Débat citoyen entre un Congolais et un Rwandais sur le conflit en RDC

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Kigali: Après la parution de l’article « Opinion d’un rwandais à l’adresse du Professeur Kä Mana sur la guerre au Kivu et les relations RDC – Rwanda » (RNA, 10/7/2012), un débat passionnant s’en est suivi entre un citoyen Congolais et l’auteur Rwandais de cet article.

Voici la séquence des échanges de mails ainsi que leur contenu.

En date du 15 juillet 2012, un lecteur Congolais du nom de Kenneth (les protagonistes Congolais du débat seront désignés par leur seul prénom pour des raisons propres au présentateur!) prend l’initiative de distribuer l’article de RNA à un cercle d’amis Congolais. Parmi ces derniers, un nommé Jean Bedel réagit.

Kenneth envoie en date du 16 juillet un mail à l’auteur de l’article de RNA (texte I) pour lui parler de son initiative et lui communiquer la réaction de son ami Jean Bedel (texte II). L’auteur accuse réception du message le 22 juillet et promet de répondre aux interrogations de Jean Bedel le plus tôt, ce qu’il réalise dans un mail du 25 juillet (texte III).

Jean Bedel revient à la charge dans un message du 26 juillet (texte IV), ce qui occasionne une nouvelle réponse brève de l’auteur de l’article de RNA le 27 juillet (texte V) pour remercier Jean Bedel de sa nouvelle réaction, et Kenneth d’avoir à nouveau distribué la réponse du 25 juillet à son large cercle d’amis Congolais. Voici à présent les textes :

Texte I. E-mail de Kenneth à Privat Rutazibwa (auteur de l’article de RNA du 10 juillet) :

« Bonjour

En lisant votre avis sur les conflits a l’est de la RDC, et les relations entre le Rwanda et la RDC, je m’étais fais le plaisir de partager cette analyse avec les amis, en réaction a votre lecture sur ses relations tumultueuses entre les deux voisins.

Voici ci-bas une réaction avec des interrogations que je pensais utile aussi de  partager avec vous.
Merci et bonne journée.

Texte II. Réaction de Jean Bedel à l’article paru dans RNA (10 juillet 2012) :

J’aimerais avoir l’opinion de ce Rwandais sur les FDLR que l’on retrouve dans les rangs de M23 !!!

Des volontaires rapatriés autrefois au Rwanda par les Nations Unies, devenus supplétifs (réservistes) de la RDF (Rwanda Defense Force) que les Généraux Rwandais déversent au Congo pour combattre dans les effectifs du M23.

Demain, le gouvernement Rwandais dira à qui veut l’écouter que les populations Tutsi du Congo et du Rwanda sont insécurisées  par des FDLR, ceux-là même qu’il renvoie aujourd’hui au Congo dans les rangs de M23 ?

Les innocents qui meurent tous les jours à l’Est, sont-ils devenus les dindons de cette farce ?

Que le Rwanda nous donne les statistiques de Rwandais tués par le FDLR depuis la prise de pouvoir de Kagame pour expliquer et soutenir ses agressions sur le Congo!!!

Zéro Rwandais tué par une expédition de FDLR contre 6 millions de morts chez nous, tués par les agressions de l’armée rwandaise par pseudo rebellions interposées.

Autant ce gouvernement nous prend pour des Dubai – BMW… Incapables de réfléchir, ces intellos supposent qu’ils peuvent nous faire avaler des analyses du genre « revendications des Tutsi Congolais… ».

Pendant que les faits montrent un acharnement du Régime de Kigali à faire main basses sur toutes les richesses du Kivu et même d’organiser une sécession comme l’explique avec force détails, le dernier rapport des Nations Unies !!!

Texte III. Réaction de Privat Rutazibwa aux avis et interrogations de Mr Jean Bedel … (sur l’article « Opinion d’un Rwandais à l’adresse du prof. Kä Mana » paru dans RNA le 10 juillet 2012).

Je remercie une fois de plus Monsieur Kenneth … pour avoir permis cet échange de vues, et je vous laisse à tous deux le soin de faire suivre ce message à vos contacts respectifs, spécialement ceux qui ont suivi ce débat jusqu’ici, en me réservant copie. Voici donc ma réaction aux  interrogations et avis de Monsieur Jean Bedel … comme promis:

1. Sur « les FDLR que l’on retrouve dans les rangs de M23. »

Extrait de votre message : « J’aimerais avoir l’opinion de ce Rwandais sur les FDLR que l’on retrouve dans les rangs de M23 !!!  Des volontaires rapatriés autrefois au Rwanda par les Nations Unies, devenus supplétifs (réservistes) de la RDF (Rwanda Defense Force) que les Généraux Rwandais déversent au Congo pour combattre dans les effectifs du M23. Demain, le gouvernement Rwandais dira à qui veut l’écouter que les populations Tutsi du Congo et du Rwanda sont insécurisées  par des FDLR, ceux-là même qu’il renvoie aujourd’hui au Congo dans les rangs de M23 ? »

Sur ce sujet, j’ai deux observations :

–          D’abord, je ne partage pas votre certitude quant à la présence des FDLR dans le M23 et au rôle des généraux Rwandais pour les y « déverser ». La crédibilité des rapports de Human Rights Watch et du panel des experts des Nations Unies qui constituent la seule référence aujourd’hui sur le sujet n’est pas irréfutable malgré la prétention d’ « elevated standards of evidence » pour le dernier. Voici leurs extraits :

« Field research conducted by Human Rights Watch in the region in May 2012 revealed that Rwandan army officials have provided weapons, ammunition, and an estimated 200 to 300 recruits to support Ntaganda’s mutiny in Rutshuru territory, eastern Congo….

