Le Rwanda Sanctionne Pour Appui Suppose au M23: Cherchez les Vraies Raisons

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Introduction

Des pays occidentaux- les Etas Unis, le Royaume Uni, la Suède, la Belgique, l’Allemagne, les Pays bas- et même la Banque Africaine de Développement (BAD) ont pris des mesures de suspension d’aide au Rwanda pour son appui supposé au M23. Le Rwanda a toujours protesté, niant son implication dans les affaires du M23. Les mesures de suspension d’aide ont été prises sur bases du rapport d’experts de l’ONU. Ce rapport a été lui-même contesté parce que ses auteurs n’ont pas respecté la déontologie professionnelle en la matière. N’empêche : ces Pays ont maintenu leurs mesures de représailles avant que la situation ne soit mise au clair.  Pourquoi cette précipitation à prendre les mesures coercitives contre le Rwanda ?

Un autre fait troublant : il n’est un secret pour personne que le Rwanda avait apporté son appui à l’AFDL et au RCD (1996-2000). A cette époque, aucune Puissance occidentale n’avait dénoncé cet appui et n’avait suspendu son aide. Aujourd’hui une petite rébellion dite  M23, parmi une quarantaine  d’autres, a fait la levée de boucliers contre le Rwanda. Que s’est –il donc passé entre temps ? L’occident a fait un revirement total, un retournement complet dans sa prise de position envers le Rwanda. Quid ?

Un troisième  questionnement : certains Pays qui avaient pris les mesures de suspension d’aide se sont révisés et sont revenus sur leur décision. Ils  ont  même dénoncé le Rapport Hege sur lequel ils s’étaient basés pour prendre leur décision, trouvant enfin les preuves avancées dans ce Rapport  non convaincantes. Avaient-ils donc pris leur décision sur base d’une mauvaise analyse ou d’une malheureuse interprétation de ce Rapport ? Difficile à croire .N’y-a-t-il pas par hasard  d’autres raisons plus profondes ? Quoiqu’il en soit, bien de points ne sont pas éclaircis dans cette affaire

La présente contribution voudrait présenter différentes hypothèses de réponses. Car les véritables raisons de la suspension d’aide ne sont pas  celles qui sont avancées, toutes pleines de contradictions : il faut chercher ailleurs les vraies causes, celles  qu’on n’avoue jamais. La littérature en matière d’appui aux rébellions permet d’y voir un peu plus clairement.  .

Nous allons dans le présent article faire un détour en rappelant d’abord  comment l’Occident a rejeté le président  Mobutu, comment il a lâché  Laurent Désiré Kabila I et mis sous tutelle le régime de Joseph Kabila II. Nous rappellerons aussi comment ce même Occident procède quand il veut s’attaquer à l’un ou l’autre pays du Sud qu’il veut sanctionner : différentes stratégies sont déployées dont l’utilisation des experts et la manipulation des médias. Tous les moyens sont mis en œuvre pour fabriquer différents chefs d’accusation. En réalité, un proverbe français dit que : « qui veut noyer son chien l’accuse de rage ». C’est dire que l’on  invente n’importe quelle  accusation que l’on lance dans l’opinion publique  que l’on cherche à conditionner. Une fois cette mise en scène  accomplie, on passe à l’étape suivante : l’attaque en bonne et due forme  du pays visé. Les Rapports d’experts   contre le Rwanda sont commandités dans ce  sens .Plusieurs raisons font que le Rwanda est actuellement dans le collimateur des Pays Occidentaux. Nous les passerons en revue. Et c’est l’objet de cet article.

Du lâchage de Mobutu

L’ingérence des Puissances occidentales dans les affaires du Congo-Zaïre-RDC est permanente. Ce sont ces Puissances, principalement la Belgique et les Etats-Unis d’Amérique qui ont participé à l’élimination du Premier Ministre Patrice Lumumba immédiatement après l’indépendance du Congo. Elles mettront au pouvoir à partir de 1965, un sergent de services de renseignement, Joseph .Désiré  Mobutu qui régnera en dictateur absolu, avec l’appui inconditionnel de ces mêmes Puissances, pendant plus de 35 ans. Ce n’est qu’après la chute du mur de Berlin et la fin du communisme en URSS que Mobutu sera lâché : il restera   à trouver son remplaçant.

A la veille du trentième Anniversaire de l’Indépendance du Congo-Zaïre en 1990, Ludo Martens, membre du Parti du Travail belge,  écrit ceci : « le régime de Mobutu, c’est du passé, nous sommes déjà entré dans l’ère de l’après Mobutu »[1]. Il disait alors que la seule préoccupation des Puissances occidentales est la recherche d’une solution néocoloniale à la crise provoquée par l’effondrement du régime de Mobutu auquel on assiste aujourd’hui au Zaïre[2]. Il ajoutait que les seuls intérêts de l’impérialisme occidental sont « la sauvegarde des intérêts économiques des multinationales[3]» sinon, il énumérait tous les crimes du régime de Mobutu pour conclure que l’Occident non seulement savait, mais la plupart du temps il participait activement  à ces crimes[4]. Il était d’avis que l’agonie du régime Mobutu pouvait se poursuivre pendant un certain temps, la Belgique et les Etats-Unis ne voulant pas brusquer les choses. Il avait peur que vu l’absence d’un parti révolutionnaire digne de ce nom, il soit possible que « la frustration des masses populaires puisse dévier et être détournée vers des conflits tribaux et des luttes sanglants contre les communautés immigrés des Libanais, Sénégalais, Rwandais etc.»[5]. Il craignait qu’on puisse s’attendre qu’avant 1991, le pouvoir puisse passer des mains du clan de Mobutu à une nouvelle génération d’agents du néocolonialisme pour prendre la relève. Il faisait  des hypothèses quant à la prochaine succession de Mobutu. Il disait que quelle qu’elle soit« on peut s’attendre à une période de grande instabilité »[6]. Il en donnait quatre raisons: la situation économique devenue catastrophique, une classe bourgeoise locale devenue « parasitaire » et « rapace », la capacité extrêmement limitée des dirigeants de l’U.D.P.S et des « lumumbistes retournés d’exil et enfin les rivalités entre chefs militaires incapables d’asseoir un pouvoir fort »car, disait-il, « toute crise …au Zaïre peut faire éclater une armée mal payée, mal formée, mal encadrée et démotivée »[7]

Nous avons reproduit ici ces larges extraits de Ludo Martens pour leur valeur prophétique : l’instabilité de l’après- Mobutu est une réalité, l’incapacité de la classe bourgeoise congolaise à assumer convenablement  son rôle est à la base des faiblesses actuelles du régime de la RDC, et les rivalités des chefs  militaires ont donné naissance entre autres au  M23. La persécution des « Rwandophones » s’est aussi réalisée comme prévue .L’article de Ludo Martens  date du 20 juin 1990. Le FPR n’a pas encore lancé son attaque contre le Rwanda du 1 octobre de la même année. La chute du régime de Mobutu n’est pas dans son programme d’attaque même si six ans plus tard ses forces Armées, APR, appuieront l’AFDL engagée dans la lutte contre le régime Mobutu. Cette guerre contre la dictature  de Mobutu ne sera dénoncée par aucune Puissance occidentale. Pourquoi ? Parce que Mobutu étant lâché d’avance, l’attaque de l’AFDL avec l’appui du Rwanda servait directement les desseins des Puissances occidentales. D’où leurs silence approbateur. Mais dans cette affaire, le Rwanda servait aussi ses propres desseins : sa sécurité dans son environnement immédiat. Tout le monde y trouvait donc ses comptes. Mais l’entente   n’allait pas durer longtemps. Au milieu du jeu se trouvait un homme incontrôlable, Joseph Désiré  Kabila I, installé au pouvoir « par erreur »[8] et  devenu Président de la République de l’ex- Zaïre reconvertie en République Démocratique du Congo(RDC)

L’INDESIRABLE  KABILA Ier

La volonté d’en finir avec Mobutu arrangeait tout le monde : les Puissances Occidentales qui voulaient une pièce de rechange contre lui, les Puissances régionales quant à elles cherchaient à en finir avec plusieurs rébellions qui avaient trouvé leur sanctuaire au Zaïre de Mobutu : des Angolais, des Burundais, des Ougandais, des Rwandais en rupture avec leurs pays respectifs y avaient trouvé leur base d’entraînement. S’agissant plus particulièrement du Rwanda et du Burundi le régime de Mobutu n’avait pas réussi à gérer les menaces des ressortissants de ces pays contre leurs patries respectives  : «  le vieux Maréchal s’était en effet engagé, un an auparavant auprès de l’Administration Clinton à résoudre les crises de la région ce qui passait notamment par la réduction au silence  « des radios de la haine » émettant depuis le Territoire congolais, le respect de l’embargo sur les ventes d’armes aux ex-FAR, l’éloignement des camps de refugiés de la frontière rwandaise afin de prévenir les raids meurtriers lancés sur le Rwanda à partir de ces camps, la protection des populations refugiées, l’arrestation des responsables du génocide de 1994 et enfin un soutien vigoureux aux efforts de paix de l’ensemble des problèmes de la région des Grands Lacs. Aucune de ces conditions n’a été remplie alors que les problèmes ne cessaient au contraire d’empirer[9] ». Le Rwanda avait grand intérêt à attaquer Mobutu.

