Opposition Nyarwanda–multiplication des Partis Politiques, course folle, cap sur nulle part

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Par Ange Michel Murangwa

Le moins que l’on puisse dire est que l’Opposition contre le Régime Kagame a le vent en poupe. Trop de vent, si l’on en juge   à sa folle navigation.  Les milliers des capitaines qui se disputent le commande du navire affolé ne facilite en rien les choses, l’opposition  avance sans savoir où  elle va, laissant loin derrière elle le cap qu’elle s’imagine  atteindre. Faute des Indes, elle découvrira peut être les Amériques, faute de Kagame,  elle finira par  renverser le Gouvernement belge, ou au mieux,  celui de François Hollande, ce sera la toujours quelque chose de gagnée.

La décision du Président Kagame de ne pas se représenter pour un troisième mandat semble avoir réveillé les ambitions de tous. On pousse, joue des coudes, bouscule, enfonce, martèle, dit, redit, contredit, c’est à qui le premier  traversera la Méditerranée, atterrira a Kigali et défoncera les portes du village Urugwiro, élira un gigantesque monument aux glorieux génocidaires morts en service, libérera ceux enfermes dans les prisons, fera une bise en passant à Ingabire, rétablira les chaumes sur les toits…

Tous ont un seul programme,  tous voudraient être Grand Vizir à la place du Grand Vizir, mais le siège de Kagame est hélas  un,  étroit et indivisible comme la République.  Place donc pour un seul, pourvu qu’il soit de Ruhengeli ou Gisenyi.  Encore ? Non, pardi, plutôt du Sud,  Oya, un Kiga, sinon on verra ce qu’il faudra voir, une deuxième apocalypse bagosorienne, cette-fois ci signée, notariée, histoire d’éviter au TPR les mêmes grosses erreurs.

Cet Hiver est plutôt  fécond. Les  nouveaux Partis Politiques  naissent et se conjuguent sans donner du répit aux compteurs. Un parti  par jour, un par et pour chaque rwandais, Président- Fondateur et Opposant d’outremer. Faute des membres à Paris ou Bruxelles, on les imagine au Rwanda, tapis par milliers ou millions, silencieux pour leur umutekano, en attente d’un libérateur. Le libérateur qui ne pourrait venir que de l’extérieur car les onze millions des Rwandais sont supposé être tarés et sans conscience politique.

La naissance de chaque parti s’effectue suivant un rite rigide et immuable qui laisse peu de place à l’improvisation : On loue une petite salle capable de contenir trente personnes, on la remplie avec  vingt, toujours les mêmes sexagénaires chauves ou à moitié aveugles  qu’accompagnent deux ou trois arrières  petites fillettes  mignonnes dans leur sommeil angélique.

Au fond de la salle, une dame, toujours la même, l’air faussement absent comme  celui d’une espionne dont le rôle serait celui de rapporter au Parti formé la veille les faits et gestes du tout nouveau Président- Fondateur. Allez savoir si elle n’a pas été envoyée par l’Intore-Chef du coin.

Le star du jour entre, se cale confortablement sur sa chaise, racle la gorge, réajuste sa cravate, repousse les lunettes sur le nez, déroule son discours et le lit d’une haute, grave voix : Le gouvernement de l’épaule-igitugu de Kagame impose le port des  culottes roses à l’icône Victoire Ingabire,  les  rwandais meurent chaque jour de soif, les bananerais  sont machettes a la place des Inyenzi. La Mutuelle de sante  obligatoire vise l’extermination des  enfants hutus dont les pères sont konés (circoncis) pour exterminer la race. Le génocide se déroule quotidiennement au Rwanda.   La distribution gratuite des vaches aux paysans hutus ramène malicieusement l’Ubworo et  l’Ubuhake,  Kagame empêche les  rwandais de glisser avec leurs maisons sur les pentes abruptes des montagnes,  d’être emporte par les courants des rivières  en crue dans les marais. La traitre Mukantabana déplace les habitants à risque sur des terres plus accueillantes, sans demander leur avis. Trop, c’est trop !

C’est pourquoi,  au regard de tous ces crimes contre le peuple rwandais,  le Nouveau Parti  Rwandais, « NPR-Igisate »  donne à Kagame  et à son Agatsiko deux mois pour dégager et céder la place à la majorité ethnico-numérique.

Claps et claps timides, la parole est donnée au « Conclueur » attitré de la Révolution, l’omni présent Matata dont le sympathique minois ressemble  étrangement et  toujours uniquement à lui-même.  Matata racle la voix à son tour, rappelle fièrement sa  Hutsitée, loue l’initiative et félicite le Nouveau Président Fondateur.  Il souligne  la nécessité de soutenir financièrement le nouveau Parti, ne pas surtout oublier  la taxe-soutien à  Victoire Ingabire et l’hebdomadaire  manifestation de Mardi devant l’Ambassade Rwandaise. Précision utile : Matata, lui, se défend de faire de la politique, il est de la Société Civile Révolutionnairement Engage, CRIL en sigle.

Levée de séance dans la morosité  quand il n’y a pas de bière pour trinquer à l’honneur de l’évènement qui n’en est pas un.  On réveille les fillettes endormies, les grands-pères somnolents, on s’embrasse dans le très certain espoir de se revoir le lendemain. Même place, même heure, pour le Nouveau-Nouveau Parti  (NNP- Subira) qui sera lancé le lendemain.

On y est enfin, ou presque, car la  grande messe continue sur les ondes. Le jour suivant, Radio Ikondera reçoit l’heureux fondateur qui doit expliquer pourquoi il a fondé un nouveau parti politique au lieu d’adhérer tout simplement à un autre, existant, qui partage  la même vision  excavatrice du Régime Kagame.

Simple, le Président- Fondateur est fatigué d’attendre  la réalisation des promesses jamais tenues par les autres Partis. Twagiramungu a vendu Byumba et est trop vieux pour lutter. Le FDU a déçu le Peuple en s’affichant avec les assassins tutsi qui se cachent dans le RNC,  suivent les vagues allusions au Mapping, à Bruguière et aux Espagnols…

Suit la très embarrassante et classique question : Ira-il affronter  directement Kagame à Kigali ou l’éjectera-il par  remote control ? Le fondateur hésite et promet d’en parler après le Congrès Extraordinaire de son parti. Ce qui est certain, c’est que  grâce à son discours historique de la veille, Kagame a définitivement perdu le sommeil et le  Régime de Kigali se retrouve enfin sur les limites des amarembera.

Troisième et dernière épisode : C’est le  tres officiel communiqué d’accueil dans l’Opposition Nyarwanda, une coalition qui s’impose automatiquement  à tout parti politique naissant. Le communiqué est  invariablement signé par Rutayisire, de droit Senseur de l’Opposition, car  gras et kiga.

Le Président Fondateur peut alors rentrer dans l’anonymat et se rendormir  le Statut de son Parti sous l’oreiller.   Il devra, tôt le matin, se lever pour renouveler sa carte d’assistance sociale  oubliée dans quelque cyber café.  Après le départ de Kagame, on ne pourrait  l’oublier dans la distribution des postes ministériels,  lui aussi a combattu énergiquement le Régime. Amen.

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