Those recruited in Rwanda were either recruited by force or under false pretences that they would earn money or join the Rwandan army. Some were demobilized former combatants from the Democratic Forces for the Liberation of Rwanda (FDLR), a largely Rwandan Hutu rebel group operating in Congo.  …

Former FDLR fighters said they were told by demobilization coordinators or other former fighters to attend meetings for demobilized combatants, which they did in the hope of receiving financial support or finding employment. They told Human Rights Watch that they reported directly to a military camp in Kinigi.

(HRW, DR Congo: Rwanda Should Stop Aiding War Crimes Suspect. Congolese Renegade General Bosco Ntaganda Receives Recruits and Weapons from Rwanda. June 4, 2012)

“5. In an attempt to solve the crisis which this Rwandan support to armed groups had exacerbated, the Governments of the Democratic Republic of the Congo and Rwanda have held a series of high-level bilateral meetings since early in April 2012. During these discussions, Rwandan officials have insisted on impunity for their armed group and mutineer allies, including ex-CNDP General Bosco Ntaganda, and the deployment of additional RDF units to the Kivus to conduct large-scale joint operations against the FDLR. The latter request has been repeatedly made despite the fact that: (a) the RDF halted its unilateral initiatives to weaken the FDLR in late-February;4 (b) RDF Special Forces have already been deployed officially in Rutshuru territory for over a year; (c) RDF operational units are periodically reinforcing the M23 on the battlefield against the Congolese army; (d) M23 is directly and indirectly allied with several FDLR splinter groups; and (e) the RDF is remobilizing previously repatriated FDLR to boost the ranks of M23.”

“20. The RDF has also deployed demobilized former FDLR combatants to reinforce M23. According to several former senior FDLR officers, all former combatants of Rwandan armed groups, upon completion of the Rwandan Demobilization and Reintegration Commission’s programme, are automatically enrolled in the RDF Reserve Force, commanded by General Fred Ibingira. As members of the Reserve Force, they can be ordered to deploy on behalf of the RDF on short notice. Former RDF officers and politicians and M23 collaborators indicated that ex-FDLR combatants from within the RDF Reserve Force have been remobilized and deployed to Runyoni alongside M23. Active FDLR officers in the Democratic Republic of the Congo also confirmed this remobilization of previously repatriated FDLR combatants. According to Rwandan former M23 combatants who escaped from Runyoni, small groups of former demobilized combatants arrive every day and are dispatched between the various M23 positions.”

(Addendum to the interim report of the Group of Experts on the Democratic Republic of the Congo (S/2012/348) concerning violations of the arms embargo and sanctions regime by the Government of Rwanda)

100. According to FARDC and ex-CNDP officers, since 2010, Gen. Ntaganda had established an alliance with a splinter group of FDLR, called “Mandevu”, based in Kamatembe in the Virunga National Park. Commanded by “Lieutenant Colonel” Gaston Mugasa, alias “Mandevu”, the armed group consisted of over 50 combatants, most ethnic Hutus of Rwandan origin. Gen. Ntaganda, had instructed ex-CNDP officers to protect Mandevu, used him in guiding operations against FDLR and regularly supplied the rebels with weapons, ammunition and food items, according to ex-CNDP officers. In exchange, “Lt Col.” Mugasa had shared profits with Gen. Ntaganda from the illegal taxation of charcoal and wood production in the park, where the rebels demanded 50 cents per person at four entry points into the park, adjacent to ex-CNDP positions.”

(Interim report of the Group of Experts on the DRC submitted in accordance with paragraph 4 of Security Council resolution 2021 (2011)

Ce sont là les extraits des rapports qui mentionnent le recrutement et la collaboration avec les FDLR. Comme tout l’ensemble des rapports d’ailleurs, ils posent de sérieuses questions méthodologiques relatives à la crédibilité des sources. Il s’agit soit des services de renseignement congolais, soit des prisonniers, déserteurs et autres « ex-officiers RDF » dont on peut douter des motivations et par conséquent, de la fiabilité. Une autre grave lacune méthodologique dans ces rapports, c’est l’absence de volonté manifeste des enquêteurs, d’accorder à la partie Rwandaise la possibilité d’exprimer son point de vue sur les différentes graves allégations, dans la phase même de collecte, d’analyse et d’interprétation des données. La tactique de ces experts, à mon avis très nuisible, consiste à organiser des fuites de leurs rapports dans la presse avant même que les institutions responsables –en l’occurrence l’ONU- ne les publie, quitte à demander à la partie mise en cause de réagir plus tard lorsque le mal est déjà commis.

La dernière considération qui m’empêche de partager votre certitude sur le problème des FDLR, c’est que les auteurs de ces rapports s’inscrivent clairement dans la mouvance de ceux qui s’acharnent constamment à banaliser la menace sécuritaire des FDLR, la réduisant à un faux prétexte de la part du Rwanda. Et c’est l’objet de ma deuxième observation.

–          Je trouve que vous-même ainsi que les auteurs de ces rapports, faites une grave erreur de raisonnement lorsque vous insinuez que « Demain, le gouvernement Rwandais dira à qui veut l’écouter que les populations Tutsi du Congo et du Rwanda sont insécurisées  par des FDLR, ceux-là même qu’il renvoie aujourd’hui au Congo dans les rangs de M23. » Ceci revient  à suggérer que « puisque le Rwanda et les Tutsi Congolais peuvent collaborer  avec des ex-FDLR, la menace génocidaire supposée représentée par cette organisation n’est donc pas réelle. » Vous faites une confusion très dangereuse entre les FDLR en tant qu’organisation criminelle et génocidaire (qui le revendique clairement dans son idéologie et dans ses actes) et ses membres individuels que vous semblez figer comme des criminels génétiquement et définitivement tarés.