Des compagnies  occidentales y trouvaient aussi leurs comptes. De nombreuses multinationales étaient à l’œuvre. Olivier Lanotte écrit qu’« enfin cette volonté d’en finir avec le régime de Mobutu semble coïncider avec les préoccupations de certains groupes et compagnies miniers … comme Lundin, Caleb international, Russel Ressources Group, Barrick, American Diamond Buyer  ou encore American  Minerals Fields (AMF) »[10].Elles sont soit américaines ,soit canadiennes, ougandaises ou suisses : il est dit que certains d’entre elles, telle l’ American  Minerals Fields (AMF) auraient même avancé des fonds à l’AFDL comme effort de guerre[11].Tout ce monde se ligue contre Mobutu en faveur de la lutte armée de Kabila I.

Mais une fois au pouvoir,  Kabila I ne respecte pas ses engagements. Ni sur le plan intérieur, ni sur le plan régional ni sur le plan international. Il déçoit tout le monde. Sur le plan intérieur, il monopolise le Pouvoir, inaugure « une transition dictatoriale »‘, musèle l’opposition et parvient même à dissoudre l’AFDL qui l’a porté au Pouvoir. Il ne parvient pas non plus à assurer la sécurité au Kivu : les rebelles de l’ADF, l’ex-FAR, les Interahamwe, les troupes du CNDD, restent toujours en action. D’autres groupes miliciens dits  Bangilima, Mai-mai, Simba, les réseaux de l’UNITA pullulent dans la région qui ne trouve ni paix ni sécurité.

La Communauté Internationale n’a pas confiance en Kabila Ier. Son régime ne parvient pas à sécuriser le secteur minier qui intéresse l’Occident. Kabila remet  même en cause tous les contrats miniers y compris ceux conclus par lui-même pendant sa  guerre de libération. Il réussit à se mettre sur le dos les Institutions de la Communauté Internationales comme la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire international. Il s’en prend à la Belgique, à la France, à l’ONU. Il parvient à s’aliéner  les principaux soutiens extérieurs, africains et occidentaux [12].Mais l’Occident ne se laisse pas faire. Il recourt à son stratagème habituel. Il lui envoie des enquêteurs-équipe de Roberto Carreton- chargés de faire la lumière sur les allégations de massacres des refugiés hutu rwandais lors de l’offensive de l’AFDL contre Mobutu. Leur rapport criminalise Kabila et ses partenaires dont les actes « pourraient être qualifiés de génocide »[13]par la décision d’un Tribunal compétent. Ce dernier n’aura jamais lieu mais le mot  « génocide »était lâché même si c’était au conditionnel. Il y avait usage irresponsable[14] du terme « génocide » .Il ne pouvait  ne pas être utilisé. Bien au début de cette offensive, le Vatican avait lancé un S.O.S aux gouvernements occidentaux les invitant à « conjurer un  « génocide menaçant ». Les mots ne sont jamais neutres. Ce terme de « génocide » utilisé  préventivement restera collé à la guerre de l’AFDL du début à la fin. C’était un raccourci sémantique assassin bien que le Rapport ait été qualifié plus tard de«  fabulation ».Le coup de « mal nommer les choses » était bien assené.

Kabila  boudé par les Chancelleries occidentales se retourne vers la Chine, Kadhafi et Castro. Il réussit aussi à se détourner de ses anciens promoteurs, les présidents Kagame et Museveni. La rupture est consommée en juillet 1998 avec la fin de la coopération militaire avec le Rwanda. Immédiatement après, les forces armées congolaises explosent : des insurrections se font jour dans plusieurs coins du pays. (Bukavu, Goma, Kindu, Fizi, Baraka, Kisangani, Kinshasa). La 2e guerre du Congo vient d’éclater. Une plate-forme canalisant toutes les forces anti-Kabila Ier se met en place : le Rassemblement congolais pour la Démocratie dit RCD. Le Rwanda et l’Ouganda lui portent main forte. Le gouvernement de Kinshasa lance un appel au meurtre  des tutsi congolais assimilés à de « la vermine ». Des  pays de la SADC interviennent : l’Angola y aligne 2500 à 3000 soldats, le Zimbabwe 10.000 à 13.000 militaires, la   Namibie y met  1.000 à 2.000 soldats, le Tchad y envoie environ2.200 soldats. Kabila lui-même y aligne  40.000 ex-FAR en plus de plusieurs autres milices.[15]

Finalement, Kabila en sortira vainqueur. Et  les pays intervenant  à son côté ou contre lui seront accusés de « pillage » de ressources minières du grand Zaire-RDC. Le mythe du pillage de la RDC y puisera encore sa force. Car le pillage sera considéré comme le principal enjeu  de ce conflit. Le Rwanda comme d’autres pays intervenants, sera à son tour  accusé de s’être livré au pillage des ressources minières  de ce Pays. Les raisons sécuritaires seront  soit ignorées  soit simplement mises de côté ou prises  comme simple prétexte. Des rapports d’experts onusiens rivaliseront à prouver ce pillage. Entre temps Laurent -Désiré Kabila I aura été assassiné en janvier 2001 et remplacé aussitôt par son fils Joseph Kabila II. Le Pouvoir  emprunte la voie de l’hérédité et l’Occident approuve par acclamation. Il est intéressé à relancer vite ses chances ou plutôt ses affaires en RDC, le reste étant un détail à l’africaine.

Quand Kabila II renoue avec l’Occident.

A peine une semaine après son investiture Kabila II se rend en Occident qui ne demande pas mieux. Il visite Paris, Bruxelles, Washington, New York. Il s’investit dans la collaboration avec l’ONU, avec l’OUA et l’Union Européenne. Il s’engage à libéraliser l’économie.  Kabila  II ira même  plus loin : il accepte de mettre son pays sous la  tutelle de l’Occident. Un comité international d’accompagnement de la transition(CIAT) se met en place. Il présidera aux élections de 2006, voulues par l’Occident et gagnées par son pupille Kabila II. Le Rwanda  avait discrètement soutenu l’élection du candidat de l’Occident Kabila II mais ce dernier, comme son père, sera ingrat envers le Rwanda. Il ne respectera ni aucun Accord ni aucun  engagement[16] : les milices des FDLR ne seront ni désarmées ni rapatriées ni réinstallées ailleurs. Elles avaient été supposées être démobilisées et rapatriées  à partir de Kamina mais  ne le seront jamais. Ce fut  un jeu de dupes et une  erreur pour Kabila II car le non désarmement de ces ex-FAR continuera à envenimer les relations rwando-congolaises et à semer de la terreur au Kivu. On ne pactise jamais impunément avec le diable : l’ex-FAR, les FDLR et les Interahamwe, condamnés pourtant par la Communauté internationale pour terrorisme, restent pris et considérés comme alliés du pouvoir de Kinshasa auquel paradoxalement ils font plus de tort que de bien. Ils ne contribueront jamais ni à la sécurisation ni à la stabilisation de ce pays. Colette Braeckman, qui a toujours un faible pour le Congo-RDC,  n’a pas raison de dire  que le Rwanda « n’avait aucun intérêt à ce que se reconstruise l’Etat congolais »[17] sous prétexte que « durant plus de dix ans le Rwanda a adossé son développement et équilibre de sa balance des payements sur la commercialisation des ressources du pays voisin et a tenté de maintenir la perméabilité de la frontière en encourageant la création d’une sorte de zone tampon »[18]. La journaliste belge n’explique pas le fond du problème congolais ni pourquoi la RDC est pauvre  malgré ses minerais. Elle se contente d’une explication simpliste. Manifestement le mythe du pillage du Congo a la vie dure  et il est  mauvais conseiller aux ami(e)s de ce Pays  car à force de ne voir partout que du pillage, on loupe l’essentiel. Ce leitmotiv commode est dangereux parce qu’il empêche de voir les vrais problèmes de la RDC : les faiblesses structurelles  de cet Etat comme les a  décrites  Ludo Martens ci-haut cité  .Pour le Rwanda  en tout cas, les raisons de sécurité l’emportent sur toute  autre considération. Le Rwanda a tout intérêt  à ce que la RDC en général et sa région Est en particulier  retrouvent la paix et la  stabilité. C’est tout à son avantage et c’est la meilleure solution envisageable. Quant à l’intérêt économique proprement dit ,il est  évident que les transactions en bonne et due forme du Rwanda et de la RDC  ,y compris dans le meilleur des cas la libre circulation des hommes et des capitaux , sont de loin plus profitables aux deux Pays  que le soi disant pillage à la sauvette  attribué à tord au Rwanda .Economiquement parlant ,le Rwanda pourrait trouver dans cette région de la  RDC un énorme débouché pour ses produits aussi bien vivriers qu’industriels  car il est de loin plus facile pour la population de cette région de s’approvisionner  à partir du Rwanda que de Kinshasa . Il n’est pas nécessaire de faire du pillage pour améliorer sa balance des paiements. Au contraire.  Mais ,il faut que cette région soit stable. Or la stabilité est incompatible avec l’existence de groupes armés. Seule la stabilité améliorera le climat des affaires. Ce n’est pas le cas actuellement. Le Rwanda et la RDC y perdent tous les deux.

