Rwanda: LES MENSONGES DE REPORTERS SANS FRONTIERES SUR LE NEGATIONNISTE GUY THEUNIS

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En date du 4 novembre 2005, l’organisation française REPORTERS SANS FRONTIERES (RSF) sortait un rapport intitulait « Rwanda. Enquête sur l’arrestation de Guy Theunis : les accusations, la procédure, les hypothèses ». Ce rapport très unilatéral, partisan et tendancieux du début à la fin, se cantonne sur deux préoccupations majeures : confirmer la prétendue innocence de Guy Theunis; attaquer et diaboliser un groupe de quatre témoins à charge dans ce dossier : Antoine MUGESERA, Marie-Immaculée INGABIRE, Tom NDAHIRO et Jean Damascène BIZIMANA. Au clair, RSF n’a pas mené une enquête sérieuse, il a fait de la désinformation au cours de laquelle un réquisitoire erroné a été formulé contre les témoins à charge. Ce rapport à l’instar des Communiqués qui l’ont précédé, est caractérisé par une disproportion choquante entre l’abondance des arguments sur « l’innocence » de Guy Theunis et la maigreur de la réflexion sur les preuves fournies par les témoins connaissant bien Guy Theunis et/ou ses actions.

Ma première réaction en lisant cet extravagant rapport était de ne pas faire le jeu de la provocation dans lequel a voulu nous emballer RSF. J’ai d’abord pensé qu’il valait mieux me taire face à ce bourrage de contre-vérités. Toutefois, j’estime que la gravité de mensonges, d’affirmations gratuites contenues dans ce rapport est tellement outrancière qu’il serait lâche de ne pas y répondre. Faisant partie des témoins excessivement salis par RSF, j’aimerais apporter d’une part un démenti sur des actes et des propos qui m’ont été attribués; puis d’autre part dire la vérité sur certaines allégations extrêmement mensongères avancées par RSF dans son tendancieux rapport de défense de « l’innocent » Theunis.

Lorsqu’on est en face d’un monstrueux génocide, qu’on commente l’interpellation des génocidaires et des idéologues d’une mentalité génocidaire, il s’agit d’une situation tellement grave qui incite à ne pas accepter la calomnie, la diffamation et la sacralisation des mensonges sur l’innommable. Consciemment, il se développe aujourd’hui, notamment en France et en Belgique, en lieu et place de la justice et de la vérité sur le génocide des Tutsi, un bréviaire de la haine et du négationnisme qui devient de plus en plus affligeant et intolérable pour les victimes. La défense aveuglée de Guy Theunis dans laquelle s’est engagée RSF, accompagnée d’un insolent mépris des témoins à charge, fait partie de cette effroyable manœuvre. Une mise au point s’impose, si modeste soit-elle.

  1. Au commencement était la partialité de Reporters Sans Frontières

Dès l’annonce de l’arrestation de Guy Theunis au Rwanda en septembre 2005 pour son role dans le génocide, RSF a publié, avec une extrême dose de mépris et de cynisme, un communiqué le 11 septembre 2005, qui ne cache pas un parti-pris irréfléchi de cette organisation. Voici ce qu’on lit dans ce Communiqué : « Reporters Sans Frontières apprend avec consternation la décision prise ce jour par une gacaca (tribunal populaire) de Kigali de placer le père Guy Theunis, ancien rédacteur en chef de la revue Dialogue, en catégorie 1, soit parmi les planificateurs, les organisateurs, les incitateurs, les superviseurs et les encadreurs du crime de génocide. Le père Theunis a toujours défendu des idées de tolérance et de respect d’autrui. Il a passé sa vie à combattre le racisme et la haine ethnique et, aujourd’hui, il se retrouve accusé d’incitation au divisionnisme ! Nous sommes scandalisés par le comportement du gouvernement rwandais. Nous ne sommes pas dupes. Il y a très certainement un règlement de comptes politique derrière cette affaire. Les autorités rwandaises lui ont attribué un visa pour mieux le piéger ensuite.

 Nous sommes également étonnés de la rapidité inhabituelle de la procédure et de la nature des témoins à charge lors de l’audience, la plupart membres du parti au pouvoir. Dans la revue Dialogue qu’il anime, le père Theunis permettait à tous ceux qui prônaient la réconciliation de s’exprimer, y compris à des opposants du président Paul Kagame. Nous ne comprenons pas non plus pourquoi cette arrestation survient aujourd’hui. Le père Theunis s’est rendu à plusieurs reprises au Rwanda, depuis 1994, chaque fois avec un visa délivré par les autorités. Guy Theunis est accusé d’avoir incité à la haine en publiant des extraits du journal extrémiste Kangura. C’est aberrant. Il avait effectivement repris des passages de cette revue, mais c’était dans le but d’en dénoncer la haine et l’intolérance. Le père Theunis était notre correspondant au Rwanda en 1992 et 1993. Nous ne l’oublions pas et n’aurons de cesse de clamer son innocence et de nous mobiliser pour obtenir sa libération au plus vite[1]».

Le ton est lancé. Sans disposer d’un moindre indice sur le contenu du dossier, RSF a déjà pris une option partisane de défendre Guy Theunis de facto, peu importe la teneur et la gravité des accusations à sa charge. Une campagne de discrédit est vite menée contre les autorités rwandaises, contre la justice et contre les témoins à charge. La volonté de RSF n’est pas celle de procéder à la collecte impartiale d’informations. Rien ne les intéresse dans ce sens. Dès le départ, la préoccupation prédominante de RSF est celle de la défense aveugle de son protégé, au mépris le plus absolu des victimes du génocide, des témoins, de la justice et des autorités rwandaises. Nous sommes en face d’une véritable moquerie contre la justice rwandaise et dans une prise de position démagogique et ordurière.

