Ubucurabwenge mu Mateka y’u Rwanda

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CAHIER  NO 35 = UBUCURABWENGE

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UBUCURA-BWENGE

Le laboratoire du savoir

 

 

 

INTRODUCTION

 

Dans notre programme d’étudier les sources traditionnelles de l’histoire du Rwanda, nous en sommes à la deuxième étape. La première visait la source principale constituée  par le Corpus des Ibisigo = les Poèmes historiographiques. Huit monographies ont été consacrées à ce sujet. S’il plait à Dieu, nous aurons un numéro consacré au Bwiru = le Rituel royal, Dans le présent numéro, Ubucura-bwenge  va retenir notre attention. Ce texte a été présenté par Alexis Kagame dans trois de ses ouvrages : La notion de génération, Un abrégé de l’ethno-histoire et Inganji Karinga. Les informations de base que nous allons utiliser viennent de cette source. Notre travail consiste d’abord à les rassembler, à les organiser ensuite et à les passer au crible de la critique scientifique. Si notre informaterur était encore en vie, probablement qu’il ferait lui-même ce travail d’unifier, compléter et harmoniser toutes ses informations sur ce sujet. Le faire à sa place est pour nous un hommage de fidélité qui lui est rendu.

 

Nous allons parcourir divers aspects de ce sujet en trois étapes. La première concerne des informations préliminaires. La seconde concerne la présentation du  texte modèle  tel qu’il fut publié par Alexis Kagame dans son luvre Ingnji Karina,I (Kabgayi, 1959). La troisième étape sera faite de l’analyse de de ce texte officiel. Allons-y lentement mais sûrement.

 

 

  1. LES PRELIMINAIRES

 

 

Parmi les questions préliminaires, il y a le titre du Document lui-même. Il y aura ensuite celle des auteurs et enfin celle de la date de composition.

 

Que signifie ce titre ?  Ce nom Ubucura-bwenge  comprend deux éléments

sémiotiques : gucura   = forger et ubwenge = intelligence, savoir. L’idée générale vise un lieu ou une institution, où s’élabore la pensée ou la recherche scientifique. L’Université, une Académie scientifique, un Collège   de Sages, sont de ces lieux qui pourraient porter ce nom d’Ubucura-bwenge. Dans le cas présernt, Abacura-bwenge sont  les Généalogistes de la dynastie. Il s’agissait de ce monde de hauts fonctionnaires de la Cour royale : Poètes,  Rituaristes du Code dynastique, Chefs des   Armées, etc., En particulier, il s’agissait de la famille chargée spécilement de mémoriser à perpétuité la généalogie royale en croissance initerrompue. Ceci dit, on comprend pourquoi nous traduisons Ubucura-bwenge = le Laboratoire du savoir. Les spécialistes de ce savoir, nous les nommons les Penseurs du pays. Nous allons citer A. Kagame qui qualifie à juste titre que, « dans les cultures sans écriture, les généalogies des rois sont des charpantes de l’histoire du pays »

 

Quelle foi mérite la liste officielle ? Comme nous le dit Alexis Kagame, dans son livre  La Notion de génération … (Bruxelles 1959, p.14) : « Ce poème était  naguère déclamé par un nombre imposant d’Aèdes et de Mémorialistes de la Cour. De la sorte, il en existait plusieures variantes. Mais il y avait  une famille officiellement chargée de la « Version  officielle ». Les représentants les plus qualifiés de cette famille possédaient ce texte modèle, auquel tout le monde devait finalement se référer. J’eus la chance de repérer (c’est  A.K. qui parle), le nommé Rwanyange, fils de Ntiyambeshye,  habitant à Karama,  dans la province du Marangara, où se trouvait le fief traditionnel de leur famille. Il était le dernier titulaire du poème, et le texte qu’il me dicta servit de base à la rédaction définitive. Voilà la réponse à notre première question.

 

   A quel moment remonte la composition initiale de ce texte ? Il faut savoir que ce texte se répartit en trois sections distinctes. La première, renferme les ancêtres de la lignée, désignés sous le nom d’ Ibimanuka = les Descendus. L’ancêtre le plus reculé est supposé avoir été un célicole qui descendit sur notre terre, en compagnie de son frère Mututsi, et de sa sœur Nyampundu. Ce Mututsi est considéré comme l’ancêtre des clans  Abega, Abakono, et Abaha. Ces descendus totalisent 12 noms, manifestement fictifs. Le but de ces noms mythiques est de symboliser les ancêtres historiques de cette période, inaccessible à nos mémorialistes. Car en effet, le premier roi connu Gihanga Ngomijana, a dû avoir les ancêtres historiques. Ce fondateur est suivi par 10 noms supposés être ses successeurs et portent le nom collectif de Rois de la ceinture  (Abami b’Umushumi). Viennent en fin, les 19 rois dits Rois historiques : de Ruganzu I Bwimba à Mutara III Rudahigwa.

 

Reprenons maintenant la question de la date de la composition des premiers textes d’Ubucura-bwenge. Nous disons les premiers textes, car son ensemble a été rédigé au fil des ans, au fur et à mesure que les rois se succédèrent au trône. Pour répondre à la question, le meilleur critère objectif est le texte lui-même. Or que voyons nous ? Les généalogies plus ou moins complètes commencent avec les rois dits historiques. Ceux-ci le sont grâce à la création  de la poésie historiographique par la reine-mère Nyiraruganzu II Nyirarumaga. Comme on le sait aussi les poèmes proprement historiographiques appelés Impakanizi, commencent leurs  récits  par ceux qui concernent Ruganzu I Bwimba et  sa sœur Robwa, en référence à leur commun martyre pour la Nation. Ainsi trouvons-nous la réponse à notre question : Ubucura-bwenge a débuté en même temps que la poésie (Ibisigo) et grâce à elle. Répétons pour conclure que, parmi les trois sources traditionnelles de notre histoire, Ubwiru est antérieur aux deux autres; Ibisigo et Ubucura-bwenge sont contemporains, comme on vient de le montrer. Ubwiru,  date déjà du temps de Gihanga (1091-1124) et les autres dates officiellement du temps de Nyiraruganzu II, donc du règne de Ruganzu II Ndoli (1510-1543).

 

1.3. Quel est l’importance de ce texte ? Dans son livre E.H (p.11), A.Kagame nous aide à trouver la reponse à cette question. Dans une Culture sans écriture, en effet, la généalogie doit servir de charpente à l’histoire en permettant de situer dans le passé les différents événements qui nous ont été transmis par les organes de la tradition. Le poème généalogique complète heureusement le principe du Bwiru qui établit qu’au régnant doit succéder son fils, de manière qu’il y ait un seul prince destiné à cette dignité par génération. Le Bwiru qui posait ce principe ne donnait pas la liste généalogique. Le fonctionnaire généalogiste en chef commandait traditionnellement la localité de Karama près de Shyogwe dans le Marangara. C’est à lui que revenait l’honneur d’établir les généalogies paternelle et maternelle de la reine-mère à chaque début de règne et d’ajouter ainsi un nouveau paragraphe audit poème. Le dernier en fonction est celui qui vient d’être nommé, à savoir Rwanyange.

 

  1. LE TEXTE OFFICIEL

 

Uyu Mwami twimitse ni MUTARA, izina rye ari Umututsi ni RUDAHIGWA. Nyina ni NYIRAMAVUGO, izina rye ari Umututsi ni KANKAZE ka Mbanzabigwi, ya Rwakagara, rwa Gaga, rya Mutezintare, wa Sesonga, ya Makara, ya Kiramira, cya Mucuzi, wa Nyantabana, ya Bugirande, bwa Ngoga, ya Gihinira, cya Ndiga, ya Gahutu, ka Serwega, rwa Mututsi: akaba Umukobwa w’Abega. Nyina ni Nyiranteko ya Nzagura ya Mbonyingabo akaba umukobwa w’Abashambo. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Mutara ni uwa YUHI, izina rye ari Umututsi ni MUSINGA. Nyina ni NYIRAYUHI, izina rye ari Umututsi ni KANJOGERA, ka Rwakagara rwa Gaga rya Mutezintare wa Sesonga ya Makara ya Kiramira cya Mucuzi wa Nyantabana ya Bugirande bwa Ngoga ya Gihinira cya Ndiga ya Gahutu ka Serwega rwa Mututsi : akaba Umukobwa w’Abega. Nyina ni Nyiramashyongoshyo ya Mukotanyi wa Kimana cya Kabajyonjya ka Rwaka rwa Yuhi Mazimpaka Umwami wa Rubanda : akaba Umukobwa w’Abanyiginya. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Yuhi ni uwa KIGELI, izina rye ari Umututsi akaba RWABUGILI. Nyina ni NYIRAKIGELI, izina rya ari Umututsi akaba MURORUNKWERE, wa Mitari ya Cumu rya Giharangu cya Mutima ya Matana ya Babisha ba Samutaga wa Byunga bya Bigirimana bya Sagashya ka Sakera ka Sakayumbu ka Mwezantandi wa Ntandayera wa Mukono wa Mututsi : akaba Umukobwa w’Abakono. Nyina ni Nyirangeyo ya Rukundo rwa Maronko : akaba Umukobwa w’abashambo. Aho ga nyine, Abakono bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Kigeli ni uwa MUTARA, izina rya ari Umututsi akaba RWOGERA. Nyina ni NYIRAMAVUGO, izina rye ari Umututsi akaba NYIRAMONGI, ya Gaga rya Mutezintare wa Sesonga ya Makara ya Kiramira cya Mucuzi wa Nyantabana ya Bugirande bwa Ngoga ya Gihinira cya Ndiga ya Gahutu ka Serwega rwa Mututsi : akaba Umukobwa w’Abega. Nyina ni Nyiragahwehwe ka Minyaruko ya Kabeba ka Byami bya Shumbusho rya Ruherekeza rwa Zuba rya Gitore cya Kigeli Mukobanya Umwami wa Rubanda : akaba Umukobwa w’Abanyiginya. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Mutara ni uwa YUHI, izina rye ari Umututsi akaba GAHINDIRO. Nyina ni NYIRAYUHI, izina rye ari Umututsi akaba NYIRATUNGA, rya Rutabana rwa Nyakirori cya Makara ya Kiramira cya Mucuzi wa Nyantabana ya Bugirande bwa Ngoga ya Gihinira cya Ndiga ya Gahutu ka Serwega rwa Mututsi : akaba Umukobwa w’Abega. Nyina ni Nyiramwami wa Shumbusho rya Muhoza wa Ruregeya : akaba Umukobwa w’Abagesera. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Yuhi ni uwa MIBAMBWE, izina rye ari Umututsi akaba SENTABYO. Nyina ni NYIRAMIBAMBWE, izina rye ari Umututsi akaba NYIRATAMBA, rya Sesonga ya Makara ya Kiramira cya Mucuzi wa Nyantabana ya Bugirande bwa Ngoga ya Gihinira cya Ndiga ya Gahutu ka Serwega rwa Mututsi : akaba Umukobwa w’Abega. Nyina ni Nyiramacyuriro ya Rusimbi rwa Magenda ya Gasimbuzi ka Senyamisange ya Muyogoma wa Juru rya Yuhi Gahima Umwami wa Rubanda : akaba Umukobwa w’Abanyiginya. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Mibambwe ni uwa KIGELI, izina rye ari Umututsi akaba NDABARASA. Nyina ni NYIRAKIGELI, izina rye ari Umututsi akaba RWESERO, rwa Muhoza wa Ruregeya : akaba Umukobwa w’Abagesera. Nyina ni Mboyire ya Rujuhe rwa Censha rya Nyirabahaya : akaba Umukobwa w’Abahondogo. Aho ga nyine, Abagesera bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Kigeli ni uwa CYILIMA, izina rya ari Umututsi akaba RUJUGIRA. Nyina ni NYIRACYILIMA, izina rya ari Umututsi ni KIRONGORO, cya Kagoro ka Nyamugenda : akaba Umukobwa w’Abega. Nyina ni Nyanka ya Migambi ya Rukundo rwa Ntaraganda ya Nkomokomo : akaba Umukobwa w’Ababanda. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Cyilima ni uwa YUHI, izina rye ari Umututsi akaba MAZIMPAKA. Nyina ni NYIRAYUHI, izina rye ari Umututsi akaba NYAMAREMBO, ya Majinya ya Byunga bya Bigirimana bya Sagashya ka Sakera ka Sakayumbu ka Mwezantandi wa Ntandayera ya Mukono wa Mututsi : akaba Umukobwa w’Abakono. Nyina ni Nyamyishywa ya Musanzu wa Cyankumba cya Juru rya Yuhi Gahima Umwami wa Rubanda : akaba Umukobwa w’Abanyiginya. Aho ga nyine, Abakono bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Yuhi ni uwa MIBAMBWE, izina rye akiri Umututsi akaba GISANURA. Nyina ni NYIRAMIBAMBWE, izina rye ari Umututsi akaba NYABUHORO, bwa Rwiru rwa Rubona rwa Mukubu wa Mushyoma wa Bitungwa bya Nkona ya Ruhaga rwa Matashya wa Gihumbi : akaba Umukobwa w’Abaha. Nyina ni Nyiramugondo wa Muyogoma wa Juru rya Yuhi Gahima Umwami wa Rubanda : akaba Umukobwa w’Abanyiginya. Aho ga nyine, Abaha bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Mibambwe ni uwa KIGELI, izina rye akiri Umututsi akaba NYAMUHESHERA. Nyina ni NYIRAKIGELI, izina rye akiri Umututsi akaba NCENDELI, ya Gisiga cya Semugondo : akaba Umukobwa w’Abega. Nyina akaba Ncekeli ya Ruhomwa rwa Kinanira cya Juru wa Yuhi Gahima Umwami wa Rubanda : akaba Umukobwa w’Abanyiginya. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Kigeli ni uwa MUTARA, izina rye ari Umututsi akaba SEMUGESHI. Nyina ni NYIRAMAVUGO, izina rye ari Umututsi akaba NYIRAKABOGO, ka Gashwira ka Bugirande bwa Ngoga ya Gihinira cya Ndiga ya Gahutu ka Serwega rwa Mututsi : akaba Umukobwa w’Abega. Nyina akaba Nfitiki ya Ruherekeza rwa Zuba rya Gitore cya Kigeli Mukobanya Umwami wa Rubanda : akaba Umukobwa w’Abanyiginya. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Mutara ni uwa RUGANZU, izina rye ari Umututsi akaba NDOLI. Nyina ni NYIRARUGANZU, izina rye ari Umututsi akaba NYABACUZI, ba Kibogora akaba Umukobwa w’Abakono. Nyina akaba Nyirarugwe rwa Nkuba ya Bwimba bwa Gitore cya Kigeli Mukobanya Umwami wa Rubanda : akaba Umukobwa w’Abanyiginya. Aho ga nyine, Abakono bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Ruganzu ni uwa NDAHIRO, izina rye ari Umututsi akaka CYAMATARE. Nyina ni NYIRANDAHIRO, izina rye akiri Umututsi akaba NYIRANGABO, ya Nyantabana ya Kamima : akaba Umukobwa w’Abega. Nyina akaba Buhorwinka bwa Kigohe cya Cyahi cya Mukubu wa Cyange cya Nyacyesa cya Mukobwa wa Ndoba Umwami wa Rubanda ! akaba Umukobwa w’Abanyiginya. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Ndahiro ni uwa YUHI, izina rye ari Umututsi akaba GAHIMA. Nyina ni NYIRAYUHI, izina rye ari Umututsi akaba MATAMA ya Bigega bya Ruhaga rwa Matashya wa Gihumbi akaba Umukobwa w’Abaha. Nyina akaba Nyabyanzu bya Nkuba ya Nyabakonjo akaba Umukobwa w’Abongera. Aho ga nyine, Abaha bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Yuhi ni uwa MIBAMBWE, izina rye ari Umututsi akaba MUTABAZI. Nyina ni NYIRAMIBAMBWE, izina rye akiri Umututsi akaba NYABADAHA, ba Ngoga ya Gihinira cya Ndiga ya Gahutu ka Serwega rwa Mututsi : akaba Umukobwa w’Abega. Nyina akaba Mageni ya Gikari cya Nsoro : akaba Umukobwa w’Abahondogo. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Mibambwe ni uwa KIGELI, izina rye ari Umututsi akaba MUKOBANYA. Nyina ni NYIRAKIGELI, izina rye akiri Umututsi akaba NYANGUGE, ya Sagasha ka Sakera ka Sakayumbu ka Mwezantandi wa Ntandayera ya Mukono wa Mututsi : akaba Umukobwa w’Abakono. Nyina akaba Nyiravuna rya Rweru rwa Nsoro : akaba Umukobwa w’Abahodogo. Aho ga nyine, Abakono bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Kigeli ni uwa CYILIMA, izina rye akiri Umututsi akaba RUGWE. Nyina ni NYIRACYILIMA, izina rue akiri Umututsi akaba NYAKIYAGA cya Ndiga ya Gahutu ka Serwega rwa Mututsi : akaba Umukobwa w’Abega. Nyina akaba Nyabasanza ba Njwiri ya Mupfumpfu wa Ndoba, Umwami wa Rubanda, akaba Umukobwa w’Abanyiginya. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Cyilima ni uwa RUGANZU, izina rye akiri Umututsi akaba BWIMBA. Nyina ni NYIRARUGANZU, izina rye akiri Umututsi akaba NYAKANGA ka Tema rye Lima rye Bare rye Gongo rya Muzora wa Gahuriro ka Jeni rya Rurenge : akaba Umukobwa w’Abasinga. Nyina akaba Nyabitoborwa bya Muzora wa Mushambo wa Kanyandorwa ka Gihanga : akaba Umukobwa w’Abashambo. Aho ga nyine, Abasinga bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Ruganzu ni uwa NSORO, izina rye ari Umututsi akaba SAMUKONDO. Nyina ni NYIRASORO, izina rye ari Umututsi akaba NYAKANGA ka Gatondo : akaba Umukobwa w’Abasinga. Nyina ni Kiziga cya Ruhinda rwa Mbogo ya Gashwere : akaba Umukobwa w’Abega. Aho ga nyine, Abasinga bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Nsoro ni uwa SAMEMBE. Nyina akaba MAGONDO ya Matashya. Umukobwa w’Abaha. Aho ga nyine, Abaha bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Samembe ni uwa NDOBA. Nyina ni MONDE ya Gahutu ka Serwega rwa Mututsi : akaba Umukobwa w’Abega. Aho ga nyine, Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Ndoba ni uwa NDAHIRO, izina rye akiri Umututsi akaba RUYANGE. Nyina ni NYIRANDAHIRO, izina rye akiri Umututsi akaba CYIZIGIRA : akaba Umukobwa w’Abasinga. Aho ga nyine, Abasinga bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Ndahiro ni uwa RUBANDA. Nyina ni NKUNDWA ya Mbazi ya Nyundo : akaba Umukobwa w’Abasinga. Aho ga nyine, Abasinga bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Rubanda ni uwa RUKUGE. Nyina ni NYIRANKINDI ya kiragira : akaba Umukobwa w’Abasinga. Aho ga nyine, Abasinga bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Rukuge ni uwa NYARUME. Nyina ni NYIRASHYOZA rya Muzora : akaba Umukobwa w’Abasinga. Aho ga nyine, Abasinga bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Nyarume ni uwa RUMEZA. Nyina ni KIREZI cya Rugwana : akaba Umukobwa w’Abasinga. Aho ga nyine, Abasinga bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Rumeza ni uwa YUHI, izina rye ari Umututsi akaba MUSINDI. Nyina ni NYIRAYUHI, izina rye akiri Umututsi akaba NYAMATA ya Rwiru : akaba Umukobwa w’Abasinga. Aho ga nyine, Abasinga bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Yuhi ni uwa KANYARWANDA, izina rye ari Umututsi akaba GAHIMA. Nyina ni NYIRAKANYARWANDA, izina rye akiri Umututsi akaba NYAMUSUSA wa Jeni rya Rurenge : akaba Umukobwa w’Abasinga. Aho ga nyine, Abasinga bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Kanyarwanda ni uwa GIHANGA cyahanze inka n’ingoma : Umwami wa Rubanda wa mbere. Nyina ni NYIRARUKANGAGA rwa Nyamigezi ya Kabeja : akaba Umukobwa w’Abazigaba. Aho ga nyine, Abazigaga bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

Gihanga ni uwa Kazi ka Kizira cya Gisa cya Randa rya Merano ya Kobo ka Kijuru cya Kimanuka cya Muntu wa Kigwa cya Nkuba Ngaho iyo mwama Mukuru wa Samukondo, mu mizi yanyu mikuru.

 

 

Tableaux Récapitulatifs

 

LA LISTE DES ROIS

 

 

  1. Gihanga Ngomijana                                                                                     1091
  2. Kanyarwanda I Gahima                                                                               1124
  3. Yuhi I  Musindi                                                                                             1157
  4. Rumeza
  5. Nyarume
  6. Rukuge
  7.                    Rubanda
  8. Ndahiro I Ruyange                                                                                       1180
  9. Ndoba                                                                                   1213
  10. Samembe                                                                              1246
  11. Nsoro I Samukondo                                                                                     1279
  12. Ruganzu I Bwimba                                                                                       1312
  13. Cyilima I Rugwe                                                                                           1345
  14. Kigeli I Mukobanya                                                                                      1378
  15. Mibambwe I Sekarongoro Mutabazi                                                            1411
  16. Yuhi II Gahima                                                                                             1444
  17. Ndahiro II Cyamatare                                                                                   1477
  18. Ruganzu II Ndoli                                                                                          1510
  19. Mutara I Nsoro II Semugeshi 1543
  20. Kigeli II Nyamuheshera                     1576
  21. Mibambwe II Sekarongoro II Gisanura 1609
  22. Yuhi III Mazimpaka 1642
  23. Cyilima II Rujugira 1675
  24. Kigeli III Ndabarasa 1708
  25. Mibambwe III Mutabazi II Sentabyo 1741
  26. Yuhi IV Gahindiro                                                                                         1746-?
  27. Mutara II Rwogera                                                                 ?-1853
  28. Kigeli IV Rwabugili                                                                                      1853
  29. Yuhi V Musinga                                                   1895
  30. Mutara III Charles Rudahigwa 1931

 

 

 

La LISTE DES  REINES-MERES

 

  1. Nyiragihanga I Nyirarukangaga                                                              abazigaba
  2. Nyirakanyarwanda I Nyamususa                                                             abasinga
  3. Nyirayuhi I Nyamata                                                                                abasinga
  4. ?                   Kirezi                                                                                    abasinga
  5. ? Nyirashyoza                                                                          abasinga
  6. ? Nyirankindi                                                                           abasinga
  7. ? Nkundwa                                                                               abasinga
  8. Nyirandahiro I Cyizigira                                                                           abasinga
  9. ? Monde                                                                                 abega
  10. ? Magondo                                                                             abaha
  11. Nyiransoro I Nyakanga                                                                             abasinga
  12. Nyiraruganzu I Nyakanga                                                                         abasinga
  13. Nyiracyilima I Nyakiyaga                                                                        abega
  14. Nyirakigeli I Nyanguge                                                                            abakono
  15. Nyiramibambwe I Nyabadeha                                                                  abega
  16. Nyirayuhi II Matama                                                                                abaha
  17. Nyirandahiro II Nyirangabo                                                                     abega
  18. Nyiraruganzu II Nyirarumaga abasinga
  19. Nyiramavugo I Nyirakabogo                                                                    abega
  20. Nyirakigeli II Ncendeli                                                                             abega
  21. Nyiramibambwe II Nyabuhoro                                                                 abaha
  22. Nyirayuhi III Nyamarembo                                                                       abakono
  23. Nyiracyilima II Kirongoro                                                                         abega
  24. Nyirakigeli III Rwesero                                                                             abagesera
  25. Nyiramibambwe III Nyiratamba                                                                abega
  26. Nyirayuhi IV Nyiratunga                                                                           abega
  27. Nyiramavugo II Nyiramongi                                                                      abega
  28. Nyirakigeli IV Murorumkwere                                                                  abakono
  29. Nyirayuhi V Kanjogera                                                                              abega
  30. Nyiramavugo III Kankazi                                                                          abega

 

 

 

III. ANALYSE DE CETTE GENEALOGIE

 

 

Par respect pour le texte officiel, nous venons de transcrire la liste des rois telle qu’elle est publiée dans le livre Inganji Karinga, cité ci-dessus. Comme nous l’a  rappelé A. Kagame dans les textes déjà cités, cette liste contient des noms de quatre catégories. La première concerne le fondateur de la dynastie nyiginya, ses héritiers et ses origines terrestres. La deuxième concerne les rois mythiques   supposés descendre du ciel. La troisième vise les rois de la période anhistorique, dits rois de la ceinture. La quatrième et dernière vise les rois proprement historiques. Le tableau ci-dessous indique la liste globale de tous ces monarques, regroupés en ces quatre catégories. Ce tableau sera suivi d’une explication appropriée de chaque série.

 

 

III.1  La traduction de cette  généalogie  en termes techniques

 

  1. Les Rois Hisroriques

 

  1. MUTARA RUDAHIGWA

Le roi que nous venons d’introniser est Mutara. Son nom civil est Rudahigwa. Sa mère est Nyiramavugo. Son nom civil est Kankaze. Le père  de celle-ci est Mbanzabigwi, fils de Rwakagara, de Gaga, de Mutezintare, de Sesonga, de Makara, de Kiramira, de Mucuzi, de  Nyantabana, de  Bugirande, de Ngoga, de Gihinira, de Ndiga, de Gahutu, de Serwega, fils de Mututsi. Elle est donc fille du clan des Abega. Sa mère est  Nyiranteko, fille de  Nzagura,  de Mbonyingabo. Elle donc fille du clan des  Abashambo. Ainsi, les Abega engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. YUHI MUSINGA

Mutara est fils de Yuhi. Son nom civil est Musinga. Sa mère est Nyirayuhi. Son nom civil est Kanjogera. Le père de celle-ci est Rwakagara, fils  de Gaga, de Mutezintare, de Sesonga, de Makara, de Kiramira, de Mucuzi, de  Nyantabana, de  Bugirande, de Ngoga, de Gihinira, de Ndiga, de Gahutu, de Serwega, fils  de Mututsi. Elle est donc fille du clan des Abega. Sa mère est Nyiramashyongoshyo, fille de Mukotanyi, de Kimana, de Kabajyonjya, de Rwaka, de Yuhi Mazimpaka, rois du peuple rwandais.  Elle donc fille du clan des Abanyiginya. Ainsi, les Abega engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. KIGELI RWABUGILI

Yuhi est fils de Kigeli. Son nom civil est Rwabugili. Sa mère est Nyirakigeli. Son nom civil est Murorunkwere. Le père de celle-ci est Mitari, fils de Cumu, de Giharangu, de Mutima, de Matana, de Babisha, de Samutaga, de Byunga, de Bigirimana, de Sagashya, de Sakera, de Sakayumbu, de Mwezantandi, de Ntandayera, de  Mukono, fils de Mututsi. Elle est donc fille du clan des Abakono. Sa mère est Nyirangeyo, fille de Rukundo, de Maronko. Elle est donc fille du clan des Abashambo. Ainsi, les Abakono engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. MUTARA RWOGERA

Kigeli est fils de Mutara. Son nom civil est Rwogera. Sa mère est Nyiramavugo. Son nom civil est Nyiramongi. Le père de celle-ci est  Gaga,  fils de Mutezintare, de Sesonga, de Makara, de Kiramira, de Mucuzi, de  Nyantabana, de Bugirande, de Ngoga, de Gihinira, de Ndiga, de Gahutu, de Serwega, fils de Mututsi. Elle est donc fille du clan des Abega. Sa mère est  Nyiragahwehwe, fille de  Minyaruko, de Kabeba, de Byami, de Shumbusho, de Ruherekeza, de Zuba, de Gitore, de Kigeli Mukobanya, roi du peuple rwandais. Elle est donc fille du clan des Abanyiginya. Ainsi, les Abega engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. YUHI GAHINDIRO

Mutara est fils de Yuhi. Son nom civil est Gahindiro. Sa mère est Nyirayuhi. Son nom civil est Nyiratunga. Le père de celle-ci est Rutabana, fils de Nyakirori, de Makara, de Kiramira, de Mucuzi, de Nyantabana, de Bugirande, de Ngoga, de Gihinira, de Ndiga, de  Gahutu, de Serwega, fils de Mututsi. Elle est donc fille du clan des Abega. Sa mère est Nyiramwami, fille de Shumbusho, de Muhoza, de Ruregeya. Elle est donc fille du clan des Abagesera. Ainsi, les  Abega engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. MIBAMBWE SENTABYO

Yuhi est fils de Mibambwe. Son nom civil est Sentabyo. Sa mère est Nyiramibambwe. Son nom civil est Nyiratamba. Le père de celle-ci est  Sesonga, fils de Makara, de Kiramira, de Mucuzi, de Nyantabana, de Bugirande, de Ngoga, de Gihinira, de Ndiga, de Gahutu, de Serwega, fils de Mututsi. Elle est donc fils du clan des Abega. Sa mère est  Nyiramacyuriro, fille de Rusimbi, de Magenda, de Gasimbuzi, de Senyamisange, de Muyogoma, de Juru, de Yuhi Gahima, roi du peuple rwandais. Elle est donc fille du clan des Abanyiginya. Ainsi, les Abega engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. KIGELI NDABARASA

Mibambwe est fils de Kigeli. Son nom civil est Ndabarasa. Sa mère est Nyirakigeli. Son nom civil est Rwesero. Le père de celle-ci est  Muhoza, fils de Ruregeya. Elle est donc fille du clan des Abagesera. Sa mère est  Mboyire, fille de Rujuhe, de Censha, de Nyirabahaya. Elle est donc fille du clan des Abahondogo. Ainsi, les Abagesera engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. CYILIMA RUJUGIRA

Kigeli est fils de Cyilima. Son nom civil est Rujugira. Sa mère est Nyiracyilima. Son nom civil est Kirongoro. Le père de celle-ci est  Kagoro, fils de Nyamugenda. Elle est donc fille du clan des Abega.  Sa mère est Nyanka, de Migambi, de Rukundo, de Ntaraganda, de Nkomokomo. Elle est donc fille du clan des Ababanda. Ainsi, les Abega engendrent des rois avec Abanyiginya.

 

  1. YUHI MAZIMPAKA

Cyilima est fils de Yuhi. Son nom civil est Mazimpaka. Sa mère est Nyirayuhi. Son nom civil est Nyamarembo. Le père de celle-ci est  Majinya, fils de Byunga, de Bigirimana, de Sagashya, de Sakera, de Sakayumbu, de Mwezantandi, de Ntandayera, de Mukono, fils de Mututsi. Elle est donc fille du clan des Abakono. Sa mère est Nyamyishywa, fille de Musanzu, de Cyankumba, de Juru, de Yuhi Gahima, roi du peuple rwandais. Elle est donc fille du clan des Abanyiginya. Ainsi, les Abakono engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. MIBAMBWE GISANURA

Yuhi est fils de Mibambwe. Son nom civil est Gisanura. Sa mère est Nyiramibambwe. Son nom civil est Nyabuhoro. Le père de celle-ci est Rwiru, fils de Rubona, de  Mukubu, de Mushyoma, de Bitungwa, de Nkona,  de Ruhaga, de Matashya, de Gihumbi. Elle est donc fille du clan des Abaha. Sa mère est Nyiramugondo, fille de Muyogoma, de Juru, de Yuhi Gahima, roi du peuple rwandais. Elle est donc fille du clan des Abanyiginya. Ainsi, les Abaha engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. KIGELI NYAMUHESHERA

Mibambwe est fils de Kigeli. Son nom civil est Nyamuheshera. Sa mère est Nyirakigeri. Son nom civil est Ncendeli. Le père de celle-ci est Gisiga, fils de  Semugondo. Elle donc fille du clan des Abega. Sa mère est Ncekeli, fille de Ruhomwa, de Kinanira, de Juru, de Yuhi Gahima, roi du peuple rwandais. Elle est donc fille du clan des Abanyiginya. Ainsi, les Abega engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. MUTARA SEMUGESHI

Kigeli est fils de Mutara. Son nom civil est Semugeshi. Sa mère est Nyiramavugo. Son nom civil est Nyirakabogo. Le père de celle-ci est Gashwira, fils de Bugirande, de  Ngoga, de Gihinira, de Ndiga, de Gahutu, de Serwega, fils de Mututsi. Elle est donc fille du clan des Abega. Sa mère est Nfitiki, fille de Ruherekeza, de Zuba, de Gitore, de Kigeli Mukobanya, roi du peuple rwandais. Elle est donc fille du clan des Abanyiginya. Ainsi, les Abega engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. RUGANZU NDOLI

Mutara est fils de Ruganzu. Son nom civil est Ndoli. Sa mère est Nyiraruganzu. Son nom civil est Nyabacuzi. Le père de celle-ci est Kibogora. Elle est donc fille du clan des Abakono. Sa mère est Nyirarugwe, fille de Nkuba, de Bwimba, de Gitore, de Kigeli Mukobanya, roi du peuple rwandais. Elle est donc fille du clan des Abanyiginya. Ainsi, les Abakono engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. NDAHIRO CYAMATARE

Ruganzu est fils de Ndahiro. Son nom civil est Cyamatare. Sa mère est Nyirandahiro.  Son nom civil est Nyirangabo. Le père de celle-ci est  Nyantabana, fils de Kamima. Elle est donc fille du clan des Abega. Sa mère est  Buhorwinka, fille de Kigohe, de Cyahi, de Mukubu, de Cyange, de Nyacyesa, de Mukobwa, de Ndoba, roi du peuple rwandais. Elle est donc fille du clan des Abanyiginya. Ainsi, les Abega engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. YUHI GAHIMA

Ndahiro est fils de Yuhi. Son civil est Gahima. Sa mère est Nyirayuhi. Son nom civil est Matama. Le père de celle-ci est  Bigega, fils de Ruhaga, de Matashya, de Gihumbi. Elle est donc fille du clan des Abaha. Sa mère est  Nyabyanzu, fille de Nkuba, de Nyabakonjo. Elle est donc fille du clan des Abongera. Ainsi, les Abaha engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. MIBAMBWE MUTABAZI

Yuhi est fils de Mibambwe. Son nom civil est Mutabazi. Sa mère est Nyiramibambwe. Son nom civil est Nyabadaha. Le père de celle-ci est  Ngoga, fils de Gihinira, de Ndiga, de Gahutu, de Serwega, fils de Mututsi. Elle est donc fille du clan des Abega. Sa mère est  Mageni, fille de Gikari, de Nsoro. Elle donc fille du clan des Abahondogo. Ainsi, les Abega engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. KIGELI MUKOBANYA

Mibambwe est fils de Kigeli. Son nom civil est Mukobanya. Sa mère est Nyirakigeli.  Son nom civil est Nyanguge. Le père de celle-ci est Sagashya, fils de  Sakera, de Sakayumbu, de Mwezantandi, de Ntandayera, de Mukono, fils de Mututsi. Elle est donc fille du clan des Abakono.  Sa mère est  Nyiravuna, fille de Rweru, de Nsoro. Elle est donc fille du clan des Abahondogo. Ainsi, les Abakono engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. CYILIMA RUGWE

Kigeli est fils de Cyilima. Son nom civil est Rugwe. Sa mère est Nyiracyilima. Son nom civil est Nyakiyaga.  Le père de celle-ci est Ndiga, fils de Gahutu, de Serwega, fils de Mututsi. Elle est donc fille du clan des Abega. Sa mère est   Nyabasanza, fille de Njwiri, de Mupfumpfu, de Ndoba, roi du peuple rwandais. Elle est donc fille du clan des Abanyiginya. Ainsi, les Abega bakabyarana Abami n’Abanyiginya.