Le Rwanda n’est pas tombé, fort heureusement, dans ce piège raciste ! Il accueille, depuis 1994 déjà (et le FPR longtemps avant, tout au long de sa guerre de libération), tous les ex-FAR et ex-FDLR qui décident de renoncer à l’idéologie criminelle de ces organisations. Ceux d’entre eux qui sont aptes à poursuivre le service militaire sont intégrés dans l’armée nationale (RDF, autrefois RPA), -et ils se comptent aujourd’hui par dizaines de milliers- ; les autres suivent le processus de démobilisation et réintégration comme leurs collègues de l’ancienne Armée Patriotique Rwandaise (APR/RPA), et ils deviennent tous réservistes d’office. Et du moment qu’ils sont pleinement intégrés soit dans l’armée ou dans la force de réserve, je trouve tendancieux et même pernicieux – de votre part comme de la part des « experts » de l’ONU et de Human Rights Watch-, de continuer à les stigmatiser en tant que FDLR.

Ceux qui se sont déjà séparé des FDLR ne peuvent plus représenter une menace pour le Rwanda ou pour les Tutsi Congolais ; et il n’est pas besoin de faire une ironie cynique là-dessus. Par contre, les FDLR existent toujours, même si les interventions successives de l’armée rwandaise au Congo les ont sérieusement affaiblies. Et ils représentent encore un danger certain et un énorme potentiel de nuisance, n’en déplaise à ceux qui s’obstinent à nier cette réalité.

2. Sur « les innocents qui meurent tous les jours à l’est »

Extrait de votre message : « Les innocents qui meurent tous les jours à l’Est, sont-ils devenus les dindons de cette farce ? Que le Rwanda nous donne les statistiques de Rwandais tués par le FDLR depuis la prise de pouvoir de  Kagame  pour expliquer et soutenir ses agressions sur le Congo!!! Zéro Rwandais tué par une expédition de FDLR contre 6 millions de morts chez nous, tués par les agressions de l’armée rwandaise par pseudo rebellions interposées. »

–          Je ne vous disputerai pas l’indécence de cette sorte de concurrence victimaire.  « Zéro Rwandais tué par une expédition de FDLR contre six millions de morts chez nous, » la comparaison est tout simplement immorale.  Et je me demande si elle relève de l’ignorance coupable ou du cynisme odieux. Dans l’un ou l’autre cas, je donnerai non pas d’horribles statistiques comme vous en demandez, mais des informations à ceux qui cherchent à savoir avec un cœur sincère.  j’évoquerai à titre indicatif les deux massacres de Mudende (Gisenyi) ; les élèves de l’école de Nyange (Kibuye) aujourd’hui élevés au rang de héros nationaux pour avoir refusé de se séparer entre Hutu et Tutsi et s’être fait tuer indistinctement ; les passagers de la route Gisenyi-Kigali  tirés à plusieurs occasions des taxi-bus et tués, ou simplement calcinés dans leurs véhicules pour le seul tort d’être Tutsi ; et les nombreuses victimes de la guerre dite des « infiltrés » dans le nord et l’ouest du pays, guerre qui a duré jusqu’en 2002.

Les spécialistes reconnaissent aujourd’hui que si les troupes rwandaises n’avaient pas attaqué et démantelé les camps des ex-FAR en RDC en 1996 et rapatrié de force les refugiés rwandais, ce sont les forces génocidaires qui auraient porté la guerre au Rwanda, une guerre qu’ils avaient de fortes probabilités de gagner, et achever ainsi leur entreprise génocidaire. Il serait donc suicidaire  et irresponsable que les autorités rwandaises permettent aux FDLR de se réorganiser et de ramener la guerre au pays.

Mais tant que nous parlons de la violence des FDLR et de leur capacité de nuisance contre le Rwanda et les Tutsi Congolais, je me demande si vous êtes vraiment sincère et de bonne foi lorsque vous voulez nous convaincre que cette organisation est sinon inexistante, en tout cas inoffensive ! Seriez-vous aussi ignorant d’innombrables tueries, viols et pillages dont les FDLR se rendent constamment coupables au Congo sur des populations civiles, et pas seulement Tutsi ?

–          S’agissant des victimes congolaises de différentes guerres, elles sont évidemment tout aussi regrettables, mais je me refuse à la polémique des statistiques. Attribuer leur responsabilité aux « agressions de l’armée rwandaise par pseudo rebellions interposées » comme vous le prétendez me semble cependant un raccourci facile. Les Congolais devraient apprendre à questionner en premier leurs dirigeants et leurs faux amis !

Le Rwanda n’a jamais eu de choix ni d’alternative face à la menace des forces génocidaires basées au Congo, sinon de les y poursuivre et les neutraliser, faute de quoi il s’exposerait à un total anéantissement que la nation avait déjà frôlé avec le génocide contre les Tutsi. Mobutu avait par contre le choix d’accueillir ces forces en les désarmant et en les installant loin de la frontière rwandaise à une distance qui respecte les conventions internationales comme avaient fait les autorités Tanzaniennes à l’époque.