Nous trouvons cette option non seulement dans le Communiqué précité, mais aussi dans celui qui l’a suivi un mois après, soit le 11 octobre 2005. Il y est écrit ce qui suit : « Les accusations portées contre lui [Guy Theunis] n’ont aucun fondement. Rien dans les documents présentés lors de l’audience devant la Gacaca, ni ultérieurement, ne prouve que Guy Theunis aurait incité d’une quelconque façon à la haine ethnique ou nié l’existence du génocide rwandais de 1994. (…) Cette affaire est politique. Aucune enquête n’a été vraisemblablement été menée en amont par les autorités judiciaires. Il semble que le parquet  rwandais a signé un mandat d’arrêt sous la pression de certains cadres du Front patriotique rwandais (FPR au pouvoir), dont certains ont témoigné contre Guy Theunis lors de son audience devant un tribunal populaire. Par ailleurs, la promesse faite par le gouvernement rwandais d’extrader Guy Theunis vers la Belgique à la seule condition qu’un jugement ait lieu à Bruxelles n’est pas acceptable. En effet, les éléments produits par la justice rwandaise ne justifient même pas la tenue d’un procès ».

A la lecture de ces différents communiqués, on s’aperçoit incontestablement que RSF a d’emblée un parti-pris pro-Theunis. Ainsi, l’initiative de se rendre au Rwanda, soit-disant pour enquêter, avait un but militant et pas autre chose.  Ce simulacre d’enquête n’était en réalité qu’une ruse destinée à tromper l’opinion internationale, en lui faisant comprendre que des éléments recueillis sur terrain n’avaient révélé rien de consistant. Il ne s’agissait que d’une stratégie tendancieuse mise en avant pour mieux conforter le postulat et la thèse de « l’innocence » de Guy Theunis. Justement, nous avons pu observer que les envoyés de RSF qui ont effectué leur courte visite au Rwanda, ne se sont essentiellement intéressés qu’aux éléments à décharge. Au cours de nos rencontres, ils n’ont véritablement manifesté aucun intérêt pour les faits et les preuves soutenant l’accusation. Je doute même qu’ils aient eu accès au dossier judiciaire. Néanmoins, cela ne les empêche pas de clamer haut et fort que la justice rwandaise ne dispose d’aucun élément qui justifierait la tenue d’un procès.

Cette attitude est non seulement scandaleuse, elle est surtout injurieuse à l’égard de la justice rwandaise qui, comme toute institution de droit, a la pleine souveraineté d’instruire et d’organiser un procès. Il appartient à la justice, et à elle seule, d’apprécier si les éléments recueillis permettent ou pas de continuer les poursuites. Il n’est pas de la mission de RSF de donner des leçons de morale aux institutions judiciaires rwandaises. Ce n’est pas non plus dans les compétences d’un journaliste de procéder à la qualification juridique des faits reprochés à Guy Theunis. RSF devrait être humble pour ne se contenter que de son domaine de compétence, le journalisme, et pas faire une immixtion dans le droit, avec une appréciation déplacée de la législation rwandaise. Cette ingérence est intolérable, surtout qu’elle aboutit à des mensonges et à des prises de positions diffamatoires.

  1. Le déni du droit à la justice

Dans ledit rapport, RSF prétend que, nous les témoins cités, nous n’avions aucun droit de témoigner devant la juridiction Gacaca qui, le 11 septembre 2005, a entendu Guy Theunis. Selon RSF, les principaux témoins n’étaient pas au Rwanda au moment du génocide et n’avaient en conséquence aucun droit à la parole. RSF le dit en ces termes : « Contrairement aux usages, les témoins n’habitaient pas dans le district de Rugenge au moment des faits et la majorité d’entre eux n’étaient pas présents au Rwanda en avril 1994 ». De quels usages RSF fait-il allusion?

Rappelons que la loi portant sur l’organisation et le fonctionnement des juridictions Gacaca n’interdit pas aux témoins qui n’habitaient pas telle ou telle localité de donner à la juridiction concernée tous les éléments d’information dont ils disposent en rapport avec les crimes commis dans n’importe quel endroit du territoire rwandais. C’est même, au regard de la législation rwandaise, un devoir civique et une obligation légale au bénéfice de la justice. Le refus de témoigner est par conséquent un délit. Voilà ce à quoi se sont conformés tous les témoins qui ont chargé Guy Theunis. Ils ont agi son seulement en toute légitimité, mais aussi dans la plus totale légalité. Ensuite, et c’est cela l’essentiel, chacun de ces témoins a des informations très pertinentes sur les infractions reprochées à Guy Theunis. Ils ont le droit de les révéler à la juridiction, celle-ci disposant de sa souveraineté dans leur appréciation.

Par ailleurs, il convient de rappeler à RSF que même Alison DesForges qui, à l’instar des Guichaoua et compagnie, a amassé du trésor, en tant qu’ « experte du Rwanda » devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, ne vivait pas non plus dans ce pays en 1994 ! Et pourtant, RSF ne met nulle part en cause le bien-fondé de son témoignage. Par contre, RSF magnifie Alison DesForges et son soutien à Guy Theunis. Qu’importe. A ce qui me concerne, je connais personnellement Guy Theunis depuis 1970, longtemps avant que RSF ne connaisse même pas que ce Monsieur existe. J’ai vécu avec lui dans la même congrégation missionnaire pendant huit ans entre 1988 et 1996.

J’ai eu des contacts réguliers et de nombreux échanges verbaux et écrits avec lui, en particulier après 1994. Comment RSF peut-il écrire que, par ce que je ne vivais pas au Rwanda en 1994, je ne dispose aujourd’hui d’aucun élément probant à charge contre Theunis ? Pareille affirmation est dénuée de bon sens et de discernement. Puis- je signaler à RSF que je suis né au Rwanda, que j’y ai grandi, que j’y ai étudié et travaillé de nombreuses années, que ma famille y habitait et que 84 membres de ma famille directe (parents, frères, oncles, tantes, neveux, nièces, cousins, cousines, amis,…) ont péri dans le génocide ?