De  l’émergence du m23 ou la «  métastase » du mal congolais

C’est  Collète Braeckman qui aurait utilisé à juste titre cette métaphore. On définit la métastase comme « un foyer infectieux ou parasitaire, formé en un point éloigné du foyer initial, par migration de l’agent responsable » (Dictionnaire).  Chaque fois qu’une rébellion éclate ici ou là en RDC c’est qu’il y a un problème de fond dont les manifestations peuvent se montrer de plusieurs façons. Le M23 est initialement une fraction de l’armée régulière congolaise en rupture avec le pouvoir en place. Deux armées nées des unités régulières du même Pays  s’affrontent. L’armée restée loyaliste avec l’appui de la MONUSCO cherche à mater la rébellion du M23 en révolte contre le pouvoir central. Mais dans ce pays existe une quarantaine de groupes armés tantôt en révolte contre le pouvoir central, tantôt en révolte les uns contre les autres, tantôt en alliance ou en opposition avec les différentes forces en présence. Le M23 n’est qu’un de ces groupes. Ou une métastase du mal congolais  plus profond.

La guerre du M23 se passe à l’intérieur d’un espace bien délimité de l’Etat congolais qui revendique sa souveraineté sur cet  espace. Le Rwanda n’y a aucune prétention de souveraineté. Toute ingérence de la part du Rwanda serait mal venue. Seul l’Etat congolais a  l’autorité sur ses citoyens en rupture avec le Pouvoir Central, évoluant à l’intérieur de son  territoire.

La littérature sur les conflits armés admet qu’une révolte peut être juste si elle vise à réparer une injustice ou un droit refusé ou violé, à repousser une oppression, à mener une légitime défense ou même à se défendre contre une quelconque agression. Le M23 dit se battre pour faire respecter les Accords du 23 Mars 2009 entre le CNDP et le gouvernement congolais. Ces Accords ont bel et bien existé, ils ne sont pas une invention du M23 qui dit se battre  pour  leur mise en application dans toute leur  intégralité. Bien qu’elle joue continuellement sur le changement des rapports de force, l’Autorité de la RDC ne nie pas le bien-fondé de ces réclamations. Elle ne dira jamais que ces Accords n’ont pas existé ni qu’ils aient été appliqué comme prévu. D’où les négociations en cours à Kampala.

Le Conseil de sécurité qui a pris des sanctions contre certains des dirigeants du M23 n’a pas nié le bien fondé de ces réclamations mais avec sa décision d’envoyer une Force Africaine d’intervention contre les groupes armés en RDC, y compris contre le M3, ce Conseil  a  réussi « un tour de prestidigitation[19] » en rendant le M23 responsable des maux contre lesquels il a pris les armes. « Tous les maux du Kivu lui auront été reprochés. L’accusation en miroir fonctionnant à merveille, c’est précisément ce contre quoi il [M23] se mobilise qui constitue la longue liste de crimes qui lui son imputés »[20] . Le Conseil de sécurité est allé trop loin. Car jusqu’ à ce jour, à notre connaissance, les membres  du M23 sont tout sauf des terroristes. Les pays de la région et même l’Union africaine ne  l’ont pas pris comme tel puisqu’ils cherchent au contraire à ce que les deux parties, la RDC et le M23, trouvent une solution juste et équitable. Du reste, le défi majeur pour le M23 reste celui de garder sa légitimité. Et dans ce sens, il a tout intérêt à respecter les droits de l’homme, à ne pas exercer d’exactions .[21].

A tort ou à raison, mais les sanctions  du Conseil de Sécurité visent à décourager cette rébellion dans ses prétentions pour ne pas dire ses droits. Mais ce serait sûrement une  grave erreur   plutôt une faute lourde  de la part du  Conseil de Sécurité aussi longtemps que les prétentions  du M23 et les moyens utilisés pour les réclamer sont justes. A moins que le Conseil de sécurité ne s’arroge le droit  de refuser aux gens leurs propres  droits. Même s’il parvenait à imposer le silence aux membres du M23, le problème persisterait car, certains droits sont imprescriptibles. En réalité les sanctions chercheraient, dit-on, à camoufler les faiblesses et les frustrations de la MONUSCO et de l’Etat congolais tenu au bout des bras par les Puissances occidentales y compris par le Conseil de sécurité manipulé par  les hauts responsables de la MONUSCO qui se servent des  Rapports des soi-disant experts « prestidigitateurs ».  Sinon les accords arrachés par les armes du CNDP, négociés en politique, doivent être respectés en recourant de nouveau aux armes si les moyens politiques s’avèrent inopérants et donc  impuissants. Les sanctions contre le M23 pourraient à la longue casser une dynamique de négociation qui était en cours. Mais aucun Pays n’y gagnerait si les problèmes de fond ne sont pas résolus : ils réapparaitraient plus tard.

Du financement du M23

S’agissant du financement de rébellions, toute une abondante  littérature existe en la matière mais quatre sources  de financement sont généralement les plus retenues.1) L’autofinancement, 2) le financement par les Grandes Puissances ,3) le financement par extraction de minerais et 4) le financement par des pays voisins. Ce sont des hypothèses que tout chercheur/expert doit explorer avant de retenir et de proposer celle qui lui semble la plus vraisemblable. Parfois de simples indices, assez faibles, peuvent suffire à l’orienter vers une voie plutôt qu’une autre. Il s’en suit, des fois, des erreurs monumentales  parce qu’ il y a toujours une différence entre un argument ,si vraisemblable soit-il ,et  la preuve des faits.

Le Rwanda a été accusé et même « sanctionné » de suspension d’aide pour appui supposé au M23. Dans ce cas, ce serait la 4e hypothèse- le financement par pays voisins- qui aurait été privilégiée par les détracteurs du Rwanda. L’hypothèse était alléchante et la voie glissante: les soi-disant experts n’ont pas pu résister. Le Rwanda a énergiquement protesté contre tout rapport d’experts l’impliquant dans l’appui ou le  financement  du  M23. Le rapport de l’équipe de Steven Hege aurait dû  éclairer l’opinion publique  s’il n’avait pas commis une grande erreur: Il est allé trop vite en besogne sans présenter les preuves de ce qu’il avançait. C’était du reste très tentant de la part de ces experts d’autant plus que Steven Hege était un activiste des FDLR  et avait une dent contre le Rwanda auquel il voulait régler ses comptes .Il s’est vite engouffré dans la brèche. Il a oublié que «la colère est mauvaise conseillère». Il a du reste réussi partiellement à ce que  certains pays suspendent leur aide au Rwanda .Mais déontologiquement parlant, le Rwanda avait droit à présenter sa défense avant toute « sanction».Ce ne fut  pas le cas.

Des  experts activistes

C’est devenu comme une habitude: le Rwanda devient régulièrement victime des rapports d’experts de tout genre. Tout chercheur/enquêteur/expert doit être extrêmement prudent car son travail joue un rôle important dans la prise de décision des instances habilitées. Il influence aussi l’opinion publique qui à son tour oriente les décisions des décideurs politiques. Les mandats d’arrêts du juge Bruguière ont entrainé la rupture des relations diplomatiques entre le Rwanda et la France. Il s’avéra que le juge ne s’était pas rendu sur le lieu du crime et n’avait même pas interrogé les présumés coupables. Et plus tard  la contre- enquête du juge Trévidic montra que l’enquête Bruguière était un tissu de mensonges et donc non  fondée: mais le mal était déjà  fait.

Le rapport des experts de l’ONU suggérant que les massacres des refugiés Hutu en RDC par les éléments de l’AFDL et ses supporters pourraient être « qualifiées de génocide » avait utilisé un raccourci analogique dont il n’était plus nécessaire d’étudier les éléments de cause à effet. Le conditionnel n’y changeait rien. La référence à un génocide déjà connu avait emprunté une voie malhonnête et avait semé un soupçon dangereux et même criminalisé le Rwanda sans preuves ni raison.  Il s’avéra plus tard qu’il y avait eu exagération et mensonge. Mais le mal était déjà fait. Du reste  les associations humanitaires avaient déjà  vu leur crédit largement entamé en 1996, lors de la crise dans la région des Grands Lacs Africains, après le génocide au Rwanda parce qu’elles ont exagéré, voire falsifié les rapports sur la souffrance des refugiés rwandais[22].