 

  1. RUGANZU BWIMBA

Cyilima est fils de Ruganzu.  Son nom civil est Bwimba. Sa mère est Nyiraruganzu. Son nom civil est Nyakanga. Le père de celle-ci est  Tema, fils de Rima, de Bare, de Gongo, de Muzora, de Gahuriro, de Jeni, de  Rurenge. Elle est donc fils du clan des Abasinga.  Sa mère est Nyabitoborwa, fille de  Muzora, de  Mushambo, de Kanyandorwa, de Gihanga. Elle est donc fille du clan des Abashambo. Ainsi, les Abasinga engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. Les Rois de la Ceinture

 

  1. NSORO SAMUKONDO

Ruganzu est fils de Nsoro. Son nom civil est Samukondo. Sa mère est Nyiransoro. Son nom civil est Nyakanga. Le père de celle-ci est  Gatondo. Elle est donc fille du clan des Abasinga. Sa mère est  Kiziga, fille de Ruhinda, de Mbogo, de Gashwere. Elle est donc fille du clan des Abega. Ainsi, les Abasinga engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

 

 

  1. SAMEMBE

Nsoro est fils de Samembe. Sa mère est Magondo. Le père de celle-ci est Matashya. Elle est donc fille du clan des Abaha. Ainsi, les Abaha engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. NDOBA

Samembe est fils de Ndoba. Sa mère est  Monde. Le père de celle-ci est  Gahutu, fils de  Serwega, fils de  Mututsi. Elle est donc fille du clan des Abega. Ainsi, les Abega engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. NDAHIRO RUYANGE

Ndoba est fils de Ndahiro. Son nom civil est Ruyange. Sa mère est Nyirandahiro. Son nom civil est Cyizigira. Elle est donc fille du clan des Abasinga. Ainsi, les Abasinga engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. Les Rois Mythiques
  2. RUBANDA

Ndahiro est fils de Rubanda. Sa mère est Nkundwa. Le père de celle-ci est  Mbazi, fils de Nyundo. Elle est donc fille du clan des Abasinga. Ainsi, les Abasinga engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. RUKUGE

Rubanda est fils de Rukuge. Sa mère est Nyirankindi. Le père de celle-ci est Kiragira. Elle est donc fille du clan des Abasinga. Ainsi, les  Abasinga engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. NYARUME

Rukuge est fils de Nyarume. Sa mère est Nyirashyoza. Le père de celle-ci est Muzora. Elle est donc fille du clan des Abasinga. Ainsi, les Abasinga engendrent des rois avec Abanyiginya.

 

  1. RUMEZA

Nyarume est fils de Rumeza. Sa mère est Kirezi. Le père de celle-ci est Rugwana. Elle est donc fille du clan des Abasinga. Ainsi, les Abasinga, engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

 

  1. Le Fondateur et ses ancêtres

 

  1. YUHI MUSINDI

Rumeza est fils de Yuhi. Son nom civil est Musindi. Sa mère est Nyirayuhi. Son nom civil est Nyamata. Le père de celle-ci est  Rwiru. Elle donc fille du clan des Abasinga. Ainsi, les  Abasinga engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. KANYARWANDA GAHIMA

Yuhi est fils de Kanyarwanda. Son nom  civil est Gahima. Sa mère est Nyirakanyarwanda.  Son nom civil est Nyamususa. Le père de celle-ci est Jeni, fils de Rurenge. Elle est donc fille du clan des Abasinga. Ainsi, les Abasinga engendrent des rois avec les Abanyiginya.

 

  1. GIHANGA NGOMIJANA

– Kanyarwanda est fils de Gihanga, le premier du Rwanda qui y a introduit la vache et le tambour. Sa mère est Nyiragihanga.

Son nom civil est Nyirarukangaga. Le père de celle-ci est Nyamigezi, fils de Kabeja. Elle est donc fille du clan des Abazigaba. Ainsi, les Abazigaba engendrent des rois avec les Abanyiginya.

– Gihanga est fils de Kazi, de Kizira, de Gisa, de Randa, de Merano, de Kobo, de Kijuru, de Kimanuka, de Muntu, de Kigwa, de Nkuba. Telles sont vos origines, ô Majesté, fils de Samukondo, voilà vos illustres

racines !

 

 

 

 

 

III.2  La Récapitulation

 

 

  1. Le Fondateur 

 

  1. Gihanga Ngomijana                                                                                           1091

 

B. Les rois mythiques
    2. Rumeza
    3. Nyarume
    4. Rukuge
    5. Rubanda
C. Les rois de la ceinture

 

  1. Kanyarwanda  Gahima I                                                                                    1124
  2. Yuhi I Musindi                                                                                                   1157
  3. Ndahiro I Ruyange                                                                                             1180
  4. Nsoro I Samukondo                                                                                            1279

 

  1. Les rois historiques

 

  1. Ruganzu I Bwimba                                                                                             1312
  2. 13. Cyilima I Rugwe                                                                                                 1345
  3. Kigeli I Mukobanya                                                                                            1378
  4. Mibambwe I Sekarongoro I Mutabazi                                                                1411
  5. Yuhi II Gahima II                                                                                               1444
  6. Ndahiro  Cyamatare                                                                                            1477
  7. Ruganzu II Ndoli                                                                                                1510
  8. Mutara I Nsoro II Semugeshi                                                                             1543
  9. Kigeli II Nyamuheshera                                                                                     1576
  10. Mibambwe II  SekarongoroII Gisanura                                                             1609
  11. Yuhi III Mazimpaka                                                                                          1642
  12. Cyilima II Rujugira                                                                                            1675
  13. Kigeli III Ndabarasa                                                                                          1708
  14. Mibambwe III Mutabazi II Sentabyo                                                                1741
  15. Yuhi IV Gahindiro                                                                                             1746
  16. Mutara II Rwogera                                                                                             1853
  17. Kigeli IV Rwabugili                                                                                           1853
  18. Yuhi V Musinga                                                       1895
  19. Mutara III Charles Rudahigwa 1931

 

 

 

 

 

 

  1. LES ROIS CYCLIQUES

 

 

 

  1. MUTARA / CYILIMA = Rois pasteurs et alternatifs

 

  1. KIGELI = Roi guerriers

 

  1. MIBAMBWE = Rois guerriers

 

  1. YUHI = Roi du feu : de la pérennité

 

 

 

 

III.3  Les observations

 

III.3.1 Les origines de Gihana

 

 

Le nom personnel du fondateur de la dynastie des Abanyiginya  est resté inconnu. Il fut remplacé par le nom fonctionnel de « Gihanga » qui signifie littéralement « le Fondateur ». Il a reçu le surnom louangeur de  Ngomijana = Le Régnant pour 100 ans. Ce Fondateur est crédité « avoir introduit au Rwanda la vache et la royauté » (Gihanga cyahanze inka n’ingoma).Le langage laudatif semble  présenter le  chef d’un groupe de pasturs installés fraichelent au Rwanda. L’examen de l’origine historique de ce personnage confirmera cette hypothèse. En attendant, oarlonsde l’origine mythique.

 

 

  1. Origines mythiques :

 

Ces origines portent le nom d’Ibimanuka = les Descendus. Il s’agit d’un mythe qui fait descence du ciel le père de Gihanda dans le but de  faire acréditer son régime monarchique sur cette terre nouvelle. De ce mythe, nous allons distinguer deux aspacts : La cause de la descente et l’affirmation elle-même de la chute.

 

 

A.1 La cause de la descente

 

Le mythe des Ibimanuka  qui constituer le contexte de cette descente du ciel des ancêtres de Gihanga fait partie lui-même d’une conception antique  de l’Univers qu’il faut rappel pour mieux comprendre ce tout imaginaire. Alors voici. Nos ancêtres croyaient que Imana a créé depuis les temps immémériaux  trois mondes superposés. L’étage supérieure appélé ijuru = le ciel, eut pour roi ; Nkuna = le foudre.L’étage médiane est notre habitat, nommé ubutaka ou isi = la terre des vivants. L’étage inférieure sous-tend notre terre. Elle se nomme ikuzimu = le shéol. Son roi est Nyamuzinda et  régit le monde des trépassés. Cette conception, faut-il le remarque, semble refléter une conception intrinsèque à la psychologie humaine selon laquelle l’existance humaine suit la trajectoire de chute à trois niveaus.  Le ciel,  point de départ,  signifiait la naissance pour laquelle le Créateur est l’agent principal ( Habyarimana = C’est Imana qui engendre). La terre, est le premier point de chute. La tombe est le deuxième et dernier  habitat de ces descendus. Si ; davanture, la tombe n’était pas la demeure définitive des huùmains, alons, nous aurions le retour au ciel : chose qu’affirment certaines philosophies mais surtout certaines religions. Ainsi donc, mythe et réalité se rencontrent quelque part dans une vérité supérieure au pur rationnel. Sur ce fond global, voici une version du mythe.

 

   Nkuba, le roi du ciel avait plusieurs épouses dont l’une Gasani = La-benie,  qui était stérile. Un beau jour, une  femme nommée Mpamvu = la-cause, vint dire  à Gasani : accepte-moi  dans ta maison et je te montrerai comment avoir un garçon car je connais la cause de ta stérilité. Sitôt dit, sitôt fait.

 

Un joiur, Nkuba procéda à une consultation divinatoire par la lecture des antrauilles d’un taurillon. L’augure conclut au positif. Pendant que les devins étaient en train de faire l’interprétation du message, Mpamvu dit à Gasani : vite, vas prendre le cœur du taurillon favorable (imana yeze) et amène-le sans te  faire remarquer. Elle fut plus rapide qu’un éclair et le cœur fur déposé dans une jarre  de lait. Remplis-la de lait tous les  jours, dit Mpamvu à Gasani. Oui, sans faute. Au bout de neuf mois, la jarre fut ouverte. O merveille !  Un adorable bébé de sexe masculin surnageait dans le lait. Alors fusèrent de tous les coins de la maison  des  cris : Vive la mère Gasani, imana zeze = Dieu s’est souvenu de Gasani !

 

Celle-ci, qui ne devait pas révéler la cause de la fin de sa stérilité finit par céder aux insistances des curieux. Elle révéla le secret et le nom de son fils qui s’appelait Sabizeze (saba imana zeze) = Implore  les augures heureux , c’est-à-dire : mets ta confiance en Imana.Alors Sabizeze decida d’éviter la honte de ne pas être le fils de son père Nkuba et quittant son royaume du ciel pour aller fonder le sien dans le monde d’en-bas. Il entraîna dans sa descente son frère Mututsi ; sa sœur Nyampundu et un couple de bovidés. Ainsi les « Descendus » atterrirent au Mubari, pays des Abazigaba dirigé alors par le roi Kabeja. Ils firent leur feu pastoral près d’un rocher nommé Ikinani. A ce lieu, ils donnèrent le nom de Rwanda comme signature de leur présence sur la terre. Tel devit être la dénomination de leurs colonies terriennes. Voilà mythe des Ibimanuka et la cause de cette chute sur le monde d’en-bas.

 

A.2  L’affirmation de la descente

 

Cet itinéraire est symboliquement exprimé par les noms attribués aux ancêtres de Gihanga. Nous allons en retranscrire le texte pour reprendre ensuite la liste des noms avec traduction et interprétation.

1°- Le Texe : « Gihanga est fils de Kazi, de Kizira, de Gisa, de Randa, de Merano, de Kobo, de Kijuru, de Kimanuka, de Muntu, de Kigwa, de Nkuba,  (alias  Shyerezo). Telles sont vos origines, ô Majesté, fils de Samukondo, voilà vos illustres

racines » !

 

2°- Le sens symbolique des noms :

  1. Kazi = la petite racine. Le père de Gihanga est comme la petite racine qui est devenue un gros arbre.
  2. Kizira = l’interdit. Celui qui sait le bien à faire et le mal à évite.
  3. Gisa = la ressemblance. Le père de ceux qui se ressemblent et reconnaissent leur identité familiale

4.Randa = le ramificateur. Le père d’une famille appelée à devenir nombreuse.

  1. Merano = la pousse originelle. Premier père de la famille, directement sorti des mains du Créareur.
  2. Kobo = le trou. L’ouverture du ciel par laquelle le grand-père de Gihanga est passé pour descndre sur la terre.
  3. Kijuru = le céleste. L’affirmation que les ancêtres de Gihanga étaient célestes.
  4. Kimanuka = le descendu. L’affirmation que les origines de Gihanga sont célestes.
  5. Muntu = l’homme. De célicole, le père de Gihanga est devenu homme terricole.
  6. Kigwa = le tombe. C’est l’ancien céleste devenu terrestre.

11la substance du. Nkuba = la foudre .Il est affirmé que le père de la lignée de Gihanga est la foudre, supposée être le roi du ciel.

 

  1. Origines historiques

 

Comme on vient de le dire, il y a un rapport ente le mythe et la réalité. Dans le cas présent, il faut imaginer la descente géographique Avec des traces antérieures au premiers séjoir au Rwanda. Sans chercher midi à quatorze heures, c’est justement ce nom de Rwanda qui se trouve être le repère le plus sur. Nous avons deux toponymes en Uganda actuel : cdlhjde Busoga et celui de Gashara dans le Nkore. Pour confirmer que c’est bien la signatutre de leur prise de possession, nous en avons dans cette suite, un à Gasabo et un dernier à Kamonyi. Telle serait, en termes réalistes, la vraie descente du père de Gihanga et ses compagnons. Ils auraient suivi le mouvement des autres peuples pasteurs, à la recherche de nouveaux patirâges. A titre d’exemple pensons aus Abasinga venus en trois phases : Abasangwa-butaka, Abanukamishyo et  Abagahe.

 

 

III.3.2  Le programme cyclique des rois

 

Depuis Mutara I Semugeshi, les monarques ne font ps quesesuccéder au trône. Chacun a une mission précise dans un  programme cyclique de 4 règnes successif. Ce programme comprnd la promotion de trois biens: la production nationale, la protection et l’élargissement du territoire national et enfin la pérennité du peuple. Le premier objectif est rempli par les rois pasteurs Mutara et Cyilima, le second par les rois guerriers Kigeli et Mibambwe, le dernier par les rois Yuhi. En pratique, les situations du moment pouvaient brouiller ce programme. Par exemple, la guerre défensive n’attendait pas l’avènement d’un roi guerrier. C’est ainsi que le roi le plus organisateur des armées rwandaises  fut un roi pasteur, à savoir Cyilima II Rujugira. Il faut, cependant,  remarquer que tous les Kigeli ont été des grands guerriers : Mikobanya, Nyamuheshera, Ndabarasa et Rwabugili. Sous le règne de Yuhi qui ne devait jamais sortir du boucle Akanyaru-Nyabarongo, le pays devait se reposer et s’occuper du beau, du juste et du surnaturel. Il était le roi du feu, symbole de vie et de paix durable.

 

 

III.3.3  Les Noms dynastiques disparus

 

La liste publiée par A. Kagame qu’il nous dit avoir reçue de la bouche du titulaure officiel Rwanyange, contenait exactement 30 noms de rois et autant de reines-mères. A partir du roi Mutara I, nous n’avons plus que 5 noms qui se succèdent sans interruption. Ou sont allé les autres ?  La réponse va nous fournir des informations fort utiles. Donnons-les méthodiquement.

 

1°- Les noms mythiques 

 

Les noms inventés pour  couvrir les débuts inconnus de la dynastie nyiginya     ne pouvaient pas dépasser ce rôle de mythe des origines.  Ils sont quatre et n’ont pas de noms dynastiques. A ce sujet, il n’y a donc pas eu suppression puisqu’il n’y avait rien. Quant à leurs noms civils manifestement fictifs, aussi bien pour les rois que pour les reines-mères, leur oubli était inévitable sur le plan de l’histoire réelle. Le tableau ci-dessous illustre toutes ces caractéristiques qui justifient la suppression de ces noms.

 

  1. RUMEZA = Celui qui fait gemer la semance
  2. NYARUME = Celui qui fait tomber la pluie
  3. RUKUGE = Celui qui fait traverser les lacs
  4. RUBANDA = (Le Souverain ) du peuple rwandais

 

Ces 4 noms symboliques correspondent aux   trois fonctions reprises dans les noms cycliques des rois. En effet, Rumeza- Nyarume d’un côté et Mutara-Cyilima  de l’autre,  concernent  la fertilité du pays.  Ensuite, Rukuge  d’un côté et    Kigeli-Mibambwe de l’autre, concernent la guerre jusqu’ au-delà des lacs. Enfin, Rubanda d’un côté et Yuhi de l’autre, concernent  la pérennité du peuple lui-même. En bref, ces noms  expriment l’ensemble des responsabilités de la fonction royale. Les Abiru = Responsables du Code dynastique, ont ainsi indiqué le rôle des successeurs de Gihanga, en intercalant entre lui et eux, ces rois fictifs, aux noms-programmes.

 

La liste des reiunes-mères confirme cette interprétation. Remarquons donc également le caractère purement symbolique de ces noms :

  1. Kirezi = La-bauté
  2. Nyirashyoza = La-douceur
  3. Nyirankindi = La-bien-parée
  4. Nkundwa = L’Aimable.

     Il s’agit manifestement de noms fictifs, pratiquement  synonymes. Les porteuses  sont supposées être des singa  de la famille de Nyamususa, l’épouse de Gihanga. Voilà pourquoi les noms  qui leur sont gratifiés tournent autour de l’idée de douce beauté sans plus.

 

2°- Les rois anhistoriques

 

Ces noms ont été supprimés de la liste canonique pour cette raison que leur histoire était inconnue.   Entre Gihanga et Ruganzu I, il y a 6 noms  qui appartiennent à cette période anhistorique. Ils sont nommés  « rois de la ceinture» parce qu’ils  ont vécu dans le temps des labeurs et des efforts pour construire leur pays et asseoir leur pouvoir.

 

3°- Les rois déposés 

 

La tradition rapporte que deux monarques, officiellement intronisés, ont dû abandonner le trône. Le premier fut Karemera Rwaka, fils de Yuhi Mazimpaka. Intronisé  à titre intérimaire durant la maladie de son père, il céda la place à son frère Cyilima Rujugira qui était le vrai héritier constitutionnel. Le second fut Mibambwe IV Rutarindwa qui fut tué à Rucunshu et remplacé par son frère Yuhi V Misinga.

 

D’après les dispositions du Rituel royal (Ubwiru), « le roi doit être remplacé par son fils et un seul par génération ». Aussi, les deux rois remplacés par leurs frères n’avaient aucune raison de rester sur la liste officielle de la dynastie.

 

4°- Les noms néfastes

 

Dans l’histoire du Rwanda, trois rois ont eu une mort violente. Leur nom évoquait ce souvenir lugubre. Aussi, la pudeur a conseillé de ne pas les garder sur  la liste des souverains du pays. Il y a eu les deux Ruganzu, très méritants de par ailleurs, mais morts sous les coups de l’ennemi. Il y eu enfin Ndahiro Cyamatare auquel nom est attaché le souvenir le plus lugubre de notre histoire. Il fut massacré avec toute sa Cour, le tambour de règne fut capturé et le pays occupé 11 ans durant par les Abanyabungo.

 

  1. LA VALEUR HISTORIQUE d’UBUCURA-BWENGE

 

Alexis Kagame nous a donné la réponse : « Dans une culture sans écriture, la généalogie des dirigeants sert de charpente à l’histoire du pays ». On ne peut mieux dire. Il nous reste à expliciter cette réponse. De fait, les arbres généalogiques des familles sont les premiers Manuels d’histoire des pays analphabetes. La chose la plus facile à retenitr par cœur est, pour chacun, la liste de ses ancêtres. Plus ceux-ci sont importants, plus la mémoire va très loin dans leur souvenir. Les souverains d’un pyssont évidemment le cas le plus exemplaire dans la facilité à remonter loin dans le temps de leur souvenir. Telle est la valeur des généalogies des souverins.  Celle du Rwanda n’est pas un cas unique. Tous les anciens grands royaumes  ont eu leurs généalogies dynastiques mémorisées. Au Rwanda, même les grandes familles avaient leurs arbres généalogiques. Nous connaissons le livre de Léon Délmas, Généalogies de la noblesse du Ruanda (Kabgayi, 1900-1950). En principe, chaque individu connaît un certain nombre de ses             ascendants. Par exemple, j’en connais jusqu’au 6ième que voici : Rusekabahunga, Rubshangabo, Munyabuntu, Mugenzi, Rwishyura, Fora. Je ne remonte pas plus loin parce que ce dernier, était un guerrier venu de Nkore, probablement au temps de Rujugira-Ndabarasa. Mon arbre généalogique continue donc dans ce coin de l’Uganda, origine de bien des familles d’anciens immigrants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CAHIERS NO36 = LE PATRIOTISME JUSQU’AU SANG

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PRESENTATION

 

REDACTION

 

 

Ce titre curieux date de l’année 2003. Nous l’avons utilisé alors dans l’ouvrage Histoire du Rwanda pré-colonial, publié dans l’édition l’Harmattan. La réflexion développée dans ce livre et sous ce titre méritait d’être amplifiée et pour elle-même. Chose promise, chose due. Dans ce numéro, nous allons avoir la joie de dire à nos lecteurs la dette de gratitude contractée à l’égard de ceux et celles qui nous ont donné ce beau pays qui s’appelle le Rwanda. Ils ne sont pas les seuls. Ils ne sont ni  les premiers ni les derniers. En reconnaissant leurs mérites, nous songeons à tous ceux et à toutes celles qui leur ressemblent. Dans un hommage collectif, nous allons mentionner leurs illustres représentants dont l’histoire nous a transmis les noms et les récits de martyre. Mais avant de passer en revue l’histoire de chaque martyr, voyons dans sa globalité le film de ces actes héroïques. Pour ce faire, relisons le passage ad hoc publié dans notre livre  ci-dessus mentionné.

 

Par « martyr pour  la nation », nous traduisons le terme rwandais « Umucengeli ». Alexis Kagame que nous suivons souvent dans ses traductions, emploie le terme « Libérateur offensif ou défensif ». Comme dans la plupart de ces cas, il s’agit du don de sa vie  pour annexer un pays étranger, le terme « libération » est impropre. Par contre, celui de « martyr pour  la nation » convient  mieux : mourir pour son pays, pour sa défense comme pour son agrandissement. La conception traditionnelle d’une annexion valide d’un pays étranger exigeait le sacrifice  suprême de ce personnage. Ce sacrifice consistait à  « accepter librement d’aller verser son sang sur le territoire du pays ennemi », convaincu  que ce sang est le prix de la victoire escomptée.

 

Le nombre et le rang social des personnages qui ont payé ce prix montrent que cette conception représentait, pour les gens de cette époque, une croyance indiscutable. Si on peut contester l’efficacité de ce sacrifice ainsi que la justification de l’annexion que lui attribuait la conception rwandaise de l’époque, demeure incontestable l’héroïsme de ces victimes. Elles sont de vrais martyrs   pour leur patrie. Ces fils et filles du pays sont des modèles sempiternels de dévouement patriotique. Ils sont comme des phares au firmament du Rwanda. Leurs récits nous font assister à l’unification du Rwanda par la dynastie « nyiginya » car chaque annexion est ponctuée par le sacrifice d’un ou de plusieurs d’entre eux. Leur  liste  va suivre l’ordre chronologique descendant.

 

 

 

 

 

  1. LE MARTYROLOGE RWANDAIS

 

  1. Rwambali I

 

Le tout premier de ces héros vécut sous le règne de Nsoro I (1279-1312). Il est appelé Rwambali I, parce qu’il y en eut un second, lui aussi martyr et du même lignage des Abatsobe. Au sujet de ce personnage, nous avons une seule information dans EH où nous lisons ce qui suit : Grâce aux mêmes Abiru, nous apprîmes que sous le règne de Nsoro I Muhigi dit Samukondo, le nommé  Rwambali, de la famille des Abatsobe, mourut en Libérateur offensif ( Umutabazi w’umucengeli)  contre le royaume du Ndorwa » (p.53).

 

Ce récit permet de faire quelques observations. La première est qu’à ce  moment-là le domaine   des Abanyiginya était déjà une entité politique visible sur le terrain pour pouvoir exciter la convoitise des Conquérants. Plus exactement, il était entouré au Nord par le Ndorwa, à l’Est par le Gisaka et au Sud par le Bugesera. La deuxième est que le successeur de Nsoro I fut intronisé encore jeune sans avoir son premier enfant. Il faut comprendre que son père  a dû avoir une mort subite. Celle-ci et celle de   Rwambali I sont probablement à supposer dans le même contexte de guerre contre le Ndorwa ?

 

  1. Ruganzu I Bwimba

 

Ce monarque (1312-1345) ouvre la généalogie des rois dits historiques. Ce nom, qui vient du verbe « ku-ganza = triompher sur », signifie: le Victorieux.

 

Il exprime le programme politique de son règne  qui sera celui d’un roi guerrier. A son avènement, la capitale de son royaume est déjà à Gasabo, situé à la pointe Sud -occidentale du lac Muhazi. Il a une autre résidence à Tanda lez-Ruzizi dans le Buganza Nord. Cette région est le premier pied à terre des Abanyiginya. Il faut noter que le nom du roi et celui de ce premier fief,  sont synonymes : Ruganzu et Buganza, viennent du verbe ku-ganz-a = triompher, prévaloir. On se souvient que la deuxième possession des Abanyiginya fut Uburiza = Le premier-né. En d’autres termes, c’est  la toute première annexion des Abanyiginya. Les membres de sa famille sont les suivants: Sa mère est Nyiraruganzu I Nyakanga, du clan des Abasinga. Devenue veuve, elle vit  avec un second mari qui est le frère de  son mari défunt. Il avait  un demi-frère puîné du nom de Mwendo  et une sœur nommée Robwa Nyiramateke.

 

A son avènement, il était  encore jeune homme sous la tutelle de sa mère Nyakanga épaulée par son frère Nkurukumbi. Ruganzu I commence son histoire lorsque sa sœur est demandée en mariage par le roi du Gisaka Kimenyi I Musaya. Celui-ci espère que le fils de ce mariage, serait l’annexeur du Rwanda  au sien. C’est ce projet qui  constitue l’enjeu politique de ce récit. Avant sa mort, le roi Nsoro I, connaissant ce projet de Kimenyi avait déjà refusé ce mariage et prévenu  son fils Bwimba de ne jamais marier sa sœur au roi du Gisaka. Mis au courant de ce projet,   Bwimba n’en souffla mot à personne. Au moment de la demande de mariage, la Cour fut divisée. Le roi était bien sûr contre alors que sa mère et son oncle étaient pour. Ce dernier avis l’emporta pour la raison que l’amitié avec le puissant Gisaka n’était  pas à négliger. La princesse, mise au courant des intentions de Kimenyi et de l’avertissement de leur père Nsoro I, par son frère, conseilla à celui-ci  de ne pas créer de  la zizanie dans la famille et d’accepter le mariage.

 

Elle promit  qu’elle n’engendrerait  pas un fils de malheur pour le pays de ses aïeux. Sur ces entrefaites, le mariage fut célébré comme il se devait.

 

Tout alla bien jusqu’au jour où Robwa fit dire à son  frère : « je suis enceinte» ! Sans connaître les méthodes modernes, nos anciens devaient avoir des  techniques pour  connaître le sexe d’un enfant dans le sein maternel. La Cour du Rwanda  décida de faire fructifier au maximum le sacrifice suprême de Robwa, car elle avait promis cette issue au cas où elle serait enceinte d’un garçon. Les oracles divinatoires désignèrent successivement Nkurukumbi, le frère de la reine-mère  et le  mari de celle-ci pour ajouter leur martyre à celui de Robwa. La Cour pensa pouvoir  faire moins de frais avec un personnage plus modeste. Par  malheur, la troisième consultation divinatoire désigna le roi en personne. Alors, le roi coupa court à ces égoïstes tergiversations de la reine-mère et son frère en prenant sa décision sans aviser sa mère. Il coiffa la couronne de martyr et quitta le palais de Gasabo. Une légère escorte l’accompagna vers la frontière avec le Gisaka. Avertie par une servante, Nyakanga se précipita à la résidence de son fils. Arrivée à l’entrée du palais elle dit : « bonjour ô le maître de la maison »! Le grand chef Cyenge qui était là répondit : « le Maître n’est plus là, vous l’avez chassez, vous autres  les Abasinga, venez maintenant occuper son siège et recevoir les hommages du peuple à sa place » ! Désemparée, la reine-mère dépêcha un messager pour dire au roi : « mon fils, ne me fais pas cela, nous avons mal apprécié la situation en songeant  à une solution plus commode. A présent, nous sommes tous prêts, y compris ta mère ». Elle  détacha la ceinture de la robe qu’elle portait, la donna au messager pour la placer en travers le chemin pour barrer symboliquement  la route à son fils.

 

Ce que voyant, Ruganzu sauta la ceinture en disant : « Umusindi  yarenze akarwa ! = le roi a franchi la frontière, ce qui veut dire : Trop tard, le  martyr pour la nation  ne revient jamais en arrière ».

 

    Après cette réponse peu amène pour sa mère, Ruganzu  alla son chemin à travers le Buganza en faisant de la chasse. Une nuit, il tua un léopard qui venait dans la maison où il logeait. La peau de cet animal servira  à l’enfant qui va naître,  et de berceau et de nom civil. Ruganzu passa quelque temps  en cette localité nommée Tabirago en attendant la naissance de son  premier enfant. C’est là que Nkurukumbi l’a rejoint pour présenter ses excuses et lui dire qu’il est prêt pour le martyre. Loin de pardonner, le roi décréta : « le clan des Abasinga ne donnera plus jamais de reine-mère ! ». En partant de là, Nkurukumbi aurait prit le chemin de l’exil  et  aurait terminé ses jours au Ndorwa. De fait Nyakanga fut la dernière. Nyiraruganzu II Nyirarumaga, qui était une fille des Abasinga, ne fut pas une vraie exception puisqu’elle ne fut qu’une reine-mère « adoptive ».

 

Peu après, le chef Cyenge, fils de Nyebunga arriva avec la bonne nouvelle : « Ton épouse t’a rendu père d’un fils » ! Immédiatement, le nommé Gitandura, fils de Kingali, fut chargé d’emporter la fameuse peau de léopard  (ingwe)  pour servir de berceau du nouveau-né, et d’imposer à celui-ci le nom de Rugwe. Depuis lors, ce Gitandura et sa descendance obtinrent le privilège d’imposer le nom aux enfants royaux avant que le monarque ne leur donne le sien, inspiré souvent  du contenu conceptuel de ce premier. Le lendemain matin, un Conseil de la Couronne eut lieu. Deux décisions importantes furent prises: D’abord le chef Cyenge, de la famille des Abakobwa, fut nommé le Régent du pays jusqu’à la majorité de l’héritier. Ensuite, Nyaruhungura, de la famille des Abatsobe et Gitandura furent nommés ses acolytes Abiru et témoins de la mission de Cyenge.

 

La reine-mère Nyakiyaga  fut autorisée à épouser en secondes noces Mwendo, le demi-frère de son premier mari Ruganzu I.  La colline de Tabirago qui a servi de siège transitoire pour toutes ces décisions subit de changement de nom : de Ta-birago, elle devint Sasa-birago; elle se trouve au Buganza, près de  Rwamagana.  Toutes les précautions prises, le monarque donna le signal des hostilités. Il attaqua le Gisaka et se fit volontairement tuer à  Nkungu, près de Munyaga, dans la Province actuelle de l’Est du Rwanda, qui, au moment de ces événements, était dans le royaume du Gisaka.

 

Un tel héroïsme d’un si grand personnage, laissa un souvenir inoubliable dans la mémoire du peuple tout entier.  Doublé du geste similaire de sa sœur que nous allons mentionner, ce sacrifice suprême devint comme une « inauguration liturgique d’une ère nouvelle » de ce royaume. La tradition, à commencer par les poètes historiographes initiés par la reine Nyirarumaga, cinq règnes plus tard,  fait  de Bwimba le N°-1 de leurs compositions  poétiques.

 

Pour conclure, faisons quelques observations. La première est que  ce Ruganzu est l’unique roi  qui soit mort en martyr. La seconde est qu’il a refusé de se faire remplacer à l’exemple de son oncle maternel Nkurukumbi. Ce faisant, il a laissé un exemple remarquable à tous les dirigeants qui doivent  mettre les lourdes charges du pays sur leurs épaules au lieu de les mettre sur celles  des autres. Ce comportement altruiste  serait, dit-on, à l’origine du proverbe : Abo Ingoma yahaye  amata ni bo isaba amaraso = Ceux à qui le pays  a donné du lait, c’est à eux qu’il demande du sang. La troisième est qu’à cette époque, la continence n’était pas encore imposée aux reines-mères veuves très jeunes. La quatrième observation concerne la punition du clan des Abasinga.

 

Le fait que ce clan a cessé de fournir des reines-mères date de ce roi Ruganzu I. La faute est  attribuée à Nkurukumbi, avec la complicité de sa sœur la reine -mère Nyakanga. La nature de cette faute est plus l’égoïsme que la lâcheté.  On comptait livrer une victime plus modeste. La cinquième observation est que le roi a violé l’interdit en sautant la ceinture de sa mère. L’excuse est qu’il y avait conflit d’interdits et  qu’il a observé la loi du moindre mal. Il est interdit de sauter la ceinture de sa mère, mais il est interdit aussi au Martyr de revenir en arrière. Ruganzu a jugé donc que ce dernier interdit était plus grave pour le pays que l’irrévérence pour sa mère.

 

  1. Robwa

 

Pour les connaisseurs  de l’histoire du Rwanda ancien, la princesse Robwa Nyiramateke  est l’honneur de toutes les Rwandaises. Elle incarne le courage féminin et la fidélité à la famille paternelle, deux vertus caractéristiques de la femme rwandaise. L’histoire de son martyre est déjà connue, impliquée qu’elle était  dans celle de son frère que nous venons de raconter. Ce qui reste à relater est ce qui arriva après la mort de Bwimba. En voici un résumé.

 

« Après la mort de Ruganzu I, le messager de liaison entre elle et lui alla annoncer la nouvelle à celle-ci. Son mari, le roi Kimenyi I Musaya, fut également informé. Pour la consoler du chagrin causé par la mort de son frère, Kimenyi lui présenta le Rukurura, tambour dynastique du Gisaka. Le vrai mobile de ce geste était autre. Et Robwa aussi reconnaissait. Il la  proclamait ainsi future reine-mère du Rwanda vu qu’elle portait en son sein le futur annexeur de ce pays. Il oubliait le proverbe : « ce que femme veut, Dieu le veut » ! Assise sur son lit, le tambour  placé près d’elle, Robwa, la digne fille de Nsoro I Muhigi, rassembla toutes ses forces, se mit debout et d’un bond,  se jeta sur le Rukurura, en visant son sein sur le rebord du tambour et se tua ainsi que l’enfant qu’elle portait en elle. La nouvelle fut portée sur les ailes du vent jusqu’au Rwanda.

 

La Cour royale  la proclama  martyr national au même titre que son frère  Bwimba. De la sorte, deux vies humaines furent sacrifiées pour sauvegarder l’indépendance du Rwanda.Ce « double  martyre défensif » consacra, en quelque sorte, le recours à ce moyen chaque fois que  les intérêts supérieurs de la nation l’exigeraient.

 

  1. Nkoko

 

Sur ce personnage, la tradition a transmis peu de renseignements. Il est l’un des trois  fils de Kigeli I Mukobanya, à savoir: Mibambwe I, Gitore, l’ancêtre des Abenegitore et ce Nkoko. L’information dont nous disposons dit laconiquement : la lutte contre le royaume du Nduga étant engagée, « le prince Nkoko se livra volontairement à la mort comme martyr sur le champ de bataille, afin que son sang assurât l’annexion de ce pays » (EH, p.75). Il faut savoir que sous le règne de Cyilima I, le prince Mukobanya a traversé la Nyabarongo avec ses armées; mettant ainsi  le Rwanda en contact avec le royaume du Nduga. La lutte entre les deux pays a englouti de nombreuses vies de martyrs de part et d’autre. Du côté rwandais,  Nkoko, le frère du roi,  est le premier. Dans le livre Inganji Karinga II, nous apprenons qu’il fut tué à Rutabo   près de Ngoma, dans le Mayaga-Nord. Ce martyre est mentionné dans deux poèmes : le N°-49 : Riratukuye ishyembe de Ruganzu II et dans le N°- 29 : Zemeye inganzo ingongo, de Bagorozi. Le sacrifice  n’eut pas immédiatement l’effet escompté.

 

Le roi du Nduga, Nkuba, fut tué, mais son fils, Mashira,  put se sauver. Ainsi le Nduga fut vaincu mais pas encore annexé. La conquête totale et définitive du grand royaume des Ababanda, situé au centre du Rwanda actuel, exigeait un prix très élevé. C’est ce suite que nous dit la.

 

  1. Gatambira

 

Le prince Gatambira, fils de Mibambwe I, suivit son oncle Nkoko dans le sacrifice suprême pour la conquête du Nduga. Il tomba dans la localité nommée  Rugondo, près de Tambwe, dans le  District  de Muhanga. La chute de la dynastie des Ababanda exigeait davantage. Il fut nécessaire que d’autres martyrs soient sacrifiés.

 

  1. Muhira

 

Ce personnage était fils du prince  Gahindiro, celui-ci fils du roi Mibambwe I. De ce  martyr, la tradition n’a transmis que l’affirmation globale  qui associe  au sacrifice de Gatambira celui de son neveu Muhira, et même du suivant, qui périrent en même temps, contre le même ennemi, le Nduga, mais sur d’autres champs de bataille.

 

 

 

 

  1. Munyanya

  Le notable Munyanya  était un ancien ami de Mashira, roi du Nduga, qui était passé du côté de ses adversaires. Il voulait ainsi « acheter le royaume de Mashira au prix de son sang » pour le  faire annexer au  Rwanda.