Mais Mobutu avait besoin de rentrer dans les grâces de la France qui, avec son opération Turquoise, avait réussi à protéger et exfiltrer les génocidaires et espérait les maintenir en position de force et les ramener au plus vite au pouvoir à Kigali. Les successeurs de Mobutu ont également pensé par moment se servir des forces génocidaires rwandaises dans leurs calculs géostratégiques et  jeu d’influences régionales. Mais tout comme Mobutu, ils avaient le choix et la possibilité  de les neutraliser, avec un peu de volonté politique.

Continuer à présenter le Rwanda post-génocide comme la source de tous les malheurs des Congolais me semble donc un peu trop facile ! Les autorités congolaises successives ainsi que leurs alliés étrangers semblent quant à eux jouir d’une sorte d’ « assurance irresponsabilité » illimitée de la part du peuple Congolais. Il est temps que ce peuple commence à s’interroger sérieusement sur le rôle exact de ses dirigeants dans le dossier FDLR, plutôt que de les questionner sur les fantasmatiques « accords de Lemera » et autres machinations secrètes faisant toujours intervenir le Rwanda qui, à la longue, est devenu une véritable obsession.

–          Une dernière observation sur les « pseudo-rebellions interposées. » Les considérez-vous ainsi parce que, selon vous, la gouvernance congolaise depuis les dernières années Mobutu est sans reproche, au point qu’elle ne saurait justifier une rébellion armée ?  Tout dépend de la manière dont vous voulez voir les choses. Mon regard à moi est tout différent ! Je vois le Rwanda comme un partenaire important dont l’intérêt stratégique est la sécurité. Je vois aussi les rebellions congolaises successives (AFDL, RCD, CNDP) comme des partenaires dont l’intérêt stratégique est soit la conquête du pouvoir, soit l’amélioration de la gouvernance du pays garantissant la sécurité et le bien-être à toutes les communautés.

Les dirigeants de l’AFDL et du RCD ont su certainement atteindre leurs objectifs en se servant de l’appui du Rwanda, et ce dernier a pu réduire considérablement la menace des FDLR en opérant en territoire congolais avec la caution de ces deux mouvements. Seul le CNDP de Laurent Nkunda est sorti perdant de ce jeu d’alliances, le Rwanda lui faussant compagnie à la dernière minute au profit de Kabila qui envisageait déjà de conquérir son deuxième mandat présidentiel sans la présence d’un autre homme fort sur la scène politico-militaire, susceptible de lui porter ombrage. Et sur ce sujet, la capacité de manipulation de Kabila fils, tout comme la roublardise de son père depuis le temps de l’AFDL, sont souvent sous-estimés de ceux qui voient partout la main invisible du Rwanda, et qui ne se rendent pas compte que ce dernier s’est fait duper plus d’une fois dans la recherche du compromis et de la paix régionale.

3. Sur l’ « acharnement du Régime de Kigali à faire main basse sur toutes les richesses du Kivu et même d’organiser une sécession. »

Extrait de votre message : « Autant ce gouvernement nous prend pour des Dubai – BMW… Incapables de réfléchir, ces intellos supposent qu’ils peuvent nous faire avaler des analyses du genre « revendications des Tutsi Congolais…» pendant que les faits montrent un acharnement du Régime de Kigali à faire main basses sur toutes les richesses du Kivu et même d’organiser une sécession comme l’explique avec force détails, le dernier rapport des Nations Unies !!! »

–          La hantise, la méfiance, la peur maladive du Tutsi (et aujourd’hui du Rwanda) chez certains Congolais n’est pas nouvelle. Elle a été créée, alimentée et entretenue pendant de longues années comme je l’ai souligné dans mon article précédent auquel vous avez réagi. En 1958 déjà, un des leaders du futur parti raciste rwandais PARMEHUTU écrivait ceci dans l’hebdomadaire belge Témoignage Chrétien (du 20 juin 1958): « les vieux Batutsi appellent toujours un Muhutu : « impundu », c’est-à-dire singe, tout comme ils ne peuvent jamais admettre qu’un Congolais soit autre chose qu’un animal brut. »

Réagissant à ce texte pour le moins tendancieux, Mgr Aloys Bigirumwami, -premier évêque catholique rwandais et premier évêque noir de l’Afrique belge- formulait une série de questions et observations dont la pertinence reste toujours d’actualité : « A ceci je ne sais que dire, » s’indignait le prélat. « La portée d’une pareille assertion prise comme vraie a de graves conséquences. Je vous pose seulement quelques questions, à vous tous Rwandais, tout comme moi :- où a-t-on jamais entendu au Rwanda appeler un homme quelle que soit sa race, un singe ?… Tous les vieux Batutsi ? Quels Batutsi ? De quelle région ?… Quels « vieux », anciens Batutsi ont jamais affublé un Congolais du qualificatif d’ « animal brut » ? Qu’est-ce que vient faire ici le brave Congolais ? Et maintenant, m’adressant à l’auteur même de l’article, je lui pose les questions suivantes : – Quels objectifs vise-t-il lorsqu’il informe de façon inexacte et fausse l’opinion des lecteurs en Belgique, en Europe et en Afrique ? – Pour quelles fins éveille-t-il, crée-t-il un sujet de discorde, non seulement entre Rwandais eux-mêmes, mais entre Rwandais et Congolais ? »[1]

La MAGRIVI (Mutuelle des Agriculteurs des Virunga) est une organisation d’extrémistes Hutu du Nord-Kivu créée vers les années 1975 à l’instigation des services secrets rwandais, pour la déstabilisation de la communauté Tutsi du Zaïre d’alors. La Magrivi a été très active notamment sur la question de la nationalité, en organisant un puissant lobby dans tous les milieux congolais pour faire passer l’idée selon laquelle « tous les Tutsi du Zaire sont des Rwandais, » donc étrangers. Une tactique qui aura souvent un effet boomerang même sur les Hutu malheureusement, le problème de « nationalité douteuse » impliquant tous les Rwandophones et même d’autres Congolais au faciès suspect.