Le dernier rapport de Steven Hege, culpabilisant le régime rwandais, avait deux importantes lacunes: le rapport se voulait neutre alors que son principal auteur était un activiste invétéré  des  FDLR, de l’ex-FAR et des négationnistes. Ensuite, le rapport criminalisait le Rwanda avant que ce dernier ne présente ses éléments de défense. Les experts avaient passé outre toutes les règles en  matière d’expertise et même de procédures. La rigueur avait fait complètement défaut. Le Rwanda était mis devant le fait accompli .Il n’avait  qu’à se défendre après coup c’est à dire après que  les  mesures de suspension d’aide aient été  déjà mises en exécution. Certains pays se sont révisés mais le mal était déjà fait.

De la traçabilité de l’argent provenant de l’exploitation minière.

Revenons à nos hypothèses de financement du M23. Excluons quelques hypothèses dès le départ: le M23 n’est pas financé par les Puissances occidentales. Ces dernières cherchent à le détruire. Le M23 n’est pas financé par l’extraction des minerais. Impossible. Sa création toute récente ne lui  permet pas   l’extraction des minerais. Le M23 toujours en mouvement ne remplit aucune des conditions nécessaires  à une réelle exploitation minière. L’extraction des minerais exige des conditions non actuellement remplies : l’investissement nécessaire, une certaine  stabilité sur les sites miniers, l’équipement technique, et une main d’œuvre indispensable, une certaine organisation structurée et une machinerie  nécessaire. L’exploitation des minerais n’est pas aussi facile que l’on  pense, sinon les populations habitant les zones minières seraient quelque peu riches, ce qui est loin d’être le cas. Certes, quelques « artisans miniers » grattent la terre, mais cela ne suffit pas pour soutenir une rébellion armée. La rébellion peut imposer des taxes et quelques frais de douanes et même s’emparer de quelques stocks de minerais déjà extraits mais cela n’a rien à voir avec l’extraction des minerais proprement dite.

Du reste sur le plan international, le contrôle de l’argent provenant de l’exploitation des ressources naturelles est actuellement mis au point, aussi bien en amont qu’en aval des exploitations. Il est facile de contrôler les statistiques de production, d’exportation et d’importation ainsi que les mouvements de transfert de fonds. Le contrôle se fait par voie de douanes, par le contrôle de banques, par voie de certification (certificat d’origine), et aussi à travers les multinationales importatrices ou utilisatrices des minerais litigieux. Il est actuellement facile de suivre la chaîne d’un produit comme le coltan depuis les mines de l’Est de la RDC jusqu’au consommateur final en passant par des artisans miniers, des acheteurs locaux, des commerçants disposant de comptoirs d’achat, les transporteurs, les exportateurs, les sociétés importatrices et utilisatrices  à l’étranger, etc. Il n’y a pas de secret ; la chaîne est facile à suivre[23].

Depuis 2010 ,bien avant la naissance du M23, la traçabilité des minerais en provenance du Rwanda se fait en partenariat avec l’ITRI (International Tin Research  Institute) avec lequel ce Pays  a signé un « Memorandum of Understanding ». C’est un Institut basé à Londres et qui a mis au point un programme dit «TSCI »(Tin Supply Chain Initiative) dont l’exécution est confiée au PACT ayant son siège au Rwanda. Le programme est destiné à suivre la traçabilité des minerais en provenance du Rwanda comme le wolfram, la cassitérite et le coltan(colombo-Tantalite). La traçabilité se fait par pose d’étiquettes aux sacs contenant des minerais depuis les sites d’exploitation jusqu’aux sociétés importatrices. Aucun expert, si mal intentionné soit-il, n’accusera le Rwanda ni de se livrer au pillage des minerais  de la RDC ni de couvrir les activités  du M23 en la matière. Le programme dit PACT est là pour prouver le contraire : le minerais du M23, si jamais il en avait, en provenance de l’Est de la RDC ne passe pas par le Rwanda. Le contrôle par les instances étrangères habilitées n’a rien démontré. Le financement par voie du budget est à son tour impossible car, le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale ont des agents de contrôle dans la Banque Nationale du Rwanda. La traçabilité de ces fonds peut aussi être suivie  à l’étranger. En principe du moins, la traçabilité des transferts  de fonds est aussi facile à faire. Rien ne culpabilise le Rwanda en la matière.

Des stratégies  douteuses à base de la suspension de l’aide au Rwanda

La suspension d’aide au Rwanda au moment où un système de traçabilité des minerais et des fonds  y est déjà fonctionnel est une contradiction évidente. Ou alors une injustice gratuite. À moins que cette mesure n’ait rien à voir avec le commerce de minerais illégal. Le Rwanda serait donc purement accusé d’appuyer le M23 en armes et en entrainement. Mais cela ne semble pas consistant : il n’y a pas eu de preuves. Par contre, tout le monde sait que  les militaires du M23 ont déserté avec armes et bagages. Et ils se sont abondamment approvisionnés dans les stocks d’armes gouvernementaux. Chaque  fuite des militaires gouvernementaux devant l’offensive du M23 laisse d’énormes quantités d’armes qu’il suffit de ramasser à la pelle. La prise de la ville de Goma (RDC) dernièrement en a encore donné une incroyable occasion. En plus, les armes au Congo circulent comme de petits pains. Il est facile de les  ramasser où l’on veut : il s’est même  avéré que certains militaires hauts gradés du Gouvernement  vendaient en contrebande des armes aux rebelles qu’ils étaient sensés combattre. Ce ne sont donc pas les armes qui manquent. L’autofinancement du M23 en armes et matériel est chose très aisée. Et c’est cette hypothèse qu’il faut privilégier car elle correspond aux faits avérés. L’hypothèse impliquant le Rwanda n’est que malveillante car elle n’a pas d’ancrage dans la réalité. Aucune preuve n’a été exhibée. Et l’entrainement  de recrues sur le Territoire Rwandais est  à son tour  invraisemblable parce que sans raison: Le M23 a son propre territoire qu’il contrôle. Il lui est d’autant plus facile d’y faire faire des entrainements  de ses recrues qu’il n’a rien à cacher et qu’il évolue dans un environnement  propice sinon favorable. Rien ne justifierait qu’il doive recourir à l’aide du Rwanda en  matière d’espace d’entrainement .D’ailleurs les preuves ont fait défaut. Alors sur quoi se basent réellement  ces mesures de suspension d’aide envers le  Rwanda ?

Disons d’abord que toute suspension d’aide est une  mesure politique de pression des bailleurs de fonds visant à contraindre le Rwanda à abandonner ses pratiques supposées favorables au M23. C’est une mesure  à la fois coercitive  et de représailles dans une logique de police internationale. Mais elle serait injuste et  barbare si les preuves de cet appui ne sont pas solides, évidentes et irréfutables. Or il en est ainsi  car le processus qui a conduit à la suspension d’aide pose problème et souffre de beaucoup de vices de fond et de forme. Nous l’avons vu : on s’est basé sur un Rapport  d’activistes et non de véritables experts. En plus ce fameux  rapport à la base de cette suspension d’aide n’était pas encore approuvé par le Conseil de sécurité ni non plus par les Parlements des Pays concernés. Et les accords de coopération entre ces Pays et le Rwanda n’étaient pas explicitement dénoncés. Le Rwanda ne s’était pas encore défendu. C’est sur base des fuites des extraits du rapport Steven Hege que des pays donateurs se sont empressés de prendre des mesures de représailles. Le Rwanda fut donc soumis à ces mesures sur base des accusations non démontrées d’autant plus que l’indépendance et la neutralité de Steven Hege étaient elles –mêmes  questionnables en la matière. Normalement en droit, le doute bénéficie à l’accusé  mais ce ne fut pas le cas ici : le doute  a donné raison au  groupe de prétendus experts. Concernant le Rwanda, au lieu de présomption d’innocence, il y a eu présomption de culpabilité.  Et c’est sur base de cette dernière que des sanctions ont  été prises. On part d’une supposition admise comme vérité incriminant et condamnant le Rwanda jusqu’à preuve du contraire à charge de ce dernier.  Mais avant qu’il ne se défende, les mesures de rétorsion pèsent déjà sur lui. Normalement pendant l’instruction, on est tenu pour non coupable et respecté comme tel .Non, dans notre cas la première stratégie consiste à présenter la présomption de culpabilité comme vraie, comme  allant de soi, et  se baser ensuite  sur elle pour prendre des mesures de rétorsion.