 

  1. Forongo

 

Lors de la deuxième invasion des Abanyoro, le roi Mibambwe I, sa Cour, toutes les forces vives du pays, et le gros de ses troupeaux de vaches, trouvèrent refuge au Bunyabungo. Trouvant le Rwanda vide du trésor convoité, à savoir les vaches, les Abanyoro poursuivirent les fugitifs. Apprenant que les Abanyoro étaient à leurs trousses, Mibambwe décida d’aller à leur rencontre et les attaqua avant qu’ils n’aient pu se rassembler.  Un à un, les groupes d’assaillants, déjà fatigués par la route, trouvaient les Rwandais  nombreux et prêts à les recevoir comme il convenait.  Le prince Forongo, fils de Mibambwe I, fut désigné comme martyr. Il se fit tuer dès la première rencontre dans la vallée de la Mwaga. Ses compagnons obligèrent les assaillants à rebrousser chemin.

 

Dans la tradition, le prince Forongo est l’homme qui a vaincu les « réputés invincibles » Abanyoro par les énergies mystiques de son sang royal. Son père Sekarongoro, alors chef des armées de son propre père, avait combattu ces Abanyoro pendant leur première invasion du Rwanda. Il avait été blessé au front. Le martyre de Forongo est auréolé par cette double circonstance. La première est qu’il réussit mieux que son père. La seconde est qu’il a vaincu l’adversaire le plus redoutable parmi les puissances de la région.

 

  1. Binama

 

La présentation de ce personnage exige le rappel des circonstances qui entourèrent son martyre. Parmi tous les autres martyrs pour la nation, Binama est le seul qui a été prédestiné à ce sacrifice avant sa naissance. Il naquit pour mourir martyr et il attendit cette issue durant plusieurs décennies. Résumons d’abord le récit de sa prédestination, nous verrons ensuite l’exécution du plan. Sous le règne de Yuhi Gahima le Rwanda aurait  probablement attaqué en vain le royaume confédéral du Bungwe, qui s’étendait à la frontière Sud-Ouest du Rwanda.

 

Les traditions rapportent, en effet, que pour en venir à bout, Yuhi II recourut à un moyen supra-naturel. Il épousa Nyankaka, fille de Magunguru, petite sœur de Benginzage, femme de Samukende, roi du Bungwe. Après son mariage avec cette jeune femme, Yuhi l’envoya à la Cour de Samukende, sous le prétexte d’aller rendre visite à sa sœur. En réalité, elle était chargée de la mission de gagner la confiance de Samukende et d’en avoir un enfant. Un fils du  roi du Bungwe est un potentiel successeur et dans ce cas d’espèce un annexeur.   Une fois Nyankaka enceinte, elle rentra au Rwanda et donna le jour à un fils, à qui Yuhi II, son père légal, imposa le nom de Binama. Cet enfant grandit dans l’attente de cette issue fatale. Celle-ci ne viendra pas vite, ce qui lui permit d’avoir des enfants qui forment aujourd’hui un grand lignage appelé Abanama. Sous le règne  de Mutara I Semugeshi, le quatrième roi depuis la naissance de Binama, le projet de conquérir toute la confédération des Abenengwe fut relancé. Peut-être la lutte s’échelonna-t-elle sur plusieurs années. Après la conquête du Busanza et du Bufundu, qui étaient des satellites du Bungwe, celui-ci fut attaqué. C’est à ce moment-là que le prince Binama, fils de Yuhi Gahima,  alla se faire tuer et arroser de son sang  le territoire « eenengwe ». Le résultat escompté fut atteint : la confédération entra dans le bercail rwandais. Il est permis de contester la valeur objective de la doctrine qui sous-tend cette pratique qu’on dirait inhumaine. Nous avons déjà exposé longuement le point de vue traditionnel de cette conception, qui prend corps dans le cadre de la  monarchie « théocratique ». Le cas présent illustre, plus que les autres, la conviction nationale en la valeur de ce sacrifice.

 

Les conditions combien onéreuses de sa naissance, la durée de l’attente et, bien sûr, la geste elle-même, indiquent le haut niveau de patriotisme des Rwandais de cette époque. Dans l’ancienne région du Nyaruguru, qui couvrait justement le territoire de l’ancien royaume du Bungwe, on entendait de temps à autre l’exclamation populaire :  Adukuye aho Binama yakuye Ubusanza = Untel nous a tiré de l’impasse comme le fit jadis le prince Binama à l’égard de la région, du Busanza ! Les Abanama, lignage issu de ce prince-martyr, qui se trouvent nombreux dans cette région de l’ancien territoire de la confédération des Abenengwe, parlent toujours avec fierté de leur illustre ancêtre.

 

 

  1. Rwambali II

 

La tradition est totalement muette sur les circonstances qui ont entouré la mort de ce  martyr. La seule  information directe qui nous est parvenue est la note du Code dynastique qui dit laconiquement : « le nommé Rwambali, fils de Bwacya, du lignage des Abatsobe, mourut en martyr contre le Gisaka sous le règne de Mibambwe II Gisanura » (EH, p.124).   Cette notice  contient quelques  indications contextuelles. La première est que ce Rwambali II est du même lignage que le premier martyr du même nom : les deux sont des Abatsobe. C’est dans cette famille que se trouvait le second personnage du pays en dignité, après les souverains : le roi et la reine-mère. Voilà pourquoi ce lignage  devait occuper également le second rang dans le dévouement dû à la nation. La deuxième information contextuelle est que ce martyre implique  qu’il y eut à cette époque un conflit dans lequel le Rwanda visait l’annexion du Gisaka, seul objectif qui exigeait un tel sacrifice.

 

  1. Gihana

 

Parmi les derniers martyrs de la nation, Gihana, sans conteste, est le plus célèbre. Fils du roi Rujugira, chef d’armée de la Milice Abalima, le prince Gihana mourut martyr au Burundi, le pays  voisin du Rwanda, le plus dangereux à ce moment-là.   Le contexte historique dans lequel se situe son martyre se lit dans le récit suivant : Cyilima II décida de donner un grand coup ! Afin de briser les armes entre les mains de Mutaga III, il décida en effet d’envoyer contre lui un martyr d’envergure qui verserait librement son sang sur le sol du Burundi et provoquerait tous les malheurs ! Ce martyr, arme secrète jusque-là tenue en réserve, était le prince Gihana. Ainsi désigné, il s’avança sur le territoire du Burundi, à la tête d’un grand nombre de guerriers destinés à former le cadre du sacrifice suprême.  Mais les espions du Burundi veillaient : partout où se présentait le prince, les guerriers le fuyaient comme la peste, parce qu’on avait appris la nouvelle. Il ne fallait pas le tuer ! Ce serait  assassiner son propre pays, que de verser le sang porte-malheur d’un martyr, surtout de ce rang. Comme le prince perturbait les affaires du Burundi en vue justement de provoquer l’ire du pays et sa mort, Mutaga III et ses conseillers trouvèrent enfin la solution.  A la suite d’oracles divinatoires, un contre-martyr fut désigné. Ce fut Rurinda, fils de Gakamba, cousin du roi. Il attaquerait le prince Gihana et son propre sang versé dans ces conditions annulerait les effets funestes qu’aurait dû provoquer celui du Rwandais. Les deux martyrs se mesurèrent en un combat singulier dans la localité appelée Kabacuzi : Rulinda tua le prince Gihana et se suicida ensuite sur son cadavre, à l’endroit depuis lors désigné sous le nom mu lya Gihana na Rurinda = lieu de Gihana – et – Rurinda.

 

  Ce n’était pas au Burundi à cette époque, mais sur le territoire du Bugesera. Ce double sacrifice s’accomplit dans le cadre d’une vaste bataille, au cours de laquelle périrent de nombreux compagnons des deux martyrs, et du côté du Rwanda le prince Karara, fils de Cyilima II, et Mparaye, dont la mère était Mitunga, fille du monarque. Ces deux personnages avaient simplement pris part à l’expédition et ne furent tués que fortuitement (EH, p.140-141).

 

La mémoire de ce héros rendit également populaires sa veuve et ses deux orphelins. En effet, sa veuve Nyiratunga est devenue reine-mère sous le règne de son fils Yuhi IV Gahindiro, qu’elle avait eu avec Mibambwe III Sentabyo, le frère de son mari. Gihana avait eu avec cette Nyiratunga un enfant, Munana, qui devint  le père d’un grand lignage, dit justement Abanana. Gihana eut, malheureusement aussi, sans doute avec une autre femme, un fils du nom de Kanywabahizi qui fut la honte de la famille. Ce cas mérite d’être explicité parce qu’il jette une lumière qui éclaire l’acte héroïque qu’exige ce martyre. « Un fait nouveau est mis en relief par le poète Musare en son poème satirique  N°- 74 : Umunyiginya mutindi ! = Un noble dégénéré.  Ce Kanywabahizi, fut  désigné martyr contre le Gisaka. (EH, p.168). Cette citation contient un témoignage sur les éléments constitutifs du  martyre  pour la nation. Le poète Musare, auteur de cette satire, et A.Kagame qui fait la relation de cette félonie de Kanywabahizi, sont des témoins crédibles de la doctrine traditionnelle qui sous-tend cette coutume.

 

  1. Rubona

 

Le martyre de ce personnage, Rubona, s’inscrit dans le sillage de celui du précédent. Résumons cette histoire dans la relation suivante : «  Dans la suite, écrit A. Kagame, une grande sécheresse vint s’abattre sur le Burundi. Ce malheur fut attribué au sang royal du prince Gihana, qui seul avait été tué en martyr, tandis que le contre-martyr Rurinda avait lui-même versé son sang, sans être tué. A la suite de consultations divinatoires, la Cour du Burundi trouva une solution ingénieuse. Il fallait mystifier l’esprit du prince, en lui faisant  croire que le Burundi était son pays. On lui éleva une résidence en une localité qu’on appela  Muyange, nom du lieu où s’élevait au Rwanda la résidence du martyr. On lui créa une Milice qui fut appelée Abalima, comme la sienne au Rwanda, ainsi qu’un troupeau de vaches appelé Nyamumbe = le noir-de-jais, correspondant à l’appellation de ses bovidés au Rwanda.

 

 

Enfin, la nouvelle résidence du nouveau Muyange fut confiée à une femme dont le nom fut changé  en celui de la veuve la plus aimée du prince. Le culte de Gihana s’organisa ainsi au Burundi, et les pluies, qui finirent par  arroser le pays, furent attribuées à la satisfaction du prince. La nouvelle de ce culte et de cette mystification vint à être connue au Rwanda : l’irritation fut grande à la Cour. Comment arriverait-on à détromper le prince et à rallumer son courroux contre le Burundi ? La solution fut trouvée : le Chef Rubona, fils de Rusimbi, le grand commandant de la Milice Abadahemuka, – sur sa propre proposition, affirment les traditions, – irait se livrer en martyr. Une fois mort, son esprit irait tout droit auprès du prince pour le rappeler aux réalités en lui révélant que les Burundais l’avaient mystifié. La décision une fois prise, la Milice Abadahemuka traversa la Kanyaru et attaqua les guerriers qui campaient en face, dans la localité appelée Kivu au Buyenzi, dans le District actuel de Nyaruguru.

 

C’est là que  le chef Rubona fut tué en martyr, décidé à aller accomplir sa mission dans l’au-delà. Le lieu où il tomba et fut enterré était indiqué par un bosquet dont nous pouvions voir les vestiges jusqu’en ces dernières années 1945 ».  (EH, p.141-142).   Concernant l’identité de Rubona, nous possédons des informations précises dont voici quelques-unes.  Dans le livre des « Généalogies » de Léon  Delmas déjà  cité, Rubona se trouve être fils de Rusimbi, de Bwacya, de Nyaruhungura.  On découvre ainsi que ce Rubona est de la famille des deux Rwambali martyrs, étant, tous les trois, membres du lignage tsobe. L’aîné des 4 fils de Rubona s’appelait lui-même Rwambali. Une branche des descendants de celui-ci habitait Giseke au Nyaruguru où  se trouvait naguère le camp des Marches de la Milice Abadahemuka, du chef  Rubona. Le dernier Sous-chef de cette colline avant la suppression des sous-chefferies, fut justement Manywa qui fut assassiné lors des troubles politiques de 1959.

 

Celui-ci était fils de Macari, de Ruvuzacyuma, de Semuzigura, de Rwambali, le fils de Rubona, notre  martyr.   Avant de mettre un point final à ce récit, notons une information importante  qu’il nous donne. Rubona s’est donné la mort pour rejoindre dans l’au-delà l’esprit (umuzimu) de Gihana  afin de le détromper. Ainsi donc, la base de ce martyre est la croyance des Rwandais de cette époque en la survie de l’esprit de l’être humain : la mort de l’homme n’est pas sa « néantisation » pure et simple.

 

  1. Ntabyera I

 

Comme une perle du même collier, le martyre de ce Ntabyera I  complète la série des martyrs de cette famille tsobe dont on peut rappeler ici les noms pour mémoire et par déférence : Rwambali I, Rwambali II, Rubona, Ntabyera I.

 

 

Parlons maintenant de ce dernier. Sa mort est liée à celle de son parent Rubona. Comment ? Il faut se rappeler que le Chef Rubona s’est fait tuer en qualité de martyr pour rejoindre dans l’au-delà l’esprit du prince martyr Gihana, afin de le démystifier : le détromper en lui disant que le Burundi était toujours son ennemi à combattre. « La Cour du Burundi, rapporte Alexis Kagame,  finit par apprendre que Rubona avait été tué en martyr. Il fut décidé d’annuler les effets de cette mort par une réplique appropriée. Le prince Kivumajoro, fils de Mwambutsa II Nyarushumba et demi-frère de Ntare III Kivimira, fut désigné comme martyr. Il feignit de s’exiler au Rwanda. Mais une fois sur place, il prit ses informations et alla se noyer dans les puits salins du Muhanga, avec l’intention de provoquer toutes les pestes sur les vaches du Rwanda. Pour annuler les effets supposés de ce sacrifice, la Cour du Rwanda désigna le nommé Ntabyera, parent de Rubona. Il alla se noyer dans le même puits. On en retira ensuite les deux cadavres qu’on alla secrètement enterrer sur le territoire du Burundi. » (EH, p.142-143). Nous le nommons Ntabyera I, parce qu’il y eut dans la suite et contre le royaume du Gisaka un homonyme que nous nommons Ntabyera II.

 

Sur ce Ntabyera I,  nous n’avons que cette maigre indication d’A.Kagame qu’il était « parent de Rubona ». La source de cette information n’est pas donnée. On peut la supposer provenir des informateurs habituels pour ce genre de choses, à savoir les Gardiens du Code dynastique. La deuxième information concernant Ntabyera I, est que son martyre avait le but d’achever les effets de celui de son parent Rubona, que la réplique du Burundi continuait de rendre inefficace. Il fut le dernier tribut lourd de  la dynastie honorifique  des  Abatsobe, descendant de Gihanga Ngomijana, fondateur de la dynastie des Abanyiginya.

 

  1. Semahangura

 

Que sait-on de ce  personnage ?  A.Kagame  nous donne  l’information suivante :    « Comme la coutume s’opposait à toute annexion avant que le sang d’un martyr ne fut versé pour acheter le pays, le nommé Semahangura fut investi en cette qualité. Les armées du Rwanda envahirent le Bugesera par le Nord, zone où Nsoro IV Nyamugeta s’était replié. Il eut tout juste le temps de s’échapper et de se réfugier au Gisaka, auprès de son parent Kimenyi IV Getura. Les insignes de la royauté du Bugesera  tombèrent entre les mains des Rwandais : le tambour dynastique Rukomba-mazi et le taureau de règne de Nsoro IV, le Rushya. Les guerriers du Rwanda s’avancèrent rapidement vers le Sud et arrêtèrent ceux du Burundi à la hauteur des lacs Cyohoha et Rweru, où fut définitivement établie la frontière entre les deux pays. » (EH, p. 167). Notre informateur vient d’affirmer que toute annexion suppose au préalable un martyre. Cette règle doit avoir été assez tardive car les premières conquêtes n’ont pas eu toutes des Abacengeli. Par exemple Kigeli I, Kigeli  II et surtout Ruganzu II, ne semblent pas avoir payé cette facture de rachat.

 

  1. Semucumisi

 

La conquête du Gisaka fut le gouffre  de sang des martyrs rwandais. Ruganzu Bwimba et Robwa furent les premiers. Le prince Semucumisi fut l’avant-dernier, sous le règne de Mibambwe III Sentabyo (1741-1746). Sur ce martyre, nous ne possédons que deux brèves informations contenues  dans deux poèmes.  La première est dans le poème  intitulé « Nuzuye n’Abami = J’ai été dans l’intimité des rois ».

 

Son auteur, le poète  Nsabimana, fils de Nyabiguma et petit-fils de Muguta, du clan « nyiginya-enegatambira », nous laisse entrevoir une attaque d’envergure contre le Gisaka. Les traditions des Mémorialistes, d’autre part, nous montrent Mibambwe III Sentabyo au camp des Marches de Muyaga, à la frontière dudit royaume, où s’engagent des batailles qui ne sont plus de routine. Ce qui suit montre qu’il s’agissait d’une guerre de conquête en bonne et due forme. La deuxième information est donnée par le poète   Musare, fils de Karimunda du clan « singa-nukamishyo », dans son poème satirique N°-74. : « Umunyiginya mutindi = Un pince dégénéré » ! Le nommé Kanywabahizi, fils du grand martyr Gihana, fut désigné pour le même sacrifice que son père. Il devait verser son sang sur le champ de bataille et donner au Rwanda le droit d’annexion sur le Gisaka. Le martyr désigné, partisan sans doute de l’opposant Gatarabuhura, passa la frontière et se réfugia dans le pays contre lequel il avait été envoyé. L’aède stigmatise cette félonie. A la place du traître, la Cour désigna le prince Semucumisi, demi-frère du monarque, qui alla se livrer en martyr.

 

16. Ntabyera II

 

Au moment où la chute du Gisaka devenait enfin inévitable, il fut estimé qu’il fallait un martyr contemporain de l’événement.

 

Le précédent, celui du prince Semucumisi, valait pour son temps et, somme toute, n’avait pas été couronné de succès. Au sujet de ce dernier martyr contre le Gisaka, nous avons les informations suivantes : « La Cour jugea nécessaire d’envoyer au Gisaka un autre martyr, en la personne de Ntabyera. Un imprudent adversaire l’abattit en ignorant sa qualité. Le costume de ce curieux guerrier avait intrigué les guerriers du Gisaka.

 

Une fois les explications données par un Rwandais réfugié en ce pays, ce fut la consternation générale à la Cour de Ntamwete, roi du Gisaka. Il fut clair dès lors que l’annexion de leur pays au Rwanda était, en principe, chose faite ».

 

Ce martyre, le tout dernier officiel, eut lieu sous le règne de Mutara II Rwogera. Son fruit, c’est-à-dire la conquête du Gisaka, eut lieu  en deux étapes. L’occupation militaire  se réalisa sous ce règne. L’annexion juridique advint au règne suivant, sous Kigeli IV Rwabugili. C’est à ce moment-là que le tambour dynastique du Gisaka, le Rukurura, fut remis à la Cour  du Rwanda.   L’identité familiale de ce dernier martyr  est restée  inconnue. Serait-il de la même famille des Tsobe que le premier Ntabyera ? Dans la logique habituelle du symbolisme culturel et  cultuel, les deux bouts de la chaîne des martyrs de la nation  se trouveraient mieux dans la famille qui a toujours présidé aux rites de la pérennité du Royaume rwandais.

 

 

 

 

 

 

  1. LE TABLEAU RECAPITULATIF

 

Ce tableau indique  les plus célèbres, martyrs sacrifiés contre les grands voisins : Ndorwa, Gisaka, Bugesera, Nduga, Bungwe, Burundi. Seul ce dernier pays a résisté  efficacement contre le sang des martyrs rwandais, non sans lui opposer celui des  siens propres, jusqu’à la colonisation qui a rendu intangibles les limites de chaque  pays colonisé. Y figurent également les conquêtes et reconquêtes qui n’ont pas exigés des martyrs préalables.

 

 

 

ROIS             PAYS                                MARTYRS

 

  Nsoro I            Ndorwa                                          Rwambali I

  Ruganzu I           Gisaka                                             Ruganzu I

Robwa

  Kigeli I              -Principauté de Nkuba :  

                               entre Buriza et Bwanacymbwe

                              -Principauté du Buriza-Nord

                               -Busarasi

  Mibambwe I       –Nduga                                             Nkoko

Gatambira

Mihira

Munyanya

Bunyoro                                          Forongo:

 

  Yuhi II                 –Bugara  (Murera Buhanga,

Buhoma, Nyantango,

Budaha, Bwishaza).

 

 

 Ruganzu II           Reconquête du Rwanda oriental

-Conquête du Bugara : ses régions du

Bufumbira, Bwishya, Jomba,

   -Conquête des régions du : 

                               –Kanage-Bugoyi,

-Rusenyi

-Itabire,

-Bunyambiriri

-Cyesha,

-Kinyaga,

-Burwi.

 

 

    Mutara I              –Bungwe                                             Binama

 

 

 

 

 

   Kigeli II              -Régions du 

Buberuka, Bukunzi,

Busozo, Bugarama.

Mibambwe II      -Gisaka                                          Rwambali II

  Cyilima II            –Burundi                                        Gihana

Rubona:

Ntabyera I

  Kigeli III               –Ndorwa

                                 –Mubari

  Mibambwe I         -Bugesera                                    Semahangura

                                 –Gisaka                                        Semucumisi

  Mutara II:             -Gisaka                                        Ntabyera II

 

Ce tableau récapitulatif permet d’avoir  une vue panoramique sur le Rwanda en évolution. Cette croissance  a connu des hauts et des bas, des victoires et des défaites, des héroïsmes et des lâchetés. Les souverains étant les premiers acteurs de cette construction de la nation ; nous prenons comme chefs de file de ce tableau récapitulatif de cette croissance du Rwanda depuis Ruganzu I jusqu’à Kigeli IV. C’est sous le règne de ce dernier que la dernière annexion légalisée a eu lieu : celle du Gisaka. Le premier acteur de cette opération séculaire fut le roi Kigeli I Mukobanya, du vivant de son père Cyilima I Rugwe, non sans l’appui précoce  de son fils Sekarongoro, le futur Mibambwe I. Pour ce travail, le sang des  martyrs était l’arme la plus efficace. Voilà pourquoi ; le tableau des martyrs nous oblige de parler des acteurs ou de la main qui tenait cette arme. Pour toute objectivité, nous présentons les deux faces : le négatif et le positif.

 

 

II.1  Les ombres au tableau

 

II.1.1 Les défaites militaires :

    

    Le Rwanda, avec ses vaillants Souverains, ses nombreuses Milices, ses Martyrs, a subi l’humiliation sur le champ de bataille plus d’une fois surtout devant trois pays : le Bunyoro, le Bunyabungo et le Burundi. Par deux fois, le roi et son Armée ont trouvé le salut dans la fuite devant les Armées du Bunyoro. Le Rwanda occidental a été occupé par  les Abanyabungo pendant onze ans, après avoir tué le roi Ndahiro et capturé le tambour dynastique Rwoga. Quant au Burundi, contre lequel le Rwanda a payé cher en vies humaines, il s’est montré toujours imbattable. Si la colonisation n’était pas intervenue, on se demande lequel des deux voisins aurait avalé l’autre ?  Voila la première ombre au  tableau: la faiblesse du pays en face de voisins plus puissants.

 

II.1.2 Le refus du martyre :

    

     Les défaites militaires sont compréhensibles, il y a eu des ombres moins tolérables.  Commençons par les actes de  la lâcheté ! L’histoire  est émaillée de ces actes de la part de certains personnages haut placés du pays,  qui ont fuit devant leurs responsabilités nationales. Rappelons un seul exemple mais qui en dit beaucoup. Le grand martyr Gihana, fils de Cyilima II, a eu un fils du nom de Kanywabahizi. Comme le dit le poète Musare dans son poème N°-74 Umunyiginya mutindi = Un prince dégénéré, ce personnage a été désigné par les oracles divinatoires pour être « Umucengeli » au Gisaka. Au lieu d’accepter cette mission patriotique, il a préféré aller  présenter ses services à ce pays ennemi. Sa lâcheté fut ainsi poussée à la trahison !

 

 

II.1.3 Une tricherie morale au palais :

 

A une certaine époque, les reines-mères furent astreintes à mener une vie de célibataire. Nous venons de voir que cette règle n’existait pas encore sous le règne de Ruganzu I qui a autorisé sa jeune femme à se remarier avec son frère Mwendo. Neuf règnes après, cette autorisation était déjà supprimée. Ainsi a pu être considération comme un malheur pour la nation le fait que Ncendeli, la mère de Kigeli II, se soit trouvée enceinte. Elle était du clan des Abega et du côté maternelle, elle était une descendante de Yuhi II Gahima. Son fils, Kigeli II Nyamuheshera était celui qui, de tous nos souverains,  celui qui a porté les frontières du Rwanda le plus loin, jusqu’au lac Rwicanzige. Cette reine était donc trop haut placée pour ne pas tomber si bas sans faire des échos retentissants. Elle n’attendit pas  que la chose soit publique. On finit par savoir qu’elle avait rejoint ses ancêtres par la voie discrète du suicide.

 

II.1.4 Une contestation :

    

   Sur cette liste des ombres nous allons citer un cas unique en son espèce. Selon les règles du Code dynastique, le roi Mutara doit enterrer à Rutare la momie de son prédécesseur Cyilima, et vice versa,  qui attendait à Gaseke depuis trois règnes. Pour ce faire, il doit attendre la mort de sa propre mère.

 

Si d’aventure celle-ci est encore en bonne santé et que c’est son fils qui est mourant, le Code prescrit de « donner le lait » (tuer) à la reine-mère pour permettre à son fils de s’acquitter de son devoir national avant que ce ne soit trop tard. Hélas, ce cas est arrivé  lorsque Mutara II se mourait jeune de tuberculose alors que sa mère Nyiramongi était en excellente santé. Cette  reine-mère, soit par la peur de la mort, soit par la contestation de cette coutume, inhumaine, sans doute les deux à la fois, a refusé de boire le poison qu’on lui apportait.

 

Elle l’a fait boire aux messagers qui ont accepté et en sont morts sur le champ. Finalement, son propre frère, Rwakagara,  pour sauver l’honneur de leur famille, a versé, de force, du lait dans la bouche  de sa sœur jusqu’à l’étouffement. La pénible mission accomplie, il conclut : Abawe twese turagasazana amata mu kanwa = Que tous les tiens, nous  terminions nos jours ici bas dans l’abondance de lait !

 

II.2 Les pages de lumière

 

Il fallait signaler les ombres  pour mieux faire ressortir les pages de lumière. Ces pages sont celles qui véhiculent les actions de trois chantiers de constructions de notre édifice national. Ces chantiers sont dans les trois domaines de la vie du pays : le politique, le martial et le culturel. Les chefs de fils de ces chantiers furent successivement :Kigeli I, Ruganzu II, Nyiraruganzu II. Vu que l’histoire de ces personnages est racontée ailleurs, retenons l’essentiel qui en a fait  les grands phares de la vie de ce pays.

 

II.2.1 Mukobanya :

 

Dans le domaine du politique, Mukobanya fut le  chef de file incontestable. Il le fut surtout grâce à une conception de l’Etat qui était révolutionnaire à son époque. Du vivant de son père Cyilima I Rugwe, le prince Mukobanya, a introduit la conception  d’un Etat-Nation : indépendant et unificateur. Cela signifiait pour lui deux changements par rapport au passé de son pays. Premièrement, son pays cessait de faire partie d’un ensemble des entités claniques confédérées. Deuxièmement, son pays allait désormais agrandir son espace par l’annexion pure et simple de ses voisins. Pour marquer le nouveau statut de l’Etat, Mukobanya créa une nouvelle capitale à Nkuzuzu qui est l’actuel Gisozi. Ce faisant, Gasabo restait la capitale-mère des Abanyiginya tandis que la nouvelle était celle de l’Etat-Nation, absolu et annexeur.

 

Ses exploits de conquêtes, Mukobanya les a réalisés sous la main bénissante de son père et déjà second » par son propre fils Sekarongoro. Après avoir annexé les entités claniques auparavant fédérées avec la sienne, Mukobanya fit passer son pays au-delà de la Nyabarongo. Les témoignages de la tradition concernant ce rôle de Mukobanya sont plutôt sombres. Celui du poète Nyakayonga, fils du génial Musare, est cependant assez parlant. Il est dans son fameux poème N°-90 : Ukwibyara, qui le qualifie de : « Mugabo mu nka Nyirazo azirimo » = le Pasteur du troupeau en présence de son Titulaire  (= Mukobanya  s’est affirmé chef du pays sans détrôner  son père.

 

 

 

II.2.2 Ruganzu II :

 

Le domaine martial de l’histoire du Rwanda est dominé par  un, nom: Cyambara-ntama. Celui-ci est le surnom militaire de Ruganzu II Ndoli. Ce monarque est venu après la catastrophe du règne de son père Ndahiro Cyamatare.

 

Ce précédent poème nous le présente comme :

– «Muzahura w’ibyazimiye = Le Rassembleur de ce qui est dispersé,

– Muzamuzi w’ibyo asanze =  Le Restaurateur de ce qui subsiste encore.

– Uwo ni Cyungura = Son nom est le Munificent,

– Umwami wo ku ’Cyuma = Il est le roi de force métallique,

– Azanye icyubahiro = Il vient revêtu de puissance

– Yitwa Cyihabugabo » = Il vient imposer sa domination.

 

A l’avènement de ce monarque, le Rwanda n’existait pratiquement plus. La partie orientale de la Nyabarongo était occupée successivement par l’usurpateur Bamara et son fils Byinshi, pendant que le Rwanda occidental, de la Nyabarongo au Kivu, était occupée par les Abanyabungo du roi Ntsibura Nyebunga. Cette occupation,  qui a suivi le massacre du roi Ndahiro Cyamatare et la capture du tambour dynastique Rwoga, avait  duré onze ans. C’est cette situation désastreuse qui a provoqué la réplique appropriée de Ruganzu II. Revenu de son exil du Karagwe, de chez sa tante Nyabunyana, il devint Cyambara-ntama = Porteur de peau de mouton. Ce surnom signifiait  qu’il  ne déposait jamais  le vêtement de combat qui était une peau de bélier serrée autour des cuisses par une ceinture.  Il a travaillé avec tant de férocité qu’il reconquit tous le pays de ses pères en boutant dehors les envahisseurs et les usurpateurs.

 

Bien plus, il a ajouté au pays hérité de ses pères un tiers du territoire par la force de son bras. Sa  Milice Ibisumizi, avec son Commandant Muvunyi, fils de Karema partage les mêmes honneurs que son chef suprême. Ses conquêtes et reconquêtes sont indiquées sur le tableau récapitulatif. Un point important à noter, Ruganzu n’a pas eu le temps de recourir à l’arme des Abacengeli. Il a été assassiné avant de terminer la tâche. Ruganzu est le modèle de libérateur de tous les temps. Des rois guerroyeurs, nous en avons beaucoup, les Kigeli II et IV spécialement. Mais un roi combattant de sa propre main, et qui n’a pas couru pour rien, Cyambarantama est le modèle de la pugnacité et de la stratégie de nos Forces Armées d’hier et d’aujourd’hui.

 

II.2.3 Nyiraruganzu II :

 

La culture rwandaise  a reçu sa promotion spectaculaire par une femme : la poétesse Nyirarumaga, devenue Nyiraruganzu II. Son apport spécifique fut de créer   la poésie historiographique qui permet de garder la mémoire du pays. Venu au moment de l’effort de relèvement du pays après la catastrophe du règne de Ndahiro, Nyiraruganzu II fut la principale collaboratrice de Ruganzu II. Pour cette œuvre commune, celui-ci fut la  main qui portait l’épée pour bouter dehors les ennemis et autres intrus,  pendant que celle-là bandait les énergies des armées par ses poèmes.

 

Depuis Kigeli I, le Rwanda  était un Etat-Nation qui pouvait avoir une histoire propre.  Nyirarumaga lui en fournit le moyen en instituant le Collège de poètes = Abasizi b’i Bwami. Cette Académie royale devait créer ces poèmes, qui véhiculent l’histoire du pays et les enseigner à leurs enfants pour qu’ainsi le souvenir des événements du pays soit mémorisé à jamais. Ainsi donc, le rôle de cette poétesse fut de donner à la classe dirigeante le sens de l’histoire de leur pays et au peuple tout entier une conscience collective et une cohésion nationale. A vrai dire, c’est cette conscience nationale qui a généré ce que nous avons nommé le patriotisme jusqu’au sang.

 

II.3 Le profil des martyrs

 

Nous avons déjà rappelé que le martyre  de  Ruganzu I  a été le modèle des autres. Non seulement il répondait en excellence aux 4 conditions   pour être martyr, à savoir être libre, avoir le sang royal,   être désigné par les oracles divinatoires et se faire tuer effectivement sur le sol du pays à combattre, mais surtout il  a montré la hiérarchie dans le devoir  de patriotisme. Merveilleuse est la phrase qui exprime cette idée : Abo Ingoma yahaye amata ni bo isaba amaraso = A ceux qu’il a donné du lait, c’est à eux que le pays demande du sang. Reconsidérer la liste des martyrs sous ce point de vue de leur profil social.

 

1°-  Un étranger Munyanya.

2°- De simples princes : ils sont la majorité.

3°- De la famille des Abiru- tsobe : Rubona, les 2 Rwambari et les 2 Ntabyera.

4°- Les princes-chefs : Forongo, Binama et Gihana.

5°- Les  souverains : Ruganzu I et sa soeur Robwa, reine du Gisaka

 

 

III. LA VALEUR DU MARTYRE POUR LA NATION

 

Au bout de cette recherche une question se pose: à quel besoin ont apporté une réponse tant de vies humaines ? La question est très grave. Si d’aventure une telle pratique était de nature à ne pouvoir produire aucun résultat positif, il faut la qualifier d’horrible violation des droits humains. Lorsque je rédigeais mon livre Histoire du Rwanda pré-colonial, un correcteur de l’édition L’Harmattan a proposé de traduire « Ubucengeli » par  « suicide patriotique ». Pour que cette mort ne soit pas un suicide ou un homicide, il faut lui trouver des effets positifs qui constituent donc sa valeur. Nous l’avons déjà reconnu: le sang d’Umucengeli ne change pas de nature. Si valeur positive il y a, il faut la chercher ailleurs. Où ?  Il est tout indiqué de chercher dans les domaines culturel et religieux qui contiennent bien des motivations du comportement humain même là où des justifications scientifiques font défaut. C’est dans ce domaine que se situe l’Ubucengeli. Ceci dit, quels fruits  positifs et tangibles pouvait-on cueillir de ce martyre pour la nation ?  Les effets positifs sont à deux niveaux: psychologique et religieux.

 

 

III.1 La dimension psychologique

 

Pour comprendre la pertinence de cette réponse, il suffit, par exemple, d’évoquer le débat qui eut lieu sous le règne de Cyilima II Rujugira entre deux groupes de poètes. Le débat portait sur la supériorité entre Abacengeli (Martyrs) et Ingabo (Milices) pour donner la victoire. Le camp de Bagorozi donnait la priorité aux armes tandis que le camp opposé de Muhabura donnait la  supériorité à ce sang. La question de priorité ou de supériorité entre ces deux moyens confirment au moins que les deux sont utiles. Le débat a occupé sept poèmes en joutes poétiques.

 

Cette littérature montre en quoi le sang de ces martyrs fut essentiel pour pousser les armées aux exploits militaires que l’histoire leur reconnaît. Le sang d’un martyr produisait sur les Combattants la conviction de leur offrir la victoire sur un plat. Même lorsque la victoire n’était pas immédiate, tôt ou tard, elle était certaine. Sur quoi reposait cette confiance invincible ?

 

III.2 La dimension religieuse

 

N’oublions pas que le Rwanda pré-colonial était une monarchie théocratique. L’ordre, la sécurité, la prospérité et le développement relevaient de sa providence infaillible qui utilisait la main du roi en rendant efficaces ses moyens comme ses propres causes instrumentales. C’est la raison pour laquelle un martyr devait être désigné par des oracles divinatoires compris comme oracles  divins.

 

III.2.1 Cette monarchie théocratique avait-elle une mission universelle ?

 

Selon cette conception, c’est Imana  qui permettait  au Rwanda, son royaume sur la terre, d’élargir son pays en annexant les voisins. Cet objectif est inscrit dans le nom même du Rwanda (Ru-aanda = étendue illimitée).