Le manifeste de la Magrivi intitulé « Quelques éléments pour la promotion du peuple Hutu du Zaire » énumère des objectifs parmi lesquels : « rechercher la cohésion entre les ethnies bantoues », mais aussi, « salir les tutsi auprès des amis d’autres groupes ethniques. » Quelques morceaux choisis : « Les Hutu devraient rappeler à leurs voisins Nande et Hunde de la division que les tutsi ont créé parmi les différents groupes ethniques du Nord-Kivu pour pouvoir expliquer leur politique d’hégémonisme. … « les compatriotes préalablement informés sur toute la situation (historique de l’ethnie hutu, politique des tutsi) permettront ainsi aux politiques influents à différencier un hutu d’un tutsi et seront aussi utiles pour ravir aux tutsi des informations relatives à leur politique envers les groupes ethniques du Nord-Kivu et de hutu en particulier. …Les élèves hutu participeront d’une façon ou d’une autre pour la déstabilisation de la politique des tutsi (ex : sabotage, salir les tutsi auprès des amis d’autres groupes ethniques, etc…) »[2]

En décembre 1981, une chasse aux étudiants Tutsi avait été organisée au campus universitaire de Kinshasa. La campagne appelée « Opération Herbe » avait été précédée d’une distribution de tracts dont l’un s’intitulait « Vive la nation zaïroise ! A mort les usurpateurs de notre nationalité ! » Dans l’un de ses passages, le tract  referait aux Tutsi comme à « ces NYENZI qui nous rient sous le nez et qui nous qualifient d’amorphes, soulards, d’amateurs de femmes et surtout d’impuissants devant leurs manœuvres fallacieuses. »[3]

Je ne sais pas si durant votre parcours, vous avez pu être exposé à l’une ou l’autre de ces genres de propagandes dont je ne fais que présenter ici un échantillon très réduit. Toujours est-il que vous en reproduisez le schéma.  Et comme le vieux Bigirumwami d’heureuse mémoire, je suis tenté de vous demander : quand le gouvernement  rwandais vous a-t-il pris pour « des Dubai,  des  BMW… incapables de réfléchir ? » Pourquoi pensez-vous que « ces intellos » cherchent à vous « faire avaler » des analyses du genre « revendications des Tutsi Congolais ?…» Pourquoi prêtez-vous au gouvernement rwandais ou à « ces intellos » des intentions de mépris à l’égard du peuple Congolais ? Pourquoi vous considérez-vous comme susceptibles d’être méprisés ? Propagande ou pas, je constate qu’une telle obsession procède non pas seulement de la peur et de la méfiance de l’autre (dont vous pensez qu’il vous méprise), mais aussi d’un certain mépris de soi très préjudiciable à l’équilibre  psychologique des Africains. Or, notre continent a besoin des hommes et femmes debout, décomplexés, capables de faire face aux défis réels de nos sociétés.

–          Quant aux « faits qui montrent que le régime de Kigali veut faire main basse sur toutes les richesses du Kivu et organiser une sécession », voyons de plus près le rapport des « experts » des Nations Unies qui selon vous, « explique avec force détails » tout cela.

“28. According to intelligence sources, politicians, and M23 collaborators, on 23 May 2012, Senkoko organized a meeting, with the participation of RDF officers and 32 community leaders, mostly CNDP cadres, in Gisenyi at the residence of CNDP member Gafishi Ngoboka. Senkoko introduced himself as the representative of  Kabarebe and conveyed the message that the Rwandan Government supports M23, whose new war was to obtain a secession of both Kivus. After showing the territory to be liberated on a map, he instructed politicians to convince all Rwandophone army officers operating in the Kivus to join M23 and stressed the need for M23 to gain more popular support and begin collecting funds. According to intelligence sources, politicians, and M23 collaborators, Nziza came to Gisenyi and Ruhengeri at the same period, to supervise both military and mobilization activities related to M23.

29. Another similar M23 meeting with Rwandan authorities took place on 26 May 2012 in Ruhengeri, Rwanda, at Hotel Ishema. According to intelligence sources and to politicians with close ties to Kigali, the RDF organized the meeting for CNDP politicians, which was chaired by Bishops John Rucyahana  and Coline, both senior RPF party leaders. The aim of the meeting was to convey the message that the Rwandan Government supports M23 politically and militarily. All Rwandophone politicians and officers were instructed to join M23, or otherwise leave the Kivus. In particular, CNDP politicians have been asked to resign from the North Kivu Governorate and to withdraw from the Presidential Majority.  Following the decision taken during the meeting at Ruhengeri, CNDP Minister of Justice François Rucogoza resigned from the Governorate in North Kivu on 2 June (see image 8). After considerable pressure to declare CNDP’s withdrawal from the Presidential Majority, Edouard Mwangachuchu, the head of the CNDP political party, refused to do so. CNDP politicians siding with M23 and acting from within Rwanda, made such a declaration nevertheless (see annex 5).