Mais étant donné que cette approche peut sembler quelque peu « louche », on s’arrange pour  préparer les esprits. La fuite d’informations non vérifiables est lancée dans les médias. On filtre les faits. L’objectivité est mise de côté. L’opinion est manipulée. On crée une image négative du pays que l’on veut condamner. Hier , c’était les armes chimiques en Irak qui se sont avérées inexistantes après la destruction de ce pays. Aujourd’hui,  c’est le Rwanda avec son appui supposé  au M23 alors que les preuves sont caduques. L’essentiel est de créer l’opinion et de préférence le plus vite possible : avant par exemple la sortie du Rapport  final. A ce stade, le mal est déjà fait, personne ne vérifiera le reste.

La   stratégie consiste à menacer tout régime qu’on veut abattre en  commençant  par le criminaliser devant l’opinion nationale et internationale. Les rapports d’experts servent à rendre le pays visé non seulement coupable mais également criminel. On le rend d’abord criminel sans preuves et c’est à lui de se défendre après coup. Normalement la charge de la preuve incombe à celui qui affirme l’existence des faits reprochés au Rwanda. Ce n’est pas le cas en ce qui concerne ce Pays. C’est l’approche inverse  qui a été adoptée envers le Rwanda avec le rapport Hege. Il en avait été de même  avec les mandats du juge Bruguière. La même stratégie joue de plusieurs manières mais l’objectif est le même: mettre le pays sur la défensive par tous les moyens, à commencer  par les medias, des juges d’instructions, la Cour pénale internationale et surtout  des rapports d’experts etc. Traquer et criminaliser le pays, ses dirigeants et son haut commandement militaire sans leur donner les moyens de se défendre : telle est la stratégie adoptée envers le Rwanda. Elle semble relever du projet sciemment et délibérément «conspirationniste»

Les hypothèses a base de la suspension de l’aide envers le  Rwanda

Revenons à notre questionnement de départ : l’origine vraisemblable du retournement de l’Occident contre le Rwanda. Depuis un bout de temps le Rwanda s’était inscrit dans la mouvance du discours dominant  et positif des Institutions Internationales et des bailleurs de fonds. Il avait bénéficié de l’appui à la « bonne gouvernance »,au « capacity building »,à la « privatisation », à la « libéralisation »,au « développement institutionnel », à la «lutte contre la corruption», à la « transparence »etc. Tout un discours à la mode classait le Rwanda à la bonne place du peloton de tête de la Banque mondiale. Il avait même été dit que le Rwanda figure parmi les rares Pays qui gèrent bien l’aide  des Institutions Internationales et des bailleurs de fonds occidentaux. C’était du reste vrai: le souci de transparence, de performance, de sécurité et de résultats avait fini par convaincre les bailleurs de fonds que ce Pays est fiable. Il avait même mené deux vraies guerres en RDC sans que les aides lui soient coupées. La naissance brusque du M23 change brutalement la situation qui se retourne contre le Rwanda sans que les preuves de son appui à cette petite rébellion  soient bien établies .D’où vient ce brusque retournement de bailleurs de fonds occidentaux ?

Quatre hypothèses nous semblent  à la base de cette nouvelle situation. C’est d’abord le soutien inconditionnel de l’Occident envers Kabila II.C’est ensuite la nouvelle situation géopolitique née de la découverte de pétrole dans la région des Grands Lacs africains. C’est  troisièmement le discours nationaliste et panafricaniste du leadership rwandais. Ce discours  au relent indépendantiste et libérateur ne donne pas entière confiance à l’approche néocoloniale de l’Occident. C’est enfin l’affaire Ntaganda qui serait à la base du divorce entre lui et  certains milieux militaro- politiques français et dont les répercutions retomberaient sur le Rwanda. Nous allons dire un mot sur  toutes ces hypothèses qui en fait se tiennent et se complètent.

Du soutien inconditionnel de l’Occident à Kabila II

Nous l’avons vu : l’Occident a lâché Mobutu et s’est vengé de Kabila Ier. Par contre, il a accueilli à bras ouverts  son successeur  Kabila II qui, contrairement à son père, s’est mis  sous sa protection et qui lui a ouvert et offert son Pays  malgré la présence quelque peu embêtante des Chinois. Mais mises à part les apparences, la Chine et l’Occident ne se combattent pas: ils se font concurrence et c’est de bonne guerre. L’Occident sait trop bien qu’il  se servira des Institutions Internationales comme la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire international pour contraindre la Chine et la RDC à se conformer aux règles de jeu qui lui sont  favorables. L’Occident  appuie donc à 100% le président Kabila. Le soutien total aux dernières  élections présidentielles en faveur de Kabila II en est une des preuves  concrètes dans ce sens. Paradoxalement les faiblesses supposées et même réelles de ce régime font le jeu  des Puissances Occidentales .Elles ouvrent toutes les portes dont l’Occident a besoin. Le repas est prêt : l’Occident peut se servir. Le M23 n’est qu’un trouble- fête. On devra le faire taire. Il en sera de même avec ses supporters vrais ou supposés .Les mesures de suspension d’aides  contre le Rwanda  sont destinées à dissuader ce Pays pour qu’il ne soit pas tenté de soutenir ces troublions de M23. Kabila est sous tutelle de l’Occident : il est son protégé. Qui n’est pas sur la même longueur d’onde que  Kabila II est supposé être contre lui et ses protecteurs : il doit en payer le prix. C’est le cas actuel du Rwanda.

2) De la nouvelle géopolitique née de la découverte du pétrole dans la Région.

La découverte de pétrole à la frontière OUEST de l’Uganda et de L’EST de la RDC crée une nouvelle situation. Désormais tous les regards des Grandes Puissances sont tournés vers cette région qui devient névralgique. Elle doit être absolument« pacifiée».Des multinationales occidentales  se bousculent déjà  pour l’exploitation de ces nouvelles richesses. La  Compagnie française Total s’est déjà investie dans l’exploitation du pétrole du Lac Albert. Or il se fait que le M23 est assis sur une partie de cette richesse et évolue dans son environnement immédiat. IL est nécessaire de faire taire ce mouvement si  l’on veut se livrer à l’exploitation de cette nouvelle manne  en toute sécurité. Il se peut que miser sur Kabila  II vaut mieux que miser sur le  M23. L’appui à Kabila vaut bien ce pétrole quitte même à sacrifier les droits du M23 si légitimes soient-ils. Le commerce passe avant le droit  aux yeux de l’Occident habitué à «mettre un couvercle aux droits» chaque fois que de gros intérêts financiers sont en jeu. Son soutien à toutes les dictatures du monde est là pour le rappeler à  celui qui l’aurait oublié. Il ne lâche que le dictateur qui a cessé de servir. Le pétrole et donc l’Occident sont contre l’avenir du M23 dans cette région. Le doute à ce sujet n’est pas permis. Et tout Pays supposé  y soutenir cette rébellion est condamné d’avance. Le Rwanda l’a appris à ses dépens. Une chose est sûre : la découverte de pétrole dans cette Région des Grands Lacs ne présage rien de bon en ce qui concerne la paix et la sécurité dans les  Pays de la Région. A la «malédiction» des minerais congolais va s’ajouter celle du pétrole. Quoiqu’il en soit le pétrole dans une région non pacifiée est source de mille problèmes. Sans être pessimiste, l’on peut dire néanmoins  que le pire est devant nous.

Les Puissances occidentales  demandent  à nos pays entière coopération en matière d’exploitation de cette nouvelle ressource. Qui ne coopère pas se perd. L’occident a besoin de sécurité dans cette région pour pouvoir y exploiter ces ressources naturelles. Le M23 par nature ne donne pas de garanties suffisantes .Au contraire, il fait ombrage: il n’est ni émanation ni créature  de l’Occident. Ce dernier ne peut lui faire confiance. Donc on le combattra parce qu’on n’est pas sûr non pas de la cause pour laquelle il lutte mais de ses chances de victoire pour stabiliser la région. L’Occident en arrive même à oublier que la mise hors d’état de nuire de cette rébellion sans résoudre ses problèmes de fond peut  entrainer cette  région dans une instabilité prolongée. Le Rwanda coopère-t-il dans la mise au pas de cette rébellion? Certes oui, car il soutient toutes les négociations  mais l’Occident  n’est pas satisfait de sa coopération. Il doute de sa bonne foi. D’où les ennuis actuels du Rwanda.

3) Du discours nationaliste et panafricaniste rwandais non rassurant.