 

  Les Rwandais ne sont pas seuls au monde à avoir cette ambition. A quoi peut-on attribuer cette prétention qui n’a rien de particulièrement rwandais ? Nous entrevoyons trois réponses :

 

1°- La fondation d’une monarchie aux ambitieuses projections qu’on vient de voir, exigeait un territoire de plus en plus vaste et une population de plus en plus nombreuse. La fondation du royaume du Rwanda dans son ambitieuse projection et ombreuse. Pour ce faire, le moyen pratique de l’époque était la guerre.

2°- L’instinct de conservation qui fait croire que la meilleure façon de se protéger  consiste à être plus fort que ses potentiels ennemis.

3°- Il y a lieu de penser aussi l’instinct de domination dont  la source est difficile à découvrir. Comme cette tendance est universelle en humanité, nous allons dépasser le cas du Rwanda pour en chercher la cause  dans les profondeurs de l’être humain. Cet instinct de domination, dans une monarchie théocratique, pouvait-il se confondre avec une mission divine ?  Cherchons la réponse en suivant deux pistes: la piste biblique et celle des nations christianisées qui ont colonisé les pays pour leur apporter le bienfait de la civilisation et de l’évangélisation.

 

  III.2.2 Dominer pour « civiliser »

 

Examinons ce problème dans le contexte des nations modernes, parvenues à l’idée de démocratie comme forme de gouvernement des pays et à la nécessité de convivialité entre les Nations au sein des organisations internationales coiffées par l’ONU. Eu égard à ce progrès, qu’est devenu la volonté de domination par la force, si généralisée dans les anciennes nations ? Au niveau des principes, du progrès il y a eu. En pratique, la loi du plus fort demeure. Mais, plus  que par le passé, on éprouve le besoin de  trouver des prétextes.

 

Le nom commun de ces prétextes est le devoir de « civilisation », qui signifie « humaniser la vie sociale  des peuples». Pour cela, on a vue des exemples: Hitler a fait ce qu’il a fait  pour sauver le sang pur des aryens. La colonisation de l’Afrique fut faite pour arracher les Nègres à la sauvagerie et les gagner à la civilisation. Un chef d’Etat démocratiquement élu est chassé du pouvoir par un autre chef  d’Etat étranger qui trouve qu’il gouverne mal son pays. Certaines puissances s’octroient des droits qu’elles interdisent aux autres nations.

 

III.2.3 Dominer  pour «évangéliser»

 

La monarchie théocratique rwandaise pouvait confondre ses ambitions annexionnistes avec le devoir d’installer le royaume de Dieu sur la terre. Les colonisateurs de l’Europe chrétienne disaient qu’ils sont venus coloniser pour pouvoir sauver « les nègres qui continuent de tomber en Enfer au mépris des mérites de Jésus-Christ ». Tous ceux-là qui dominent les autres pour imposer un ordre de justice divine sont des prétendus messagers de la bonne nouvelle de Dieu ou « évangélisateurs » sui generis. La question reste de savoir au nom de quoi ceux qui se disent athées peuvent prétendre à ce prosélytisme ? Au nom de quoi ces gens peuvent-ils reconnaître l’égalité entre les humains ?  Nous avons un dernier recours à notre lancinante question: la source biblique.

 

 III.2.4 La mission d’Adam

 

La Bible est un livre universellement connu et le plus vendu de toutes les librairies du monde. Ce succès indique  qu’elle contient des idées appréciées même par les incroyants. Parmi ces idées, il y a le récit de la création  du monde et du premier couple humain : Adam et Eve. Le sens littéral de ces deux noms est collectif : Adam =   « l’espèce humaine»,  Eve = la  mère  de tous les  vivants. Ce premier couple  a été placé sur la terre, dans    un jardin d’Eden avec cette mission : « multipliez-vous, cultivez la terre et soumettez-la » (Gn.1, 27-28; 2, 15). Adam et Eve ont  eu   deux premiers enfants: Caïn et Abel. Le premier fut  cultivateur, le second fut pasteur. Abel offrit à Dieu le fruit de son travail qui fut agréé, tandis que celui de Caïn déplut à Dieu. Alors, par    jalousie, Caïn  tua son frère (Gn.4, 1-8).

 

Les spécialistes de la Bible disent que ces passages de la Bible sont un langage symbolique qui exprime la réalité de l’existence des hommes sur la terre. Point n’est besoin d’être croyant pour s’y retrouver. Prenons ce récit comme un conte et appliquons-le  au destin de l’humanité. Sa pertinence crève les yeux. Notons les données essentielles:

 

1°- Dieu a créé la terre et le  premier couple humain.

2°- Dieu a établi les hommes sur la terre avec mission de la peupler et de la cultiver.

3°- Certains hommes plaisent à Dieu par le fruit de leur travail; d’autres lui déplaisent par le leur et détruisent l’unité de la famille humaine.

 

 III.2.5 Une humanité en mission sacrée

 

Voici un dernier aperçu de chemin parcouru. Nous venons de loin. Rappelons-nous les étapes. L’article porte le titre : le patriotisme jusqu’au sang. Ce titre visait le martyrologe  rwandais, à savoir l’ensemble des récits des gens qui ont sacrifié leur vie pour sauvegarder les intérêts supérieurs de la nation. L’examen de la valeur de ces martyres nous a conduit à une grande interrogation : quel intérêt les Rwandais trouvaient-ils à sacrifier tant de vies et pas des moindres ? Un examen plus élargi montre qu’il en est ainsi pour tous les pays. La vraie question devient alors la suivante: l’instinct de domination par la force est-il une folie de grandeur ou une mission divine ?   La Bible vient de nous fournir la réponse dans un langage symbolique. Résumons les éléments majeurs de cette réponse.

 

L’homme créé par Dieu a  la mission  de sauvegarder et développer la nature par son travail ainsi que d’humaniser la vie sociale. Par nature, il faut comprendre aussi bien la nature humaine que la nature cosmique. Ce travail de l’homme  s’effectue en recourant aux moyens scientifiques et techniques de plus en plus  perfectionnés. L’homme a la mission  d’organiser la vie sociale de tous les pays dans des institutions et des structures qui en font une seule communauté fraternelle. L’homme a la mission sacrée de vivre et de travailler sans oublier qu’il est gérant des choses divines.

 

Nous voilà enfin au bout de notre démarche et de nos interrogations.  Donner sa vie pour améliorer le sors des humains est une mission sacrée.  Le dévouement jusqu’au sacrifice de sa vie pour les autres est un acte parfaitement religieux, même en dehors de toute référence de confession religieuse. Ceux qui dominent les autres pour des intérêts égoïstes  sont des saboteurs du travail de l’homme. Bref, Abel et Caïn sont parmi nous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CAHIER NO37 = GISANURA, UN SAINT CANONISABLE

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PRESENTATION

 

REDACTION

 

Cet article est le 37ème de cette Revue. Il est original à plus d’un titre. Son Sous-titre en porte les couleurs. Il est question d’un saint canonisable. Ce langage est de la religion chrétienne et il est appliqué à un monarque rwandais qui a vécu cinq siècles avant le premier missionnaire chrétien dans son pays. Ce langage apparemment anachronique est plutôt analogique. Nous voulons dire par là que le vécu de ce personnage se nomme en régime chrétien une vie de saint. Dans les lignes qui suivent, nous allons revenir sur le bien-fondé de ce sous-titre. Un peu de patience. Occupons-nous d’abord des préalables. Ceux-ci sont de deux ordres. Il faut présenter le personnage sous ses divers aspects. Il faut ensuite présenter les grandes lignes de son action en tant que chef d’un Etat qui a un passé et évolue dans un contexte politique déterminé. Après ces deux préalables, nous reviendrons à nos moutons ; c’est-à-dire au vécu de notre roi qualifié de vie sainte, canonisable au sens chrétien. Celle-ci se vérifiera dans son attention particulière à la question de la justice sociale. Nous terminerons par un regard rétrospectif et prospectif pour voir si dans l’ensemble de l’histoire du Rwanda nous connaissons des cas similaires à celui de ce « saint imanaïste » Cet adjectif, crée pour le besoin de la cause, mérite une explication. Si nous avons à parler d’un Saint d’un saint en dehors du christianisme, il n’est pas en dehors de toute religion. Comme on le sait, la monarchie  rwandaise traditionnelle se croyait théocratique. Le roi était considéré comme le représentant de Dieu auprès du peuple. Aussi devait-il gouverner le pays selon la volonté de ce Dieu. En notre langue, ce Dieu créateur, providence du monde et juge suprême, se nomme Imana. C’est de ce nom que nous avons formé cet adjectif imanaïste. Dans ce contexte théocratique, la sainteté d’un représentant de Dieu se comprend tout naturellement. Saint Augustin ce saint Africain, nous avait prévenu, dans son livre De Baptisme, 7 : « Il y a quelque chose de catholique en dehors de l’Eglise catholique » ». Ce quelque chose est la sainteté chez les non baptisés dans l’Eglise catholique. Pour le Rwanda, imanaïsme est le cadre naturel de cette sainteté qui vient du Fils d’Imana qui s’est fait chair et nous a apporté la révélation évangélique et la rédemption. Nous avons ainsi une réflexion en 4 étapes.

 

 

 

 

 

  1. LA PERSONNE ET L’ŒUVRE

 

I.1 La Personne

 

Mibambwe II Sekarongoro II Gisanura est le 17me roi qui a régné aux environs de 1609-1642. Se don identité, précisons les éléments suivants : 1°- le nom de Gisanura, 2°-l’héritage de son père Nyamuheshera, l’héritage de sa mère Nyabuhoro, 4°-le contexte politique de son époque.

 

Le nom de Gisanura :

 

Avant son intronisation, ce monarque s’appelait Sekarongoro. Devenant roi, il prit celui de Mibambwe. Ces deux noms le rendaient doublement homonyme de l’un de ses ancêtres. Depuis lors, au premier on ajouta celui de Mutabazi et à celui-ci on donna celui de Gisanura. Le sens littéral de ce nom n’est plus usité. Il subsiste dans certaines expressions archaïques. Par exemple, lorsqu’une vache laisse échapper les gaz par la pense, on lui dit : Sanura ! = Bonne santé. Le verbe gusanura signifie : être en bonne santé. Le substantif veut dire : celui qui est dans la plénitude de sa santé physique et mentale. Il faut noter déjà ce trait caractéristique inscrit dans ce nom. Celui-ci est un programme de gouvernement. A son avènement, tout le monde a compris que la priorité assignée à ce règne était de donner au Rwanda une surabondante santé, dans tous les sens de ce mot : richesse, justice sociale, respect de la dignité humaine. Notre roi a-t-il été à la hauteur de sa mission ? Attendons voir.

 

L’héritage paternel : Son père était Kigeli II Nyamuheshera, le 15ème de nos rois (1576-1609). Ce roi guerrier pratiqua son programme dynastique en devenant le guerroyeur le plus infatigable. Pour la pugnacité, il ressemble à son grand-père Ruganzu II Cyambara-ntama, quant à l’assiduité sur les champs de bataille, il fut imité par Kigeli IV Rwabugili. Il fut celui qui poussa le plus loin les frontières du Rwanda. La carte du pays mise à la deuxième page de cette revue représente le résultat de cet exploit de Nyamuheshera. Vers l’Ouest, il a été arrêté par la forêt danse qui faisait croire qu’il n’y avait plus de terre habitée au-delà. Vers l’Est, il alla jusqu’au lac Rwica-nzige, non sans avoir soumis toute cette région actuellement congolaise mais restée rwando-phone. Dans son retour vers l’intérieur du Rwanda actuel, il a conquis le Bukunzi et le Busozo du Kinyaga. Au-delà du la Kivu, il conquit successivement Bishubi, Kamuronsi, Gishari, Tongo au Masisi, Buhunde, et Buzi. Malheureusement, il n’eut pas le temps de rwandiser ces conquêtes. Les frontières naturelles du la Kivu ainsi que celles des Volcans ne facilitaient pas la conquête totale. Au Nord du Rwanda, il annexa sans difficulté le Buberuka, récupérant ainsi la forêt de Cyungo où avait été taillé le tambour Karinga. Il retourna au Kigezi, où il ramena de Busheno, le haricot actuel qui a supplanté l’ancien sénonais. Il y ramena également une espèce de chèvre géante surnommée Akamenesho. Il conquit ensuite le Bwanacyambwe qui permit de récupérer le mont Kigali, capital-cœur du Rwanda et le Rwezangoro, puits des eaux utiles pour la voie des Abreuvoirs. Voilà le roi dont Gisanura fut successeur immédiat. Comme lui, il était roi guerrier également. Nous allons voir que ses priorités seront ailleurs.

 

L’héritage maternel : Sa mère était Nyabuhoro, du clan des Abaha. Les traditions ne sont pas claires sur les descendants de ce couple royal. Combien d’enfants a-t-il eu ? Son successeur Yuhi III Mazimpaka en est un. D’après Kagame il a eu un autre nommé Gahindiro. D’après Léon Délmas il a eu un troisième nommé Nyagasheja. D’après ce dernier auteur les fils de Nyagasheja furent en grande partie massacrés dans la vallée nommée Mukindo de Makwaza dans l’ancienne province du Ndara, par les partisans de III Mazimpaka, qu’ils avaient refusé de reconnaître comme roi. Ils ont eu un seul fils Nyagasheje. La famille des Abakebya descend de lui par son fils Gahindiro.

 

 

I.2 L’œuvre de Mibambwe II          

 

Ce règne est l’un des plus chiche sur événements. La raison est facile à deviner. Comme on va le voir, le pays a vécu une période de paix avec ses voisins. Le règne précédent avait terrorisé les voisins. Le Ndorwa était vaincu et le Gisaka protégé et mis en tutelle. Quant au voisin du Sud, le Burundi, un pacte de non agression réglait les rapports entre les deux pays. Ainsi sans la guerre, les poètes historiographes n’avaient rien à raconter. Pour gérer la situation d’un immense territoire que son père lui avait laissé, Gisanura forma 5 Milices :

 

  • Imitali = Javelines géantes
  • Inyangakurushwa = les Insurpassables
  • Adadacumura = les Irréprochables
  • Abangogo = les Habitants du Cyingogo
  • Abarembo = les Habitants du Burembo

 

Ces Milices suffirent pour décourager les soulèvements des anciens soumis qui se dessinaient. Notons les exemples suivants : Kimenyi III Rwahashya du Gisaka fut le premier à essayer de reprendre le Bwanacyambwe qu’il avait été obligé de rétrocéder au Rwanda sous le règne de son protecteur Nyamuheshera. Les deux rois, après échange de messages injurieux, ont dû engager leurs pays en guerre. C’est en ce moment-là, que le Rwanda a dû envoyer un martyr en la personne de Rwambali II, fils de Bwacya du lignage des Abatsobe. Gisanura eut ensuite un adversaire redoutable, en la personne du roi très belliqueux, Ntare III Kivimira du Burundi. Celui-ci viola le pacte de non-agression existant entre les deux pays. L’attaque se limita cependant à un incident mineur. Ce Ntare essaya de razzier des vaches du Rwanda mais leurs gardiens suffirent pour le lui arracher non sans lui avoir donner une sérieuse collection. Gisanura mit cette période de tranquillité au profit de la situation sociale du pays.

 

Mibambwe Sekarongoro Gisanura mourut à Kiganda, au Bumbogo, dans la province de Kigali. Il succomba à l’infection d’une plaie à la jambe. Il fut enterré à Remera-des Abaforongo, cimetière des rois Mibambwe. Son tambour des audiences s’appelait Cyeza-buranga = la Beauté rayonnante. Passons maintenant à ce qui a fait l’originalité d ce monarque.

 

 

  1. UNE JUSTICE SOCIALE EXCEPTIONNELLE

 

Revenons à nos moutons. Expliquons-nous sur la prétention que nous avons « un saint canonisable » parmi nos rois. Il fut le bien nommé Gisanura. Ce nom signifie littéralement « Qui est dans la plénitude de son être ». Cette appellation a été un programme de son règne. En effet « la plénitude de son être a causé la plénitude de son action ».  Il confirmait ainsi le principe du philosophe Aristote : agere sequitur esse = l’agir suit l’être, c’est-à-dire : on agit comme on est. L’idée d’un saint, au sens chrétien, nous est venue du constat que l’action sociale de ce monarque est semblable à celle des saints rois chrétiens dont l’histoire nous a parlés. L’idée de chercher dans l’enseignement de l’Eglise catholique la reconnaissance de l’existence de véritables saints en dehors de ses structures sociales nous est venue à l’esprit. Patrologue de profession, je n’ai pas cherché midi à quatorze heures. Des références empruntées à trois Pères de l’Eglise pouvait suffire. Pour plus amples informations, on peut consulter mon livre Le Dieu de nos pères, (vol.II, p.98-104). Le témoignage de ces Pères explicitement sur le Patrologue de l’Evangile de Saint Jeans où il est dit que : par le Verbe de Dieu tout a été crée (Jn.1, 3-4). Voyons maintenant comment ces Pères ont lu dans ces passages de l’Ecriture pour y avoir l’explication de ce phénomène de l’existence des saints en dehors de l’Eglise catholique.

 

Justin :

– « Le Christ est le premier-né de Dieu, Son Verbe, auquel tous les hommes participent.

 

– Ceux qui ont vécu selon le Verbe sont chrétiens, eussent-ils passés pour les athées » (I Apol, 46).

 

Irénée :  

 

-« Le Christ, venant tout le long de l’économie universelle récapitule tout en lui.

-« Le Verbe, Fils unique de Dieu qui est toujours présent au genre humain, s’est uni à l’ouvre par lui modelée et l’a toute imprégnée de sa divinité » (Adv.Haer., III, 16, 6).

 

Clément d’Alexandrie :

 

-« A tout s’étendent l’action, l’enseignement et la pédagogie du Logos. Le cheval est conduit par le mors, le bœuf par le joug, la bête sauvage est capturée par le filet, mais l’homme est transformé par le Logos, qui, par lui, apprivoise les bêtes sauvages, prend à l’appât les poissons et ramène à terre les oiseaux ».

 

-« Tant est grand ce Logos, Pédagogue, Créateur du monde et de l’homme, et par l’intermédiaire de l’homme désormais aussi pédagogue du monde » (Péd. III, 12, 99-100).

 

Voilà un témoignage autorisé. Le Christ communique sa sainteté à tous ceux qui vivent comme lui, attestent ces saints Pères de l’Eglise. Le comment est exprimé dans les verbes utilisés par ces Pères. Justin par le de faire participer à sa sainteté ; Irénée utilise deux verbes : récapituler et imprégner. Ce premier verbe recourt au symbole de la tête (lat : caput) pour dire que le chrétien est le membre d’un corps mystique dont le Christ est la tête. Le deuxième verbe utilise l’image du sang dont notre corps est imprégné, imbibé, pour vitaliser les cellules du corps. Clément emploie des verbes plus faciles à comprendre. Le Christ transforme le chrétien en devenant son éducateur. D’après cet engagement patristique, la communication de sa sainteté aux hommes n’exige qu’une seule condition : vivre selon le modèle de sa propre vie. Ce modèle se nomme l’amour du prochain, spécialement l’amour préférentiel pour le pauvre. Avec ce critère en main, voyons si notre Gisanura a pratiqué ce modèle de vie par lequel les hommes et les femmes de ce monde sont canonisables au sens chrétien du mot. N’ayant pas beaucoup de détails de sa vie contentons-nous de ce que nous révèle son attitude en matière de justice sociale. De façon générale, celle-ci se présente sous trois volets : la justice distributive, la justice judiciaire et la justice pénale. Fort heureusement, nous constatons que Gisanura a pratiqué cette triple justice d’une manière exceptionnelle. Cette pratique a pris trois formes concrètes : nourrir les affamés, améliorer le système judiciaire et humaniser la justice pénale. Explicitons ces trois énoncés.

 

II.1 Il nourri les affamés         

 

   Mibambwe II Sekarongoro II, surnommé, non seulement Gisanura = le Pleinement épanoui, mais aussi Ruganisha-birenge =  le Souverainement généreux, n’a pas laissé beaucoup de souvenirs derrière lui. Le principal est celui de sa générosité légendaire à l’égard des pauvres du pays. Cette qualité suffit pour rendre ce monarque l’un des plus dignes de nos rois. Il se considérait comme père nourricier des pauvres du royaume. Son rôle était de distribuer équitablement les biens du pays. Personne ne devrait mourir ce faim pendant que les autres boivent du lait à satiété. Aussi avait-il pris l’habitude d’organiser une distribution de lait trois fois par jour aux nécessiteux assis devant son palais. D’où a pu lui venir une telle élévation humanitaire, peut-on se demander ? Dans le cadre de la monarchie théocratique, où le roi est conçu comme le Vicaire d’Imana il ne devrait pas être inouï de trouver un monarque qui prend les choses au sérieux. Que celui-là considère que les biens de la terre sont destinés à tous les hommes avant tout droit de propriété privée. Le Pédagogue des bons souverains pour avoir cette justice distributive fondamentale nous est déjà connu. Il s’agit du « Verbe de Dieu, qui éclaire tous les hommes de bonne volonté ». Il est bon de noter ici que c’est à ce critère de « nourrir les affamés », que, d’après l’Evangile, les hommes seront jugés au tribunal de Dieu à la fin du monde. A ceux qui auront fait cela, le Juge suprême dira : «serviteur bon, et fidèle, entre dans le royaume de ton Maître » (Mt 25, 34-35). Malheureusement, cette heureuse initiative, son auteur n’a pas voulu la rendre obligatoire pour ses successeurs.

 

Comment procédait-on à cette distribution quotidienne ? Trois fois par jour, le matin, le midi, et le soir, on distribuait du lait aux indigents massés devant le palais royal ; en attente d’un geste magnanime de sa Majesté. Les chefs des Provinces voisines de la Cour avaient l’ordre d’apporter, en proportion de leur possession de vaches, des jarres de lait. Un personnel qualifié procédait à cette distribution. Des consommateurs, assis à rang, recevaient du lait à boire et à satiété. Après consommation, les pots vides étaient ramassés, nettoyés et prêts pour la distribution suivante. Répétée trois fois par jour, cet acte exigeait une véritable organisation et une ponctualité quotidienne. Lorsqu’il en avait le temps, Gisanura en personne présidait à cette distribution (EH, p.122-123). On comprend pourquoi Gisanura n’a pas rendu obligatoire à perpétuité cette générosité peu ordinaire. Il ne devait, sans doute, pas être approuvé par tout son entourage.

 

II.2 Le Salomon rwandais                  

 

Le roi Gisanura n’a pas eu le souci uniquement des affamés mais aussi de tous les pauvres du pays en général. Le deuxième domaine de la vie nationale qui a attiré son attention fut celui de la justice judiciaire. Il a initié une véritable révolution dans le système des procédures suivies dans les tribunaux. Avant lui, le procédé pour trancher les différends durant les procès recourait à un seul critère : celui de la confrontation des adversaires. Dans ce genre de choses, avait raison, le plus fort en éloquence. A la confrontation des adversaires, Gisanura  systématisa le recours au témoin neutre. Zana umugabo = Cite un témoin. Cette formule devint, depuis lors, un critère obligatoire dans la structure des procès organisés dans les tribunaux. Pour le même litige, plusieurs témoins, non concertés, entre eux, étaient convoqués à la barre. Parfois, les témoins étaient convoqués à des intervalles différends, pour répéter leurs témoignages. A travers ces mécanismes, un juge impartial avait de quoi se faire une idée juste de la vérité. A partir de cette finesse pour rendre la justice au peuple, un diction a pris naissance qui dit : Urubanza rwaciriwe i Mutakara = le Différend qui a été tranché à Mutakara. Ce Mutakara est la colline qui est à l’Est de la ville de Ruhango, la capitale préférée de ce roi. « Le dicton veut dire exactement ceci : la cause a été jugé avec indépendance et toutes les preuves parfaitement établies ».

 

C’est à cause de cette révolution des procédures dans les tribunaux que nous nommons ce monarque « le Salomon rwandais ». Dans la Bible, le roi Salomon est considéré comme le type exemplaire des rois sages et spécialement le modèle des juges impartiaux. Une illustration remarquable de cette vertu vient du règlement d’un procès qui mettait aux prises deux femmes à propos d’un enfant. Il s’agit d’une histoire de deux femmes qui avaient accouché en même temps et dormaient ensemble pendant la nuit. Pendant qu’elles dormaient d’une des deux femmes se réveilla pour allaiter son enfant. Le trouvant mort étouffé, elle mit son cadavre à côté de l’autre femme et mit le sein vivant auprès d’elle. Le matin, la tricherie fut découverte. L’affaire fut portée finalement au tribunal du roi Salomon. Sa sagesse lui donna la solution suivante : « donnez-moi une glaive et apportez-moi l’enfant vivant ici, je vais le couper en deux et chaque femme en aura un morceau. La mère de l’enfant mort fut d’accord. Celle dont l’enfant était vivant cria : non, Monseigneur, donnez le vivant à mon ennemi. Ce qu’entendant, l’assistance s’écria : Dieu a parlé par la bouche de Salomon ! ». Ainsi, l’enfant fut donné à sa vraie mère (1 R 3, 24-28).

 

On comprend maintenant comment la justice judiciaire rendue à Mutakara nous a fait donné à son auteur le titre de Salomon rwandais. Ce faisant nous voulons dire que les deux rois étaient sous la même mouvance de celui que les Pères de l’Eglise appelle la « Lumière venue dans le monde pour éclairer tous les hommes de bonne volonté » ( Jn, 1-9).

 

II.3 Distinguer la faute du fauteur           

 

Nous arrivons à une dernière innovation spectaculaire de Gisanura qui eut lieu dans le domaine de la justice pénale. La présentation de cette initiative va nous demander de raconter la longue histoire de son contexte originaire.

 

La voici :

 

Au bord gauche de la route, N°-1, à sa sortie de la ville de Ruhango, vers l’Akanyaru, se trouve un rocher qui porte le nom de « Urutare rwa Kamegeri » = le Rocher de Kamegeri. L’histoire à laquelle se réfère ce rocher est la suivant : Un jour, le roi devant donner une punition exemplaire à deux grands criminels, demanda des suggestions à deux de ses chefs : Kamegeri et Mukobanya. Kamegeri lui dit : « que l’on chauffe à blanc un rocher et que le criminel soit grillé sur lui ». Mukobanya proposa : « qu’on fixe un grand bois flexible dans une case, de telle sorte qu’une extrémité soit plantée dans le sol à l’intérieur et que l’autre apparaisse à l’extérieur au sommet de la case. Qu’on ligote ensuite le criminel, les bras au dos, sur le bout extérieur du bois, tendu par une corde liée à un solide piquet fixé en terre. Enfin, qu’on rassemble la population sur la place pour contempler le spectacle, une fois la corde coupée. Il y a bien des chances que personne ne commettra plus la faute dont cette peine est la sanction » ! Le roi, horrifié par ces deux conseils, n’en souffla mot. Quelques temps après, l’un après l’autre,  les deux chefs se rendirent coupables de fautes semblables à celles des deux premiers criminels. Chacun subit le châtiment qu’il voulait inventer lui-même pour autrui. Kamegeli fut grillé sur le rocher qui porte aujourd’hui son nom à l’endroit indiqué ci-dessus. C’est merveilleux. Rappeler cette histoire, en ces années où le pays a eu sur le dos les procès des génocidaires, est une bonne idée. Pour sûr, parmi les initiateurs des « Tribunaux Gacaca », il y avait des connaisseurs de cette justice de Mutakara. Notons que cette revue a publié 3 articles sur cette question de la justice dans le contexte rwandais d’après génocide. Il s’agit des Numéros de 9 à 12. Dans le N°-9, se trouve un article qui porte justement sur la justice pratiquée par Mibambwe II Gisanura. L’article en question s’intitule « Le Salomon Rwandais ». La ressemblance entre les deux rois est cette sagesse extraordinaire. Le Salomon islaélien l’a manifestée dans le procès des deux femmes à partager un bébé. Quant au Salomon rwandais, il l’a manifestée dans le procès du jugement qui distingue la faute du fauteur. Il l’a prouvé surtout dans le traitement qu’il a réservé aux deux chefs impitoyables qui lui conseillaient des peines inhumaines. De tout ce que nous avons dit sur ce roi, le trait le plus chrétien et ce sentiment de miséricorde à l’égard d’un coupable. On a l’impression d’entendre le prophète Ezéchiel proclamant l’oracle de Dieu qui disait : « est-ce que je prends plaisir à la mort du méchant ? Non. Mais plutôt qu’il se convertisse et vive » (Ez 33, 11).

 

En conclusion de ce qui vient d’être dit sur ce personnage, et avant de nous interroger sur ces prédécesseurs, posons-nous la question des sources de nos informations. Où trouvons-nous tout ce que nous venons de dire sur notre Gisanura ? Parmi les sources de l’histoire se référant à ce monarque, le témoignage du poète Nyakayonga, fils de Musare du lignage des poètes Abene-Nyamurorwa, répond parfaitement à notre interrogation. Dans son fameux poème Ukwibyara,  nous trouvons les passages qui résument l’histoire de notre Gisanura. Lisons ce témoignage :

 

« Gisanura

 

         Na we musenge musagurire

        Muhe urubanza mureke abanze

        Nabanze

Nyamuganza,

185  Umwami w’i Muganza,

 

        Rugabisha-birenge

Maboko atanga atagabanya

Bwanza-buke, Bwoba-buke,

Burega bwa Mutima,

190 Yari atuye imbere ya Mwumba.

 

Cyubahiro amahanga yamutinyiye ubugabo

Ubwo akangiye icyanya,

Cyanwa agize icyaha,

Inkoni zimwasa agahanga.

 

Traduction

 

      Gisanura,

      Lui aussi, je le salue aimablement

      Et me mets à son écoute

      Qu’il prenne la parole le Victorieux,

185Le roi qui résidait à Muganza

 

Le souverain, d’une générosité hors pair

Aux mains qui donnent sans compter,

L’imperméable à l’avarice, l’impénétrable

par la peur,

Ce Burega, fils de Nyabuhoro

190 Habitait non loin de Mwurire.

 

Sa Majesté que voici, les nations étrangères

Le respectent à cause de sa force de frappe.

Pendant son règne,

Le pays fut attaqué par Ntare,

Lequel eu comme riposte des coups de bâton

Qui le firent tomber en syncope.

 

Il appert que les informations notées dans ce qui a été dit sur la personne et l’œuvre de Gisanura sont résumé dans ces extraits du poème Ukwibyara gutera ababyeyi ineza = Se reproduire en ses enfants réjouit les parents : le N°- 90 de notre Corpus des Ibisigo =  Poèmes historiographiques. Voici les informations détaillés dont ce poème est la source :

 

1°- Le poète comme Gisanura « Nyamuganza umwami w’i Muganza = le Victorieux, roi du vainqueur des Nations ». Ce titre au superlatif indique implicitement la victoire sur le Gisaka de Kimenyi III Rwahashya, avec l’espoir d’une véritable annexion de ce pays qui a tenu tête contre le Rwanda depuis Ruganzu I. Pour arriver à ce but, Gisanura y a envoyé le martyr Rwambali II. 2°- Le titre de Rugabisha-birenge  est explicitement mentionné. Il est accompagné par un commentaire qui souligne la légendaire générosité de ce monarque. 3°-Le nom de sa mère Nyabuhoro est donné sous le figuratif de Mutima. 4°-La formule qu’il habitait près de Mwumba (= Mwurire), à savoir Mutakara, la référence  de sa justice proverbiale. 5°- L’incident concernant Ntare Kivimira, roi du Burundi, surnommé Cyatwa, est signalé. Notons pour terminer que ce poème nous offre une illustration de ce que répétons souvent que les Ibisigo sont la principale source de l’histoire du Rwanda pré-colonial.

 

 

III. GISANURA EST-IL UN CAS UNIQUE

 

La question s’impose en toute curiosité intellectuelle. Elle se pose dans la double direction d’une rétrospective et même dans celle d’une prospective. Gisanura a-t-il eu des modèles qu’il aurait imités et sans doute dépassés ? Et après lui, son exemple est-il resté stérile ? Nul doute que la réponse à ce double questionnement donnera la mesure de notre dette de reconnaissance à l’égard de notre héros.

 

III.1 Une rétrospective

 

Il va sans dire que Gisanura n’est pas un saint tombé du ciel. Dans sa longue généalogie royale, il ne maque pas de modèles exemplaires en qualités de tous ordres. Malheureusement, il n’est pas facile de s’en souvenir pour en faire ici une liste quelque peu significative. Présentement, nous pensons à deux exemples.

 

 

III.1.1 Ruganzu I :

 

Sans chercher midi à quatorze heures, nous pensons à l’exemple de Bwimba. Dans le dernier numéro de cette revue, il a été question du roi Ruganzu I Bwimba qui a été désigné par des oracles divinatoires pour être Umucengeli. A ce moment-là, toute la Cour s’est mis à genou pour lui faire décliner ce terrible honneur. Des suppléants, en effet, ne manquaient pas. Même ceux qui s’étaient désistés auparavant, comme son oncle maternel Nkurukumbi, se présentaient volontiers. Sa mère alla jusqu’à lui lancer le défi de sa ceinture. Pour toute réponse, le jeune monarque passa outre en prononçant la formule, restait proverbiale : Umusindi yarenze akarwa = le roi est arrivé à un point de non retour. Le sens complet de cette attitude consistait à signifier à son entourage et à toute la tradition que être responsable du pays ne signifie pas d’abord se servir de lui, mais d’abord et avant tout, être à son service. De plus les hautes autorités ne doivent pas charger les poids lourds du pays sur les épaules des petits citoyens. C’est ainsi que Ruganzu Bwimba a préféré la mort en martyr pour son pays à fin d’éviter l’injustice de l’imposer à un modeste concitoyen. Un roi qui meurt pour son pays, qui refuse de se dédouaner sur un modeste citoyen, n’est-ce pas de l’altruisme héroïque ! Les chrétiens diraient : l’amour oblatif parfait.

 

III.1.2 La condition de sang royal pour être martyr de la nation   

 

La question est de savoir si le roi Gisanura a eu des modèles pour sa politique en matière sociale Assurément. L’exemple de Ruganzu I, son arrière grand-père est la première référence évidente. Sans pouvoir effectuer une enquête fouillée, il y a lieu de penser à la pratique d’Ubucengeli. Le candidat à cette mission devait être de sang royal. La moralité de cette conception veut protéger le petit peuple contre ce terrible bonheur. Un dicton à immortalisé cette conception nationale : Abo yahaye amata ni bo yasabye amaraso = Ceux à qui le pays a donné du lait, c’est à eux qu’il demande du sang. En d’autres termes, plus on profite du pays, plus on doit payer ses factures.

 

Son successeur Yuhi III Mazimpaka a terminé son règne dans la démence totale. Son fils Karemera Rwaka, qui a assuré l’intérim d’une dizaine d’années, a quitté le pouvoir forcé par la maladie du pian.  Le frère de celui-ci, Cyilima II Rujugira, qui vivait en exil au Gisaka, a trouvé le pays en état de désordres intérieurs et de fragilisation à l’égard de ses voisins. C’est pourquoi, sans être un roi guerrier, il fut obligé de fortifier le système de défense du pays et devint le plus grand stratège militaire de toute notre histoire. C’est lui qui a introduit les Ingerero = les Camps des Marches, pour éviter toute attaque par surprise aux frontières du pays. Ces camps répondaient spécialement à la menace du Burundi. Depuis lors, jusqu’à la colonisation, ce domaine militaire ne laissa de place à aucune autre priorité nationale. Le dernier monarque, Rwabugili, est mort sur le champ de bataille à l’ile Ijwi. Ainsi les héritiers de l’idéal de Gisanura, s’il y en, il faut les chercher sous le régime colonial.

 

III.2.1 Imanaïsme épanoui en Christianisme    

 

Ce sous-titre exige une explication avant d’entamer ce dernier volet de la présente réflexion. Il marque le changement de fond du tableau social : nous sommes sous le régime colonial. Le cadre social « imanaïste » de Gisanura a vécu. Jouant sur le sens littéral de « Gisanura » = le Pleinement épanoui », nous parlons de l’ « épanouissement de l’imanaïsme dans le christianime ». Cela veut dire que les héritiers de Gisanura que nous allons présenter sont dans le cadre social colonial et chrétien au point de vue religieux. Nous supposons ensuite que les deux cadres religieux ne se succèdent pas mais que le premier s’épanouit dans le second. C’est dans le sens où nous appelions Gisanura « un saint pré-chrétien » que nous allons nommer ses héritiers ou disciples lointains, trois personnages de l’époque coloniale et convertis au christianisme.