(Addendum to the interim report of the Group of Experts on the Democratic Republic of the Congo (S/2012/348) concerning violations of the arms embargo and sanctions regime by the Government of Rwanda)

Comme je l’ai indiqué plus haut, les enquêteurs de l’ONU sont presque entièrement dépendants des informations qu’ils tiennent des services de renseignements congolais, avec le risque de reproduire les mêmes rumeurs et préjugés. A titre indicatif, cet extrait d’un rapport de renseignements largement utilisé par les experts de l’ONU et reproduit dans les annexes de leur rapport, et où l’analyste congolais  se livre à un commentaire qui ferait sourire tout professionnel du renseignement : « Deux figures de proue dont le Prof Mbonekube Michel, … et de sieur René Kahukula Masumbuko,… étaient préparés pour diriger l’ancien Kivu longtemps convoité pour la balkanisation. » Si un analyste du renseignement peut se permettre d’évoquer ses préjugés et émotions sur « l’ancien Kivu longtemps convoité pour la balkanisation » dans un rapport officiel, c’est un signe de manque de rigueur qui pousse à douter de la validité des autres informations « factuelles » qui pourraient tout autant être des rumeurs et affabulations destinées à justifier une thèse déjà préconçue.

Un autre constat qui me rend sceptique par rapport à votre thèse, c’est que la « balkanisation » ne constitue pas une découverte de la part des enquêteurs de l’ONU, mais plutôt une répétition et une tentative de cautionner par l’ONU une vieille obsession congolaise. Et cette obsession s’est développée sur fond de propagande raciste anti-Tutsi comme le démontrent les références qui suivent ; ce qui me confirme dans la conviction selon laquelle cette idéologie ethniste anti-Tutsi demeure la cause profonde de l’instabilité en RDC et dans toute la région.

Dans son allocution au 19ème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de France et d’Afrique tenu à Ouagadougou du 04 au 05 décembre 1996, le premier ministre zaïrois d’alors, Mr Léon Kengo wa Dondo avait condamné la « redéfinition des frontières et la création d’Etats à composante mono-ethnique » avant de déclarer : « il est en effet de plus en plus clair aujourd’hui qu’on cherche à constituer un glacis allant de la plaine de la Ruzizi au Sud-Kivu aux frontières sud du Soudan en passant par les forets du Maniema, le Nord-Kivu, les terres de Bunia, Watsa, Isiro, dans le haut-Zaïre. »[4] Il prêtait ces intentions à la rébellion de l’AFDL, mais surtout au Rwanda.

Son ministre de l’intérieur et vice-premier ministre, Gérard Kamanda wa Kamanda pouvait accréditer « l’idée de la création d’un empire hima » qui selon lui « cherche à prendre corps des bords du Kenya englobant l’Ouganda, le Burundi, le Rwanda  et une partie de la Kagera tanzanienne et du Zaire. Les Tutsi se retrouveraient là, et les Hutu seraient déversés dans les pays voisins. »[5] L’idée d’un empire Hima-Tutsi n’était pas nouvelle. Elle est née du temps de l’offensive du Front Patriotique Rwandais (FPR) au Rwanda en 1990. Elle constituait un élément essentiel de la propagande du régime Habyarimana qui cherchait à susciter une solidarité « bantoue » contre le FPR dans une tentative de régionalisation du conflit.

Le fameux rapport Vangu Mambweni issu d’une mission parlementaire zaïroise réalisée au Kivu en 1994 revient également, dans ses conclusions, sur l’idée d’un « empire hamite. » « Créant des poches d’expansion tutsi à travers toute la région des pays des Grands Lacs même en utilisant les Hutu par leur appartenance à l’Etat rwandais et non à la nation rwandaise référentiellement à la notion qu’ont les Tutsi  de celle-ci, les tutsi de l’Ouganda, du Rwanda, du Burundi et tous les autres Tutsi qui vivent au Zaïre, au Kenya et en Tanzanie projettent, dans le futur proche, la naissance d’un empire hamite qui pour des raisons de camouflage, s’appellerait la République des Volcans ou les Etats-Unis d’Afrique Centrale si leur union fédéraliste relie effectivement Dar-es-Salam à Matadi. »[6]

Le tract évoqué plus haut lancé dans le cadre d’une opération de chasse aux étudiants Tutsi à l’université de Kinshasa en 1981 s’insurgeait également contre la « balkanisation ».

« Voici bientôt 22 ans (1962, année à partir de laquelle circule le règlement d’ordre intérieur du peuple tutsi immigré au Zaïre) qu’un groupe de refugiés, entreprend des manœuvres fallacieuses et honteuses, cherchant dans un premier temps de s’accaparer de force ou par ruse de la nationalité zaïroise et partant bénéficier de tout avantage dont jouit un zaïrois réel, authentique, fils de ce pays ; et dans un deuxième temps, ce qui est très grave et pouvant donner lieu à des conséquences on ne peut plus fâcheuses, c’est que ce groupe d’imposteurs et d’usurpateurs de nationalité réclame même l’autonomie sur le territoire national, de certaines entités du sol zaïrois. Il s’agit notamment des zones de Masisi, Rutshuru, Goma, Idjwi, Kalehe, et une partie des zones d’Uvira, de Fizi et de Mwenga, toutes dans la région du Kivu, qui sont pourtant parties intégrantes de notre pays, mais aujourd’hui, réclamés par ce peuple tutsi ; peuple vomi par les leurs, nous voulons dire les Hutus du Rwanda, ceci suite à des comportements sataniques, racistes remarqués chez ces haïs de tous. … Nous lançons un cri d’alarme à l’endroit de tout zaïrois authentique et digne de cette nationalité, de se rallier à nous pour lutter contre ces Nyenzi, ces serpents très venimeux que sont les Tutsi du Rwanda, immigrés au Zaïre. Un peuple sans scrupules, sans manières, buveurs de sang, haïs de tous et de partout. Que tous les Tutsi de cette colline sachent dorénavant, qu’ils sont des condamnés à mort en sursis. Nous frapperons jusqu’aux familles de ces imposteurs, depuis le plateau jusqu’à Righini, en passant par les cliniques… Ces vomis de tous et de partout occupent nos places, des hautes responsabilités dans notre circuit gouvernemental pour s’enraciner davantage. Ces haïs qui veulent nous entamer la géographie de notre pays. »[7]