Le Rwanda a une autre raison de ne pas être aimé: son discours nationaliste et panafricaniste ne rassure pas l’Occident néocolonialiste .Ce discours réveille les consciences. Il est libérateur et se propage facilement. Il est symbole de libération. Il affirme que l’Afrique ne manque de rien si ce n’est le réveil et la prise de conscience  de ses propres potentialités. La volonté politique de chercher à s’auto- suffire, à s’entretenir, à se développer par ses propres forces, et à garder le flambeau de la dignité inquiète tous les dominateurs et autres néocolonialistes occidentaux.  Le nationalisme rwandais est le pire ennemi de l’Occident .Il devient d’autant plus dangereux qu’il se fait entendre  à la porte de la RDC où d’énormes   intérêts Occidentaux sont en jeu. Un Rapport prospectif à 30 ans du Ministère français  de la Défense, « Horizons stratégiques », écrit en Avril 2012, et qui n’est pas destiné expressément  au Rwanda,  est   clair à ce sujet: il décrit les tendances lourdes de la politique extérieure et de défense française  à long terme et dit textuellement que « le nationalisme africain …menace l’Occident ». Il prévoit que « les sentiments nationalistes et/ ou panafricains pourraient  se  développer, parfois au détriment des intérêts occidentaux »[24].Vous avez  bien lu ! Tout est dit: le discours nationaliste et panafricain rwandais est pris et considéré comme une menace  contre les intérêts occidentaux en Afrique et dans la Région. «Ceux qui pensent une Afrique forte, indépendante, libre de ses choix, y compris économique, sont des menaces pour l’Occident »[25]. Le Rwanda est donc à faire taire. «L’Afrique digne » en faveur de laquelle  il élève la voix  est une menace contre les intérêts occidentaux.

Le Rwanda risque donc d’avoir toujours des ennuis. On lui demande de se taire sinon on lui coupera des ailes et des aides.  Car, il n’est pas bon de réveiller les gens qui dorment tranquillement sur leurs propres richesses. Ca risquerait de faire partir les exploiteurs étrangers qui eux sont  bien réveillés et savent ce qu’ils veulent. La voix nationaliste et panafricaniste  du Rwanda est à faire taire. Nous l’avons vu, la stratégie est toujours la même: on recourt aux rapports d’experts ou d’ONG internationales .On manipule l’opinion au besoin par le  mensonge. On fait de la propagande nuisible à travers les médias. On recourt au besoin aux agences de Notation. Il y a connivence entre experts, médias, ONG, décideurs politiques et même membres influents du Conseil de Sécurité. C’est cette collusion qui est à la base de ce qu’il convient d’appeler une réelle conspiration contre le Rwanda. Ce Pays a beau crier à l’injustice et au mensonge de ces Rapports, mais personne ne se donne la peine de vérifier. Le Pays est mis devant le fait accompli. Il a beau protester  mais le mal est déjà fait. On ne cherche pas  la vérité des faits mais le silence de sa voix qui semble déranger les activités occultes des néocolonialistes occidentaux. Le Rwanda sera détesté parce qu’il est tout un symbole de résistance, de libération et d’autodétermination. On veut casser ce symbole. C’est dire que le processus de libération sera  long et difficile. Et des ennuis sont garantis, la manipulation de l’aide n’étant qu’un moyen parmi d’autres.

4) De l’affaire Ntaganda et de ses répercutions négatives ?

Cette dernière hypothèse semble  rocambolesque et difficile à vérifier parce que ses protagonistes évoluent dans l’ombre des Services Secrets de tout bord. C’est ainsi que les milieux proches de ce général congolais –Ntaganda-auraient propagé une version de sa poursuite différente de celle qu’on avait lancé à la pâture de l’opinion publique et retenue comme étant  officielle.  Nous  la reproduisons  ici sans demander qu’elle soit prise pour de la vérité révélée. Il s’agirait tout simplement d’un marchandage politique entre la France, ses partenaires européens et le président Kabila II.L’histoire commencerait  en Ituri (en RDC) du temps où le Général Bosco Ntaganda y commandait des troupes militaires. Des agents du service commandé français, infiltrés clandestinement en Ituri(RDC)-si ce ne sont ceux de l‘opération Artémis – y auraient été assassinés par des militaires sous commandement du général Ntaganda. La chose n’aurait jamais été ébruitée mais la France aurait juré de se venger contre ce général «assassin». L’occasion se présenta lors des dernières  élections présidentielles de novembre 2011 en RDC. Il semblerait que Kabila II n’aurait pas gagné ces élections mais que, sous l’instigation de la France, une entente se  serait formée entre L’Union européenne et le  Président Kabila II. Ce dernier aurait promis de livrer  son général Ntaganda à la vengeance française par la CPI interposée et, à son tour,  l’Union européenne aurait promis à son protégé Kabila II de soutenir sa supposée  victoire électorale malgré la protestation de toute l’opposition congolaise, de la myriade des ONG locales   et surtout de la toute puissante Eglise catholique de la RDC pourtant affiliée à l’Occident. Les USA auraient donné la bénédiction à ce «deal ». Ntaganda qui, malgré le mandat de la CPI  vivait auparavant au vu et au su de tout le monde  aussi bien à Kinshasa qu’à Goma près de la Monusco  était cette fois -ci livré à la poursuite. On se décida donc à le livrer enfin à la Cour pénale internationale,  autre instrument de pression de l’Occident[26].

Ntaganda aurait appris la nouvelle et se serait éclipsé en regagnant  à temps ses terres  natales du Masisi (en RDC). Son odyssée  coïncida avec la naissance du M23 dans cette même Région. Un certain amalgame s’en serait d’ailleurs suivi : les vraies raisons pour lesquelles le M23 avait pris les armes furent éclipsées par l’affaire Ntaganda qui continua à empoisonner la lutte du M23. Le Rwanda aurait –il été sollicité pour intervenir dans l’arrestation de ce général en fuite ? Ceux qui soutiennent cette hypothèse  affirment que le Rwanda, contacté, aurait opposé une fin de non- recevoir ne voulant en aucun cas se mêler de cette affaire se passant sur le sol  congolais entre Kabila  et ses partenaires européens. Il aurait donc décliné l’offre, ce qui  fut considéré comme une volonté de non «coopération» de sa part. De là serait   l’origine de certains de ses ennuis actuels. Le Rapport Hege a servi de prétexte pour  sanctionner un  Pays jugé «non coopératif  »dans cette rocambolesque affaire. Les USA donnèrent  l’exemple les premiers en suspendant les 200.000$ d’aide. Le montant était symbolique mais il donnait le feu vert à d’autres bailleurs de fonds  et ouvrait une  brèche qui ira en s’élargissant. En effet  d’autres Pays suivront  l’exemple en prenant à la hâte des  mesures de suspension d’aide avec des montants de loin plus importants et ce, contre toutes les règles de procédure habituelles. Dans ce cas bien précis le Rapport Hege aurait été lui-même  manipulé et le Rwanda en fut victime.

Des Problèmes de fond ignorés.

Voilà pour les hypothèses mais disons un mot sur les problèmes ignorés dont on devrait tenir compte. Les problèmes de la RDC sont complexes : une petite résolution du Conseil de Sécurité  à la va-vite ne peut en venir à bout. Que servirait en effet la mise au pas du M23 sans que les problèmes de droit qu’il pose ne soient résolus ? A quoi servirait aujourd’hui la fin du M23  si demain il y a émergence des M24, M25, M26 etc. ?Or il est sûr que des rébellions similaires surgiront aussi longtemps que les problèmes de fond de ce Pays ne seront pas résolus. Et parmi ceux-ci, figurent celui d’un Etat de droit respectueux des droits de ses citoyens y compris le droit à la nationalité des Rwandophones congolais. Y compris ceux dont la soi-disant morphologie rappelle celle des tutsi rwandais. Cette ridicule  histoire de morphologie est  manipulée par des politiciens irresponsables qui cultivent dans la population un racisme anti-tutsi  virulent  et font malmener et maltraiter de véritables citoyens congolais  sous prétexte qu’ils auraient  une morphologie dite Tutsi[27]. Certains sont traqués et menacés jusqu’à mort .C’est dire entre autres choses que le M23 est une métastase d’un mal profond, celui d’un  Etat qui ne reconnait ni ne protège  ses propres citoyens. Le Pays souffre d’un déficit de bonne gouvernance en la matière.

Sans prétendre donner une quelconque  leçon de bonne gouvernance, il est permis de dire que le leadership congolais  devrait  garantir  l’avenir  de ses propres citoyens Rwandophones et principalement , ceux refugiés  dans les pays voisins principalement au Rwanda et en Uganda. Il lui revient de respecter et de mettre en exécution les Accords signés avec ses propres citoyens .Les problèmes de la RDC sont d’abord internes. Les forces étrangères, y compris les drones, n’y pourront rien. Même si elles peuvent donner l’illusion aux multinationales occidentales de pouvoir travailler en RDC en toute sécurité. Ce n’est que de l’illusion sans lendemain.

