils hutu ;

si génocide il y a eu, il est l’œuvre combiné de deux camps opposés : c’est en fait un double génocide auquel on a assisté. Si tout le monde est coupable, il n’y a pas de responsables ;

il n’y a pas eu un million de morts, mais huit-cent-mille, ou même seulement cinq-cent-mille victimes. Chaque année Le Monde baisse ses estimations, passant d’un million à huit-cent-mille puis a cinq-cent-mille dans ses derniers articles, sans jamais donner d’élément pour une évaluation rigoureuse du nombre des morts (pour un décompte plus sérieux voir : GOUTEUX Jean-Paul, La nuit rwandaise. L’implication française dans le dernier génocide du siècle, L’esprit frappeur, 2002.) ;

l’acte déclencheur des événements est l’œuvre du FPR.

Afin de brouiller les pistes, à la veille du dixième anniversaire du génocide, Le Monde publie de fausses révélations sur l’attentat (puisqu’elles sont connues des spécialistes depuis de très nombreux mois) en rendant public les conclusions du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière qui, dans un rapport daté du 30 janvier 2004, intitulé “Résultat de l’enquête de la division nationale antiterroriste de la direction générale de la police judiciaire”, établirait que le général Paul Kagamé, ex-chef rebelle et actuel chef de l’Etat rwandais, serait le principal commanditaire de l’attentat, avec dix autres officiers supérieurs du FPR. (Le Monde, 9 mars 2004, “L’enquête sur l’attentat qui fit basculer le Rwanda dans le génocide”, par Stephen Smith).

Ces conclusions, commodes pour le pouvoir français, ne font que confirmer les affirmations sans preuve de l’auteur de l’article, Stephen Smith, qui, déjà en 1994, s’était persuadé de la responsabilité du FPR dans les attentats (Voir son article du 29 juillet 1994 dans Libération : “La piste enterrée de l’ONU”) alors que des témoins affirmaient avoir vu des militaires français à l’endroit même d’où les tirs de missiles contre l’avion présidentiel étaient probablement partis.

Stephen Smith, semble ignorer délibérément, comme le juge Bruguière, les indices qui désignent Paul Barril (ancien responsable du GIGN et conseiller du président Habyarimana) comme l’intermédiaire dans l’achat de deux missiles sol-air entre novembre 1993 et février 1994 pour le compte du Hutu Power (Voir l’article de Patrick de Saint-Exupéry du 31 mars 1998 paru dans Le Figaro). Témoin clef dans cette affaire, Paul Barril, ne sera même pas interrogé par la mission d’information de 1998 présidée par Paul Quiles et portant sur le génocide rwandais !

Le Monde qui nous dit avoir lu l’ensemble du rapport du juge anti-terroriste, n’avance aucune preuve que le juge aurait amassée pour étayer son hypothèse, autre que des témoignages anonymes émanant d’opposants au régime actuel en place à Kigali.

Le rapport Bruguière constitue une arme efficace pour Paris dans sa lutte contre le régime de Kigali et dans sa campagne d’affaiblissement d’un adversaire contre qui Paris rêve de prendre sa revanche après sa cuisante défait de 1994 (la France n’ayant pu empêcher le FPR de conquérir l’ensemble du territoire du Rwanda malgré une présence militaire importante).

Paris pourrait, en effet, sur la base des conclusions de ce rapport, et comme le reconnaît une source proche l’enquête, citée par le quotidien, lancer des mandats d’arrêt internationaux, pour “assassinat en relation avec une entreprise terroriste”, contre une dizaine des plus hauts responsables du pouvoir actuel à Kigali.

Ainsi, alors que dans l’indifférence du Monde, la représentante du Hutu Power, Madame Agathe Habyarimana, était conviée, il y a quelques semaines (le 19 janvier 2004), à assister à la séance d’ouverture de l’Organisation internationale de la Francophonie, le Monde donnait de la voix pour répéter à l’envie que les responsables du génocide se trouvaient à Kigali et non à Paris (Voir notre article Francophonie et petits meurtres entre amis ).

lundi 15 mars 2004

Source : http://www.lidiotduvillage.com/breve.php3?id_breve=41

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