 

C’est dans leur action collégiale que se trouve la continuité de l’héritage de Gisanura. Ces trois grands se situent successivement dans les domaines politique, moral et scientifique. Nous avons cité le roi Mutara III Rudahigwa, l’évêque Aloys Bigirumwami et l’historien Alexis Kagame. Mettre le lien entre Gisanura et ces trois immortels, qui ont sauvé l’honneur du Rwanda du naufrage colonial, constituait une lourde dette morale pour cette revue. Nous allons nous acquitter le mieux possible, malgré la brièveté imposée par le cadre de cette revue.

 

 

III.2.1.1   MUTARA III

 

Mutara III Charles Rudahigwa (16.11.1931-25.07.1959) fut le chef des autorités indigènes, auxiliaires des autorités européennes sous le régime colonial. Son titre de « Mwami » = roi, fut en quelque sorte francisé, pour réserver sa traduction au souverain de la métropole. Ainsi au Rwanda colonisé avait un Roi belge et un Mwami rwandais. Il succédait à son père Yuhi V Musinga envoyé en exil par la Tutelle. De la sorte, la responsabilité de Mutara portera la marque de ces deux limites : il n’était qu’un auxiliaire et il devait éviter le sort de son père. Malgré ces deux handicaps, il ne devait pas trahir son pays dont, tôt ou tard, sa libération du joug colonial devait s’imposer.

 

Le règne de Mutara III, si on peut parler de règne pour un auxiliaire, comprend deux étapes : La première fut celle de la docilité et de la plaine collaboration. Le sommet de cette politique fut la consécration du Rwanda au Christ-Roi le 27 Octobre 1946 et visite en Belgique, en 1949. Ces deux événements prouvaient sa capacité de mettre en pratique l’idée coloniale avouée qui consistait à évangéliser et civiliser. La fidélité à sa nation devait finalement tout gâcher. La deuxième étape fut le divorce déclenché par le vent de l’indépendance des pays africains. Face à ce mouvement, Mutara III, comme les autres leaders africains, adopta l’attitude indépendantiste. Il fut alors qualifié de « tel père (Musinga), tel fils ». De fait, il aura la même fin que lui : une mort inopinée à l’étranger (Bujumbura) dans les mains d’un médecin belge.

 

Ce jour là, un missionnaire catholique italien, à l’époque, directeur du journal Kinyamateka, qui m’annonçait la nouvelle ajouta : « ça y est, le coup est fait » ! Il était 13h, nous étions à la procure de la paroisse Sainte-Famille de Kigali, nous sortions du réfectoire. Ce missionnaire jubilait et moi j’éprouvais un profond dégout de rester en vie dans un tel pays ! C’était le 25 juillet 1959. Revenons maintenant en arrière pour indiquer la cause majeure qui a provoqué cette rupture et précipité cette fin tragique.

 

Après sa visite en Belgique et ses contacts avec les leaders africains, Mutara comprit que la libération de son pays devenait urgente et que le moyen pour y arriver était la création d’un « Parti politique Nationaliste et Populaire ». Averti, que l’arme coloniale pour refuser l’indépendance des pays colonisés était la division des populations indigènes, mit à sa tête des leaders de l’ « ethnie majoritaire hutu ». Sachant également que le pouvoir colonial ne manquera pas de s’attirer les bonnes grâces de la population en mettant ses doléances sur les autorités autochtones indépendantistes imposant des réformes favorables à cette population. Ces réformes comprenaient trois suppressions : celle d’Ubuhake = le contrat de bail bovin, celle d’Ibikingi = les réserves de pâturage et celle de l’Akazi =  les travaux manuels obligatoires. Ces deux stratégies ne réussirent pas totalement à ses attentes. En effet, au Parti Politique Nationaliste et Unariste (UNAR) la Tutelle suscita un Parti d’opposition éthniste et divisionniste (Parme-hutu) auquel elle donna tout son appui. Le résultat de tout cela fut ce que nous savons aujourd’hui : la colonie a mis tous ses tors sur les autorités auxiliaires et réussi à diviser la population en deux groups antagonistes. Le fruit le plus amer de cette politique fut ce qui nous est tombe sur la tête en 1994.

 

En conclusion, que penser de la personne et l’action de ce monarque ? Est-il un vrai disciple de son ancêtre Gisanura ? Une chose sure, les deux n’ont pas vécu dans les mêmes conditions socio-politiques. Gisanura était un souverain dans son pays alors que Rudahigwa n’était que le simple auxiliaire d’un souverain étranger. Il est son disciple cependant quant à l’abnégation que les deux ont manifestée au service du pays. Gisanura l’a manifesté dans son action sociale. Rudahigwa l’a manifestée dans la lutte de décolonisation de son pays. Et qui plsu est, il a accepté d’en être la victime. Alors, quels que soient les noms utilisés pour le dire, Mutara III Rudahigwa fut martyr pour la nation. Cet amour oblatif de si haut niveau le classe parmi « les immortels de la nation ». Ainsi est-il en quelque sorte disciples de Gisanura et des autres « saints de la nation ».

 

III.2.1.2 Mgr Aloys Bigirumwami 

 

Le 1er Juin 1952, en la fête de la Pentecôte, un prêtre noir de tout l’Afrique belge, recevait la plénitude du sacerdoce chrétien, devenant ainsi l’un des vicaires du Christ sur terre. Cet événement d’une richesse multidimensionnelle, va retenir notre attention sous un seul aspect : sa portée nationale. Pour la première fois, un rwandais devient évêque de l’Eglise Catholique et reçoit la direction d’un Diocèse en cette période de la revendication de l’indépendance de pays du tiers-monde et de l’Afrique.  Les décideurs de cette promotion avaient en vue, eux aussi entre autres buts, la réponse à cette préoccupation du moment. L’africanisation de l’Eglise Catholique était un signe de reconnaissance de la maturité politique des Africains. Mais c’est surtout la preuve de la réussite de l’action coloniale : un évêque rwandais était indigène civilisé et christianisé. Réussite, assurément. Œuvre de l’action coloniale, assurément non. Bigirumwami fut la réussite de ses origines de la dynastie du Gisaka, de sa famille très chrétienne mais surtout de la grâce de Dieu.

 

Dès le début de son gouvernement du Diocèse de Nyundo, Bigirumwami se heurta au problème qui devait être la principale pierre d’achoppement de son ministère. En effet, il fut question de lui adjoindre au Vicaire Général hutu vue que lui était tutsi. Scandalisé de critère, Bigirumwami refusa celui qu’on voulait lui imposer. A l’époque, les naïfs, nous ne savions pas que cette politique raciale allait guider pour longtemps le chois des évêques. Aujourd’hui, le phénomène étale ses amères conséquentes en face du monde. Averti par ce signal et d’autres, le nouvel évêque prit la résolution de voler de ses propres ailes sans trop compter sur l’aide des Missionnaires étrangers. Pour ce faire, il prit les décisions suivantes :

 

1°- La première mesure dans la direction de son Diocèse fut l’autonomie financière. La recherche des fonds et leur gestion furent brillamment auto-gérées. Pas ses contacts, Bigirumwami créa un réseau de bienfaiteurs des « Amis du Diocèse de Nyundo » et trouva sur place un prêtre rwandais extrêmement habile pour gérer l’économat général du Diocèse.

 

2°- La seconde décision spectaculaire fut celle de doter son Diocèse d’un clergé uni et compétent. En vue d’avoir un clergé uni, sans renoncer à la collaboration avec les Eglises sœurs de l’extérieur, il inaugura un recrutement de séminaristes étrangers à former avec les rwandais dans le même séminaire du pays. Ce faisant, ils voulaient éviter le poids trop lourd des Missionnaires qui obéissent davantage aux ordres de leurs instituts étrangers. C’est ainsi qu’au Grand Séminaire de Nyakibanda il a eu des séminaristes incardinés dans le Diocèse de Nyundo, originaires des pays européens parmi lesquels 4 et 2 français. La suite des événements du pays n’a pas permis la continuité de cette heureuse expérience. Mgr Bigirumwami a dû démissionner et fut remplacé à la tête du Diocèse de Nyundo en 1974 par une évêque qui avait d’autres soucis.

 

3°- La troisième décision consista à vouloir doter son clergé des compétences académiques. A l’époque où le pays devenait indépendant, l’Eglise Catholique devait rester à la pointe du progrès. Il y a lieu de rappeler que lors Recouvrement de l’Indépendance du Rwanda en 1962, le pays n’avait en tout et pour tout qu’un seul Docteur : Déogratias Mbandiwimfura. Il avait obtenu ce grade à Rome en 1950. Depuis lors, aucun autre prêtre rwandais n’avait plus été envoyé aux études universitaires à l’étranger. Ce manque de suite sanctionnait la Thèse de ce premier Docteur rwandais qui avait été une critique en bonne et due forme des méthodes missionnaires d’évangélisation. Mgr Bigirumwami leva l’interdit en successivement beaucoup de membres de son clergé aux Universités étrangères. Rapidement, Nyundo avait de hauts gradés en plusieurs disciplines scientifiques : Exégèse, Théologie, Philosophie, Droit Canonique et Sciences Politiques. Forcés par ce modèle de Nyundo, les autres Diocèses ont fini par suivre le bon exemple.

 

4°- La dernière décision très audacieuse fut la création du Grand Séminaire de Nyundo. Cette décision répondait à un situation de détresse. Durant les dernières années préparatoires à l’Indépendance du Rwanda, un besoin urgent se faisait sentir dans le pays pour trouver des cadres compétents nécessaires pour le futur Gouvernement. Une sournoise pression se fit sentir sur le Grand Séminaire de Nyakibanda. Celle-ci donnait à penser que, d’un coté, les séminaristes tutsi étaient comme des pioches qui n’ont plus de champ à cultiver et de l’autre côté, que les séminaristes hutu doivent aller constituer les effectifs du nouveau Gouvernement qui va en avoir urgemment besoin après l’indépendance du pays. La conclusion : Nyakibanda doit être détruit. Pour refuser cette décision, Bigirumwami créa son grand séminaire et rapatria ses effectifs de Nyakibanda, avec leur Recteur qui était de son Diocèse. Ce que voyant, les autres évêques n’osèrent pas fermer Nyakibanda et ainsi, au lieu de la suppression, le pays eut deux grands séminaires. Hélas, pas pour longtemps !

 

En effet, en 1973 ce Grand Séminaire de Nyundo a été supprimé. Ses séminaristes se sont retrouvés dans le Grand Séminaire de Bujumbura au Burundi. La cause fut les grands désordres provoqués dans les institutions d’enseignement ainsi que les cadres religieux à caractère raciste. Des étudiants et des religieux tutsi cherchèrent le salut à l’étranger. C’est dans ce contexte que le Grand Séminaire de Nyundo fut supprimé. Ce fut à ce moment-là que Mgr Bigirumwami dut démissionner de son Diocèse. Le meilleur de son clergé venait d’être chassé du pays, la population de son Diocèse qu’il avait tant servi était montée contre lui et les autorités du pays le considéraient comme l’incarnation du mal rwandais. Tous ces troubles, on a fini par le voir, voulaient créer un bouc émissaire pour justifier le coup d’Eta qui a renversé la première République.

 

Que conclure de ce rapide aperçu sur la personne et l’œuvre de Bigirumwami ? Plus précisément quelle similitude y a-t-il entre Bigirumwami et Gisanura? L’engagement pour la justice sociale. Souverain, Gisanura a fait la justice distributive, judiciaire et pénale dans son pays. Bigirumwami a lutté pour la justice en faveur de son pays et de son clergé. Il en a été victime. A côté du roi Mutara III, Bigirumwami a été le second personnage du pays, durant les années périlleuses du régime raciste colonialo-parmehutu, à servir de référence morale au sein d’un haut clergé inféodé au pouvoir criminel. Broyé par la première république, à sa mort, la seconde république, a dû reconnaître sa dignité en organisant pour lui un deuil national. Ainsi ceux qui l’avaient surnommé Bigirinyenzi était moralement obligé de le canoniser en face du monde. Moi qui écris ces lignes, j’ai connu cet homme. Je dois avouer que je n’ai pas encore rencontré un autre être humain en qui la grâce de Dieu ait porté de meilleurs fruits. Disciple de Gisanura, assurément. Bien plus, disciple du Pédagogue de l’humanité venu en ce monde (Jn 1, 9) ! Pendant la sombre période du régime colonial et des deux premières républiques, Mgr Aloys Bigirumwami a été le symbole de la dignité de notre nation. L’histoire du Rwanda en garde un souvenir sempiternel.

 

 

III.1.3 Alexis Kagame        

 

De tous les Rwandais de la période coloniale, Alexis Kagame est le plus internationalement connu. Cette popularité lui vient de sa stature de l’homme de science. Elle lui vient également de ce contexte colonial dans lequel ses activités scientifiques ont reçu un écho favorable. En effet, Kagame a publié ses écrits sur l’histoire à l’époque où le problème de l’Indépendance des pays africains battait son plein. C’est donc en tant que savant, rwandais, africain, à l’heure de la revendication de l’Indépendance du continent, que Kagame a eu son émergence sur la scène internationale. Avant d’en arriver à ce stade de sa vie, résumons les éléments importants de son curriculum vitae.

 

Il est né à Kiyanza de Mugambazi, dans le district actuel de la ville de Kigali. Il a fait ses études primaires à Rwaza et fut baptisé en 1928. Dans cette même année, il entra au petit séminaire de Kabgayi, qu’il termina brillamment en sautant l’avant dernière année.  Après ses études de Philosophie et de Théologie au Grand Séminaire de Nyakibanda, il fut ordonné prêtre en 1941, il passa ensuite plusieurs années dans le ministère sacerdotal et en effectuant des recherches sur l’histoire du Rwanda qui, comme on va le voir, vont créer son renom. C’est seulement en 1955 qu’il obtient le Doctorat en Philosophie de Grégorienne de Rome. Ce titre académique officialise ce qu’il était déjà. Venons-en maintenant à expliquer comment a commencé la carrière scientifique d’Alexis Kagame.

 

Tout a commencé en 1936, quant le Grand Séminaire a déménagé de Kabgayi à Nyakibanda. A ce moment-là Kagame était en théologie. Un professeur artiste, le Père Vincent Decker eut la bonne idée d’initier les Séminaristes à la culture rwandaise. Cette initiative nous a mérité des artistes de renom en plusieurs domaines. En musique, nous avons eu, par exemple, les abbés Alfred Sebakiga et Eustache Byusa, en tambourinage, Michel Seyoboka, en jeu de guitare, Viateur Kabarira, et bien sûr, Kagame en poésie historiographique = Ibisigo.   Depuis 1940, jusqu’à sa mort en 1981, qui fut une encyclopédie vivante, a privilégié ce domaine de la poésie historiographique. C’est là que se situe la base de ses activités scientifiques et culturelles. Cette orientation fondamentale a une histoire.

 

Un jour, en 1945, le Grand Séminaire a organisé une fête où furent exécutées plusieurs compositions artistiques des Séminaristes. Kagame débuta un brillant poème de sa composition. Par bonheur, le roi Mutara III était présent à la fête. Constant le talent de ce jeune homme, informé de ses origines du clan singa de la famille des Abatemura, membres du Collège des Poètes de la Cour royale, décida de le mettre en contact avec tous les poètes et rhapsodes disponibles dans tout le pays. La mission consistait, non seulement à s’initier à cette littérature pour l’enseigner dans les écoles, mais surtout à colliger cette littérature mémorisée, les mettre par écrit et les sauver ainsi dans l’oubli. La mission était urgente car les dépositaires de ce trésor disparaissent chaque jour. Telles sont les circonstances dans lesquelles le Kagame scientifique est né.

 

Investi de ce mandat national, Kagame, à longueur d’années, a vu et revu ceux qu’il nommait les Aèdes. De leurs bouches, il a recueilli 176 titres de poèmes, de longueur inégale. Il a rédigé un livre qui permet une bonne compréhension historique et littéraire de cette littérature d’une autre époque. Sans ce commentaire, reçu de la bouche des auteurs ou héritiers initiés, ces chefs d’œuvres resteraient muets. Ce livre s’appelle La poésie dynastique au Rwanda (Bruxelles, 1951). Ce sont les Ibisigo qui ont fourni les matériaux pour les différents ouvrages de l’histoire du Rwanda : 2 volumes d’Inganji Karinga et 2 volumes de l’ethno-histoire. Tous les autres travaux scientifiques de Kagame pivotent autour de ce pivot. Les chercheurs en ont dénombré environ 200 titres.  Combien de savants y-t-il dans le monde peuvent rivaliser en fécondité avec notre Kagame, même en passant leur vie à ne faire que cela ?

 

Or Kagame a assumé des responsabilités multiples et à temps plein durant toute sa vie. Cette  prodigieuse activité scientifique et professionnelle a été possible parce qu’elle était animée d’une passion qui en était le vecteur unificateur. Ce vecteur était de faire connaître et respecter son pays et sa culture. Sa mort a interrompu ses recherches et ses publications. Son œuvre reste la base de la connaissance scientifique du Rwanda de la tradition orale.

 

Quelle image nous donnent du Rwanda les travaux de notre historien ? Le Rwanda de Kagame est celui des Abasizi et de leurs problèmes. Il s’agit du Rwanda de la monarchie théocratique nyiginya, fondée par Gihanga Ngomijana, vers le 11ème siècle de notre ère, dont les récits commencent par le règne de Ruganzu I Bwimba. Ces récits décrivent un pays qui a atteint le statut politique de Nation-Etat : souverain, indépendant et en pleine expansion. Cette histoire est l’unique voie obligée pour accéder à la connaissance de cette période du Rwanda pré-colonial. Aucun autre informateur de cette époque ne savait ce que nous relèvent aujourd’hui les fouilles archéologiques. Celles-ci nous apprennent que notre région est habitée par des humains semblables à nous depuis, au moins, le 7ème siècle avant Jésus Christ. Faire connaître l’histoire en face du monde ne faisait que souligner davantage la tyrannie de la colonisation. Car, prétendre que la Belgique vient civiliser un tel pays ne pouvait tromper personne.

 

Quelle a été l’attitude du monde colonial en face de cette histoire du Rwanda publiée par Kagame ? Une telle source d’information de première main et d’une si grande autorité scientifique ne pouvait que réjouir le monde colonial. Ses savants s’en sont servis à cœur joie. Leurs publications, pour la plupart, les lire avec les lunettes de colons et produisirents une histoire du Rwanda contraire à celle de Kagame. La principale manipulation se trouve dans sa thèse de l’extranéité de tous les habitants du Rwanda, moins les Twa. Tous les autres sont des colons arrivés successivement au Rwanda. Les premiers sont les Hutu qui seraient venus du Tchad ou du Cameroun depuis longtemps. Les seconds sont les Tutsi supposés venir de l’Ethiopie depuis peu. Les derniers sont les Belges venus d’Europe. Muni de cette histoire de sa propre fabrication, le colonisateur pouvait faire taire les autorités indigènes tutsi qui revendiquaient l’indépendance en leur disant : commencer par donner le bon exemple !  Nous, nous partirons après vous, après avoir débarrasser le peuple hutu de votre oppression. Pour faciliter l’opération, le Parti Parme-hutu fut crée pour endosser cette stratégie coloniale en militant pour la collaboration avec l’Administration belge. L’exécution pratique de cette collaboration trouva la réalisation dans la nomination d’un « Résidant Spécial » pour le Rwanda en la personne du colonel Guy Logiest. Ce soldat a eu la gentillesse de rédiger un livre qui témoigne excellemment de son opération politique. Le livre est intitulé « Mission au Rwanda » (Didier Hatier 1988). C’est ce Rwanda de Logiest qui a reçu l’indépendance avec un premier Gouvernement de la première République, composé de Ministres belges et rwandais en nombre égal. Nous savons aujourd’hui que cette fameuse histoire du Rwanda, made in Europe, a eu son fruit le plus amer en 1994. L’universitaire qui a bien assimilé cette histoire du Rwanda fabriquée par les savants colonialistes, Léon Mugesera, pour ne pas le nommer, a montré « le chemin le plus court » pour rapatrier ces Ethiopiens.

 

Qu’est-il devenu entre temps notre Kagame dont les travaux scientifiques, combien louables, avaient été utilisés contre son pays ? Une première conséquence prévisible fut sa situation personnelle. Sa faute n’était pas mince : il était tutsi lui-même, chantre de la grandeur d’une monarchie tutsi et animateur du Parti UNAR qui avait réclamé l’indépendance réelle et le départ des Belges. Au niveau continental, il n’était pas innocent non plus. En 1957, n’avait-il pas signé, avec sept autres prêtres nationalistes, le livre intitulé Des prêtres noirs s’interrogent (Editions du cerf). Ce petit livre marqua une date dans l’éveil de l’Afrique pour réclamer sa décolonisation. En 1963, Kagame a publié un livre fort audacieux qui porte un jugement sans appel contre le colonialisme des colonisateurs et des missionnaires. Il donne son jugement dans sa définition du colonialisme qu’il qualifie de « doctrine du racisme implicite, visant l’occupation politique, de pays moins ou points technisés, avec une orchestration de normes juridiques ordonnées à perpétuer, dans la mesure du possible, l’asservissement du colonialisé » (Le Colonialisme face à la doctrine missionnaire Butare 1963, p.53). Ces deux publications montrent que Kagame avait accepté d’être victime de la vérité plutôt que le silence complice. Il n’a pas voulu chercher sa sécurité dans l’exil comme beaucoup de ses compatriotes. Il était prêt à tout. Le pire qu’il a eu, cependant, fut une période d’assignation à résidence surveillée. Probablement que sa popularité internationale a joué un rôle de protection. Sa sortie du tunnel est venue avec la deuxième République. Celle-ci est allée jusqu’à le décorer pour ses travaux scientifiques de la médaille d’Officier de l’Ordre National des Grands Lacs.

 

Il est temps de conclure. De ce grand homme, notre intention était d’évoquer des informations qui suffisent pour nous le présenter comme situé dans la ligne de ses illustres prédécesseurs: Gisanura, Rudahigwa et Bigirumwami ? Point de doute possible. Leur principal commun dénominateur fut leur patriotisme, chacun en son temps et dans sa condition sociale. Kagame a manifesté son patriotisme en tant que homme de science, au temps de la lutte pour l’indépendance de son pays et de l’Afrique entière. Il a vécu l’injustice en son paroxysme du racisme pratiqué par le régime colonialo-parmehutu. Il a vécu ce racisme dans sa forme rimitive et brutale inaugurée par le Résident Spécial Guy Logiest. Il l’a vécu dans la discrimination raciale des quotas appliqués dans les domaines de l’éducation et de l’emploi. Il l’a vécu, évidement, dans les divers massacres, débutés en 1959 et répétés à maintes reprises. Il a eu la chance de mourir sans voir le génocide de 1994. Il l’a sûrement pressenti dans la logique des événements qu’il a laissés dans le climat social du Rwanda. Kagame a été, de cette façon, un véritable martyr pour sa nation. Il a assumé dans sa chair et dans son histoire personnelle, le même martyre que Rudahigwa et Bigirumwami. Les trois sont morts pour leur peuple ; en luttant contre son émiettement en tributs et contre son asservissement par la Belgique. Ainsi Kagame rejoint-il le rang des « Trois Immortels » de la période la plus lugubre de l’histoire du Rwanda.

 

 

 

LES TRACES MATERIELLES DE L’HISTOIRE DU RWANDA

 

PRESENTATION

 

 

Ce numéro a une importance particulière au point de vue de l’histoire du Rwanda. Il indique, en effet, une nouvelle source de celle-ci. Laquelle ? Comme on le sait, la source habituelle de l’histoire du Rwanda pré-colonial est la tradition orale. Les principaux canaux de diffusion de cette tradition sont les suivants : Ibisigo = les Poèmes historiographique, Ubwiru = le Rituel royal et Ubucura-bwenge = la Généalogie des rois. Depuis la période coloniale, la source archéologique s’est ajoutée. Il y a même une troisième source qui consiste à comparer l’histoire du Rwanda avec celles de ses voisins. L’introduction de l’écriture dans notre pays et son ouverture au monde extérieur ont rendu possible cette source de l’histoire comparée. La présente réflexion inaugure une quatrième source de notre histoire, celle justement des traces matérielles de certains événements mentionnés dans la tradition orale. Ces traces physiques présentent un double avantage. Tout d’abord, elles authentifient la réalité des événements racontés par la tradition orale. La deuxième avantage consiste à matérialiser justement certains événements, rendant ainsi fiable leurs récits. Dans ce même sens de fixer la mémoire de l’histoire du pays quelques événements d’importance particulière méritent qu’on leur élève un site mémorial.

 

Les traces en question ici, comme on va le voir, sont de différentes natures. Nous allons en indiquer cinq catégories : les toponymes Rwanda, les cimetières royaux, les mémoriaux de certains événements, l’origine des plantes alimentaires traditionnelles et les festivités nationales annuelles. La nouveauté de cette source réside dan son caractère de matérialité physique ou objectal qui concrétise et crédibilise sa source orale. Ainsi donc notre histoire basée essentiellement sur l’oralité trouve un point d’appui solide et vérifiable.

 

Elle résiste mieux aux tortures qui lui infligent les historiens mal informés ou mal intentionnés. Nul n’ignore qu’en cette matière de l’historiographie de notre pays, des aventuriers nous ont imposé une histoire qu’il sera difficile de faire oublier. En mettant en exergue cette source des traces matérielles, nous lançons le défi aux inventeurs de trouver les preuves matérielles de leur histoire imaginaire. Il y a lieu ici de rappeler la fameuse théorie de l’extranéité des deux grands groupes sociaux du pays : Les Hutu et les Tutsi. Si ces premiers étaient des anciens camerounais et les seconds des anciens éthiopiens, pour sûr nous aurions quelques traces matérielles de leurs itinéraires. Comme on va le voir, les immigrations connues au Rwanda ne dépassent pas le territoire voisin de l’actuel Uganda. D’un autre côté, il serait regrettable que les Rwandais d’aujourd’hui circulent sur le territoire du pays comme des aveugles qui ne voient pas l’histoire inscrite sous leurs pieds. Toute l’étendue de nos collines est un livre ouvert sur l’histoire de notre pays. Des sites mémoriaux pourraient le matérialiser et en perpétuer la mémoire. Ainsi le pays avancerait les yeux ouverts, sachant d’où il vient pour mieux savoir où il doit aller.

 

 

 

 

  1. LES TOPONYMES RWANDA

 

Le nom officiel de ce pays, qui est le Rwanda, se trouve porter par plusieurs localités à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Le plus facile d’accès se nomme le Rwanda de Kamonyi. Il se trouve à 10 km environ de la paroisse catholique de Kamonyi dans la direction de l’Est. La colline qui porte ce nom est située entre deux autres, l’une à sa gauche qui s’appelle Nyenyeri  et l’autre à sa droite qui s’appelle Ijuru rya Kamonyi. En face de cette colline Rwanda se trouvait jadis la Résidence du roi Yuhi III Mazimpaka. En dessous de l’endroit de cette résidence, on voit encore aujourd’hui le fameux rocher sur lequel le monarque a terminé tragiquement ses jours. Ce rocher se nomme depuis lors Gatumwa = le porte-malheur.

 

Il s’ajoute évidemment au plus connu historiquement, le Rwanda de Gasabo. Nom loin de là, dans l’ancien pays du Mubali, aujourd’hui couvert par la foret du Parc de l’Akagera, les habitants de la région savent qu’il y a là un endroit nommé le Rwanda de Binaga. Ce phénomène de trois endroits qui porte le même nom que le pays pose un problème : celui du lien entre ces quantre homonymes. L’alignement géographique de ces trois homonymes a poussé les chercheurs dans le prolongement géographique de ce dernier. Sans devoir aller trop loin, dans le Nkole de l’Uganda voisin, se trouve justement une localité nommée Rwanda. Cette localité que les habitants nomment Gishara, la tradition rwandaise l’appelle le Rwanda de Gashara. Poursuivant la ligne de recherche, les historiens ont identifié à Busoga, région située à l’Est du Buganda dans le même Uganda, une autre localité nommée Rwanda. Dans l’ensemble de ces homonymes nos historiens l’on nommé le Rwanda de Busoga. Du point de vue chronologique de ces cinq toponymes, cette énumération que nous venons d’en faire, va du plus récent au plus ancien. En effet, ce n’est pas les Rwandais d’ici qui sont allés imposer leur nom en Uganda. La vérité indubitable est que ce sont les anciens habitants de ces régions lointaines qui sont descendus jusqu’ici. Dans leur descente, ils ont imposé leur nom aux localités qu’ils ont successivement occupées. Alors, comme le nom signifie le pays du clan des Abanyiginya, il y a lieu de penser que le nom désigne leur domaine. Ce faisant, ce nom nous révèle l’itinéraire de la dynastie des Abanyiginya dont le point de départ se situerait au Busoga. Cette conclusion ne fait que confirmer l’histoire de l’immigration des peuples pasteurs descendus vers la source du Nil à la recherche de frais pâturages pour leurs nombreux troupeaux de gros bétail. La piste topographique rejoint ainsi à cet endroit de Binaga l’histoire orale du Rwanda. En effet, les fondateurs du royaume des Abanyiginya que le mythe fait descendre du ciel, les fait atterrir à cet endroit. La tradition orale précise que « le premier foyer pastoral aux bords du rocher appelé « Ikinani » = l’invincible. Le nom de ce rocher est probablement choisi pour son symbolisme ».

 

Ces toponymes contiennent plusieurs informations utiles pour l’histoire du Rwanda. En voici quelques unes. La première et la plus importante est l’interprétation du mythe des Ibimanuka = les Descendus du ciel. Les toponymes situés en Uganda sous indiquent de quel ciel sont descendus du royaume clanique nyiginya. Il s’agit des sommets des montagnes de l’Uganda mythiquement élevés au firmament pour accréditer leur pouvoir. Une manière de dire que leur pouvoir vient d’en haut, vient de Dieu : Imana. De cette façon, les auteurs du mythe d’Ibimanuka nous disent eux-mêmes : de grâce, ne prenez pas ce mythe à la lettre. La seconde information est que chacun des deux derniers toponymes constitue une étape décisive dans l’évolution de l’histoire du Rwanda. Parlons d’abord de l’étape du Rwanda de Gasabo. Depuis ce premier pied à terre des Abanyiginya à Rwanda de Binaga, le fondateur de la dynastie, Gihanga et ses successeurs jusqu’au 7ème  Nsoro Samukondo, évoluent dans la période anhistorique. Les rois de cette époque sont nommés « rois de la ceinture ». A la sortie de ce silence, sous le règne de Ruganzu I Bwimba, le chef-lieu de leur domaine est fixé sur la colline de Gasabo. Non loin de cette résidence royale se trouve une petite colline baptisée « le Rwanda », près du lieu appelé Ndanyoye. Pour le distinguer de ses homonymes, on l’appelle « le Rwanda lez-Ndanyoye ». Etant dans les environs de la capitale royale, le nom définitif devint « u Rwanda rugali rwa Gasabo » = Le vaste Rwanda de Gasabo. Le territoire de cette capitale devient la matrice d’un pays destiné à la grandeur grâce aux ambitions de ses rois et de leurs armées. C’est à partir de ce Rwanda de Gasabo que le royaume des Abanyiginya se constitue en un Etat-Nation. Cela veut dire qu’il n’entre en composition avec aucun autre mais que lui grandit au dépens de ses voisins. C’est ce sens optatif qui est implicite à la dénomination du « Ru-aanda rugali = le pays aux frontières illimitées ». Le dernier toponyme est le Rwanda de Kamonyi. Il marque la présence du royaume nyiginya au-delà de la Nyabarongo. Erigée au sommet de la colline de Kamonyi, près de la paroisse catholique du même nom, la résidence royale de Kamonyi est dans les environs de cette localité nommée « Rwanda » qui a consacré la conquête du Nduga qui fut achevée sous Mibambwe Sekarongoro Mutabazi. La résidence de Kamonyi fout choisie par le Dépositaires du Code monarchique comme Métropole de toutes les résidences royales de cette région à l’Ouest de la rivière Nyabarongo. Ainsi point final fut mis à cette pratique d’imposer le nom de Rwanda aux nouvelles conquêtes des Abanyiginya. C’est dans cette zone du dernier Rwanda que devait résider en permanence les rois du feu ou de la pérennité, au nom de Yuhi.

 

 

  1. LES CIMETIERES ROYAUX

 

Des toponymes du nom Rwanda, nous passons à ceux des cimetières royaux. Ce faisant, nous poursuivons le projet de recherche des traces de l’histoire du pays. Nous y ajoutons un nouvel objectif. En inhumant les monarques dans des cimetières spéciaux, tenant compte du vécu et des circonstances de la mort de chaque roi, nous avons là un message sur la croyance des Rwandais concernant la survie des défunts. Le culte des morts = Guterekera, dans le cadre de la monarchie théocratique est le lieu de compréhension de la signification de ces cimetières royaux. La doctrine de l’eschatologie rwandaise trouve ici sa meilleure illustration Munis de cet avertissement, nous allons passer en revue la liste des cimetières des rois et des reines-mères. Avant cette localisation personnelle, indiquons d’bord les regroupements par catégories.

 

II.1 Les regroupements catégoriels            

 

-Butanga-mpundu :

 

Il s’agit d’une localité nommée ainsi pour le besoins de la cause. Il signifie littéralement : le lieu des acclamations de joie ! Cette localité se trouve près de Mugambazi, non loin de la ville de Kigali. Ce lieu-cimetière est destiné aux Souverains décédés d’une mort violente. Ils jouissent en ce lieu d’un culte de pacification. C’est ce genre de culte qui a fait donner le nom de Butanga-mpundu à ce cimetière. On souhaite que les monarques qui s’y trouvent reposent en paix après leur mort violente. Pour les rois décédés de mort violente.

 

 

 

 

-Gaseke :     

 

Ce cimetière se trouve sur la colline qui porte ce nom et se trouve dans le district de Muhanga. Il est destiné à garder pendant un cycle de 4 rois les momies des rois pasteurs Mutara et Cyilima. Ces momies se succèdent en cet endroit. Celui qui en sort, rejoint le cimetière commun pour une inhumation du corps définitive à Rutare. L’inhumation du corps de chaque roi pasteur est exécutée par son homologue suivant. Pour ce faire, celui-ci doit, au préalable, procéder à la cérémonie de la Voie des Abreuvoirs. Cela veut dire : Mutara enterre Cyilima et vice versa.

 

-Kayenzi : 

 

Au sommet du massif de Kayenzi, situé au-delà de la paroisse catholique de Rulindo, se trouve le lieu de l’ancien cimetière des rois au nom de Yuhi. Ces monarques dits rois du feu, symbolisaient la pérennité du pays. Dans leurs déplacements, ils ne pouvaient sortir de la boucle Nyabarongo-Akanyaru.

 

-Remera :

 

La colline de Remera, dite des Abaforongo, se trouve dans la région de Rulindo. Ce nom vient de la famille qui y habite et dont les membres sont les descendants du prince Forongo, fils de Mibambwe I. C’est à ce Remera que furent inhumé ce monarque ainsi que les restes de Forongo, mort martyr dans la bataille contre les Abanyoro. Les membres de cette famille durent assignés à perpétuité à cet endroit pour garder ce cimetière qui recèle leurs deux illustres ancêtres. Ce fait accompli créa l’habitude d’y joindre tous les porteurs du même nom dynastique.

 

-Rutare :          

 

Le massif de ce nom, surplombant le lac Muhazi ; est le cimetière le plus officiel des monarques rwandais. En fait, il héberge les rois Kigeli, Mutara et Cyilima. Ce qui est dit des rois concerne aussi leurs reines-mères respectives. On aura compris que ces règles doivent rencontrer des situations conflictuelles qui ont dû être réglées cas par cas. Voici un exemple. Yuhi Mazimpaka s’est suicidé. Ainsi, en tend que Yuhi, il devait être enterré à Kayenzi, mais à Butanga-mpundu, en tant que décédé de mort violente ! On aura compris également que la différence essentielle entre ces divers cimetières est le culte rendu à ces monarques défunts et de la protection pour le pays, qui leur est demandée. Là où ils siègent autour d’Imana dont ils ont été des représentants sur la terre, ils continuent leur rôle d’intercesseur.

 

II.2 Où est la tombe de chaque souverain ?  

 

  1. La tombe de Ruganzu I

 

Ruganzu Bwimba est mort en Umucengeli au Gisaka. La question de sa tombe, cela va sans dire, ne se pose pas. Quant à sa mère Nyiraruganzu Nyakanga, en principe, elle a dû être enterrée à côté de son époux Nsoro Samukondo. Rien ne le confirme cependant vu que ce monarque a vécu avant la période historique.