En plus le Pouvoir congolais ne devrait pas entretenir sur son territoire  une menace contre ses voisins. Il est responsable de la mauvaise gestion des FDLR. Les conflits intercommunautaires congolais sont antérieurs à l’arrivée des FDLR au Kivu en 1994.Mais l’arrivée de l’ex-FAR et des miliciens Interahamwe disposant d’armes et prêts à attaquer le Rwanda a donné une dimension dramatique au conflit. Les « forces génocidaires» semblent avoir été  récupérées par le Pouvoir, et ce depuis longtemps. Elles seraient intégrées parmi les Forces de défense de la RDC qui s’en servent comme d’une pièce de rechange ou plutôt de menace contre son le Rwanda. C’est une mauvaise politique de la part des autorités congolaises d’entretenir sur son sol une telle menace. L’existence en RDC  de l’ex-FAR et des Interahamwe, reconvertis en FDLR avec leur activisme anti-régime rwandais a un effet néfaste sur l’état des relations entre les deux pays. Kinshasa et Kigali ont intérêt  à collaborer, à  se regarder comme alliés contre toutes les Forces du Mal. L’Occident devrait encourager cette approche  à moins qu’il ne  préfère  pêcher en eau trouble ou vouloir  tenir Kabila loin du « nationalisme» rwandais.

Les troupes de la Monusco et autres, y compris les éventuels drones américains, auront  beau séjourner dans cette région aussi longtemps que nécessaires , il n’y aura pas de paix durable sans la reconnaissance des droits des citoyens congolais aujourd’hui défendus par le  M23 et sans  le désarmement des milices opérant dans le Kivu à commencer par les forces des FDLR. C’est du reste dans ce sens que le Conseil de paix et de sécurité de l’UA avait considéré, le 10 janvier 2005 à Libreville, que « le Problème posé par la présence continue des ex-FAR et Interahamwe et d’autres groupes armés à l’Est de la RDC requiert une action décisive de la part de la Communauté internationale en général  et de l’Afrique en particulier pour désarmer et neutraliser effectivement ces groupes  armés»  Une requête dans ce sens avait été envoyée au Conseil de sécurité «en vue d’accroitre substantiellement les effectifs de la MONUC et de renforcer son mandat lui permettant de contribuer, de façon plus effective, à la stabilisation de l’Est de la RDC , y compris dans le désarmement et la neutralisation des ex-FAR et des Interahamwe, ainsi que dans le renforcement de la sécurité le long de la frontière entre la RDC et le Rwanda»[28]

Conclusion

Contrairement au  Rwanda, l’Occident  n’est pas intéressé  ni par les problèmes de fond de la RDC ni par le désarmement des FDLR ni par les problèmes de droits des citoyens congolais. Il s’impatiente à implanter ses multinationales au Congo –Kinshasa sans plus attendre car le temps pourrait être trop long avant que la classe politique congolaise actuelle ne  parvienne à se pencher sur  ses problèmes de fond  et surtout à leur trouver des solutions durables. Il n’est pas impossible que L’Occident en soit même désespéré  et qu’il se contente de miser sur le Président Kabila II sans plus attendre. Le temps est d’autant plus pressant que la Chine s’est déjà pointée dans cette Région  et que sa concurrence  est des plus redoutables pour l’Occident en crise. Ajoutez- y que cette région est courtisée pour ses nouvelles ressources qui viennent d’y être découvertes. Aux yeux de l’Occident le temps presse et ne permet pas l’analyse des problèmes de fond comme le voudrait le Rwanda qui semble crier dans le désert. L’Occident procède par une approche  superficielle  qui lui est d’ailleurs à la fois favorable et  préférable .Entre le Rwanda et l’Occident  les voies d’approche sont diamétralement opposées  et ne maqueront pas de provoquer des malentendus entre les concernés .Le plus faible c’est-à-dire le Rwanda  en paiera les frais.

La deuxième source d’ennui provient  de la supposée influence prêtée au Rwanda sur les citoyens rwandophones de la RDC et illustrée, pense-t-on,  par le fait que le Rwanda n’a pas  criminalisé à son tour le M23. Ceci est considéré comme la non coopération de sa part. Le Rwanda n’a pas pris le M23 comme une bande de terroristes. Du reste aucun pays de la région ne l’a pris comme tel[29]. Que ces gens réclament leurs droits, cela n’a pas été  considéré par le Rwanda comme un crime .Cette non condamnation du M23pose des problèmes .Le représentant de l’Union Européenne à Kinshasa , Jean Michel Dumond ,affirmait  que « ses amis[Rwandais ]doivent explicitement condamner le M23 »[30] Il en est de même du Ministre belge des Affaires Étrangères ,M. Didier Reynders qui avait déclaré le 12 septembre 2012 ,devant le Parlement de son Pays, que «le Rwanda doit condamner la rébellion[du M23 ] de façon explicite »[31]. Le Rwanda a beau participer à toutes les réunions et conférences cherchant des solutions aux problèmes de la RDC et du M23, mais il n’est pas cru par les Représentants de l’Occident. Sa coopération en la matière semble mise en doute. On lui prête des intentions de travailler  en sous main avec le M23 et  ses dirigeants sur lesquels il aurait de l’influence  parce qu’ils sont dits tutsi .Pourtant des milliers de tutsi congolais ne soutiennent pas  le M23. Au contraire, ils sont du côté de Kabila et combattent cette rébellion. Personne n’explique comment le Rwanda aurait de l’influence sur les uns et non sur les autres ni pourquoi cette prétendue solidarité tutsi serait partielle  voire partiale. En réalité cette approche procède d’un vieux fond raciste  à l’occidentale qui prétend que les tribus africaines se soutiennent aussi bien dans le bien  que  dans le mal par dessus les frontières même quand les preuves du contraire sont évidentes. Sinon le général Masunzu[32]et ses collègues, tutsi, auraient été du côté des mutins qu’ils combattent aujourd’hui  .Et ils ne sont pas une exception : des milliers de congolais tutsi, politiciens, fonctionnaires, militaires ou simples paysans ne sont pas du côté de la rébellion .La présupposée influence du Rwanda est collée aux uns et non aux autres .Pourquoi ? En fait  ceux qui brandissent cette soi-disant influence Rwandaise cherchent à infantiliser les citoyens congolais, principalement rwandophones, à les déresponsabiliser en affirmant que sans cette influence, ils sont incapables de réclamer leurs droits ou de rappeler à leur gouvernement les Accords signés avec lui. Sinon cette prétendue influence avec laquelle chaque rwandophone congolais  agit à sa guise est  questionnable .N’est ce pas à la limite un autre mythe que la réalité dément mais dont le Rwanda doit payer les frais ? Le fait  est que l’Occident ne cherche pas à voir la réalité des choses : l’existence des Rwandophones congolais , y compris les tutsi , à l’Est de la RDC et leur manque de droit comme citoyens à part entière de la RDC .Il ne fait que soupçonner  le Rwanda de ne pas coopérer  entièrement avec lui pour casser le M23 .Du soupçon, il passe vite à une action punitive :la suspension d’aide .

Sous Kabila I Et Kabila II le Rwanda  a été le dindon de la farce  en matière de désarmement des FDLR. Le non désarment de ces « Forces négatives » a créé entre nos deux Pays un déficit de confiance. Aujourd’hui le malentendu entre la RDC et le Rwanda provient du manque de confiance et donc de difficulté de coopération  mutuellement avantageuse. Il y a absolument des gains politiques avantageux à tirer du respect de la parole donnée. L’Opération « Omoja wetu » l’a d’ailleurs montré.  Le jour où les Autorités Congolaises décideront de  se débarrasser des FDLR, la paix reviendra entre les deux Etats si l’Occident ne s’y oppose pas en brandissant par exemple le mythe du « pillage » ou celui de la fameuse« zone tampon » .Le Président Kabila peut-il se  passer des FDLR ? Si oui, un bel avenir s’ouvre devant nous dans moins d’une décennie.

Disons enfin que le Rapport Hege n’était qu’un prête -nom à la suspension de l’aide au Rwanda. C’est peut être aussi la raison  de son inconsistance .Des Pays aussi sérieux que les USA , l’Allemagne et la Grande Bretagne ont déclaré publiquement qu’ils mettaient fin à la mesure de suspension d’aide au Rwanda avec des modalités diverses de réouverture de leur coopération.Les députés britanniques en visite à Kigali avaient même déclaré à la Radio Rwanda ,en date du 23janvier 2013,que la suspension d’aide au Rwanda n’avait pas été due  à l’appui du Rwanda au M23 mais bel et bien à la crise financière  dans leur Pays. La même Radio Rwanda avait  rapporté aussi, le2 février 2013, que l’Allemagne allait mettre fin à la suspension d’aide au Rwanda parce qu’elle n’avait pas trouvé de preuves que le Rwanda appuyait le M23. Quelques jours auparavent  un représentant  des USA avait déclaré qu’il n’y avait pas de preuves de soutien du Rwanda au M23. L’ancienne Secrétaire d’Etat américaine  adjoint aux affaires Africaines,  Jendayi Fraser, avait même osé dire que «les éléments de preuve contenus dans ce Rapport ne sont pas convaincants». Ces déclarations prouvent que les mesures de suspension d’aide avaient été prises  soit à la légère,  ce qui est difficile à comprendre, soit pour une autre raison cachée et que le Rapport Hege n’était qu’un prétexte. Sinon le  Rwanda  n’aurait pas  été sanctionné sur base d’informations lacunaires que certains Pays déclarent non consistantes après coup. Certains Pays se sont même ressaisis – et c’est bon -mais cela montre que le  Rwanda avait été sanctionné sur base de faux rapports   et de manipulation de ces derniers au plus haut niveau. Les véritables raisons sont ailleurs.