Un dernier document qu’il convient de mentionner est le fameux « Plan de Colonisation Tutsi au Kivu et région centrale de l’Afrique. »[8] Présenté et diffusé comme un document secret des Tutsi, ce faux est en réalité une fabrication des milieux extrémistes Hutu du nord-Kivu (Masisi et Rutshuru) pilotés par les services secrets rwandais de l’époque. L’historien et africaniste français Jean Pierre Chrétien le compare au « protocole des sages de Sion », un faux fabriqué par la police tsariste en Russie et largement diffusé dans le monde.  Attribué indûment aux juifs comme leur plan de domination sur le monde, le « protocole des sages de Sion » a servi de prétexte à de nombreux pogroms et autres persécutions contre  ce peuple. Selon les auteurs et propagateurs du « Plan de la colonisation Tutsi au Kivu et région centrale de l’Afrique », le document aurait été découvert en 1962 à Nyamitabo (Masisi) dans le Nord-Kivu. A diverses occasions, il a servi à alimenter des tensions et des troubles violents contre les Tutsi, dans les universités et instituts supérieurs notamment.

Toutes ces références montrent donc à suffisance que l’idée de ‘balkanisation’, de ‘sécession’, de ‘colonisation’ et même d’ ‘empire tutsi’ constamment agitée au Congo est une obsession vieille de plusieurs décennies. Et ce n’est pas parce que des « experts » de l’ONU viennent de l’adopter et de la recycler qu’elle gagnera en crédibilité.

Rutazibwa Privat


[1] Mgr A. Bigirumwami, « Etat de la question sur le problème des Batutsi, Bahutu et Batwa », inTémoignage Chrétien, édition belge, du vendredi 5 septembre 1958. Texte repris dans F. Nkundabagenzi, Rwanda Politique, les Dossiers du CRISP, Bruxelles, 1961.

[2] « Quelques Eléments pour la Promotion du Peuple Hutu du Zaire ». Manifeste de la MAGRIVI distribué clandestinement à partir des années 1980. Voir extraits dans Rutazibwa Privat, Les Crises des Grands Lacs et la Question Tutsi. Réflexions sur l’Idéologie du génocide dans la sous-région. Kigali, Editions du CRID, 1999. Pp151-152.

[3] Idem, p. 178.

[4] Idem, p. 52-53.

[5] Gérard Kamanda wa Kamanda, interview au journal Africa International, n° 300, décembre 1996/janvier 1997.

[6] Conclusions du rapport Vangu Mambweni, dans Conflits de l’Est du Zaire, publication du ministère zaïrois de l’Information et de la Presse ; présentée par Kabuya-Lumuna Sando, éd. Secco/Kinshasa, janvier 1997.

[7] “Vive la nation zaïroise. A mort les usurpateurs de notre nationalité.” Tract lancé lors de l’ « opération Herbe », campagne de chasse aux étudiants Tutsi en 1981 à l’université de Kinshasa, Extraits repris dans Rutazibwa P., op. cit, p. 177-178.

[8] Voir extraits dans Rutazibwa Privat, op. cit, pp. 148-150

Texte IV. Nouvelle Réaction de Jean Bedel sur les avis de Privat Rutazibwa “Opinion d’un Rwandais…”

Je vous remercie, Mr. RUTAZIBWA pour votre opinion que je respecte.

Vous dites :

·« Vous faites une confusion très dangereuse entre les FDLR en tant qu’organisation criminelle et génocidaire (qui le revendique clairement dans son idéologie et dans ses actes) et ses membres individuels que vous semblez figer comme des criminels génétiquement et définitivement tarés »

Il n’y a aucune confusion lors qu’il s’agit des évidences.

Il s’agit de personnes répertoriées par les Nations Unis et rapatriées au Rwanda que l’on retrouve aujourd’hui à Goma, dans les rangs des M23 qui se sont rendus lors de combats.

A ce propos, les représentants du Rwanda qui ont fait partie de la commission mixte d’enquête ont prétexté avoir été rappelé d’urgence à Kigali, pour échapper à la signature du procès-verbal, étant dans l’incapacité de nier les évidences.

Rien d’étonnant à cela lorsque les Rwandais qui se sont rendus à la MONUSCO, se voient refuser le droit de retourner dans leur pays !

En retournant près de 2000 ex-FDLR au Congo et malgré toutes les précautions dont les services rwandais peuvent entourer une telle expédition, il n’est pas exclu que nombre de ces « repentis » armés pour gonfler les rangs des M23 soient retournés contre le régime de Kigali par les irréductibles FDLR dont je ne nie pas l’existence et s’attaquent  aux populations que le Rwanda prétend protéger depuis 16 ans par RCD, CNDP et aujourd’hui M23-FDLR interposés.