 

 

  1. Le cimetière de Cyilima I Rugwe

 

En principe, les Cyilima ont pour cimetière la colline de Rutare. Le cas de celui-ci, semble avoir subi une dérogation. En effet, d’après la tradition, il fut enterré à Butangampundu. Ce fait suppose qu’il a eu une mort violente, dont les circonstances nous reste inconnues. Concernant sa mère Nyiracyilima I Nyakiyaga, elle devrait avoir été enterrée à côté de on mari Ruganzu I. Nous savons évidement que celui-ci est mort en martyr au Gisaka. Comme le cimetière officiel des Ruganzu était Ruhanga, elle fut, en principe, enterrée là-bas. Mais nous n’avons aucune information qui le précise.

 

  1. le cimétière de Kigeli I Mukobanya

 

Après la première invasion des Abanyoro, aucun récit ne fait allusion à Kigeli I Mukobanya. Il fut enterré à Rutare, cimetière des rois du même nom, sur le plateau de l’un de ses contreforts appelé Nyasenge. En principe, bien qu’aucune information ne le précise, sa mère fut enterrée au même endroit. En effet, elle devrait être enterrée à côté de son époux Cyilima I dont le cimetière officiel de son nom est ce même cimetière de Rutare. Par conséquent, elle fut inhumée au même lieu que son fils alors que son mari, en faite, fut enterré à Butangampundu, comme dit ci-dessus.

 

  1. Le cimetière de Mibambwe I Sekarongoro Mutabazi

 

Il aimait tellement sa capitale de Remera qu’il a décidé d’en faire le cimetière des monarques de son propre nom. Il y fut enterré le premier. Sa mère Nyiramibambwe I Nyabadaha, est morte au Bunyabungo dans les circonstances que voici : Lorsque la Cour du Rwanda y avait cherché refuge en fuyant les Abanyoro, une opposition se produisit entre les Rwandais et les Abanyabungo qui dégénéra en une bataille généralisée. Les hommes de Murira-Muhoyo, roi du Bunyabungo, attaquèrent la Cour du Rwanda à Rusozi, l’actuel Bukavu. La résidence de Mibambwe I fut incendiée. Tandis qu’il parvenait à se dégager, sa mère Nyiramibambwe I Nyabadaha périt dans les flammes avec sa domesticité. Cette mort fut la cause d’un antagonisme perpétuel entre les Rwandais et les Abanyabungo : Abashi d’aujourd’hui.

 

  1. Le cimetière de Yuhi II Gahima

 

Il fut enterré à Kayenzi, cimetière officiel des rois de son nom. Sa mère, Nyirayuhi II Matama, fut enterrée à Remera des Abaforongo, auprès de son époux.

 

  1. Le cimetière de Ndahiro Cyamatare

 

Les traditions disent que ce monarque, sa mère et tous les dignitaires de sa Cour furent massacrés par les guerriers de Ntsibura I Nyebunga, roi du Bunyabungo, aidés par ceux de Nzira, roi du Bugara. Cette catastrophe fut nommée dans la tradition Rubi rw’i Nyundo = le lugubre événement de Nyundo. Ceci étant, la question du cimetière de Ndahiro et de sa mère ne se pose plus. Pour ces mêmes raisons, le nom de Ndahiro fut exclu de la liste des noms dynastiques. Ce nom rejoint ainsi celui de Ruganzu dans l’évocation des malheurs à faire oublier jusqu’à la suppression de leur nom.

 

 

  1. Le cimetière de Ruganzu II Ndoli

 

La fin des jours du grand roi Ndoli est bien connue. Le cimetière primitivement destiné aux rois du nom Ruganzu était Ruhanga, située sur la colline de Tare dans le district actuel de Rurindo. C’est en revenant du Kinyaga, qu’il tomba dans une embuscade tendue par les montagnards de la région de Rusenyi. Il fut blessé d’une flèche barbelée qui lui creva un œil et il en mourut. Il fut enterré Butangampundu, cimetière des monarques décédés de mort violente.  Comme les deux porteurs de ce nom eurent un sort si tragique, celui-ci fut exclu de la liste des noms dynastiques. Ceci étant, la question du cimetière des rois Ruganzu ne se pose plus. Concernant sa mère Nyabacuzi, nous connaissons son triste sort. Elle fut massacrée avec son monarque époux, Ndahiro Cyamatare par les guerriers du Bunyabungo. Elle mourut donc avant l’intronisation de son fils. Quant à la reine-mère adoptive Nyiraruganzu II Nyirarumaga, qui la suppléa dans la dignité d’être la reine-mère avec son fils, nous n’avons aucune information concernant ni les circonstances de sa mort ni le lieu de son inhumation.

 

  1. Le cimetière de Mutara I Semugeshi

 

Mutara I mourut à Gisozi, près de Musumba, de Nyamabuye, dans le district actuel de Muhanga. Il fut enterré à Rutare, sur el contrefort appelé Rurembo, situé au-dessus de Nyansenge. Sa momie avait été la première à être conservée à Gaseke pour être transférée à Rutare par son successeur Cyilima. Il faut noter que c’est ce Mutara Semugeshi qui fut l’initiateur de ce rite de nomination préalable à l’enterrement des corps des rois pasteurs. Sa mère Nyiramavugo Nyirakabogo fut enterrée à Ruhanga, cimetière où devait être enterré son époux Ruganzu II.

 

  1. Le cimetière de Kigeli II Nyamuheshera

 

A sa mort, Kigeli II Nyamuheshera fut enterré à Burenga près de Sayo, de Buyoga, dans le district actuel de Rurindo. Plus tard, ses cendres furent transférées à Rutare, cimetière des rois de ce nom. Cette translation fut effectuée par Cyilima II Rujugira lorsque cette région de Rutare fut récupérée du Ndorwa qui l’avait conquise auparavant. Quant à sa mère Nyirakigeli II Ncendeli, elle fut enterrée à Butangampundu, cimetière des souverains décédés par une mort violente. La tradition nous apprend que cette reine-mère a dû se donner la mort après s’être trouvée enceinte, chose jugée porte-malheur pour le pays.

 

  1. Le cimetière de Mibambwe II Sekarongoro Gisanura

 

Le « saint roi » Mibambwe II mourut à Ruganda dans le Bumbogo. Il aurait succombé à l’infection d’une plaie à la jambe. On estima sans doute que cette plaie n’était pas la cause principale du décès, car il fut enterré à Remera. Autrement, il aurait dû être transféré à Butangampundu. Sa mère Nyiramibambwe Nyabuhoro fut, tout naturellement, enterrée à Rutare, à côté de son époux Kigeli II Nyamuheshera.

 

  1. le cimetière de Yuhi III Mazimpaka

 

Yuhi III mourut d’un accident lié à son infirmité mentale. Du haut de sa « maison en étages = umuturirwa » il observa le rocher qui se trouvait devant sa maison. S’imaginant que ce rocher se trouvait au bord d’un étang, il s’y rendit pour nager. Arrivé au dessus du rocher, le monarque fit le geste de se jeter à l’eau et se brisa une jambe. Ce rocher fut surnommé de puis lors Gatumwa. Le monarque fut transporté agonisant dans la vallée qui était en dessous de la colline de Kamonyi. Peu après, il expira. Cette vallée nommé Nkingo auparavant, fut appelée depuis lors Kibuza.  Yuhi III fut enterrée à Kayenzi, lieu de cimetière des rois de ce nom. On peut s’étonner qu’il ne fut pas enterré ans le cimetière des rois de mort violente. Sa mère Nyirayuhi Nyamarembo devait être enterrée, en principe, à côté de son époux Mibambwe II 0 Remera des Abaforongo. Cependant, comme elle s’était donné la mort, on pourrait se demander pourquoi elle ne serait pas enterré à Butangampundu.

 

  1. Le cimetière de Cyilima II Rujugira

 

Cyilima II mourut très vieux, après tous ses nombreux enfants, moins deux dont son successeur. Il mourut à la colline de Ntora nommée dans la suite Gisozi., en face de Kigali, la capitale. Momifié d’abord à Joma, dans la région de Rushashi au Bumbogo, son corps fut ensuite transféré à Gaseke, où il était destiné à recevoir le culte dû aux monarques Cyilima et Mutara qui s’y succédaient. Il devait être enterré définitivement à Rutare, par son successeur Mutara. Pour qu’il puisse le faire, sa propre mère devait être déjà morte. Tel n’est pas le cas. La reine-mère Nyiramavugo II Nyiramongi, refusa le terrible honneur de se laisser aider à mourir. Elle fit boire le poison mortel sans enterrer le corps de Rujugira. La tâche fut ainsi laissée au roi pasteur suivant, qui devait être Mutara III. Yuhi Musinga, prévoyant que son fils Mutara III ne pourra pas procéder à l’inhumation de Cyilima II, vu les changements intervenus dans le pays, procéda à l’enterrement de la momie de Cyilima à Rutare. Par la suite, les Agents de l’Administration belge sont allés déterrer ces ossements et les transférer au Musée de Tervuren en Belgique. Une partie de ces os fut rapatriée et se trouve actuellement au Musée National du Rwanda à Butare. Concernant sa mère Nyiracyilima Kirongoro, en principe, elle fut enterrée à côté de son époux, Yuhi III à Kayenzi, cimetière des rois de son nom.

 

  1. Le cimetière de Kigeli III Ndabarasa

 

Vers la fin de ses jours, Kigeli III soufflait de mal de nerf. Pour cette raison, il vivait au Ndorwa, région assez chaude du Rwanda. C’est là qu’il mourut. Il souffrait du mal des nerfs, attribué aux excès vénériens. Pour en adoucir les douleurs, le grand poète Musare, homme de confiance, fut désigné pour trancher le nerf qui l’empêcher de prendre le moindre répit. La palie s’envenima et Kigeli III en mourut. Le fait nous a été révélé par le poème N°-63 : Inkovu icitse irushya abavuzi, du poète Ntibanyendera. Il fut enterré à Rutare, au sommet du flanc dit Munanira. Cette mort ne fut donc pas estimée à devoir le faire enterrer à Butangampundu. Nyirakigeli III Rwasero fut enterrée au cimetière destiné à son époux, Cyilima Rujugira, c’est-à-dire à Rutare.

 

  1. Le cimetière de Mibambwe III Sentabyo

 

Ce roi mourut très jeune, certainement avant l’âge de 30 ans. Son règne a duré à peine 5 ans puisqu’il n’a pu célébrer que 5 fêtes des prémices. Il fut emporté par la variole en même temps que son fils unique Nkezabo, né d’une femme rencontrée au Ndorwa et plus tard reconnu légalement. Une année avant sa mort, pendant un partie de chasse au Mayaga, il avait trouvé une hospitalité chez une grande dame nommée Nyiratunga. Celle-ci n’était rien d’autre que la veuve du grand martyr Gihana. Quelques temps après ce séjour, Nyiratunga avait annoncé au roi qu’elle était enceinte. C’est ainsi qu’à l’enterrement de Sentabyo, les Abiru = Gardiens du Code royal savaient secrètement le disparu laissaient un successeur, le fils de Nyiratunga. Concernant son lieu d’enterrement, bien que nous n’ayons aucune information à ce sujet, il a dû être enterré à Remera des Abaforongo, cimetière des rois au nom de Mibambwe. D’après ce qui a été observé, la mort provoquée par une maladie n’est pas considérée comme un mort violente qui destine ses victimes au cimetière de Butangampundu. Des exemples similaires ont été observés dans les cas de Yuhi Mazimpaka, Kigeli Ndabarasa et Mibambwe Gisanura. Le cimetière de sa mère Nyiramibambwe Nyiratamba, épouse de Kigeli Ndabarasa a dû être normalement à Rutare, cimetière des rois de ce nom.

 

  1. Le cimetière de Yuhi IV Gahindiro

 

Yuhi IV Gahindiro fut enterré à Kayenzi, cimetière des monarques du nom Yuhi. Il avait été intronisé, âgé seulement de quelques mois. Il mourut à l’âge qualifie d’Umukambwe, c’est-à-dire 65 ans passés. Sa mère Nyirayhi Nyiratunga a dû être enterrée à côté de Sentabyo au cimetière des Mibambwe, à Remera des Abaforongo.

 

  1. Le cimetière de Mutara II Rwogera

 

Il fut enterré à Rutare, au sommet du contrefort appelé Rambura. Il faut  remarquer que son corps n’a pas subi le rite de momification, suivi du séjour à Gaseke. En effet, la momie de Cyilima II était encore là et ce rite ne concernait qu’une seule momie à la fois, après avoir célébrer « la voie des Abreuvoirs ». Mutare avait succombé à la maladie de la tuberculose. Concernant la fin de jours de sa mère Nyiramavugo Nyiramongi, nous le savons déjà. Après avoir refusé de mourir avant le décès de son fils, elle fut étouffée de lait versé dans sa bouche par son frère Rwakagara. Elle fut enterrée, sans doute, à Kayenzi à côté de son époux Yuhi Gahindiro.

 

  1. Le cimetière de Kigeli IV Rwabugili

 

En septembre 1895, Kigeli IV Rwabugili expira dans une barque qui le ramenait de l’île Ibinja vers Nyamasheke. La tradition donne à penser qu’il succomba à l’empoisonnement des Abashi de cette île. Après les préparatifs d’usage, sa dépouille mortelle fut enterrée à Rutare, au pied du piton Munanira, au sommet duquel Kigeli III Ndabarasa avait été enseveli. Sa mère Nyirakligeli Murorunkwere a dû être enterrée à côté de son époux Mutara II Rwogera, à Rutare, cimetière des rois de ce nom. Après cette brève enquete menée essentiellement dans les deux volumes de l’Ethno-histoire d’A.Kagame, la conclusion est claire : nous pouvons répondre à la question de savoir où est la tombe de chacun de nos rois historiques. Hormis l’exception à mentionner, le cimetière de chaque roi indique aussi celui de sa mère. En voici le tableau récapituralif des cimetières royaux :              

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Rutare

-Kigeli : I, II, III, IV

-Mutara : I, II

 

2. Remera

– Mibambwe : I, II, III

 

3. Kayenzi :

-Yuhi : I, III, IV

 

4. Ruhanga :

– Nyiracyilima I Nyakiyaga

– Nyiramavugo Nyirakabogo

 

5. Butangampundu

 

-Cyilima I

-Ruganzu II

Nyirakigeli II

 

6. Sans cimetière :

-Ruganzu I

-Nyiramibambwe I

-Ndahiro I

-Nyirandahiro I

-Cyilima II

 

 

 

 

  

 

III. LES TRACES PHYSIQUES DE CERTAINS EVENEMENTS

 

Sous ce titre, nous entendons indiquer un certain nombre d’événements dont le souvenir est attaché à des lieux repérables. Ces lieux vont être signalés selon l’ordre chronologique.

 

III.1 Sous Gihanga Ngomijana

 

Les traces physiques qui marquent les actes et les séjours de ce fondateur de la dynastie des Abanyiginya, sont mentionnées sous ses différentes résidences. En voici la liste.

 

  1. La résidence du Bunyabungo

 

Elle était située sur la rive sud-occidentale du lac Kivu.  C’est dans les environs de cette résidence que la Cour du Rwanda se procurait des objets requis dans la célébration des Prémices. Lorsque la région en question retirait, par intermittente, son obédience du Rwanda, on se procurait ces objets par des émissaires secrets. Pour sûr, Gihanga a séjourné à cet endroit. Nous le savons de par ailleurs. « Il a eu, en effet, une femme de cette région, la nommée Nyangobero. Elle était fille d’un prince autochtone du Bunyabungo. Il a eu avec elle un fils appelé Kanyabungo I Ngabo, fondateur d’une dynastie qui a régné au Bunyabungo » (E.H. p.45). Tout fait pensé que la première fête des prémices célébrées par Gihanga le fut en cette résidence. Par la suite, et pour commémorer cette première fête du patriarche, mêmes les objets utilisés à ce moment-là furent recherchés pour produire les mêmes effets. Cette fête, nous le savons, était destinée à rendre grâce à Imana pour la nouvelle récolte du sorgho ainsi que pour implorer la fertilité des champs durant la prochaine année. Cette trace est la plus solide pour nous informes sur le séjour du Gihanga au Bunyabungo.

 

  1. La résidence de Buhindangoma

Une deuxième résidence de Gihanga, située à la pointe nord-ouest du même lac Kivu, se nommait Buhindangoma = Là où résonnent les tambours. Elle était dans la région du Rutshuru. En cet endroit habitait la famille des Abacyuliro, détenant un jeu de tambours. Lorsque le roi du Rwanda arrivait dans la région, ses propres tambours devaient garder le silence, et ceux des Abacyuliro retentissaient seuls en son honneur. Le nom de cette résidence ainsi que cette famille des tambourinaires royaux étaient connus dans tout le Rutshuru jusqu’à l’époque de l’annexion de cette région au Congo belge. Cette contrée appelée aujourd’hui le Nord-Kivu était pratiquement le centre de l’empire de Gihanga qui y a succédé la dynastie des Abarenge.  Ruganzu Ndoli et surtout Kigeli Nyamuheshera ont totalement rwandisé ces régions ultra-volcans jusqu’au lac Rwicanzige. Buhindangoma était le chef-lieu de cette région du pays au moins depuis Gihanga Ngomijana. La délimitation coloniale constitue une violente historique patente.

 

  1. La résidence de Buhanga

 

A l’intérieur du territoire rwandais actuel, il existait des résidences de Gihanga. Il y en avait une à la limite de Nyamutera et Nyakinama, de Ruhengeli. Elle se nommait officiellement la résidence de Buhanga. Un bosquet des plus vénérés indiquait l’emplacement de cette résidence. Ce fut en cette localité qu’il aurait été investi de la royauté sous le signe du tambour Rwoga, lorsque Rubunga lui eut révélé les premiers Champs d’Ubwiru = Rituel royal des Abarenge. Depuis le règne de Yuhi II Gahima et en souvenir de cet événement, un fonctionnaire était chargé traditionnellement, de père en fils, de résider sur place et de rendre constamment un culte patoral à Gihanga, principalement par l’entretien d’un taureau appelé Rugira, nom qu’aurait porté l’un des taureaux de règne du patriarche.  Ce taureau vivait avec quelques vaches appelées Ingizi, dénomination d’un des troupeaux de règne du même Gihanga. Une Milice appelée Abanga-kugoma, fut détachée de la Gakondo, créée par Gihanga et attachée par le même Yuhi II Gahima à cette résidence du Buhanga.

 

  1. La résidence de Kangomba

Cette résidence se trouvait à Nyarutovu de Ruhengeli. Un bosquet en indiquait l’emplacement. Gihanga aurait accompli une cérémonie importante, au puits appelé Ngomba qu’il fit creuser au sommet du mont Kabuye (3000m). Une famille dont les membres sont les descendants d’un certain Mwijuka, était chargée  de garder ce puits, de père en fils. Les eaux de ce puits étaient requises dans les cérémonies d’intronisation du roi, et on devait en garder une certaine quantité, jusqu’au moment où le nouveau monarque avait construit sa 4ème résidence.

 

  1. La résidence de Nyamirembe

Il s’agit de Nyamirembe de Humure dans le Mutara. C’est là que Gihanga aurait notifié son testament et distribué à ses fils les provinces de son empire. Il aurait désigné alors Kanyarwanda comme son successeur patriarcal, à la tête de toute la famille. Ces résidences géographiques bien repérables d’après les indications d’A. Kagame, (EH, p.42-44), rendent réel et situable le légendaire fondateur de la dynastie nyiginya, cet inconnu réduit à ne s’appeler que « fondateur = Gihanga ». De plus, sous la mention de ces résidences, des gestes posés par ce personnage nous ont indiqués. Ces gestes sont considérés comme fondateurs d’une tradition qui a fait l’histoire du pays. Ces gestes sont devenus normatifs pour la vie de son royaume dont le nom est déjà connu : le Rwanda. Ce royaume est sans doute encore ambulant. Il sera fixé à Gasabo bien plus tard. Mais avant d ‘arriver à ce terme, il a fallu évoluer dans l’obscurité durant des siècles des rois dits de la ceinture.

 

III.2 Sous Cyilima I Rugwe 

 

On se souvient que ce monarque a été inhumé au cimetière de Butangampundu, ce qui signifie qu’il a trépassé d’une mort violente. Il était intronisé dès sa naissance et n’a pas connu son père Ruganzu I mort martyr. Il a eu un règne très long qui lui a permis d’introniser son fils et désigner au trône son petit-fils.  Parmi les événements de son règne qui ont laissé des traces physiques ; nous signalons ceux qui suivent :

 

  1. La résidence sur le mont Kigali

Le premier fait historique qui a laissé une trace est sa résidence sur le mont Kigali à l’époque ou cette localité faisait partie du royaume du Bugesera. Pour ce faire, il en obtint l’autorisation du roi Nsoro I Bihembe. L’endroit exact de cette résidence, au somment du mont Kigali doit avoir laissé des vestiges sur place, peut-être repérables encore aujourd’hui. Cette résidence, nous le comprenons aujourd’hui, était appelée à devenir la capitale officielle du royaume des Abanyiginya. En plus de cette résidence, Cyilima reçut également les massifs du mont Kigali et du Nyamweru qui appartenaient, eux aussi, au royaume du Bugesera. Il est bon de noter que Gasabo était déjà la capitale-mère du Rwanda et que Kigali s’ajoutait comme capitale officielles et définitive. Sans connaître sa genèse, combien vénérable, même le pouvoir colonial l’a maintenu dans sa primauté parmi les autres anciennes résidences royales du pays. Ce choix semble obéir à deux critères. Le premier est le sens symbolique de ce nom qui en fait un synonyme du nom du pays. En effet, Rwanda et Kigali signifient successivement ru-aanda = territoire illimité et kigali = large pays.  Ce sont des noms optatifs et non descriptifs : des noms programmes. Un palais  souvenir à l’emplacement exact de celui de Cyilima I manquerait pas d’inspiration pour ce pays qui n’a pas abdiqué de ses ambitions de croissance, c’est-à-dire d’être rwanda et kigali dans toutes ses dimensions.

 

  1. La résidence de Nyakabanda

La construction de sa résidence au mont Kigali, fut pour Cyilima I, en quelque, un prétexte. Le mobile principal était autre. Il s’en servit comme alibi pour s’introduire = la Cour du Bugesera aux fins d’entrer en contact avec la fiancée du roi Nsoro I Bihembe, le jour de son mariage avec Nyanguge. Il put ainsi épouser juridiquement cette dernière en lui imposa la momordique pour laisser la place ensuite à l’époux officiel, le roi du Bugesera. Nyanguge, consciente de ce qui venait de se passer, comprit qu’elle appartenait juridiquement au roi du Rwanda. Sentant que ses jours d’accouchement étaient proches, elle partit pour le Rwanda. Arrivée dans la vallée de Nyakabanda, elle donna le jour à son fils ainé Mukobanya. Cette vallée se trouve entre le mont Kigali et Kigali-ville. La Cour entretenait à perpétuité une résidence dans le Nyakabanda.  Est-il possible aujourd’hui de retrouver les traces de cette résidence ? Toujours est-il qu’un tel mémorial serait le bienvenu pour vénérer justement ce grand roi qui a introduit dans cette région la conception d’un Etat-Nation. En plus de cette révolution politique, Mukobanya est celui qui a inauguré le programme d’agrandissement effectif du Rwanda par des conquêtes. La principale prouesse militaire fut de faire franchir le pays de ses pères de la barrière constituée par la rivière de la Nyabarongo.

 

  1. Icyambu cy’Ishya = le gué de la félicité

 

Il s’agit du ruisseau nommé Rwabashyashya qui se trouve sur le versant oriental de la localité Gihinga, qui est à l’Est de la Nyabarongo, face au mont Kigali. C’est dans le gué de ce ruisseau que Mukobanya et son fils Sekarongoro se sont embrassés après leurs victoires respectives, pendant que le roi, les contemplait du haut de cette localité. Depuis lors, une catégorie d’Abiru fut installée à ce Gihinga, et fut chargée de faire abreuver des vaches chaque jour, à perpétuité, dans ce « gué de la félicité ». Cette pratique ne fut abandonnée que sous Yuhi V Musinga. Pour récompenser la prouesse militaire du fils et du petit-fils, Cyilima I nomma Mukobanya co-régnant sous le nom dynastique de Kigeli. Il nomma en même temps son petit-fils Sekarongoro, le successeur de son père sous le nom de Mibambwe. De plus, il décida que tous les Cyilima en feront ainsi pour toujours. Voilà la base du cycle dynastique des trois monarques : Cyiliman Kigeli, Mibambwe. La réforme ultérieure de Mutara I ne fera que d’identifier alternativement les Cyilima et Mutara dans un même programme orienté à la prospérité du pays en tant que rois pasteurs. Les Kigeli et Mibambwe garderont le programme des premiers comme trois guerriers. Le nom de Yuhi avec sa fonction dynastique, il sera joué plus tard comme roi du feu, symbole de la pérennité du royaume. Cette localité de Gihinga et ce ruisseau Rwabashyashya sont, sans doute, faciles à identifier. Un mémorial de la victoire, qui récapitule toutes les victoires du passé, ne serait pas inutile pour un pays qui ne fait qu’élargir les fronts de ses combats pour le mieux-être de ses citoyens. Le geste d’embrassade dans le gué de la félicité de Mukobanya et de Sekarongoro, dans la bénédiction de Rugwe, a fait parler nos pètes comme Nyakayonga qui a dit : Ukwibyara gutera ababyeyi inezaReproduire des qualités en ses enfants réjouit les parents !

 

III.3 Sous Ndahiro Cyamatare

 

De tous les règnes du pays, celui de Ndahiro Cyamatare a été le plus sombre. Les souvenirs attachés aux événements de ce règne sont nombres. Nous allons rappeler quelques uns. Souvenons-nous de deux faits historiques qui furent la cause de tous ces malheurs. Le premier fait fut l’assassinat de la reine-mère de Mibamwe I au Bunyabungo.  On se souvient que lorsque la Cour du Rwanda s’était réfugiée au Bunyabungo, la reine-mère Nyiramibanbwe I a péri dans les flammes de sa résidence brulée par les Abanyabungo. Le second fait fut la réplique de ce premier. En effet, pour venger cet assassinat, les Armées du Rwanda, appuyées par celles du Burundi et du Bugesera, avaient attaqué le Bunyabungo tué son roi et amené sa femme en prisonière au Bugesera. Cette captive, qui était enceinte, mit au monde un garçon qu’on nomma Nyebunga. Devenu grand, il regagna son pays et réussit même à monter sur le trône du Bunyabungo sous le nom dynastique de Ntsibura I. Son rêve était de se venger à son tour.  Il réussit à avoir l’appui de Nzira, fils de Muramira, roi du Bugara. Les Abanyabungo purent ainsi occuper, durant 11 ans, tout le Rwanda de l’Ouest de la Nyabarongo. Lorsque Ndahiro se sentit menacé par les Armées coalisées et plus fortes que les siennes, il quitta le Nduga et alla fixer sa résidence au Bugamba, dans le Kingogo. Il s’y rendit avec toute sa Cour, comprenant entre autres son fils Kibogo, la reine-mère Nyirangabo, Nyabacuzi, la mère de Ndoli, et trois Compagnies guerrières : Ingata, Abahunga, et Inkindi. Ntsibura Nyebunga, à la tête de ses nombreux guerriers se dirigea vers Gitarama et Nzira y envoya les siens. Ndahiro fut assailli par cette nuée de farouches guerriers. Aux premiers engagements, Ndahiro fut blessé, lorsqu’il se trouvait dans la localité nommée depuis lors « Rasaniro » = le Lieu-du-combat. Il traversa le Kibilira pour se replier sur sa résidence.  Pendant qu’il traversait ce ruisseau, il mêla son sang à son eau. En souvenir de ce macabre événement, aucun monarque rwandais ne pouvait traverser el Kibilira. Il devait la contourner et passer en amont de sa source. Après la traversée de la Kibilira, Ndahiro atteignit le massif de Rugarama. Il fut achevé par les guerriers de Bugara qui l’y attendaient, après avoir mis hors combat la défense de sa résidence. Dans toutes nos traditions, ce massif de Rugarama est nommé « Rubi rw’i Nyundo » = La reine-mère Nyirangabo, avec les femmes du monarque dont Nyabacuzin mère de Ndoli, furent massacrées dans la localité désignée dans la suite : mu-Miko y’Abakobwa = la vallée d’Erythrines-des-Nobles-Dames. Le tambour dynastique Rwoga fut capturé par Ntsibura qui occupa le Rwanda occidental pendant onze ans. On a calculé cette durée en comptant les années passées sans célébration des fêtes des Prémices. La mort de Ndahiro survint au mois lunaire de Gicurasi (mai). Depuis lors, ce mois fut imposé au pays pour commémorer tous les morts de la nation. Ce deuil se nomme en langue maternelle Kwirabura = devenir noir, i.e. être en deuil. Toutes les réjouissances publiques étaient interdites durant ce mois. Le mois suivant, celui de Kamena, (juin), était réservé à l période de Kwera = devenir blanc, i.e. sortir du rite de deuil : ce rite est le contraire du précédent qui est le levée de deuil.

 

Ce récit contient des repères qui méritent d’être retenus comme sites commémoratifs de l’histoire. Priorisons les 4 suivants : le ruisseau de la Kibilira, le massif de Rugarama, la vallée d’érythrines et le mois de deuil.

 

1.Amazi mabi  = l’eau néfaste

 

Lorsque le roi Ndahiro fut attaque par les armées coalisées, il engagea le combat avec les assaillants et fut blessé au pied, dans la vallée de la colline Gitara, lieu qui fut appelé depuis lors Rasaniro = lieu du combat.  Après cette blessure, il traversa le ruisseau de la Kibilira, mêlant son sang à ses eaux. Ayant passé ce ruisseau, Ndahiro II atteignit le massif du Rugarama. Il fut achevé là par les guerriers du Bugara qui l’y attendaient. C’est ce ruisseau de la Kibilira qui but le sang de Ndahiro durant le moment pathétique de sa vie entre sa blessure et son achèvement que la tradition a nommée Amazi mabi. En souvenir de cette macabre traversée, aucun monarque rwandais ne pouvait traverser la Kibilira. Il devait la contourner et passer en amont de sa source.

 

  1. Rubi rw’i Nyundo = la catastrophe de Rugarama

 

Parmi les « mille collines » du Rwanda, Rugarama, dans l’ancien Cyingogo, est le calvaire. Il est devenu innombrable dans la tradition pour n’être désigné que par expression rubi= la maudite (montagne de Nyundo). Les célébrations de deuil national devraient y avoir un site de première classe pour tout le pays. Les grands spirituels du pays devraient y ériger un sanctuaire pour les prières de rogations en faveur de la Nation. Onze ans durant, le Rwanda a été effacé de la carte du monde par le fils d’une prisonnière du Bushi non sans le concours de la zizanie au sein de la maison royale. Bamara et son fils Byinshi, avec leurs partisans, s’étaient attribués le Rwanda oriental de la Nyabarongo. Ainsi Ndahiro Cyamataren avec sa Cour et tout son pays, fut à Rugarama, la victime des ennemis coalisés de l’intérieur et de l’extérieur. Seul le génocide, consommé en 1994, a pu nous monter pire que la catastrophe de Nyundo. Pour avoir oublié la leçon, de cette catastrophe, cette seconde est arrivée. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, même le génocide est venu des ennemis de l’extérieur et de l’intérieur.

 

  1. Mu Miko y’Abakobwa = La vallée d’érythrines des nobles Dames. Dans l’histoire du Rwanda, les personnes de sexe féminin n’étaient jamais la cible des conflits armés. Ntsibura Nyebunga en est l’illustration patente. Fils d’une prisonnière capturée par les armées du Rwanda, au lieu de la tuer comme son époux Murira-Muhoyo, elle avait été emmenée au Bugesera. C’est là que son fils Ntsibura naquit et fut élevé. Ce fut ce fils ingrat qui osa massacrer, pour la première fois des femmes. Et quelles femmes : la reine-mère et les nobles dames de la Cour royale ! Comme on le sait maintenant, cette abomination a été récidivée une seconde fois par le génocide de 1994. Cette vallée surnommée mu Miko y’Abakobwa mérite un site mémorial qu’on devrait appeler la vallée de la honte! Nos Chefs Religieux pourraient y ériger une chapelle d’exorcismes destinée à purifier le pays des malheurs survenus sur sa population.

 

  1. Gicurasi = le mois de deuil national

Selon la tradition, en effet, le mois de Gicurasi correspondant au mois lunaire de mai, était consacré à la célébration du deuil national. Cette célébration a pour origine la mort du roi Ndahiro. Dans son livre E.H., A. Kagame nous en informe en ces termes : « La mort de Ndahiro est survenue au mois lunaire de Gicurasi.  Ce fut l’origine des deux semaines de deuil que la Cour observait chaque année avant la célébration de la fête des Prémices. Celle-ci tomait à la nouvelle lune de Kamena » (p.91). Cet exemple de mois-souvenir nous confirme dans nos projets de créer des mémoriaux qui perpétuent le souvenir des grands moments de notre histoire. De fait, tout événement d’importance, bon ou mauvais était commémoré par répétition ou par interdit. Par exemple, pour éviter la répétition de ce « Rubi rw’i Nyundo », le nom de Ndahiro fut supprimé de la liste des noms dynastiques. Il est souhaitable que le deuil national du génocide  instauré aujourd’hui, rejoigne cette ancienne tradition de célébrer ce deuil au mois de Gicurasi.

 

III.4 Sous Ruganzu Ndoli       

 

Ce monarque est celui à qui la tradition légendaire attribue beaucoup de traces. Parmi celles qui méritent l’attention de l’historien se trouvent les suivantes :

 

  1. L’intronisation à Gatsibo

 

A la mort de son père Ndahiro, Ndoli était au Karagwe chez sa tante paternelle Nyabunyana. Le moment de son intronisation, il devait revenir au Rwanda en traversant incognito le royaume du Ndorwa, domaine des Abashambo. Arrivé en une localité nommée Gatsibo qui porte encore ce nom et qui est devenu actuellement un District administratif de la province de l’Est, il y rencontra un autre personnage inconnu, la poétesse Nyirarumaga. Les deux inconnus l’un à l’autre récurent ensemble l’intronisation royale pour régner sur le royaume du Rwanda. L’histoire ultérieure a montré que cet événement de Gatsibo fut des plus importants pour le pays. En effet, pour l’Histoire et la langue nationale, on connaît le rôle de cette nouvelle reine-mère adoptive de ce nouveau roi orphelin de père et de mère. Pour ce qui est de la libération du pays et de son expansion, Ruganzu II n’a pas d’égal. Aussi, un Mémorial construit à l’endroit exact de cet événement est hautement souhaitable.

 

Pourquoi le choix de Gatsibo, en pays étranger, pour cette intronisation ? D’après les mémorialistes, Gihanga aurait habité à cet endroit. C’est pourquoi les deux délégations des Féaux chargés d’introniser Ndoli et Nyirarumaga, l’une venant du Karagwe et l’autre venant du Rwanda s’y donnèrent rendez-vous.  Il y a lieu de penser que l’habitation de Gihanga en cette localité avait des vestiges encore visibles sous le règne de son 14ème successeur. On imagine également qu’après cet événement de l’intronisation, cette localité fut encore rehaussée dans la mémoire des gens.  Maintenant que Gatsibo devient un district administratif du pays, il est tout indiqué que le lieu exact de cette résidence de Gihanga et de l’intronisation de Ruganzu Ndoli, soit identifié et honoré  en conséquence. Les noms de Gihanga, Ruganzu et Nyirarumaga pourraient être immortalisés, donnés à des édifices publics, des routes, etc. pour perpétuer leur mémoire.

 

  1. Gihogwe

 

Ce nom qui n’évoque rien dans les souvenirs des Rwandais d’aujourd’hui est le versant oriental du mont Jari. A l’époque où le Rwanda fixait sa capitale-mère à Gasabo et que la résidence royale et administrative était à Nkuzuzu, le Gisozi actuel, cette localité de Gihogwe était importante. C’est là qu’habitait une famille de poètes de la Cour royale, responsables d’importantes fonctions du royaume. C’est au sein de cette famille que les Gardiens de la succession royale sont allés chercher Nyirarumaga pour remplacer à l’intronisation la mère naturelle de Ndoli qui avait était tuée avec son mari dans la catastrophe de Nyundo. Les vestiges des habitations de cette famille de poètes sont encore visibles aujourd’hui à partir de la route macadamisée de Nyabarongo. Signaler le lieu de naissance de cette grande Dame, c’est en quelque sorte indiquer le berceau de l’historiographie du Rwanda. Un mémorial serait le bienvenu pour perpétuer le souvenir du lieu de naissance de notre Hérodote. Les associations féminines devraient être les premières à se mettre sous le patronage de ce personnage.