Sinon pourquoi toutes ces manœuvres pleines de contradiction? Nous avons présenté, quant à nous, nos hypothèses :appui inconditionnel quoique provisoire à Kabila II de la part de l’Occident qui –fait étonnant- a désespéré de la classe politique et militaire de la RDC et cherche en conséquence à revenir au «realpolitik »plutôt qu’aux solutions de fond; farouche  volonté de «pacifier» cette région en vue de sa bonne exploitation en perspective  quitte à sacrifier les causes du M23; un petit relent de racisme prêtant au Rwanda l’appui supposé à tout ce qu’est dit tutsi et faisant douter de  la sincérité de sa coopération ; et son discours nationaliste et panafricaniste plutôt mal digéré par l’Occident qui le considère comme une menace contre ses intérêts  vitaux dans la Région. L’affaire Ntaganda en rajouterait .Mais l’essentiel est l’exploitation la plus rapide possible de la RDC par l’Occident.

La conclusion est claire : la manipulation de l’aide relève de la volonté manifeste de ceux qui croient avoir le  pouvoir de peser sur notre  destin .Le  Président Hollande disait devant le Parlement Européen, le 5 février 2013,  que «L’Europe a mission de peser sur le destin du monde ».Ce discours montre    la détermination  des Pays occidentaux qui, pour leurs intérêts, cherchent actuellement  à orienter comme ils veulent l’avenir des Pays de notre Région des Grands Lacs Africains. Heureusement que  le monde a changé : l’Europe  n’a plus le pouvoir de peser seul sur le destin du monde. Non. D’autres forces ont émergé.

Fondamentalement les Puissances Occidentales  cherchent à se servir de Kabila comme de leur  «homme ».Elles ne visent pas le bien de la RDC. Elles ne cherchent pas à résoudre les problèmes de fond de ce Pays. Tel un voleur pressé, elles cherchent une accalmie pour pouvoir exploiter les ressources congolaises. L’Occident est pour ses propres intérêts et donc pour quiconque pourrait mieux l’aider à exploiter l’Afrique  et surtout la RDC dont le Rwanda n’est qu’une des portes d’entrée .Plus un Etat est faible, mieux vaut pour l’Occident qui n’a  alors pas à rendre des comptes .Il est  contre le M23 parce qu’il doute de sa consistance et donc de son avenir. Il est  contre  le Rwanda : il s’inquiète de son discours libérateur et de sa «non coopération »implicite. C’est pourquoi il le menace de son oppression et de sa suspension d’aide. Il cherche à peser sur son destin en cassant son dynamisme économique et tout ce qui symbolise chez lui son indépendance et sa détermination à aller de l’avant. Il cherche à faire la pluie et le beau temps sur nos Pays, c’est pourquoi Il utilise à travers la suspension d’aide son pouvoir d’injonction.

Il faut apprendre à  résister à l’intimidation de l’Occident. Ne pas baisser les bras, apprendre à sortir de la dépendance  et de la vulnérabilité, recréer même les liens de solidarité avec les forces progressistes en  RDC-car il en existe- et ailleurs  qui refusent l’exploitation néocolonialiste de  l’Occident. Participer et contribuer à la renaissance d’une « Afrique digne ». L’avenir est de notre  côté et nous appartient ; celui de l’Occident néocolonialiste  ne peut être  que derrière lui. Nous vaincrons, il suffit d’y aller doucement mais sûrement. Ce n’est qu’une  question de temps. L’Occident  et  encore moins l’Europe n’ont plus le pouvoir de «peser sur le destin du monde».Ni même sur celui du Rwanda. Ils ne peuvent que compter leurs  petits sous et chercher à faire main basse sur les richesses  des peuples endormis.  Il faudra  que les peuples africains se réveillent et n’acceptent pas que leur destin soit décidé  ailleurs et par d’autres et non par eux-mêmes. D’où la nécessité des voix nationalistes et panafricanistes qui réveillent les consciences mais  dont il faudra nécessairement payer le prix. Une révolution des mentalités est nécessaire et passera par  le rejet de l’esprit d’éternel assisté. Paradoxalement la suspension de l’aide pourrait nous y aider et nous y pousser. Il n’y a pas d’autres choix. Donc à quelque chose malheur est bon. L’aide est comme une fragile béquille qu’il faut savoir rejeter au loin et oser marcher tout droit, dans la dignité la plus absolue. Avec la suspension d’aide, le Rwanda a reçu un grand avertissement.  C’est entendu.


[1] Ludo Martens. L’Après-Mobutu au Congo-Kinshasa. Continuité néocoloniale ou révolution populaire 20 juin 1990. Ce document a été publie dans « Solidaire Congo- Kinshasa » Bruxelles-Belgique 1990

[2] idem

[3] idem

[4] idem

[5] Idem p.5

[6] Idem p.7

[7] Idem p.8

[8] Olivier Lanotte République Démocratique du Congo, Guerre sans frontières. De Joseph Mobutu à Joseph Kabila, Grip et éd. Complexes p.225

[9] Olivier Lanotte, République Démocratique du Congo, Guerre sans frontières. De Joseph Mobutu à Joseph Kabila, Grip et éd. Complexes, p.37-38

[10] Idem p.38

[11] Le Soir, du 20 Mai 1997, cité par Lanotte, op.cit. p.38

[12] Olivier Lanotte , République Démocratique du Congo, Guerres sans Frontières , De Joseph Désiré Mobutu à Joseph Kabila ,GRIP et Editions Complexe  2003 p. 90

[13]This question can only be decided by a Court decision on the basis of evidence belong all reasonable doubt”( in Maping Report,28 ,p.12)

[14] Il n’y avait pas de planification du génocide en tant que tel : pas d’intention, pas de support idéologique, pas de relais médiatiques, pas de listes préétablis, pas d’exécutions systématiques, 70% de hutu n’avaient pas quitté le Pays ,80% de hutu refugiés étaient rentrés dans le Pays et un rapatriement massif s’était réalisé au grand jour.

[15] Didier  Goyvaerts, Conflict and Ethnicity in Central Africa  ,Institute for Study of Languages and Cultures of Asia and Africa ,Tokyo University of Foreign Studies ,2000, p.41-45

[16] Colette Braeckman, Vers la deuxième Independence du Congo, le Cri, Afrique Editions, Histoire, 2008, p.2006

[17] Colette Braeckman, op.cit. p.211

[18] Colette Braeckman, op.cit. p.211

[19] Michel Sitbon, in La  Nuit Rwandaise, revue annuelle, no 7 du 7 Avril 2013, p.293

[20]  Idem

[21] L’autre défi, également majeur, est celui  de garder sa cohésion interne mais ce point n’entre pas dans la présente analyse.

[22] Sciences Humaines, Numéro Spécial No 2 mai- juin 2003, Comprendre le Monde, p.96

[23] Ian Bannon and Paul Collier (Editors), Natural Resources and Violent Conflict, Options and Actions, The World Bank, Washington, D.C.2003.

[24] Cité par Antoine Roger LOKONGO  dans Le Soldat du peuple  du 15 /10 /2012

[25] idem

[26] Au moment où nous mettons sous presse le présent Numéro de Dialogue, nous apprenons que le général Ntaganda s’est livré par USA interposés à la Cour Pénale Internationale. Mais le Fond du problème du M23 ne change pas ni non plus les raisons qui sont à la base de la suspension d’aide au Rwanda

[27] Regards Croisés, Revue Trimestrielle, no 29, Goma, Aout 2011

[28] Félicité Kourra Owona Mfegue, Les ressources naturelles dans les conflits armés en RDC, L’harmattan 2012, p.184

[29] Nous apprenons à la dernière minute que le M23 est inclus parmi les Forces négatives à combattre par un contingent tanzanien et sud-africain incorporé dans la Monusco .Il faudra donc commencer par  enterrer les raisons pour lesquelles il combattait.

[30] Rapport du Parlement Rwandais : Raporo ku Karengane gakorerwa u Rwanda hashingiwe ku mutekano muke mu Burasirazuba bwa Repubulika Iharanira Demokarasi ya Kongo, Kigali,le 11Fevrier 2013 , p.79

[31] Idem  p. 73

[32] Un général tutsi congolais à la tête de la région militaire du Kivu :il commande les militaires non mutins y compris les tutsi parmi eux.

Par Antoine Mugesera

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