Faut-il rappeler à RSF qu’étant rescapé de ce génocide, j’ai eu à rechercher des informations sur tous ces assassinats et que je connais les responsables de ces tueries ? Est-il nécessaire de souligner qu’Antoine MUGESERA a travaillé avec Guy Theunis au sein du Comité de rédaction de la revue Dialogue ? Aussi, Tom NDAHIRO connaît mieux que quiconque les agissements de Guy Theunis, notamment au sein de la Radio Amahoro ! La même observation vaut pour toutes les personnes qui ont témoigné contre lui. Alors, de quel droit RSF peut-il nous dénier notre droit à la justice ?

Franchement, RSF ignore-t-il qu’il ne peut y avoir de génocide sans génocidaires et surtout sans idéologie génocidaire ? Ignore-t-il que les génocidaires et les idéologues appartenaient à tous les milieux : gouvernement, administration, partis politiques, confessions religieuses… ? C’est ridicule d’oser penser a priori qu’un missionnaire ne pourrait être impliqué dans le génocide ! Que du contraire !

La réalité rwandaise de 1994 révèle malheureusement que beaucoup de prêtres, religieux et religieuses, Rwandais et expatriés ont tué ou fait tuer leurs chrétiens. Ignorez-vous, « excellents » journalistes de RSF, ce qui s’est passé à Nyange où le curé Athanase Seromba a donné l’ordre de détruire l’Eglise au bulldozer avec tous les Tutsi qui y avaient trouvé refuge ? Ignorez-vous les horreurs qu’ont commises les sœurs Gertrude et Kizito du Monastère de Sovu qui ont fait tuer des déplacés Tutsi venus se cacher au couvent ? La liste de ces assassins est longue, je ne me limite qu’à ces deux exemples parmi bien d’autres.

  1. La dénonciation calomnieuse du déroulement de l’audience

Voici comment RSF décrit faussement l’ouverture de la séance d’audition de Guy Theunis devant le tribunal Gacaca : « Dès le début de l’audience, l’un des témoins à charge, Jean-Damascène Bizimana, un ancien séminariste chez les Pères Blancs, distribue un dossier aux neuf juges ainsi qu’à certaines personnalités importantes présentes sur les lieux. En revanche, Guy Theunis, Alison DesForges et les journalistes étrangers présents sur place n’y ont pas accès ».

Quelles sont ces personnalités importantes qui étaient présentes sur les lieux et qui auraient eu le privilège de recevoir un dossier préparé d’avance par mes soins? J’aimerais que RSF indique, preuves à l’appui, une seule personnalité à qui j’aurais distribué ce prétendu dossier. La personne qui vous a donné cette information n’est pas sérieuse. C’est une menteuse. Elle a sûrement voulu se venger ou me discréditer du fait que j’ai refusé de lui donner mes documents qu’elle souhaitait récupérer. C’est totalement calomnieux.

Dans la bonne logique des choses, une organisation comme RSF, prétendument orientée vers la défense du droit à l’exacte information, aurait dû éviter de reprendre un discours accusateur sans se soucier d’interroger les personnes mises en cause. Là est la diffamation, et celle-ci est un délit, vous le savez bien. En outre, pourquoi cette assertion selon laquelle Guy Theunis et Alison DesForges n’ont pas eu accès à cet imaginaire dossier ? Même si c’était vrai, RSF peut-il m’indiquer sur quelle base juridique devais-je être obligé de donner un dossier à une personne mise en accusation par un tribunal souverain ?

Comme cela se passe devant n’importe quelle juridiction, même en France, le témoin ne s’adresse qu’aux juges, c’est à eux à qui il fournit ses preuves. Voilà ce que j’ai fait devant la juridiction Gacaca de la cellule Ubumwe. Alison DesForges, je ne la connaissais qu’à travers ses écrits. Je ne l’ai vu pour la première fois que lorsqu’elle s’est levée pour témoigner. Je ne savais donc pas d’avance ce qu’elle allait dire, et je n’avais aucune raison, a priori, de lui refuser un éventuel document si par hasard celui-ci existait.

De plus, je ne vois pas pour quelle raison il aurait fallu que j’accorde une considération particulière à Mme DesForges plus que les 800 personnes qui participaient à l’audience. D’ailleurs, cette dernière m’a-t-elle demandé quoi que ce soit, même après la séance ? Il en est ainsi pour les journalistes étrangers, contre lesquels RSF estime que j’ai pratiqué la ségrégation en donnant le soit-disant document qu’aux seuls journalistes rwandais. Je n’ai donné de dossier ni à la presse rwandaise ni étrangère. Pas même un interview, et ils ont été nombreux à me le solliciter.

N’en déplaise à RSF, à ses informateurs de mauvaise foi et aux fanatiques du mensonge, notre présence à l’audience dans la juridiction Gacaca du 11 septembre 2005 n’était pas synonyme d’une campagne médiatique. Les témoins à charge n’étaient pas là pour faire du vedettariat comme le laisse entendre les propos de RSF. Nous nous trouvions dans une séance judiciaire qui examinait l’implication d’un missionnaire dans un crime grave, le génocide.

A l’instar d’autres témoins, j’avais et j’ai encore des éléments à charge à confier au tribunal, publiquement, pour que la vérité soit connue et que justice soit faite aux victimes, aux survivants et au peuple rwandais que Guy Theunis a offensés. Seule cette préoccupation retenait mon attention. Les médias ne cherchaient que des faits bruts spectaculaires pour vendre leurs papiers ou faire fonctionner leurs radios; moi j’étais là comme une victime en quête de justice, et comme un citoyen rwandais qui participait à un processus judiciaire destiné à rétablir la paix sociale dans mon pays. C’est tout.

Cela étant, pour que la vérité triomphe, voici brièvement comment mon témoignage s’est déroulé. Et cela peut se vérifier, les caméras étaient-là, ils ont filmé la tenue de la séance du début à la fin, les images pourront en cas de nécessité, confirmer mes propos. En effet, l’audience a été ouverte par le juge-président de la juridiction Gacaca de la cellule UBUMWE selon la loi régissant les procès Gacaca. Après avoir demandé à Guy Theunis de décliner son identité, il a lu les accusations portées à son encontre. Chacun des juges a interrogé l’accusé. Enfin, le juge-président a accordé la parole au public. Chaque personne qui a voulu parler a sollicité et obtenu la parole.