 

III. Sous Mutara Semugeshi

 

Ce fils du grand guerrier a excellé dans la diplomatie et le droit civique. Parmi les faits notables de son règne, retenons les suivants :

 

1.Le Pacte de non-agression avec le Burundi

 

Les affinités naturelles et la force égale entre les populations du Rwanda et du Burundi ont convaincu Mutara I que le pacte de non-agression était la meilleure condition pour un voisinage pacifique entre les deux pays. Effectivement, un pacte fut conclu entre les monarques Mutara I et Mutaga II Nyamubi à l’endroit nommé depuis lors « Utwicara-Bami twa Nyaruteja ». Ce dernier nom désigne une colline qui, du coté rwandais, surplombe la rivière de l’Akanyaru. Malheureusement ce  pacte n’a pas été respecté dans la suite. En effet, les deux pays à plusieurs reprises en sont venus à des conflits armés. Sous Cyilima II la lutte a atteint son sommet. C’est à cette époque aussi que cette province burundaise du Buyenzi fut annexée au Rwanda. Jusqu’à l’avènement de la colonisation européenne des deux pays, les tentatives annexionnistes et réciproques entre les deux pays n’ont jamais cessés. Un mémorial d’amitié entre nos deux pays frères pourrait rappeler et consolider ce pacte et faire éviter les mauvais coutés qui pourraient resurgir entre les deux pays.

 

  1. Le puits sacré de Rwezangoro

 

Parmi les lieux sacrés de la tradition, il y a le fameux puits de la forêt de Muhima. La localité de ce nom est toujours là au pied de Nyarugenge. La forêt qui s’y trouverait jadis a disparu depuis belle lurette. L’origine de la sacralité de cette eau nous échappe encore. Le nom de ce puits donne à penser que son eau était utilisée pour purifier une nouvelle résidence royale.  Les eaux de cette même source avaient une deuxième fonction : Celle de purifier une autre source nommée Kabyaza dont les eaux servaient à la Voie des Abreuvoirs. Une chose sûre, son premier usage connu fut effectuée par Nyamwonda, le détenteur du Code dynastique du Burundi, dans la cérémonie de l’intronisation du roi Mutara I. Elles étaient versées dans l’autre puits nommé Kabyaza où se passait le rite de la célébration de la Voie des Abreuvoirs. La cérémonie des Abreuvoirs avait pour but la prospérité du bovidé. Voilà pourquoi le nom de cet abreuvoir sacré, Kabyaza signifie littéralement : « le Faisant-vêler » ou le multiplicateur des bovidés. Ce deuxième puits sacré se trouve à l’Est de la Nyabarongo, au pied du mont Nyamweru. Nul n’ignore la valeur culturelle et économique de la vache dans le Rwanda pré-colonial. Aussi, dans la succession des rois, deux noms, Mutara et cyilima étaient des rois vachers. Leur fonction essentielle consistait à faire prospérer le bovidé. Cette fonction était inaugurée par le rite de la célébration de la Voie des Abreuvoirs aux endroits précités. Ce rite était accompli par les rois vachers dans le puits de Kabyaza avec l’eau puisée dans l’autre puits de Rwezangoro. C’est après cette cérémonie que le roi vacher devait enterrer la momie de son prédécesseur qui attendait à Gaseke depuis les trois règnes précédents. On se souvient que cette eau du puits de Muhima avait été utilisée pour la première fois par un fonctionnaire du Burundi qui avait initié le Rwanda de la Voie des Abreuvoirs sou la demande du roi Mutara I Semugeshi. Cet usage initial créa la sacralité de cette eau pour cette cérémonie. La localisation de ces deux puits exige des recherches laborieuses, étant donné les transformations intervenues par l’extension de la capitale.

 

III.6 Sous Mibambwe Sekarongoro Gisanura          

 

Cette revue a consacrée un numéro spécial, le N°- 37, à la personne et à l’œuvre de ce monarque. Il a été dit que notre ville actuelle de Ruhango se trouve à l’endroit où était la Capitale préférée de Gisanura. A l’Est de cet endroit, se situe la colline de Mutakara au sommet de laquelle se hissait le Palis de Justice de ce roi. C’est dans ce Palais que cessont déroulés les procès légendaires qui ont laissés l’adage : « Urubanza rwaciriwe i Mutakara » =  Ce procès a été tranché en total équité.  Dans cette même ville, sur le bord Est de la route macadamisé, se trouve une inscription indiquant le fameux rocher de Kamegeli. Ce personnage aurait été grillé sur ce rocher, chauffé à blanc, comme une punition. L’histoire raconte que ce Kamegeri était un chef de Province, qui avait proposé au roi Gisanura cette peine inhumaine pour un coupable et qui a fini par se rendre coupable lui-même de cette faute. Ainsi donc la ville de Ruhango, le Palais de justice de Mutakara et le Rocher de Kamegeli, pérennisent le souvenir du sens transcendantal de la justice de ce monarque qui a su distinguer la faute du fauteur : arracher la zizanie sans arracher le blé (Mt 13, 24-30). La ville de Ruhango revêt une autre importance. C’est là que se situe le lieu de naissance du roi Yuhi IV Gahindito. Sur le monticule nommé Butare au milieu de cette ville sur le côté Est de la route se trouve une maison qui servait de dispensaire, il y a quelques temps. Cette maison, assure-t-on, se situe à la place jadis occupée par le Palais royal dans lequel naquit ce monarque. On se souviendra que cette naissance mis fin aux prétentions de ce nom oncle Gatarabuhura après une guerre épique remporté par le prince Semugaza en faveur de Gahindiro. A propos de cette lutte de succession pour le trôné, les historiens ont pu parles de « victoire d’un bébé ». En effet, cette lutte avait donné victoire à Gahindiro qui n’avait que quelques mois de naissance contre un vieux Renald Gatarabuhura. Ces deux souvenirs concernant le sens de justice de Gisanura et la victoire d’un bébé menacés pars puissant agresseur consacre en quelques sortes Ruhango comme ville de justice. Dans l’effort actuel de réhabiliter les valeurs traditionnelles, il serait intéressant de donner une fonction spécifique à la ville de Ruhango correspondant à cet héritage de justice dont elle porte le souvenir.

 

III.7 Sous Kigeli IV Rwabugili        

 

-Le Coup d’Etat de Rucunshu

 

  Il serait regrettable de ne pas mentionner sur la liste des sites mémoriaux celui qui rappelle l’événement le plus marquant de la fin des temps anciens. Il s’agit de celui qui a été nommé, après le coup, le Coup d’Etat de Rucunshu. La localité de ce nom est située dans la région du Mayaga, non loin de la ville de Gitarama. Les événements qui s’y passèrent sont bien connus et bien racontés de l’E.H. ; II d’A.Kagame (p.112-126). L’importance de cet événement réside dans le cumul des fautes commises par des politiciens dont le principal fut le roi lui-même Rwabugili. Il y a là une leçon à ne pas oublier pour les hommes de tous les temps, selon laquelle les fautes politiques, l’histoire ne les oublie pas et ne les pardonne pas. Dans l’histoire ancienne, des prétentions pour le trôné furent monnaies courantes. Mentionnons les suivantes : Nous connaissons les cas de Karimbi contre Kigeli Mukobanya, Bamara contre Ndahiro Cyamatare, Bicura et Nama contre Cyilima Rujugira, Gatarabuhura contre Mibambwe Sentabyo et Yuhi Gahindiro. Toutes ces anciennes compétitions relevaient d’avantage des prétentions des intéressés.  Le cas de Rucunshu, malheureusement, relève principalement de l’erreur du monarque d’avoir intronisé Mibambwe IV avec une reine-mère adoptive qui avait son propre fils qu’elle avait eu avec ce roi.  Cette décision constituait une source de conflit car le pouvoir royal appartient en premier lieu à la reine-mère et conséquemment à son fils automatiquement. D’autres erreurs furent commises par d’autres politiciens spécialement les deux oncles de Musinga : Kabare et Ruhinankiko. Ceux-ci furent les principaux putschistes de ce Coup d’Etat en neutralisant politiquement la trop puissante Milice Nyaruguru qui appartenait au parti du roi Rutarindwa, sous les ordres du prince Muhigirwa, de même mère que lui. Cet endroit mérite un site mémorial pour pérenniser ce souvenir.

 

 -La résidence de Ngeli    

 

Le roi Kigeli IV Rwabugili, fut, de tous nos monarques, celui qui n’a passé aucune année dans une même localité. C’est ainsi que le nombre des années de son règne fut compté à partir des localités où il a célébré les fêtes des Prémices annuelles.  La dernière résidence de ce monarque ambulant fut à Ngeli où se trouvait déjà son fils, le prince Muhigirwa. C’est à cet endroit que les dernières décisions royales furent prises. La principale de celle-ci fut l’intronisation de Rutarindwa. C’est de là que Rwabugili est parti pour ses dernières expéditions militaires à l’étranger vers le Nord et vers l’Ouest pour, finalement y laisser sa vie. Au Nyaruguru, le lieu exact de cette résidence est encore facilement repérable. Pour cette région et même pour tout le pays, avoir cette trace du dernier roi, constitue un élément utile pour l’histoire. Bien des initiatives sont imaginables pour perpétuer ce souvenir.

 

  1. L’ORIGINE DE NOS PRODUITS AGRICOLES TRADITIONNELS

 

Comme on a pu s’en rendre compte, les sites mémoriaux concernent les objectifs de nature diverse : les toponymes du nom Rwanda, les cimetières royaux et des événements spéciaux. Malheureusement, aucun de ces sites ne touche l’activité agricole. Aussi, un petit aperçu sur l’histoire des principaux produits agricoles du Rwanda mérite une place dans ce cadre des souvenirs à pérenniser par des mémoriaux. Nous commençons par deux plantes d’origine probablement locale : Uburo = l’éleusine et Amasaka = le sorgho. Nous allons citer une information archéologique qui en parle. La seconde catégorie des plantes importantes pour l’alimentation du pays est constituée par des denrées importées des pays voisins lors des expéditions militaires de nos Armées. Ces plantes sont Ibishyimbo = le haricot et Amashaza = le petit pois. Pour cette origine historiquement connue, nous ferons la vérification dans l’E.H. d’A. Kagame.

 

  1. Les plantes originaires

 

Il s’agit des plantes alimentaires cultivées au Rwanda depuis les temps immémoriaux. Elles ont dû être trouvés sur place et domestiquées par les premières populations locales. Nous allons lire un témoignage qui nous vient à point nommé. Les fouilles archéologiques récentes ont montré des vestiges de l’agriculture et de l’élevage qui datent du 7ème siècle avant notre ère. A ce propos, nous lisons dans le livre « Le premier âge du fer… (Butare, 1983, p.41) de M.C. van Grunderbeek et al., ce qui suit : Nous n’avons pas de preuve absolue que les populations de l’Age du fer ancien installées dans la région de Butare aient pratiqué l’agriculture. Les grains de pollen de Gramineae, dont la détermination est malheureusement toujours hasardeuse, que nous croyons pouvoir attribuer à l’éleusine et au sorgho, apparaissent en faible qualité dans le diagramme pollinique ».

 

1.Uburo = L’éleusine. Cette plante qui produit un petit épi plein de graines, pousse sur les collines à température plutôt basse. Elle était consommée sous forme de bougie = igikoma, de pâte = umutsima, de boisson alcoolisée = inzoga y’uburo. Dans le culte des ancêtres, ses graines jetées dans le feu étaient censées faire sourire les esprits par leur éclatement. Cet usage cultuel montre que cette graminée était considérée comme d’origine locale, car aucun aliment ou boisson importé n’est offert aux esprits des ancêtres parce qu’ils ne le connaissent pas. En effet, une information dont la valeur traditionnelle est indubitable, donne à penser que cette graminée est connue dans le pays avant le sorgho. Cette information est liée à la célébration d’Umurorano = célébration préliminaire à la fête des Prémices. Voici cette information : « Le rite d’Umurorano consistait en la manducation de la pâte de l’éleusine = Uburo et du haricot sénonais = igiharo, au mois lunaire de Werurwe (= mars). Cette célébration préliminaire rappelait le rite le plus ancien, tel qu’il était pratiqué initialement avant l’introduction du sorgho au Rwanda » (E.H., p.17). Cette information montre bien que la connaissance du sorgho au Rwanda est postérieure à celle de l’éleusine et du haricot sénonais.

 

  1. Amasaka = Le sorgho. Comme pour la précédente, cette graminée est aussi originaire. Le témoignage archéologique pré-cité nous l’a indiqué. Le sorgho était l’aliment le plus important du pays dans le Rwanda primitif.

 

Sa manducation annuelle par le roi et les chefs des familles à la fin de la récolte, était la grande fête nationale. Elle s’appelait Umuganura = la fête des Prémices. Le sorgho était consommé sous diverses formes. Il était consommé en bouille = igikoma, en pâte = umutsima, en boisson douce = umusururu, en boisson alcoolisée avec du levain = amarwa, et enfin en boisson alcoolisée avec du miel = inturire. La pâte et la boisson du sorgho jouaient un rôle important dans le culte des ancêtres, sans doute, parce qu’il était considéré comme le met patriarcal.

 

  1. Les plantes importées

 

Il s’agit des plantes qui constituaient également la base de l’alimentation du Rwanda de naguère dont la date d’importation est bien notée dans la tradition orale. Il s’agit, en fait, de trois plantes : ibishyimbo, amashaza, et ibijumba.

 

1.Ibishyimbo = le haricot. Ce fut de la région du Bushengero dans l’actuel Uganda, que l’une des expéditions militaires, sous le règne de Kigeli II Nyamuheshera, rapporta cette plante comestible. Ce haricot supplanta rapidement le haricot sénonais = igiharo, qui était cultivé au Rwanda auparavant (E.H., p.119).

 

Dans la pratique, le haricot avait deux utilités : nutritionnelle et cultuelle. Cette dernière fonction de servir de nourriture offerte aux esprits des ancêtres qui appartenait à l’antique haricot a été transférée à son successeur importé mais, du reste, plus riche.

 

  1. Amashaza = le petit pois. Selon un chemin similaire au précédent, il y eut uen autre expédition militaire sous le règne du roi Kigeli IV Rwabugili. « Ce fut cette expédition qui ramena de la région de Butembo, dans l’actuel Congo Démocratique, le petit pois, jusque là inconnu au Rwanda » (A.H.p.46).

 

  1. Ibijumba = la patate douce. Cette troisième denrée fut importée de la région du Gikore dans l’actuel Uganda par les expéditions militaires, sous le règne du même Kigeli IV Rwabugili. A. Kagame nous raconte l’événement en ces termes : « Auparavant le Rwanda ne cultivait qu’une espèce de patate appelée gafuma. La tige ne portait qu’un seul tubercule qu’on récoltait une fois l’an, mais qui avait l’avantage d’être conservé longtemps sans corruption. Dès que, au cours de l’expédition, on découvrit patate actuelle, le roi donna l’ordre à chaque guerrier de rentrer au Rwanda avec une tige attachée à son arc. Les Mémorialistes rapportent que le roi lui-même en aurait crée une espèce de pépinière à l’intérieur de sa résidence à Gaseke. Au fur et à mesure que se rependait la nouvelle espèce, le gafuma disparaissait. Il faut remarquer que cette information provient de Mémorialistes contemporains de l’événement, ou nés à l’époque considérée, dont Nyamuhenda, fils de Kajeje, Sezibera, fils de Rutikanga, Senyakazana, fils de Mushyo et Kayijuka, fils d Nyantaba, tous les quatre détenteurs éminents du code dynastique, qui vivaient à la Cour dès leur jeune âge » (A.H., p.55).

 

Concluons cette brève enquête sur l’origine de nos plantes agricoles traditionnelles. Les importations récentes, depuis la période coloniale et la suite, sont extrêmement nombreuses et variées. Néanmoins, ces cinq comestibles traditionnels gardent leur valeur d’ancienneté et de souvenir dans l’histoire du pays. Dans l’effort d’enrichir la production alimentaire, à côté de l’importation des plantes, il y a lieu de signaler celle d’une nouvelle race caprine pour améliorer le cheptel traditionnel.

 

A ce propos, écoutons encore une fois notre informateur habituel. A. Kagame : « Une expédition militaire menée encore une fois dans la région du Bushengero, sou le règne de Kigeli II Nyamuheshera,  razzia un troupeau de chèvres géantes = Ihene. Le monarque se le réserva pour en faire une pépinière de multiplication pour tout le pays. Il lui imposa l’appellation d’Akamenesho. Il en confia la garde à un fonctionnaire spécial, à l’égal d’une corporation bovine.  L’élevage de cette race caprine, dont les troupeaux venaient défiler à la Cour à certaines occasions de fêtes, se perpétua jusqu’à nos jours. Le dernier gardien officiel de ces chèvres, sous Yuhi V Musinga, était Bunyereli, fils de Muhozi, habitant dans le Gishubi, près de Kayenzi, dans l’actuel district de Muhanga » (E.H. p.119).

 

Ce souci d’améliorer la production alimentaire ; jadis pauvre, se retrouve même dans le Code dynastique = Ubwiru. Une grande partie de ses Rites nommés Voies = Inzira, concernent justement la production alimentaire. C’est ainsi que nous trouvons dans ce Code, par exemple : la Voie de l’Abreuvoir, la Voie des Abeilles, la Voie de Chasse, la Voie de la maladie du bétail, la Voie du Temps poussiéreux, la Voie de l’Inondation. Ces Voies sont les requêtes que le roi devait adresser à Imana pour ces divers besoins du pays.  Comme on le voit, elles concernent successivement l’obtention du lait, du miel, du gibier et de la bonne santé des bovidés. Il s’agit ensuite de l’arrêt du temps de sécheresse ou de trop de pluie ainsi que de la maladie du bétail.

 

 

  1. LES FESTIVITES NATIONALES ANNUELLES

 

Le calendrier national des fêtes constitue aussi une trace objective de l’histoire. La continuité de cet héritage et leur adaptation au temps nouveau constitue en quelque sorte un devoir national. Ces festivités concernent deux célébrations annuelles : Umuganura et Gicurasi. De quoi s’agit-il ?

 

V.I UMUGANURA

 

Dans son livre E.H, A. Kagame nous en parle en ces termes : « la plus grande solennité était réservée à la manducation de la première pâte de sorgho au mois de Kamena (= juin). Elle était précédée d’une autre célébration moins connue du public, qui s’appelait Umurorano. Celle-ci consistait en la manducation de la pâte de l’éleusine = Uburo et du haricot sénonais = igiharo, au mois lunaire de Werurwe (= mars). Cette célébration préliminaire rapellait le rite le plus ancien, tel qu’il était pratiqué initialement avant l’introduction du sorgho dans le Rwanda ancien. Le monarque restait dans la localité où avait été célébré ce rite ancien et attendait la fête nationale » (p.17). Comme dit déjà plus haut,à propos de la résidence de Gihanga au Bunyabungo, il s’agit de la fête des Prémices célébrée après la récolte du sorgho. Au niveau national, la célémonie était présidée par le roi, tandis qu’au niveau des familles, elle était présidée par le chef de la famille. Après ce geste patriarcal, tout le monde pouvait manger la pâte à son aise. Le geste de la manducation s’accompagnait de la formule stéréotypée suivante :

 

Ndakurya, ntundya = je te mange, tu ne me manges pas

Ndagusarura, ntunsarura = Je te récolte, tu ne me récoltes pas,

Ndaguhinga, ntumpinga = je te cultive, tu ne me cultives pas.

 

Au sens ordinaire de cette formule, on demande que la production et manducation de cet aliment soient pleinement profitables au consommateur et que tout effet nocif en soit totalement écarté. Cette fête nationale d’action de grâce, adressée à  Imana, Maitre de la fécondité des champs est tellement importante que la tradition a retenu le nombre et les localités de cette célébration que le roi Rwabugili a effectués. C’est le nombre de ces festivités qui a permis de calculer la durée de son règne (A.H., p.17-19). Cette célébration doit s’adapter à la situation actuelle. Le sorgho n’est plsu l’aliment de base de la population. Ensuite, le fruit des récoltes peut s’entendre dans le sens global de toute la production du pays. Il faut trouver un aménagement cohérent de cette fête traditionnelle avec les festivités actuelles, issues des changements politiques récents.

 

V.2 GICURASI 

 

Dans un sens opposé à la célébration précédente, le Rwanda organisait annuellement un deuil national au mois lunaire de Gicurasi (= mai). Il consistait en des gestes et des supplications adressées à Imana qui protège le Rwanda pour lui éviter la répétition des maux du passé dont on fait mémoire et d’autres semblables. Encore une fois, notre informateur A. Kagame nous en dit un mot : « La mort de Ndahiro Cyamatare survint durant le mois lunaire de Gicurasi (=mai).

 

Ce fut l’origine des deux semaines de Deuil que la Cour observait chaque année avant la célébration de la fête des Prémices, celle-ci tombant à la nouvelle lune de Kamena (juin).  Ntsibura aurait occupé le Rwanda pendant 11 ans, c’est-à-dire, au dire des traditions relevant du code dynastique, que le Rwanda passa 11 récoltes de sorgho sans célébrer la fête des Prémices, omission considérée comme événement assez grave pour être retenu » (E.H. p.91).

 

Comme on le voit, le Deuil National annuel se réfère principalement à la catastrophe survenue sous le règne de Ndahiro. Il comprend, d’une part le régicide de Ndahiro et l’occupation du Rwanda par les Abanyabungo 11 ans durant. La pratique annuelle de ce Deuil n’a pas limité ses intentions à ce seul événement de Ndahiro. Tous les maux du pays connus ou redoutés font l’objet de ces supplications. Dieu et les ancêtres sont invoqués pour assurer la paix et la tranquillité du pays. Cette tradition pourrait être adaptée au temps présent en tenant compte des malheurs advenus récemment dont le génocide. Ce faisant, il y aurait continuité entre le passé et le présent de notre histoire.

                                                                                                                                

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CAHIER NO38 = LES TRACES MATERIELLES DE L’HISTOIRE DU RWANDA

 

PRESENTATION DU NUMERO

 

REDACTION   

 

 

Ce numéro a une importance particulière au point de vue de l’histoire du Rwanda. Il indique, en effet, une nouvelle source de celle-ci. Laquelle ? Comme on le sait, la source habituelle de l’histoire du Rwanda pré-colonial est la tradition orale. Les principaux canaux de diffusion de cette tradition sont les suivants : Ibisigo = les Poèmes historiographique, Ubwiru = le Rituel royal et Ubucura-bwenge = la Généalogie des rois. Depuis la période coloniale, la source archéologique s’est ajoutée. Il y a même une troisième source qui consiste à comparer l’histoire du Rwanda avec celles de ses voisins. L’introduction de l’écriture dans notre pays et son ouverture au monde extérieur ont rendu possible cette source de l’histoire comparée. La présente réflexion inaugure une quatrième source de notre histoire, celle justement des traces matérielles de certains événements mentionnés dans la tradition orale. Ces traces physiques présentent un double avantage. Tout d’abord, elles authentifient la réalité des événements racontés par la tradition orale. La deuxième avantage consiste à matérialiser justement certains événements, rendant ainsi fiable leurs récits. Dans ce même sens de fixer la mémoire de l’histoire du pays quelques événements d’importance particulière méritent qu’on leur élève un site mémorial.

 

Les traces en question ici, comme on va le voir, sont de différentes natures. Nous allons en indiquer cinq catégories : les toponymes Rwanda, les cimetières royaux, les mémoriaux de certains événements, l’origine des plantes alimentaires traditionnelles et les festivités nationales annuelles. La nouveauté de cette source réside dan son caractère de matérialité physique ou objectal qui concrétise et crédibilise sa source orale. Ainsi donc notre histoire basée essentiellement sur l’oralité trouve un point d’appui solide et vérifiable.

 

Elle résiste mieux aux tortures qui lui infligent les historiens mal informés ou mal intentionnés. Nul n’ignore qu’en cette matière de l’historiographie de notre pays, des aventuriers nous ont imposé une histoire qu’il sera difficile de faire oublier. En mettant en exergue cette source des traces matérielles, nous lançons le défi aux inventeurs de trouver les preuves matérielles de leur histoire imaginaire. Il y a lieu ici de rappeler la fameuse théorie de l’extranéité des deux grands groupes sociaux du pays : Les Hutu et les Tutsi. Si ces premiers étaient des anciens camerounais et les seconds des anciens éthiopiens, pour sûr nous aurions quelques traces matérielles de leurs itinéraires. Comme on va le voir, les immigrations connues au Rwanda ne dépassent pas le territoire voisin de l’actuel Uganda. D’un autre côté, il serait regrettable que les Rwandais d’aujourd’hui circulent sur le territoire du pays comme des aveugles qui ne voient pas l’histoire inscrite sous leurs pieds. Toute l’étendue de nos collines est un livre ouvert sur l’histoire de notre pays. Des sites mémoriaux pourraient le matérialiser et en perpétuer la mémoire. Ainsi le pays avancerait les yeux ouverts, sachant d’où il vient pour mieux savoir où il doit aller.

 

 

 

 

  1. LES TOPONYMES RWANDA

 

Le nom officiel de ce pays, qui est le Rwanda, se trouve porter par plusieurs localités à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Le plus facile d’accès se nomme le Rwanda de Kamonyi. Il se trouve à 10 km environ de la paroisse catholique de Kamonyi dans la direction de l’Est. La colline qui porte ce nom est située entre deux autres, l’une à sa gauche qui s’appelle Nyenyeri  et l’autre à sa droite qui s’appelle Ijuru rya Kamonyi. En face de cette colline Rwanda se trouvait jadis la Résidence du roi Yuhi III Mazimpaka. En dessous de l’endroit de cette résidence, on voit encore aujourd’hui le fameux rocher sur lequel le monarque a terminé tragiquement ses jours. Ce rocher se nomme depuis lors Gatumwa = le porte-malheur.

 

Il s’ajoute évidemment au plus connu historiquement, le Rwanda de Gasabo. Nom loin de là, dans l’ancien pays du Mubali, aujourd’hui couvert par la foret du Parc de l’Akagera, les habitants de la région savent qu’il y a là un endroit nommé le Rwanda de Binaga. Ce phénomène de trois endroits qui porte le même nom que le pays pose un problème : celui du lien entre ces quantre homonymes. L’alignement géographique de ces trois homonymes a poussé les chercheurs dans le prolongement géographique de ce dernier. Sans devoir aller trop loin, dans le Nkole de l’Uganda voisin, se trouve justement une localité nommée Rwanda. Cette localité que les habitants nomment Gishara, la tradition rwandaise l’appelle le Rwanda de Gashara. Poursuivant la ligne de recherche, les historiens ont identifié à Busoga, région située à l’Est du Buganda dans le même Uganda, une autre localité nommée Rwanda. Dans l’ensemble de ces homonymes nos historiens l’on nommé le Rwanda de Busoga. Du point de vue chronologique de ces cinq toponymes, cette énumération que nous venons d’en faire, va du plus récent au plus ancien. En effet, ce n’est pas les Rwandais d’ici qui sont allés imposer leur nom en Uganda. La vérité indubitable est que ce sont les anciens habitants de ces régions lointaines qui sont descendus jusqu’ici. Dans leur descente, ils ont imposé leur nom aux localités qu’ils ont successivement occupées. Alors, comme le nom signifie le pays du clan des Abanyiginya, il y a lieu de penser que le nom désigne leur domaine. Ce faisant, ce nom nous révèle l’itinéraire de la dynastie des Abanyiginya dont le point de départ se situerait au Busoga. Cette conclusion ne fait que confirmer l’histoire de l’immigration des peuples pasteurs descendus vers la source du Nil à la recherche de frais pâturages pour leurs nombreux troupeaux de gros bétail. La piste topographique rejoint ainsi à cet endroit de Binaga l’histoire orale du Rwanda. En effet, les fondateurs du royaume des Abanyiginya que le mythe fait descendre du ciel, les fait atterrir à cet endroit. La tradition orale précise que « le premier foyer pastoral aux bords du rocher appelé « Ikinani » = l’invincible. Le nom de ce rocher est probablement choisi pour son symbolisme ».

 

Ces toponymes contiennent plusieurs informations utiles pour l’histoire du Rwanda. En voici quelques unes. La première et la plus importante est l’interprétation du mythe des Ibimanuka = les Descendus du ciel. Les toponymes situés en Uganda sous indiquent de quel ciel sont descendus du royaume clanique nyiginya. Il s’agit des sommets des montagnes de l’Uganda mythiquement élevés au firmament pour accréditer leur pouvoir. Une manière de dire que leur pouvoir vient d’en haut, vient de Dieu : Imana. De cette façon, les auteurs du mythe d’Ibimanuka nous disent eux-mêmes : de grâce, ne prenez pas ce mythe à la lettre. La seconde information est que chacun des deux derniers toponymes constitue une étape décisive dans l’évolution de l’histoire du Rwanda. Parlons d’abord de l’étape du Rwanda de Gasabo. Depuis ce premier pied à terre des Abanyiginya à Rwanda de Binaga, le fondateur de la dynastie, Gihanga et ses successeurs jusqu’au 7ème  Nsoro Samukondo, évoluent dans la période anhistorique. Les rois de cette époque sont nommés « rois de la ceinture ». A la sortie de ce silence, sous le règne de Ruganzu I Bwimba, le chef-lieu de leur domaine est fixé sur la colline de Gasabo. Non loin de cette résidence royale se trouve une petite colline baptisée « le Rwanda », près du lieu appelé Ndanyoye. Pour le distinguer de ses homonymes, on l’appelle « le Rwanda lez-Ndanyoye ». Etant dans les environs de la capitale royale, le nom définitif devint « u Rwanda rugali rwa Gasabo » = Le vaste Rwanda de Gasabo. Le territoire de cette capitale devient la matrice d’un pays destiné à la grandeur grâce aux ambitions de ses rois et de leurs armées. C’est à partir de ce Rwanda de Gasabo que le royaume des Abanyiginya se constitue en un Etat-Nation. Cela veut dire qu’il n’entre en composition avec aucun autre mais que lui grandit au dépens de ses voisins. C’est ce sens optatif qui est implicite à la dénomination du « Ru-aanda rugali = le pays aux frontières illimitées ». Le dernier toponyme est le Rwanda de Kamonyi. Il marque la présence du royaume nyiginya au-delà de la Nyabarongo. Erigée au sommet de la colline de Kamonyi, près de la paroisse catholique du même nom, la résidence royale de Kamonyi est dans les environs de cette localité nommée « Rwanda » qui a consacré la conquête du Nduga qui fut achevée sous Mibambwe Sekarongoro Mutabazi. La résidence de Kamonyi fout choisie par le Dépositaires du Code monarchique comme Métropole de toutes les résidences royales de cette région à l’Ouest de la rivière Nyabarongo. Ainsi point final fut mis à cette pratique d’imposer le nom de Rwanda aux nouvelles conquêtes des Abanyiginya. C’est dans cette zone du dernier Rwanda que devait résider en permanence les rois du feu ou de la pérennité, au nom de Yuhi.

 

 

  1. LES CIMETIERES ROYAUX

 

Des toponymes du nom Rwanda, nous passons à ceux des cimetières royaux. Ce faisant, nous poursuivons le projet de recherche des traces de l’histoire du pays. Nous y ajoutons un nouvel objectif. En inhumant les monarques dans des cimetières spéciaux, tenant compte du vécu et des circonstances de la mort de chaque roi, nous avons là un message sur la croyance des Rwandais concernant la survie des défunts. Le culte des morts = Guterekera, dans le cadre de la monarchie théocratique est le lieu de compréhension de la signification de ces cimetières royaux. La doctrine de l’eschatologie rwandaise trouve ici sa meilleure illustration Munis de cet avertissement, nous allons passer en revue la liste des cimetières des rois et des reines-mères. Avant cette localisation personnelle, indiquons d’bord les regroupements par catégories.

 

II.1 Les regroupements catégoriels            

 

-Butanga-mpundu :

 

Il s’agit d’une localité nommée ainsi pour le besoins de la cause. Il signifie littéralement : le lieu des acclamations de joie ! Cette localité se trouve près de Mugambazi, non loin de la ville de Kigali. Ce lieu-cimetière est destiné aux Souverains décédés d’une mort violente. Ils jouissent en ce lieu d’un culte de pacification. C’est ce genre de culte qui a fait donner le nom de Butanga-mpundu à ce cimetière. On souhaite que les monarques qui s’y trouvent reposent en paix après leur mort violente. Pour les rois décédés de mort violente.

 

-Gaseke :     

 

Ce cimetière se trouve sur la colline qui porte ce nom et se trouve dans le district de Muhanga. Il est destiné à garder pendant un cycle de 4 rois les momies des rois pasteurs Mutara et Cyilima. Ces momies se succèdent en cet endroit. Celui qui en sort, rejoint le cimetière commun pour une inhumation du corps définitive à Rutare. L’inhumation du corps de chaque roi pasteur est exécutée par son homologue suivant. Pour ce faire, celui-ci doit, au préalable, procéder à la cérémonie de la Voie des Abreuvoirs. Cela veut dire : Mutara enterre Cyilima et vice versa.

 

-Kayenzi : 

 

Au sommet du massif de Kayenzi, situé au-delà de la paroisse catholique de Rulindo, se trouve le lieu de l’ancien cimetière des rois au nom de Yuhi. Ces monarques dits rois du feu, symbolisaient la pérennité du pays. Dans leurs déplacements, ils ne pouvaient sortir de la boucle Nyabarongo-Akanyaru.

 

-Remera :

 

La colline de Remera, dite des Abaforongo, se trouve dans la région de Rulindo. Ce nom vient de la famille qui y habite et dont les membres sont les descendants du prince Forongo, fils de Mibambwe I. C’est à ce Remera que furent inhumé ce monarque ainsi que les restes de Forongo, mort martyr dans la bataille contre les Abanyoro. Les membres de cette famille durent assignés à perpétuité à cet endroit pour garder ce cimetière qui recèle leurs deux illustres ancêtres. Ce fait accompli créa l’habitude d’y joindre tous les porteurs du même nom dynastique.

 

-Rutare :          

 

Le massif de ce nom, surplombant le lac Muhazi ; est le cimetière le plus officiel des monarques rwandais. En fait, il héberge les rois Kigeli, Mutara et Cyilima. Ce qui est dit des rois concerne aussi leurs reines-mères respectives. On aura compris que ces règles doivent rencontrer des situations conflictuelles qui ont dû être réglées cas par cas. Voici un exemple. Yuhi Mazimpaka s’est suicidé. Ainsi, en tend que Yuhi, il devait être enterré à Kayenzi, mais à Butanga-mpundu, en tant que décédé de mort violente ! On aura compris également que la différence essentielle entre ces divers cimetières est le culte rendu à ces monarques défunts et de la protection pour le pays, qui leur est demandée. Là où ils siègent autour d’Imana dont ils ont été des représentants sur la terre, ils continuent leur rôle d’intercesseur.

 

II.2 Où est la tombe de chaque souverain ?  

 

  1. La tombe de Ruganzu I

 

Ruganzu Bwimba est mort en Umucengeli au Gisaka. La question de sa tombe, cela va sans dire, ne se pose pas. Quant à sa mère Nyiraruganzu Nyakanga, en principe, elle a dû être enterrée à côté de son époux Nsoro Samukondo. Rien ne le confirme cependant vu que ce monarque a vécu avant la période historique.

 

  1. Le cimetière de Cyilima I Rugwe

 

En principe, les Cyilima ont pour cimetière la colline de Rutare. Le cas de celui-ci, semble avoir subi une dérogation. En effet, d’après la tradition, il fut enterré à Butangampundu. Ce fait suppose qu’il a eu une mort violente, dont les circonstances nous reste inconnues. Concernant sa mère Nyiracyilima I Nyakiyaga, elle devrait avoir été enterrée à côté de on mari Ruganzu I. Nous savons évidement que celui-ci est mort en martyr au Gisaka. Comme le cimetière officiel des Ruganzu était Ruhanga, elle fut, en principe, enterrée là-bas. Mais nous n’avons aucune information qui le précise.

 

  1. le cimétière de Kigeli I Mukobanya

 

Après la première invasion des Abanyoro, aucun récit ne fait allusion à Kigeli I Mukobanya. Il fut enterré à Rutare, cimetière des rois du même nom, sur le plateau de l’un de ses contreforts appelé Nyasenge. En principe, bien qu’aucune information ne le précise, sa mère fut enterrée au même endroit. En effet, elle devrait être enterrée à côté de son époux Cyilima I dont le cimetière officiel de son nom est ce même cimetière de Rutare. Par conséquent, elle fut inhumée au même lieu que son fils alors que son mari, en faite, fut enterré à Butangampundu, comme dit ci-dessus.