Ce n’est pas de manière innocente que vous me · prêtez l’intention je cite

«… que vous semblez figer comme des criminels génétiquement et définitivement tarés. »

Mes interrogations et avis ne ressortent nullement des telles intentions.
Vos déductions plutôt simplistes s’apparentent aux thèses utilisées dans la propagande politique du régime de Kigali qui veut que tout le monde qui dénonce les excès du système en place à Kigali se voit accusé négationnisme, tribalisme et là, je tombe dans un piège raciste selon vous.

Les lecteurs en jugeront.

· Mais tant que nous parlons de la violence des FDLR et de leur capacité de nuisance contre le Rwanda et les Tutsi Congolais, je me demande si vous êtes vraiment sincère et de bonne foi lorsque vous voulez nous convaincre que cette organisation est sinon inexistante, en tout cas inoffensive ! Seriez-vous aussi ignorant d’innombrables tueries, viols et pillages dont les FDLR se rendent constamment coupables au Congo sur des populations civiles, et pas seulement Tutsi ?

Je suis au courant de crimes commis sur les populations congolaises dont je ne fais aucune différence sur des critères ethniques.

La vraie question reste celle de savoir à qui attribuer ces crimes, lors que nous lisons le rapport des experts de Nations Unis qui donne les dates, lieu et noms des officiels rwandais participants à différentes réunions qui se tiennent au Rwanda, qui déclenchent et téléguident des pseudos rebellions au Congo depuis 16 ans.

Aujourd’hui il est évident que les crimes atroces commis par des mouvements politico-militaires créés depuis le Rwanda les 16 dernières années et d’où ces derniers reçoivent leurs cahiers de charge sont difficilement soutenables par un intellectuel neutre que vous êtes sensé être.

Et l’on constate curieusement que tous ces criminels recherchés par les tribunaux congolais et internationaux n’ont qu’une seule destination sure : LE RWANDA.

Vous me direz surement qu’il s’agit là encore d’un fantasme!

· Je vois aussi les rebellions congolaises successives (AFDL, RCD, CNDP) comme des partenaires dont l’intérêt stratégique est soit la conquête du pouvoir, soit l’amélioration de la gouvernance du pays garantissant la sécurité et le bien-être à toutes les communautés.

L’AFDL a été qualifié de conglomérat d’aventurier par Feu L.D. KABILA.

Le RCD n’existe que de nom et si vous venez au Congo interroger l’opinion générale, vous noterez qu’elle ne considère pas ce mouvement comme une alternative à la majorité au pouvoir dont beaucoup de dirigeants RCD sont proches ou font partie.

Le CNDP avec son idéal d’amélioration de la gouvernance a intégré la majorité actuelle qui doit encore faire ses preuves dans ce domaine !

A vous d’en juger le sérieux de leur déclarations.

  • La hantise, la méfiance, la peur maladive du Tutsi (et aujourd’hui du Rwanda) chez certains Congolais n’est pas nouvelle.

Cette manière de voir certains Congolais n’engage que vous-même. Et si vous me prenez comme un exemple, vous vous trompez.

J’ai passé ma vie d’étudiant, partagé la chambre et le pain avec des Tutsi du Rwanda que j’aime beaucoup et dont je ne me séparerai jamais à cause des agissements de leurs dirigeants actuels et leurs fans.

Je considère que le régime affairiste en place à Kigali ne représente que lui-même.

En 2008, dès que j’ai retrouvé les coordonnées de mes amis et frères Tutsi du Rwandais, je me suis rendu à Butare puis à Kigali seulement pour leur rendre visite après beaucoup d’année de séparation.

Les rebellions de CNDP ne m’ont pas empêché d’aller à leur rencontre et je n’hésiterai pas de revenir les voir malgré le M23 aujourd’hui.

Autant je n’approuve pas la violence dont sont victimes les populations de l’Est du Congo, je n’approuve la violence contre aucun autre être humain.

Vous devriez dire à votre gouvernement de cesser de déstabiliser l’Est du Congo car leurs bras armés commettent des atrocités innommables.

Voici de manière ramassée, ma réaction à vos prises de positions que je trouve beaucoup trop proches des thèses du systèmes en place au Rwanda dont les agissements sont aujourd’hui désapprouvés même par ses soutiens les plus fidèles dont les USA et le UK.

Jean Bedel …

Texte V. Nouvelle réponse de Privat Rutazibwa à Jean Bedel et Kenneth.

Mes très sincères remerciements à tous les deux; à Kenneth … pour avoir communiqué ma réaction à ses amis, et à Jean Bedel … pour sa nouvelle réaction.

Jean Bedel, je vois qu’il persiste des aspects de notre débat sur lesquels nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord, notamment la question des FDLR, ainsi que notre perception différente des rebellions congolaises, du gouvernement rwandais et même de la crédibilité qui doit être accordée aux rapports onusiens et plus largement, aux agissements du système et des puissances occidentales généralement assimilées à la communauté internationale. Je crois pouvoir y revenir dans un article d’analyse plus large que j’espère produire dans les semaines à venir, et que je me ferai le plaisir de vous partager.

Je note également avec satisfaction et estime, -sur foi de votre témoignage à la fin du message- que vous êtes un intellectuel « détribalisé. » Et ceci est vraiment à votre honneur !

Une dernière requête à vous comme à Kenneth ! J’estime que notre échange mérite d’être partagé par un public plus large, de Rwandais, de Congolais et même d’autres gens qui s’intéressent à ce dossier. Aussi, je voudrais le proposer à la rédaction de RNA pour publication. M’autorisez-vous à mentionner vos noms et vos messages respectifs ? Merci de me répondre !

Signé Privat Rutazibwa

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