C’est à cette occasion-là, et uniquement à cet instant-là, que j’ai demandé la parole pour commencer mon témoignage. J’ai dit ce que j’avais à dire, ce que je sais, ce que j’ai vécu, vu et entendu. Je peux répéter chacun de ces éléments et je suis prêt à les répéter dans l’intérêt de la justice. Dans la mesure du possible, je tenais à donner des preuves des faits que j’affirmais. Voilà pourquoi je  montrais aux juges, uniquement à eux, les écrits de Guy Theunis qui confortaient mes éléments à charge. Mais jamais et alors jamais, il n’a été question d’un dossier distribué préalablement à quelques privilégiés avant le début de l’audience comme le dit calomnieusement le rapport de RSF.

Un mensonge identique se trouve dans une autre affirmation selon laquelle : « un observateur étranger reconnaît parmi ces ‘témoins’, un chargé de communication au sein du service national des gacacas [sic !], au ministère de la Justice. Ce dernier ne connaît même pas l’accusé ». Soyez sérieux chers journalistes de RSF ! Très franchement, aucun agent du Service national des juridictions Gacaca n’a témoigné dans cette affaire. Et même si cela avait été le cas, je ne vois pas où se trouverait l’illégalité. Un agent du service national des juridictions Gacaca est un citoyen rwandais comme les autres.

Cette qualité lui donne le plein droit de participer au processus Gacaca. La loi n’édicte aucune interdiction à l’égard de ces agents. C’est donc un faux problème que soulève RSF. Par ailleurs, je suis certain que ce n’est pas innocent le fait que cet « observateur étranger » préfère garder l’anonymat, pour ne se dévoiler qu’aux autres étrangers que sont « Reporters Sans Frontières ». Si celui-ci est sûr de la matérialité des faits qu’il affirme, pourquoi ne révèle-t-il pas son identité ? Le jeu du cache-cache n’est rien d’autre qu’un subtile moyen de couvrir les rumeurs et les mensonges, et en fin de comptes de répandre la calomnie. Il s’agit d’une tactique négative délibérée, visant à vouloir faire comprendre que la juridiction Gacaca était manipulée.

Quand on n’assume pas ses déclarations ou ses écrits, c’est un signe de faiblesse, d’hypocrisie et de délation. Puis, il faut relever une autre erreur gravissime qu’un journaliste sérieux ne devrait commettre : le service national des juridictions Gacaca ne fait pas partie de l’organigramme du Ministère de la justice, comme le suggère le rapport de RSF. Il s’agit d’une institution totalement autonome. Ainsi, l’insérer dans les organes du MINIJUST comme le fait RSF répond à la même stratégie, fausse mais récurrente, destinée à démontrer la soit-disante absence d’indépendance du tribunal Gacaca qui a jugé Guy Theunis.

4) Les mensonges sur mon identification  et sur mes engagements

Je ne sais pas qui a donné mon CV à RSF, si jamais ils l’ont reçu. Simplement, je relève à la lecture de leur rapport, que ce qu’ils affirment dans la description de mon identité et de mon parcours n’a que très peu d’exactitude. Il est par exemple écrit que j’aurais fait un « stage au Mali ». C’est absolument faux. Il est ensuite dit que je suis « également professeur de droit international au Centre d’études et de recherches sur les droits fondamentaux de l’Université libre de Kigali ». C’est catégoriquement faux. RSF écrit également que je suis « proche de Jean-Paul Goûteux » et que je suis « actif dans les réseaux de dénonciation des responsabilités supposées de l’Eglise catholique et des Pères Blancs dans le génocide ». Il y aurait beaucoup à dire là-dessus.

En effet, quel lien de cause à effet mes relations d’amitié avec Jean-Paul Goûteux a-t-il avec le dossier Theunis ? De plus, sans renier en aucun moment mon attachement et mon affection pour Jean-Paul Goûteux, je me demande si RSF est en mesure de prouver le degré et la nature de ma proximité avec lui ! Mais cela n’est pas tellement important, je suis très fier d’avoir Jean-Paul Goûteux comme ami. Ses travaux de vérité, profondément fouillés et superbement documentés, honorent le Rwanda et la France. Je connais tellement de Français qui sont indignés de la politique de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. Les chercheurs de l’énergie de Jean-Paul Goûteux leur font honneur. J’en profite, de passage, pour saluer la mémoire du regretté François-Xavier VERSCHAVE, l’un de ces Français infatigables défenseurs de la vérité et d’une politique juste de la France en Afrique.

S’agissant du second volet d’accusation à mon égard, RSF peut-il indiquer quels sont ces réseaux de dénonciation de l’Eglise catholique et des Pères Blancs auxquels je ferais partie ?  Où se trouvent-ils et quels actes concrets font-ils ? RSF est-il en mesure de nous fournir un moindre élément de réponse et de preuve là-dessus ? Bien sûr que non. Il s’agit d’une affirmation gratuite, calomnieuse et diffamatoire qui ne repose sur aucun élément de fait. Comme témoin et intellectuel, j’ai simplement donné des témoignages sur ce que j’ai vu et vécu chez les Pères Blancs et dans l’Eglise catholique rwandaise. J’ai mené des travaux de recherches, notamment sur l’action des Pères Blancs dans le génocide, lesquelles ont abouti à la publication de mon ouvrage : « L’ Eglise et le génocide au Rwanda : les Pères Blancs et le négationnisme », paru à Paris aux Editions L’ Harmattan il y a quelques années déjà. Es-ce cela appartenir à un réseau de délateurs ?

