Aide à l’éducation dans les jeunes Etats d’Afrique : le cas du Rwanda

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C’est au 1 er juillet 1962 que la tutelle belge sur le Rwanda prend fin. La joie d’une souveraineté retrouvée cache mal la carence de personnel nécessaire pour faire fonctionner un Etat indépendant. Après la levée de la tutelle, le Rwanda n’avait pas suffisamment de cadres pour tirer pleinement les conséquences de l’accession à la souveraineté politique en se réappropriant la pensée et l’action et en reprenant complètement le relais dans la gestion administrative, sociale et économique. Certes, le système d’administration indirecte avait associé les nationaux à la gestion du pays, mais il les avait aussi largement confinés dans le rôle d’exécution de tâches conçues et décidées par l’administration tutélaire. Quelques écoles avaient également été crées dans le pays et un certain nombre de Rwandais avaient bénéficié d’une formation. Cependant, la plupart n’avaient pas dépassé le niveau du primaire. L’enseignement secondaire était réservé à de rares privilégiés. Enfin, le conflit ethnique qui a accompagné le mouvement de revendication de l’indépendance, avec son cortège de violences, avait jeté sur le chemin de l’exil de nombreux rwandais, parmi lesquels une majorité des diplômés. Ce qui avait eu pour conséquence d’exacerber la pénurie des cadres et menaçait le jeune Etat en lui privant de ressources humaines dont il avait besoin pour faire ses premiers pas.

Au début des années 1960, le Rwanda n’est pas le seul pays à avoir besoin d’une assistance technique. Lors de leur accession à l’indépendance, toutes les anciennes colonies présentent les mêmes carences et les mêmes difficultés, certes dans des proportions variables, à reprendre en mains les fonctions de l’Etat qui requièrent un niveau éducatif relativement élevé et des diplômes, à assumer les nouvelles charges et à inventer les conditions de développement appropriées à leur propre situation. Pour pallier la pénurie des compétences dans ces nouveaux pays, l’ONU initia un programme de mise à disposition d’une assistance appuyé par les anciennes puissances coloniales et en accord avec les gouvernements des Etats bénéficiaires. Les rapports du Directeur général de l’UNESCO de ces années abondent en information sur les activités de l’organisation sur le continent africain. Des experts envoyés par l’UNESCO travaillent sur ce continent à la mise au point des programmes d’éducation et d’enseignement. Ma contribution s’appuie sur la mise en place de ce programme au Rwanda en général et, en particulier, sur le cas d’une mission ratée en ce pays. Il s’agit de la mission de l’expert D.G.Vuillemin. De nationalité suisse, D.G.Vuillemein arrive au Rwanda en avril 1963, pour enseigner le français dans une école secondaire. Huit mois après son arrivée, il est témoin d’un massacre, dont sont victimes une partie de ses élèves. Touché, il entreprend une enquête sur ces événements, visite les camps ,de réfugiés, tente d’apporter des secours, témoigne et dénonce, mettant dans l’embarras à la fois le gouvernement rwandais et son employeur, l’UNESCO qui lui reprocha d’avoir violé l’article IV du contrat qui les liait. Et pour donner plus de poids à sa dénonciation, M. Vuillemin remet sa démission le 7 janvier 1964. Il a l’appui du résident adjoint des Nations Unies à Kigali, M.Philippe Zuger, qui considère que son intervention a été très utile, ce qui lui permet, à lui et à l’UNESCO, de régler à l’amiable la procédure de séparation, malgré le scandale causé par ses révélations à la presse.

Comme je l’ai déjà indiqué, D.G.Vuilemin était un expert parmi d’autres au Rwanda et ailleurs sur le continent africain. Son histoire est cependant aussi singulière et mérite attention car elle révèle au moins un point important de l’histoire de l’assistance technique et de la coopération internationale. En effet, à travers cet exemple, on s’aperçoit que l’éducation n’est pas seulement une affaire de moyens, qu’ils soient humains ou financiers. Elle dépend aussi et très largement des politiques. Le niveau d’investissement dans l’éducation relève d’un choix politique. A cet égard, les organisations internationales peuvent contribuer à la promotion de l’éducation pour tous par des mesures d’assistance en faveur des Etats qui en ont besoin, par des initiatives d’incitation et d’encouragement en faveur de ceux qui sont susceptibles de mieux faire…. Mais que faire lorsque ce sont les luttes de pouvoir –ou pour le pouvoir- et l’insécurité qu’elles génèrent qui constituent les freins à l’éducation ?. Cette expérience montre également la frustration des femmes et des hommes qui s’engagent sur le terrain et qui ne peuvent pas compter sur la force des organisations internationales qui les emploient lorsque les gouvernements locaux contrarient l’accomplissement de leur mission. Enfin, elle confirme l’étroite relation entre la paix et l’éducation et elle rappelle que si le savoir est le levier du développement, la sécurité humaine en constitue le point d’appui. Elle résume un ensemble de défis qui, quarante après, paraissent encore d’actualité

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