En l’état actuel des choses, je suis loin d’être le seul à penser et à constater que l’Eglise catholique rwandaise en général, et les Pères Blancs en particulier, ne sont pas innocents dans la série de crimes qui ont souillé l’histoire de mon pays. Mon livre a obtenu le consentement des Pères Blancs honnêtes et aimant la vérité. Il y en a qui m’ont exprimé leur accord face au contenu de l’ouvrage. Si maintenant RSF croit en la pure innocence de l’Eglise et des Pères Blancs, je lui en laisse l’entière responsabilité. C’est une conviction qui n’a rien de vrai et qui finira par s’éteindre d’elle-même. Vous savez, la vérité finit toujours par rebondir, surtout lorsqu’il s’agit d’un crime monstrueux ayant l’ampleur du génocide des Tutsi. Quand on nie l’évidence, quand on défend l’indéfendable, on devient peu crédible. C’est bien le cas du comportement de Reporters Sans Frontières dans l’affaire Theunis.

5) La déformation du contenu de mon entretien

Lors de ma rencontre avec Jean-François JULLIARD, envoyé spécial de RSF au Rwanda, j’ai passé une demi-heure avec lui. C’est dire qu’il ne s’intéressait pas en réalité à la recherche de toutes les informations. Dans un tel dossier, l’on ne peut pas recueillir tous les éléments en moins d’une heure. Jean-François JULLIARD avait ses propres certitudes, il avait une mission bien établie à accomplir : celle de trouver des éléments de soutien à Guy Theunis. Point. Pour ce faire, il fallait évidemment faire semblant d’avoir rencontré des témoins de l’accusation. C’est ce qui explique le temps très court qu’il m’a accordé, alors que c’était lui qui m’avait contacté. Et Dieu sait que je souhaitais lui donner tous les éléments convaincants à ma disposition. Mais il n’en avait ni le temps ni l’envie.

En effet, lorsque nous nous sommes vus, j’ai aussitôt commencé mon énumération des faits, en essayant de les expliquer le plus clairement possible. Le journaliste ne prenait que très rarement note. Je me suis interrogé sur ce désintérêt, j’ai failli arrêter la conversation, mais j’ai foncé, car pour moi la vérité devait sortir. En évoquant des faits, j’apportais des preuves que je disposais. Le journaliste a voulu photocopier mes lettres individuelles et des Fax, ce que j’ai refusé. J’ai accepté tout de même qu’il photocopie quelques articles comportant des citations de haine, de discrimination et de racisme signés par Guy Theunis. J’ai aussi accepté qu’il prenne note de certains extraits des courriers individuels contenant des propos délictueux. De tout cela, l’envoyé de RSF n’a rien mentionné dans son rapport. Et quand il en a petitement fait mention, il a déformé leur contenu et les a commentés uniquement dans le sens favorable à Guy Theunis.

Exemple flagrant de cette malhonnêteté intellectuelle : A la page 6 du rapport, il est écrit : « Jean-Damascène Bizimana a remis à Reporters Sans Frontières, comme élément à charge, le compte-rendu d’un débat organisé en 1997 –soit trois ans après le génocide- par un journaliste belge entre le Père Theunis, la journaliste Colette Braeckman et l’universitaire Filip Reyntjens. Lors de cette rencontre, le Père blanc a affirmé que les Tutsis avaient tendance à ‘gâter les choses’ et que la ‘violence’ [venait] toujours du même côté’, se référant à l’histoire du pays ». Et RSF de commenter : « En aucun cas, ces propos ne peuvent être considérés comme une négation du génocide ou une incitation à la ‘haine ethnique’ ». Pourquoi RSF a-t-il omis de reprendre textuellement tout le passage ? C’est simplement par ce qu’il est trop clair, et qu’ainsi, il paraît trop gênant pour RSF qui souhaite défendre inconditionnellement l’accusé Guy Theunis.

Voici la version exacte et complète de ce passage : « C’est une constante. Les Hutus sont généralement pacifiques. Ils voulaient une évolution non violente. La violence vient toujours du même côté. D’un seul côté. (…) Du côté des Tutsis. Ce sont toujours les Tutsis qui provoquent, qui d’une manière ou d’une autre gâtent les choses[2] ». Les Tutsi seraient, selon Guy Theunis appuyé par RSF, responsables de leurs déboires. Ils ne seraient que de froids comploteurs machiavéliques de tous les malheurs qui se sont abattus sur le Rwanda, leur génocide y compris ! Comme dans nombre d’argumentations négationnistes, l’exécution du génocide serait en définitive imputable aux victimes elles-mêmes. Ce « safari idéologique[3] », pour reprendre la magnifique expression de Jean-Pierre CHRETIEN, n’est pas sans rappeler les stéréotypes en vogue à la fin des années 50 où les Tutsi sont disqualifiés, méprisés, alors que les Hutu accèdent à des qualificatifs appréciatifs qui leur avaient été privés à l’arrivée des premiers missionnaires.

Dans un autre article paru en novembre 1994 dans la revue catholique de l’Eglise de France, INCROYANCE ET FOI n° 72, p.59 Guy Theunis évoquant le changement de régime au Rwanda a écrit ceci à l’égard de nouveaux dirigeants : “Une dictature est remplacée par une autre dictature plus intelligente (…) il faut un dialogue entre le pouvoir en place et les représentants des réfugiés (car) l’injustice criante actuelle est celle d’un pays conquis par un peuple d’étrangers alors que les habitants premiers croupissent dans la misère soit comme réfugiés à l’étranger, soit comme déplacés à l’intérieur[4]“. Ce « peuple d’étrangers » dont parlait Theunis n’était autre que les réfugiés Tutsi qui rentraient dans leur patrie après plus de trente ans de privation de leur droit à la nationalité rwandaise.  Ces « habitants premiers » en faveur desquels plaidait Theunis sont bien sûr les Hutu.

Ce discours profondément raciste, sous-entend que les Tutsi ne seraient pas des Rwandais à part entière. Theunis les considère, comme le faisait le parti extrémiste CDR, à des colonisateurs du Rwanda, des envahisseurs, des usurpateurs. Les vrais Rwandais, les habitants légitimes que sont les Hutu, selon Theunis, sont dans la souffrance qui nécessite l’intervention pour leur libération ! Comment RSF peut-il oser écrire, sans se discréditer, que ce genre de propos haineux ne constitue pas une incitation au génocide ?

N’oublions pas que c’est la stigmatisation des Tutsi qui a débouché non seulement au génocide de 1994, mais aussi aux massacres successifs dont ils ont fait les frais. Ramener ce genre de discours, veut-il signifier autre chose que la consécration de la division ? Dans la mesure où l’on fait comprendre à certains habitants du Rwanda qu’ils ont plus de droits que d’autres, il s’agit de rien d’autre que du sectarisme, du réveil des inimitiés et, au final, de l’incitation à la haine ethnique. Le génocide commence toujours par la harangue génocidaire. C’est cela que fait Guy Theunis en reprenant des clichés ethnistes dont il connaît la nocivité.

Ces propos ne sont pas sans rappeler les paroles musclées de l’ancien président Habyarimana, peu avant le déclenchement du génocide. Le 20 mars 1994, à l’occasion de la réception de l’équipe nationale rwandaise de foot-ball qui rentrait d’un match de présélection pour la coupe du monde, Habyarimana avait publiquement déclaré, s’adressant sans doute aux joueurs, mais aussi à son armée et à ses miliciens : « je n’ai jamais perdu, car quand la partie semblait mal tourner, je n’ai jamais hésité à briser la jambe du joueur de l’équipe adverse. Il m’est même arrivé de casser le ballon lui-même. Je suis comme ça[5] ». Un message sans aucune ambiguïté pour les radicaux qui exécutèrent le génocide des Tutsi et l’assassinat des Hutu démocrates.

Au cours de ma rencontre avec Jean-François JULLIARD, je lui ai fourni plusieurs citations de la même veine prononcées par Guy Theunis. Mais dans son rapport, il les a complètement gommés. Es-ce innocent ? Je ne pense pas. L’on peut à cet effet considérer que l’occultation et la déformation par RSF du caractère raciste contenu dans les déclarations et les écrits de Guy Theunis répondait à des mobiles hautement inavouables. Certainement, RSF les a trouvés tellement grossiers et flagrants qu’il n’y avait pas moyen de les reproduire, pour ensuite écrire, d’une manière crédible, qu’ils ne comportent aucun élément d’incitation à la haine ethnique. Par ailleurs, la stratégie obscène consistant à renvoyer dos à dos l’ancien pouvoir rwandais, auteur du génocide des Tutsi et des crimes contre l’humanité, et le FPR qui a mis fin à ces crimes, équivaut au négationnisme. Ça c’est criminel, chers amis ! Et ça ce n’est pas bon.

6) Des hypothèses fantaisistes et farfelues

Aux pages 8-9 du rapport portant le sous-titre «  Pourquoi avoir arrêté Guy Theunis ? », RSF  passe en revue quatre hypothèses qui justifieraient, selon eux, l’arrestation de Guy Theunis. Parmi celles-ci, RSF avance « la vendetta des tenants du pouvoir » comme « la plus crédible ». RSF affirme que Guy Theunis est victime d’ « une vendetta personnelle et politique menée par une poignée de tenants du pouvoir qui ont profité du passage de l’ancien journaliste de Dialogue au Rwanda pour lui faire payer son engagement religieux, ses dénonciations du FPR pour ses violations des droits de l’homme, ou tout simplement pour régler des comptes personnels».

Est-ce à dire qu’aucun expatrié à qui le Rwanda reproche des faits précis ne doit être appréhendé au motif que le mobile de l’interpellation ne pourra qu’être revanchard ? Très honnêtement, aucun témoin à charge, n’a été manipulé par aucune autorité. Aucun témoin, parmi ceux que je connais, n’a de haine envers la personne de Guy Theunis, pour faire de lui une bête immonde à sacrifier. Cela étant, nous haïssons ses actes criminels, et c’est bien ceux-ci que nous dénonçons et condamnons. Energiquement. Rien de plus, rien de moins.

Dans le même rapport, RSF nous apprend qu’ « un texte rédigé, sous couvert d’anonymat, par un haut responsable du ministère de la justice, a été adressé, fin septembre, au journal Umuseso » et que « Celui-ci a décidé de n’en publier qu’une partie sous le titre ‘Finie l’action des Pères Blancs au Rwanda’, supprimant les passages les plus virulents et notamment ceux qui accusaient nommément de ‘ségrégationnisme’ des Pères Blancs encore présents dans le pays ».

Tout de suite après, RSF cite mon nom en écrivant : « Jean-Damascène Bizimana, un ancien séminariste chez les Pères Blancs et l’un des accusateurs de Guy Theunis pendant la gacaca du 11 septembre, a déclaré à Reporters Sans Frontières qu’il avait porté plainte le 6 septembre, dès qu’il avait appris la présence de l’ancien journaliste dans le pays. Il a refusé de révéler qui lui avait communiqué cette information ». Ce discours n’est pas exact. J’ai simplement dit à Jean-François JULLIARD que j’avais vu Guy Theunis moi-même. Mais visiblement, ma parole n’a pas été crue. Tant pis !

Pour conclure son rapport, RSF écrit avec une ferme certitude que l’arrestation de Guy Theunis est guidée par « Des motivations personnelles enfin, pour ceux qui connaissent le prêtre depuis de longues années et voient en lui un obstacle à leurs ambitions[6] ». Plus loin on lit ceci : « Une poignée d’individus, poussées par des motivations personnelles ou politiques, a monté un dossier contre le prêtre dans l’urgence[7] ». Et ces individus-là sont cités dans une note explicative en ces termes : « selon les informations recueillies par Reporters Sans Frontières, le procureur Emmanuel Rukangira, Tom Ndahiro et Jean-Damascène Bizimana ont été vus ensemble dans un hôtel de Kigali, s’échangeant des documents, quelques jours avant la tenue de la gacaca ».

De tels propos de suspicion sont inadmissibles. Supposons même que cette dernière affirmation soit vraie ! En quoi un échange de documents entre Rukangira, Ndahiro et Bizimana constitue-t-il un acte indigne et condamnable ? Il est dans la pratique de tous les Etats de droit que les enquêtes se fassent normalement, et que les éléments d’un dossier judiciaire soient recherchés par des agents compétents. Le procureur Rukangira en est un. Cet acte en soi a-t-il quelque chose de choquante au vu de RSF ? Que RSF explique alors comment se déroulent les enquêtes en France et ailleurs au monde? Les procureurs ou les juges d’instruction ne procèdent-ils pas à la collecte de preuves ?

En France, le fait d’apercevoir un juge d’instruction ou un procureur avec des témoins constitue-t-il un sujet de suspicion ? Rukangira, Ndahiro et Bizimana ont aussi droit de se rencontrer, ne fût ce que pour partager un verre ! Y a-t-il quelque chose de répréhensible dans cet acte pour être mentionné dans un rapport public ? Rien n’interdit aux trois personnes nominées par RSF de se trouver ensemble. J’imagine aussi que l’espion qui a fournie cette information à RSF n’était pas non plus seul dans cet hôtel. Or, personne d’entre nous ne s’est mis à mettre des doutes sur le mobile de sa présence qui, visiblement, n’avait rien d’innocent. Arrêtez cette campagne de suspicion s’il vous plaît !

Par ailleurs, RSF évoque de prétendues « motivations personnelles » qui auraient animées les témoins car Guy Theunis constituait, si l’on en croit RSF, un obstacle à « leurs ambitions personnelles ». Il aurait été mieux de préciser quel type d’ambitions dont il s’agit. Soyons quand même sérieux : Comment franchement Guy Theunis peut-il constituer un obstacle aux ambitions d’un Rwandais se trouvant dans son pays, et de quelle manière son arrestation  permet-elle de franchir cet obstacle ? Je ne savais pas que Guy Theunis était important jusqu’à ce niveau ! Maintenant, RSF nous apprend qu’il faudra passer par lui pour obtenir une promotion ou une ascension sociale au Rwanda!

Que répondre face à un tel abus d’arguments ? Disons simplement que Guy Theunis n’est pas, loin s’en faut, le seul Père Blanc que les témoins mis en cause connaissent. Ils connaissent aussi plusieurs autres Pères Blancs qui vivent tranquillement au Rwanda, et qui y jouissent de la pleine hospitalité. Alors, pour quel intérêt se venger contre le seul Guy Theunis? Cet argument d’une « vendetta personnelle » n’a ni sens ni fondement.

Je ne vois pas au nom de quel principe, au nom de quelle règle, on s’attaquerait arbitrairement à un missionnaire à qui on ne reproche rien. Tenir ce genre de discours ou le cautionner correspond au délire. En somme, ces procès d’intention, ces atermoiements, sont la suprême insulte non seulement aux témoins ici nommés, mais aussi à toutes les victimes du génocide. Inadmissible !

7)  Le dénigrement des pièces à conviction

La conclusion de RSF est sans équivoque : « Guy Theunis est innocent des faits dont on l’accuse. Les ‘preuves’ présentées contre lui avant, pendant et depuis la tenue des la gacaca n’ont aucun fondement. Tout laisse penser que l’accusation a été fabriquée à la dernière minute, à l’aide de documents récupérés sur Internet ou dans les colonnes de la revue Golias. Une poignée d’individus, poussées par des motivations personnelles ou politiques, a monté un dossier contre le prêtre dans l’urgence ». On aimerait pouvoir en rire.

Relevons au passage que cet « innocent » que nous présente Reporters Sans Frontières, « revenait de Bukavu, où il avait participé à une médiation visant à ramener la paix dans l’est du Congo[8] ». Cette intéressante révélation vient de la plume même de Robert MENARD, secrétaire général de Reporters Sans Frontières ! Donc, vraie médiation ou participation à une campagne de déstabilisation du Rwanda et d’achèvement du génocide par les FDLR? Et si cet « innocent » Theunis était en réalité le Père spirituel des FDLR comme André Perraudin l’était pour le Parmehutu ? L’histoire le dira.

Lorsque Jean-François JULLIARD, journaliste de RSF, s’est présenté devant moi à Kigali, il a commencé par me dire qu’il savait que je connaissais effectivement Guy Theunis de près, et qu’il avait notamment lu le matin du même jour, une lettre ouverte que j’ai adressé à ce dernier en janvier 1998. Avec ce discours inaugural, j’ai cru avoir en face de moi un véritable journaliste ayant le souci d’informations, et qui était venu pour mener une vraie investigation. La façon dont l’entretien s’est déroulé et la lecture du rapport final me montrent que je m’étais véritablement trompé. La citation ci-dessus indiquée le montre assez bien. En effet, RSF prétend que nous avons récupéré sur Internet toutes les pièces  à conviction. Sur quel site Internet peut-on récupérer les Fax des Pères Blancs ? Sur quel site Internet peut-on trouver des lettres individuelles ?

Lors de la séance Gacaca, des témoins ont méticuleusement décrit les mouvements de Guy Theunis pendant le génocide avec l’Abbé Munyeshyaka et le général Munyakazi. Ils ont signalé qu’ils ont tenu des réunions à la procure près de l’Eglise Sainte Famille. Ces réunions avaient-elles pour but de sauver des gens ? Ne faut-il pas plutôt y voir une association de malfaiteurs que sanctionnent les articles 281 à 283 du Code pénal rwandais ? L’article 281 dispose : « Toute association formée quel que soit le nombre de ses membres ou sa durée, dans le but d’attenter aux personnes ou aux propriétés, est un crime qui existe par le seul fait de l’organisation de la bande ».

Ces témoins ont aussi informé le tribunal des actes commis ensuite par l’Abbé Munyeshyaka qui est l’actuel protégé de Guy Theunis en France. J’ai compris que si Theunis couvre Munyeshyaka avec acharnement, c’est pour que celui-ci ne le dénonce pas, si un jour un procès se tient. Bref, des témoins ont rapporté des faits, des écrits, des photos prouvant la connivence de Guy Theunis avec les génocidaires, sa complicité.

Donc, toute cette compilation d’éléments a été tirée sur Internet et dans la revue Golias, pensez-vous ? Croyez-vous, au regard de mon passé comme étudiant des  Pères Blancs, que je ne dispose d’aucune trace de leurs écrits auxquels Guy Theunis a participés dans leur rédaction, les télécopies en particulier ? Acceptons même qu’il y ait eu des documents récupérés sur Internet. Dans la mesure où ils étayent le fondement des accusations contre Guy Theunis, pourquoi faut-il les discréditer ?

CONCLUSION

On l’aura compris, les publications de RSF sur l’affaire Theunis n’ont rien de sérieux. Le rapport et les communiqués parus manifestent à l’égard des victimes et des témoins un mépris courroucé et une amnésie bien indécente qui frisent la révolte. Les écrits de RSF à ce sujet sont dénués de toute vérité. Des hypothèses émises sont insensées. Les doutes formulés contre la sincérité des dépositions des témoins à charge sont sans raison d’être. La mauvaise foi de RSF est manifeste. Ce faisant, RSF ne respecte ni ses membres aux quels il fournit la désinformation, ni l’opinion internationale à qui il assène une propagande mensongère. Rien de surprenant cependant lorsqu’on analyse le comportement de RSF sur le Rwanda depuis 1994. RSF est habitué à  ce genre de basses œuvres.

En effet, on se souvient qu’à la sortie du premier dossier relatif à l’enquête menée par la revue GOLIAS en juillet 1995, incriminant Feu l’Abbé André SIBOMANA, RSF avait engagé une vive polémique contre GOLIAS. La raison en était la présence du nom de SIBOMANA en bas d’une liste de prêtres qui avaient assassiné ou encouragé des assassinats pendant le génocide. A l’époque, RSF et SIBOMANA avaient, sans succès, porté l’affaire devant le juge des référés pour obtenir l’insertion d’un démenti dans dix organes de presse. Débouté, RSF a contre-attaqué par la publication d’une volumineuse contre-enquête où il disculpait coûte que coûte son poulain. Les dérives sont exactement les mêmes dans l’affaire Theunis. En l’espèce, RSF n’est animé que d’une seule et unique intention, celle d’éviter les poursuites judiciaires contre son « ancien correspondant au Rwanda ».

Vus les mensonges diffusés dans l’affaire Guy Theunis, j’en tire la conclusion que, non seulement RSF ment en ce qui concerne le Rwanda, mais aussi rien ne me garantit que les mêmes errements ne se retrouvent pas dans les autres cas de journalistes « persécutés ou tués pour la liberté de presse ». Qu’est ce qui me convainc désormais, que ce que publie RSF sur l’assassinat du journaliste burkinabè Norbert Zongo, pour ne prendre que ce cas médiatisé, ne relève pas de la même dérive diabolisante que celle enregistrée dans l’affaire Theunis ? Et si RSF nous racontait, pour tous les autres cas rapportés et répertoriés sur son site et dans ses rapports, les mêmes saloperies que ce qu’il dit et écrit sur Guy Theunis ?

En définitive, à la lumière des déclarations et des écrits de RSF sur l’affaire Guy Theunis, il apparaît, sans l’ombre d’un doute, que l’on ne peut plus faire confiance à Reporters Sans Frontières qui, dans le cas d’espèce, mêle le vrai à l’à-peu-près, à l’erreur, au mensonge et finalement à la calomnie. Le discrédit systématique que RSF érige en règle d’or à l’encontre des témoins à charge équivaut à l’occultation de la vérité. Et cela n’est pas de l’information, c’est plutôt de la propagande à laquelle il convient de mettre un point final.

En raison du droit à l’information, vraie et juste, sur l’affaire Theunis, comme sur tant d’autres, RSF devrait sortir de son obscurantisme, de son aveuglément, pour s’informer sans parti-pris, sans préjugés sur les témoins, sans animosité contre le FPR et les autorités rwandaises. D’urgence, RSF devrait cesser de suspecter de motifs infâmes des témoins à charge, au seul prétexte qu’ils disent des choses qui lui déplaisent. Dans cette affaire, la vérité c’est que, dans tout génocide, il y a des concepteurs, des planificateurs qui sont placés au sommet de l’appareil d’Etat. Tout génocide a aussi ses parrains[9]. Guy Theunis fait partie de ces derniers. RSF ne le sait que trop. Même s’il ne l’avoue pas.

Par Dr BIZIMANA Jean Damascène

6 novembre 2005

[1] Reporters Sans Frontières, « Le Père Theunis classé parmi les incitateurs et les planificateurs du génocide », Communiqué de presse, 11 septembre 2005. Voir aussi http://www.umuco.com, article du 13 septembre 2005

[2] ANB/BIA, Bulletin des Missionnaires d’Afrique, n° 326, 15 Juin 1997, p. 15

[3] J.-P. CHRETIEN utilise cette expression dans un texte pionnier sur l’étude de la genèse du racisme au Rwanda intitulé : « Les fratricides légitimes », ESPRIT, n° 12, décembre 1976, pp. 822-834.

[4] Jean NDORIMANA,  Rwanda, l’Eglise catholique dans le malaise, Edizioni Vivere in, Roma, 2001, p. 113.

[5] Cité par Colette BRAEKMANN, Rwanda, Histoire d’un génocide, Paris, Fayard 1994, p. 143

[6] Rapport RSF, p. 9

[7] Ibidem, p. 10

[8] Robert MENARD, Libération, 30 septembre 2005

[9] Lire Yves TERNON, L’Etat criminel. Les génocides au XXème siècle, Paris, Seuil, 1995.

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