 

  1. Le cimetière de Mibambwe I Sekarongoro Mutabazi

 

Il aimait tellement sa capitale de Remera qu’il a décidé d’en faire le cimetière des monarques de son propre nom. Il y fut enterré le premier. Sa mère Nyiramibambwe I Nyabadaha, est morte au Bunyabungo dans les circonstances que voici : Lorsque la Cour du Rwanda y avait cherché refuge en fuyant les Abanyoro, une opposition se produisit entre les Rwandais et les Abanyabungo qui dégénéra en une bataille généralisée. Les hommes de Murira-Muhoyo, roi du Bunyabungo, attaquèrent la Cour du Rwanda à Rusozi, l’actuel Bukavu. La résidence de Mibambwe I fut incendiée. Tandis qu’il parvenait à se dégager, sa mère Nyiramibambwe I Nyabadaha périt dans les flammes avec sa domesticité. Cette mort fut la cause d’un antagonisme perpétuel entre les Rwandais et les Abanyabungo : Abashi d’aujourd’hui.

 

  1. Le cimetière de Yuhi II Gahima

 

Il fut enterré à Kayenzi, cimetière officiel des rois de son nom. Sa mère, Nyirayuhi II Matama, fut enterrée à Remera des Abaforongo, auprès de son époux.

 

  1. Le cimetière de Ndahiro Cyamatare

 

Les traditions disent que ce monarque, sa mère et tous les dignitaires de sa Cour furent massacrés par les guerriers de Ntsibura I Nyebunga, roi du Bunyabungo, aidés par ceux de Nzira, roi du Bugara. Cette catastrophe fut nommée dans la tradition Rubi rw’i Nyundo = le lugubre événement de Nyundo. Ceci étant, la question du cimetière de Ndahiro et de sa mère ne se pose plus. Pour ces mêmes raisons, le nom de Ndahiro fut exclu de la liste des noms dynastiques. Ce nom rejoint ainsi celui de Ruganzu dans l’évocation des malheurs à faire oublier jusqu’à la suppression de leur nom.

 

  1. Le cimetière de Ruganzu II Ndoli

 

La fin des jours du grand roi Ndoli est bien connue. Le cimetière primitivement destiné aux rois du nom Ruganzu était Ruhanga, située sur la colline de Tare dans le district actuel de Rurindo. C’est en revenant du Kinyaga, qu’il tomba dans une embuscade tendue par les montagnards de la région de Rusenyi. Il fut blessé d’une flèche barbelée qui lui creva un œil et il en mourut. Il fut enterré Butangampundu, cimetière des monarques décédés de mort violente.  Comme les deux porteurs de ce nom eurent un sort si tragique, celui-ci fut exclu de la liste des noms dynastiques. Ceci étant, la question du cimetière des rois Ruganzu ne se pose plus. Concernant sa mère Nyabacuzi, nous connaissons son triste sort. Elle fut massacrée avec son monarque époux, Ndahiro Cyamatare par les guerriers du Bunyabungo. Elle mourut donc avant l’intronisation de son fils. Quant à la reine-mère adoptive Nyiraruganzu II Nyirarumaga, qui la suppléa dans la dignité d’être la reine-mère avec son fils, nous n’avons aucune information concernant ni les circonstances de sa mort ni le lieu de son inhumation.

 

  1. Le cimetière de Mutara I Semugeshi

 

Mutara I mourut à Gisozi, près de Musumba, de Nyamabuye, dans le district actuel de Muhanga. Il fut enterré à Rutare, sur el contrefort appelé Rurembo, situé au-dessus de Nyansenge. Sa momie avait été la première à être conservée à Gaseke pour être transférée à Rutare par son successeur Cyilima. Il faut noter que c’est ce Mutara Semugeshi qui fut l’initiateur de ce rite de nomination préalable à l’enterrement des corps des rois pasteurs. Sa mère Nyiramavugo Nyirakabogo fut enterrée à Ruhanga, cimetière où devait être enterré son époux Ruganzu II.

 

  1. Le cimetière de Kigeli II Nyamuheshera

 

A sa mort, Kigeli II Nyamuheshera fut enterré à Burenga près de Sayo, de Buyoga, dans le district actuel de Rurindo. Plus tard, ses cendres furent transférées à Rutare, cimetière des rois de ce nom. Cette translation fut effectuée par Cyilima II Rujugira lorsque cette région de Rutare fut récupérée du Ndorwa qui l’avait conquise auparavant. Quant à sa mère Nyirakigeli II Ncendeli, elle fut enterrée à Butangampundu, cimetière des souverains décédés par une mort violente. La tradition nous apprend que cette reine-mère a dû se donner la mort après s’être trouvée enceinte, chose jugée porte-malheur pour le pays.

 

  1. Le cimetière de Mibambwe II Sekarongoro Gisanura

 

Le « saint roi » Mibambwe II mourut à Ruganda dans le Bumbogo. Il aurait succombé à l’infection d’une plaie à la jambe. On estima sans doute que cette plaie n’était pas la cause principale du décès, car il fut enterré à Remera. Autrement, il aurait dû être transféré à Butangampundu. Sa mère Nyiramibambwe Nyabuhoro fut, tout naturellement, enterrée à Rutare, à côté de son époux Kigeli II Nyamuheshera.

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  1. le cimetière de Yuhi III Mazimpaka

 

Yuhi III mourut d’un accident lié à son infirmité mentale. Du haut de sa « maison en étages = umuturirwa » il observa le rocher qui se trouvait devant sa maison. S’imaginant que ce rocher se trouvait au bord d’un étang, il s’y rendit pour nager. Arrivé au dessus du rocher, le monarque fit le geste de se jeter à l’eau et se brisa une jambe. Ce rocher fut surnommé de puis lors Gatumwa. Le monarque fut transporté agonisant dans la vallée qui était en dessous de la colline de Kamonyi. Peu après, il expira. Cette vallée nommé Nkingo auparavant, fut appelée depuis lors Kibuza.  Yuhi III fut enterrée à Kayenzi, lieu de cimetière des rois de ce nom. On peut s’étonner qu’il ne fut pas enterré ans le cimetière des rois de mort violente. Sa mère Nyirayuhi Nyamarembo devait être enterrée, en principe, à côté de son époux Mibambwe II 0 Remera des Abaforongo. Cependant, comme elle s’était donnée la mort, on pourrait se demander pourquoi elle ne serait pas enterré à Butangampundu.

 

  1. Le cimetière de Cyilima II Rujugira

 

Cyilima II mourut très vieux, après tous ses nombreux enfants, moins deux dont son successeur. Il mourut à la colline de Ntora nommée dans la suite Gisozi., en face de Kigali, la capitale. Momifié d’abord à Joma, dans la région de Rushashi au Bumbogo, son corps fut ensuite transféré à Gaseke, où il était destiné à recevoir le culte dû aux monarques Cyilima et Mutara qui s’y succédaient. Il devait être enterré définitivement à Rutare, par son successeur Mutara. Pour qu’il puisse le faire, sa propre mère devait être déjà morte. Tel n’est pas le cas. La reine-mère Nyiramavugo II Nyiramongi, refusa le terrible honneur de se laisser aider à mourir. Elle fit boire le poison mortel sans enterrer le corps de Rujugira. La tâche fut ainsi laissée au roi pasteur suivant, qui devait être Mutara III. Yuhi Musinga, prévoyant que son fils Mutara III ne pourra pas procéder à l’inhumation de Cyilima II, vu les changements intervenus dans le pays, procéda à l’enterrement de la momie de Cyilima à Rutare. Par la suite, les Agents de l’Administration belge sont allés déterrer ces ossements et les transférer au Musée de Tervuren en Belgique. Une partie de ces os fut rapatriée et se trouve actuellement au Musée National du Rwanda à Butare. Concernant sa mère Nyiracyilima Kirongoro, en principe, elle fut enterrée à côté de son époux, Yuhi III à Kayenzi, cimetière des rois de son nom.

 

  1. Le cimetière de Kigeli III Ndabarasa

 

Vers la fin de ses jours, Kigeli III soufflait de mal de nerf. Pour cette raison, il vivait au Ndorwa, région assez chaude du Rwanda. C’est là qu’il mourut. Il souffrait du mal des nerfs, attribué aux excès vénériens. Pour en adoucir les douleurs, le grand poète Musare, homme de confiance, fut désigné pour trancher le nerf qui l’empêcher de prendre le moindre répit. La palie s’envenima et Kigeli III en mourut. Le fait nous a été révélé par le poème N°-63 : Inkovu icitse irushya abavuzi, du poète Ntibanyendera. Il fut enterré à Rutare, au sommet du flanc dit Munanira. Cette mort ne fut donc pas estimée à devoir le faire enterrer à Butangampundu. Nyirakigeli III Rwasero fut enterrée au cimetière destiné à son époux, Cyilima Rujugira, c’est-à-dire à Rutare.

 

  1. Le cimetière de Mibambwe III Sentabyo

 

Ce roi mourut très jeune, certainement avant l’âge de 30 ans. Son règne a duré à peine 5 ans puisqu’il n’a pu célébrer que 5 fêtes des prémices. Il fut emporté par la variole en même temps que son fils unique Nkezabo, né d’une femme rencontrée au Ndorwa et plus tard reconnu légalement. Une année avant sa mort, pendant un partie de chasse au Mayaga, il avait trouvé une hospitalité chez une grande dame nommée Nyiratunga. Celle-ci n’était rien d’autre que la veuve du grand martyr Gihana. Quelques temps après ce séjour, Nyiratunga avait annoncé au roi qu’elle était enceinte. C’est ainsi qu’à l’enterrement de Sentabyo, les Abiru = Gardiens du Code royal savaient secrètement le disparu laissaient un successeur, le fils de Nyiratunga. Concernant son lieu d’enterrement, bien que nous n’ayons aucune information à ce sujet, il a dû être enterré à Remera des Abaforongo, cimetière des rois au nom de Mibambwe. D’après ce qui a été observé, la mort provoquée par une maladie n’est pas considérée comme un mort violente qui destine ses victimes au cimetière de Butangampundu. Des exemples similaires ont été observés dans les cas de Yuhi Mazimpaka, Kigeli Ndabarasa et Mibambwe Gisanura. Le cimetière de sa mère Nyiramibambwe Nyiratamba, épouse de Kigeli Ndabarasa a dû être normalement à Rutare, cimetière des rois de ce nom.

 

  1. Le cimetière de Yuhi IV Gahindiro

 

Yuhi IV Gahindiro fut enterré à Kayenzi, cimetière des monarques du nom Yuhi. Il avait été intronisé, âgé seulement de quelques mois. Il mourut à l’âge qualifie d’Umukambwe, c’est-à-dire 65 ans passés. Sa mère Nyirayhi Nyiratunga a dû être enterrée à côté de Sentabyo au cimetière des Mibambwe, à Remera des Abaforongo.

 

  1. Le cimetière de Mutara II Rwogera

 

Il fut enterré à Rutare, au sommet du contrefort appelé Rambura. Il faut  remarquer que son corps n’a pas subi le rite de momification, suivi du séjour à Gaseke. En effet, la momie de Cyilima II était encore là et ce rite ne concernait qu’une seule momie à la fois, après avoir célébrer « la voie des Abreuvoirs ». Mutare avait succombé à la maladie de la tuberculose. Concernant la fin de jours de sa mère Nyiramavugo Nyiramongi, nous le savons déjà. Après avoir refusé de mourir avant le décès de son fils, elle fut étouffée de lait versé dans sa bouche par son frère Rwakagara. Elle fut enterrée, sans doute, à Kayenzi à côté de son époux Yuhi Gahindiro.

 

  1. Le cimetière de Kigeli IV Rwabugili

 

En septembre 1895, Kigeli IV Rwabugili expira dans une barque qui le ramenait de l’île Ibinja vers Nyamasheke. La tradition donne à penser qu’il succomba à l’empoisonnement des Abashi de cette île. Après les préparatifs d’usage, sa dépouille mortelle fut enterrée à Rutare, au pied du piton Munanira, au sommet duquel Kigeli III Ndabarasa avait été enseveli. Sa mère Nyirakligeli Murorunkwere a dû être enterrée à côté de son époux Mutara II Rwogera, à Rutare, cimetière des rois de ce nom. Après cette brève enquete menée essentiellement dans les deux volumes de l’Ethno-histoire d’A.Kagame, la conclusion est claire : nous pouvons répondre à la question de savoir où est la tombe de chacun de nos rois historiques. Hormis l’exception à mentionner, le cimetière de chaque roi indique aussi celui de sa mère. En voici le tableau récapituralif des cimetières royaux :              

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Rutare

-Kigeli : I, II, III, IV

-Mutara : I, II

 

2. Remera

– Mibambwe : I, II, III

 

3. Kayenzi :

-Yuhi : I, III, IV

 

4. Ruhanga :

– Nyiracyilima I Nyakiyaga

– Nyiramavugo Nyirakabogo

 

5. Butangampundu

 

-Cyilima I

-Ruganzu II

Nyirakigeli II

 

6. Sans cimetière :

-Ruganzu I

-Nyiramibambwe I

-Ndahiro I

-Nyirandahiro I

-Cyilima II

 

 

 

 

  

 

III. LES TRACES PHYSIQUES DE CERTAINS EVENEMENTS

 

 

Sous ce titre, nous entendons indiquer un certain nombre d’événements dont le souvenir est attaché à des lieux repérables. Ces lieux vont être signalés selon l’ordre chronologique.

 

III.1 Sous Gihanga Ngomijana

 

Les traces physiques qui marquent les actes et les séjours de ce fondateur de la dynastie des Abanyiginya, sont mentionnées sous ses différentes résidences. En voici la liste.

 

  1. La résidence du Bunyabungo

 

Elle était située sur la rive sud-occidentale du lac Kivu.  C’est dans les environs de cette résidence que la Cour du Rwanda se procurait des objets requis dans la célébration des Prémices. Lorsque la région en question retirait, par intermittente, son obédience du Rwanda, on se procurait ces objets par des émissaires secrets. Pour sûr, Gihanga a séjourné à cet endroit. Nous le savons de par ailleurs. « Il a eu, en effet, une femme de cette région, la nommée Nyangobero. Elle était fille d’un prince autochtone du Bunyabungo. Il a eu avec elle un fils appelé Kanyabungo I Ngabo, fondateur d’une dynastie qui a régné au Bunyabungo » (E.H. p.45). Tout fait pensé que la première fête des prémices célébrées par Gihanga le fut en cette résidence. Par la suite, et pour commémorer cette première fête du patriarche, mêmes les objets utilisés à ce moment-là furent recherchés pour produire les mêmes effets. Cette fête, nous le savons, était destinée à rendre grâce à Imana pour la nouvelle récolte du sorgho ainsi que pour implorer la fertilité des champs durant la prochaine année. Cette trace est la plus solide pour nous informes sur le séjour du Gihanga au Bunyabungo.

 

  1. La résidence de Buhindangoma

Une deuxième résidence de Gihanga, située à la pointe nord-ouest du même lac Kivu, se nommait Buhindangoma = Là où résonnent les tambours. Elle était dans la région du Rutshuru. En cet endroit habitait la famille des Abacyuliro, détenant un jeu de tambours. Lorsque le roi du Rwanda arrivait dans la région, ses propres tambours devaient garder le silence, et ceux des Abacyuliro retentissaient seuls en son honneur. Le nom de cette résidence ainsi que cette famille des tambourinaires royaux étaient connus dans tout le Rutshuru jusqu’à l’époque de l’annexion de cette région au Congo belge. Cette contrée appelée aujourd’hui le Nord-Kivu était pratiquement le centre de l’empire de Gihanga qui y a succédé la dynastie des Abarenge.  Ruganzu Ndoli et surtout Kigeli Nyamuheshera ont totalement rwandisé ces régions ultra-volcans jusqu’au lac Rwicanzige. Buhindangoma était le chef-lieu de cette région du pays au moins depuis Gihanga Ngomijana. La délimitation coloniale constitue une violente historique patente.

 

  1. La résidence de Buhanga

 

A l’intérieur du territoire rwandais actuel, il existait des résidences de Gihanga. Il y en avait une à la limite de Nyamutera et Nyakinama, de Ruhengeli. Elle se nommait officiellement la résidence de Buhanga. Un bosquet des plus vénérés indiquait l’emplacement de cette résidence. Ce fut en cette localité qu’il aurait été investi de la royauté sous le signe du tambour Rwoga, lorsque Rubunga lui eut révélé les premiers Champs d’Ubwiru = Rituel royal des Abarenge. Depuis le règne de Yuhi II Gahima et en souvenir de cet événement, un fonctionnaire était chargé traditionnellement, de père en fils, de résider sur place et de rendre constamment un culte patoral à Gihanga, principalement par l’entretien d’un taureau appelé Rugira, nom qu’aurait porté l’un des taureaux de règne du patriarche.  Ce taureau vivait avec quelques vaches appelées Ingizi, dénomination d’un des troupeaux de règne du même Gihanga. Une Milice appelée Abanga-kugoma, fut détachée de la Gakondo, créée par Gihanga et attachée par le même Yuhi II Gahima à cette résidence du Buhanga.

 

 

  1. La résidence de Kangomba

Cette résidence se trouvait à Nyarutovu de Ruhengeli. Un bosquet en indiquait l’emplacement. Gihanga aurait accompli une cérémonie importante, au puits appelé Ngomba qu’il fit creuser au sommet du mont Kabuye (3000m). Une famille dont les membres sont les descendants d’un certain Mwijuka, était chargée  de garder ce puits, de père en fils. Les eaux de ce puits étaient requises dans les cérémonies d’intronisation du roi, et on devait en garder une certaine quantité, jusqu’au moment où le nouveau monarque avait construit sa 4ème résidence.

 

  1. La résidence de Nyamirembe

Il s’agit de Nyamirembe de Humure dans le Mutara. C’est là que Gihanga aurait notifié son testament et distribué à ses fils les provinces de son empire. Il aurait désigné alors Kanyarwanda comme son successeur patriarcal, à la tête de toute la famille. Ces résidences géographiques bien repérables d’après les indications d’A. Kagame, (EH, p.42-44), rendent réel et situable le légendaire fondateur de la dynastie nyiginya, cet inconnu réduit à ne s’appeler que « fondateur = Gihanga ». De plus, sous la mention de ces résidences, des gestes posés par ce personnage nous ont indiqués. Ces gestes sont considérés comme fondateurs d’une tradition qui a fait l’histoire du pays. Ces gestes sont devenus normatifs pour la vie de son royaume dont le nom est déjà connu : le Rwanda. Ce royaume est sans doute encore ambulant. Il sera fixé à Gasabo bien plus tard. Mais avant d ‘arriver à ce terme, il a fallu évoluer dans l’obscurité durant des siècles des rois dits de la ceinture.

 

III.2 Sous Cyilima I Rugwe 

 

On se souvient que ce monarque a été inhumé au cimetière de Butangampundu, ce qui signifie qu’il a trépassé d’une mort violente. Il était intronisé dès sa naissance et n’a pas connu son père Ruganzu I mort martyr. Il a eu un règne très long qui lui a permis d’introniser son fils et désigner au trône son petit-fils.  Parmi les événements de son règne qui ont laissé des traces physiques ; nous signalons ceux qui suivent :

 

  1. La résidence sur le mont Kigali

Le premier fait historique qui a laissé une trace est sa résidence sur le mont Kigali à l’époque ou cette localité faisait partie du royaume du Bugesera. Pour ce faire, il en obtint l’autorisation du roi Nsoro I Bihembe. L’endroit exact de cette résidence, au somment du mont Kigali doit avoir laissé des vestiges sur place, peut-être repérables encore aujourd’hui. Cette résidence, nous le comprenons aujourd’hui, était appelée à devenir la capitale officielle du royaume des Abanyiginya. En plus de cette résidence, Cyilima reçut également les massifs du mont Kigali et du Nyamweru qui appartenaient, eux aussi, au royaume du Bugesera. Il est bon de noter que Gasabo était déjà la capitale-mère du Rwanda et que Kigali s’ajoutait comme capitale officielles et définitive. Sans connaître sa genèse, combien vénérable, même le pouvoir colonial l’a maintenu dans sa primauté parmi les autres anciennes résidences royales du pays. Ce choix semble obéir à deux critères. Le premier est le sens symbolique de ce nom qui en fait un synonyme du nom du pays. En effet, Rwanda et Kigali signifient successivement ru-aanda = territoire illimité et kigali = large pays.  Ce sont des noms optatifs et non descriptifs : des noms programmes. Un palais souvenir à l’emplacement exact de celui de Cyilima I manquerait pas d’inspiration pour ce pays qui n’a pas abdiqué de ses ambitions de croissance, c’est-à-dire d’être rwanda et kigali dans toutes ses dimensions.

 

  1. La résidence de Nyakabanda

La construction de sa résidence au mont Kigali, fut pour Cyilima I, en quelque, un prétexte. Le mobile principal était autre. Il s’en servit comme alibi pour s’introduire = la Cour du Bugesera aux fins d’entrer en contact avec la fiancée du roi Nsoro I Bihembe, le jour de son mariage avec Nyanguge. Il put ainsi épouser juridiquement cette dernière en lui imposa la momordique pour laisser la place ensuite à l’époux officiel, le roi du Bugesera. Nyanguge, consciente de ce qui venait de se passer, comprit qu’elle appartenait juridiquement au roi du Rwanda. Sentant que ses jours d’accouchement étaient proches, elle partit pour le Rwanda. Arrivée dans la vallée de Nyakabanda, elle donna le jour à son fils ainé Mukobanya. Cette vallée se trouve entre le mont Kigali et Kigali-ville. La Cour entretenait à perpétuité une résidence dans le Nyakabanda.  Est-il possible aujourd’hui de retrouver les traces de cette résidence ? Toujours est-il qu’un tel mémorial serait le bienvenu pour vénérer justement ce grand roi qui a introduit dans cette région la conception d’un Etat-Nation. En plus de cette révolution politique, Mukobanya est celui qui a inauguré le programme d’agrandissement effectif du Rwanda par des conquêtes. La principale prouesse militaire fut de faire franchir le pays de ses pères de la barrière constituée par la rivière de la Nyabarongo.

 

  1. Icyambu cy’Ishya = le gué de la félicité

 

Il s’agit du ruisseau nommé Rwabashyashya qui se trouve sur le versant oriental de la localité Gihinga, qui est à l’Est de la Nyabarongo, face au mont Kigali. C’est dans le gué de ce ruisseau que Mukobanya et son fils Sekarongoro se sont embrassés après leurs victoires respectives, pendant que le roi, les contemplait du haut de cette localité. Depuis lors, une catégorie d’Abiru fut installée à ce Gihinga, et fut chargée de faire abreuver des vaches chaque jour, à perpétuité, dans ce « gué de la félicité ». Cette pratique ne fut abandonnée que sous Yuhi V Musinga. Pour récompenser la prouesse militaire du fils et du petit-fils, Cyilima I nomma Mukobanya co-régnant sous le nom dynastique de Kigeli. Il nomma en même temps son petit-fils Sekarongoro, le successeur de son père sous le nom de Mibambwe. De plus, il décida que tous les Cyilima en feront ainsi pour toujours. Voilà la base du cycle dynastique des trois monarques : Cyiliman Kigeli, Mibambwe. La réforme ultérieure de Mutara I ne fera que d’identifier alternativement les Cyilima et Mutara dans un même programme orienté à la prospérité du pays en tant que rois pasteurs. Les Kigeli et Mibambwe garderont le programme des premiers comme trois guerriers. Le nom de Yuhi avec sa fonction dynastique, il sera joué plus tard comme roi du feu, symbole de la pérennité du royaume. Cette localité de Gihinga et ce ruisseau Rwabashyashya sont, sans doute, faciles à identifier. Un mémorial de la victoire, qui récapitule toutes les victoires du passé, ne serait pas inutile pour un pays qui ne fait qu’élargir les fronts de ses combats pour le mieux-être de ses citoyens. Le geste d’embrassade dans le gué de la félicité de Mukobanya et de Sekarongoro, dans la bénédiction de Rugwe, a fait parler nos pètes comme Nyakayonga qui a dit : Ukwibyara gutera ababyeyi inezaReproduire des qualités en ses enfants réjouit les parents !

 

III.3 Sous Ndahiro Cyamatare

 

De tous les règnes du pays, celui de Ndahiro Cyamatare a été le plus sombre. Les souvenirs attachés aux événements de ce règne sont nombres. Nous allons rappeler quelques uns. Souvenons-nous de deux faits historiques qui furent la cause de tous ces malheurs. Le premier fait fut l’assassinat de la reine-mère de Mibamwe I au Bunyabungo.  On se souvient que lorsque la Cour du Rwanda s’était réfugiée au Bunyabungo, la reine-mère Nyiramibanbwe I a péri dans les flammes de sa résidence brulée par les Abanyabungo. Le second fait fut la réplique de ce premier. En effet, pour venger cet assassinat, les Armées du Rwanda, appuyées par celles du Burundi et du Bugesera, avaient attaqué le Bunyabungo tué son roi et amené sa femme en prisonière au Bugesera. Cette captive, qui était enceinte, mit au monde un garçon qu’on nomma Nyebunga. Devenu grand, il regagna son pays et réussit même à monter sur le trône du Bunyabungo sous le nom dynastique de Ntsibura I. Son rêve était de se venger à son tour.  Il réussit à avoir l’appui de Nzira, fils de Muramira, roi du Bugara. Les Abanyabungo purent ainsi occuper, durant 11 ans, tout le Rwanda de l’Ouest de la Nyabarongo. Lorsque Ndahiro se sentit menacé par les Armées coalisées et plus fortes que les siennes, il quitta le Nduga et alla fixer sa résidence au Bugamba, dans le Kingogo. Il s’y rendit avec toute sa Cour, comprenant entre autres son fils Kibogo, la reine-mère Nyirangabo, Nyabacuzi, la mère de Ndoli, et trois Compagnies guerrières : Ingata, Abahunga, et Inkindi. Ntsibura Nyebunga, à la tête de ses nombreux guerriers se dirigea vers Gitarama et Nzira y envoya les siens. Ndahiro fut assailli par cette nuée de farouches guerriers. Aux premiers engagements, Ndahiro fut blessé, lorsqu’il se trouvait dans la localité nommée depuis lors « Rasaniro » = le Lieu-du-combat. Il traversa le Kibilira pour se replier sur sa résidence.  Pendant qu’il traversait ce ruisseau, il mêla son sang à son eau. En souvenir de ce macabre événement, aucun monarque rwandais ne pouvait traverser el Kibilira. Il devait la contourner et passer en amont de sa source. Après la traversée de la Kibilira, Ndahiro atteignit le massif de Rugarama. Il fut achevé par les guerriers de Bugara qui l’y attendaient, après avoir mis hors combat la défense de sa résidence. Dans toutes nos traditions, ce massif de Rugarama est nommé « Rubi rw’i Nyundo » = La reine-mère Nyirangabo, avec les femmes du monarque dont Nyabacuzin mère de Ndoli, furent massacrées dans la localité désignée dans la suite : mu-Miko y’Abakobwa = la vallée d’Erythrines-des-Nobles-Dames. Le tambour dynastique Rwoga fut capturé par Ntsibura qui occupa le Rwanda occidental pendant onze ans. On a calculé cette durée en comptant les années passées sans célébration des fêtes des Prémices. La mort de Ndahiro survint au mois lunaire de Gicurasi (mai). Depuis lors, ce mois fut imposé au pays pour commémorer tous les morts de la nation. Ce deuil se nomme en langue maternelle Kwirabura = devenir noir, i.e. être en deuil. Toutes les réjouissances publiques étaient interdites durant ce mois. Le mois suivant, celui de Kamena, (juin), était réservé à l période de Kwera = devenir blanc, i.e. sortir du rite de deuil : ce rite est le contraire du précédent qui est le levée de deuil.

 

Ce récit contient des repères qui méritent d’être retenus comme sites commémoratifs de l’histoire. Priorisons les 4 suivants : le ruisseau de la Kibilira, le massif de Rugarama, la vallée d’érythrines et le mois de deuil.

 

1.Amazi mabi  = l’eau néfaste

 

Lorsque le roi Ndahiro fut attaque par les armées coalisées, il engagea le combat avec les assaillants et fut blessé au pied, dans la vallée de la colline Gitara, lieu qui fut appelé depuis lors Rasaniro = lieu du combat.  Après cette blessure, il traversa le ruisseau de la Kibilira, mêlant son sang à ses eaux. Ayant passé ce ruisseau, Ndahiro II atteignit le massif du Rugarama. Il fut achevé là par les guerriers du Bugara qui l’y attendaient. C’est ce ruisseau de la Kibilira qui but le sang de Ndahiro durant le moment pathétique de sa vie entre sa blessure et son achèvement que la tradition a nommée Amazi mabi. En souvenir de cette macabre traversée, aucun monarque rwandais ne pouvait traverser la Kibilira. Il devait la contourner et passer en amont de sa source.

 

 

  1. Rubi rw’i Nyundo = la catastrophe de Rugarama

 

Parmi les « mille collines » du Rwanda, Rugarama, dans l’ancien Cyingogo, est le calvaire. Il est devenu innombrable dans la tradition pour n’être désigné que par expression rubi= la maudite (montagne de Nyundo). Les célébrations de deuil national devraient y avoir un site de première classe pour tout le pays. Les grands spirituels du pays devraient y ériger un sanctuaire pour les prières de rogations en faveur de la Nation. Onze ans durant, le Rwanda a été effacé de la carte du monde par le fils d’une prisonnière du Bushi non sans le concours de la zizanie au sein de la maison royale. Bamara et son fils Byinshi, avec leurs partisans, s’étaient attribués le Rwanda oriental de la Nyabarongo. Ainsi Ndahiro Cyamataren avec sa Cour et tout son pays, fut à Rugarama, la victime des ennemis coalisés de l’intérieur et de l’extérieur. Seul le génocide, consommé en 1994, a pu nous monter pire que la catastrophe de Nyundo. Pour avoir oublié la leçon, de cette catastrophe, cette seconde est arrivée. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, même le génocide est venu des ennemis de l’extérieur et de l’intérieur.

 

  1. Mu Miko y’Abakobwa = La vallée d’érythrines des nobles Dames. Dans l’histoire du Rwanda, les personnes de sexe féminin n’étaient jamais la cible des conflits armés. Ntsibura Nyebunga en est l’illustration patente. Fils d’une prisonnière capturée par les armées du Rwanda, au lieu de la tuer comme son époux Murira-Muhoyo, elle avait été emmenée au Bugesera. C’est là que son fils Ntsibura naquit et fut élevé. Ce fut ce fils ingrat qui osa massacrer, pour la première fois des femmes. Et quelles femmes : la reine-mère et les nobles dames de la Cour royale ! Comme on le sait maintenant, cette abomination a été récidivée une seconde fois par le génocide de 1994. Cette vallée surnommée mu Miko y’Abakobwa mérite un site mémorial qu’on devrait appeler la vallée de la honte! Nos Chefs Religieux pourraient y ériger une chapelle d’exorcismes destinée à purifier le pays des malheurs survenus sur sa population.

 

  1. Gicurasi = le mois de deuil national

Selon la tradition, en effet, le mois de Gicurasi correspondant au mois lunaire de mai, était consacré à la célébration du deuil national. Cette célébration a pour origine la mort du roi Ndahiro. Dans son livre E.H., A. Kagame nous en informe en ces termes : « La mort de Ndahiro est survenue au mois lunaire de Gicurasi.  Ce fut l’origine des deux semaines de deuil que la Cour observait chaque année avant la célébration de la fête des Prémices. Celle-ci tomait à la nouvelle lune de Kamena » (p.91). Cet exemple de mois-souvenir nous confirme dans nos projets de créer des mémoriaux qui perpétuent le souvenir des grands moments de notre histoire. De fait, tout événement d’importance, bon ou mauvais était commémoré par répétition ou par interdit. Par exemple, pour éviter la répétition de ce « Rubi rw’i Nyundo », le nom de Ndahiro fut supprimé de la liste des noms dynastiques. Il est souhaitable que le deuil national du génocide  instauré aujourd’hui, rejoigne cette ancienne tradition de célébrer ce deuil au mois de Gicurasi.

 

III.4 Sous Ruganzu Ndoli       

 

Ce monarque est celui à qui la tradition légendaire attribue beaucoup de traces. Parmi celles qui méritent l’attention de l’historien se trouvent les suivantes :

 

  1. L’intronisation à Gatsibo

 

A la mort de son père Ndahiro, Ndoli était au Karagwe chez sa tante paternelle Nyabunyana. Le moment de son intronisation, il devait revenir au Rwanda en traversant incognito le royaume du Ndorwa, domaine des Abashambo. Arrivé en une localité nommée Gatsibo qui porte encore ce nom et qui est devenu actuellement un District administratif de la province de l’Est, il y rencontra un autre personnage inconnu, la poétesse Nyirarumaga. Les deux inconnus l’un à l’autre récurent ensemble l’intronisation royale pour régner sur le royaume du Rwanda. L’histoire ultérieure a montré que cet événement de Gatsibo fut des plus importants pour le pays. En effet, pour l’Histoire et la langue nationale, on connaît le rôle de cette nouvelle reine-mère adoptive de ce nouveau roi orphelin de père et de mère. Pour ce qui est de la libération du pays et de son expansion, Ruganzu II n’a pas d’égal. Aussi, un Mémorial construit à l’endroit exact de cet événement est hautement souhaitable.

 

Pourquoi le choix de Gatsibo, en pays étranger, pour cette intronisation ? D’après les mémorialistes, Gihanga aurait habité à cet endroit. C’est pourquoi les deux délégations des Féaux chargés d’introniser Ndoli et Nyirarumaga, l’une venant du Karagwe et l’autre venant du Rwanda s’y donnèrent rendez-vous.  Il y a lieu de penser que l’habitation de Gihanga en cette localité avait des vestiges encore visibles sous le règne de son 14ème successeur. On imagine également qu’après cet événement de l’intronisation, cette localité fut encore rehaussée dans la mémoire des gens.  Maintenant que Gatsibo devient un district administratif du pays, il est tout indiqué que le lieu exact de cette résidence de Gihanga et de l’intronisation de Ruganzu Ndoli, soit identifié et honoré  en conséquence. Les noms de Gihanga, Ruganzu et Nyirarumaga pourraient être immortalisés, donnés à des édifices publics, des routes, etc. pour perpétuer leur mémoire.

 

  1. Gihogwe

 

Ce nom qui n’évoque rien dans les souvenirs des Rwandais d’aujourd’hui est le versant oriental du mont Jari. A l’époque où le Rwanda fixait sa capitale-mère à Gasabo et que la résidence royale et administrative était à Nkuzuzu, le Gisozi actuel, cette localité de Gihogwe était importante. C’est là que habitait une famille de poètes de la Cour royale, responsables d’importantes fonctions du royaume. C’est au sein de cette famille que les Gardiens de la succession royale sont allés chercher Nyirarumaga pour remplacer à l’intronisation la mère naturelle de Ndoli qui avait était tuée avec son mari dans la catastrophe de Nyundo. Les vestiges des habitations de cette famille de poètes sont encore visibles aujourd’hui à partir de la route macadamisée de Nyabarongo. Signaler le lieu de naissance de cette grande Dame, c’est en quelque sorte indiquer le berceau de l’historiographie du Rwanda. Un mémorial serait le bienvenu pour perpétuer le souvenir du lieu de naissance de notre Hérodote. Les associations féminines devraient être les premières à se mettre sous le patronage de ce personnage.

 

III. Sous Mutara Semugeshi

 

Ce fils du grand guerrier a excellé dans la diplomatie et le droit civique. Parmi les faits notables de son règne, retenons les suivants :

 

1.Le Pacte de non-agression avec le Burundi

 

Les affinités naturelles et la force égale entre les populations du Rwanda et du Burundi ont convaincu Mutara I que le pacte de non-agression était la meilleure condition pour un voisinage pacifique entre les deux pays. Effectivement, un pacte fut conclu entre les monarques Mutara I et Mutaga II Nyamubi à l’endroit nommé depuis lors « Utwicara-Bami twa Nyaruteja ». Ce dernier nom désigne une colline qui, du coté rwandais, surplombe la rivière de l’Akanyaru. Malheureusement ce  pacte n’a pas été respecté dans la suite. En effet, les deux pays à plusieurs reprises en sont venus à des conflits armés. Sous Cyilima II la lutte a atteint son sommet. C’est à cette époque aussi que cette province burundaise du Buyenzi fut annexée au Rwanda. Jusqu’à l’avènement de la colonisation européenne des deux pays, les tentatives annexionnistes et réciproques entre les deux pays n’ont jamais cessés. Un mémorial d’amitié entre nos deux pays frères pourrait rappeler et consolider ce pacte et faire éviter les mauvais coutés qui pourraient resurgir entre les deux pays.

 

  1. Le puits sacré de Rwezangoro

 

Parmi les lieux sacrés de la tradition, il y a le fameux puits de la forêt de Muhima. La localité de ce nom est toujours là au pied de Nyarugenge. La forêt qui s’y trouverait jadis a disparu depuis belle lurette. L’origine de la sacralité de cette eau nous échappe encore. Le nom de ce puits donne à penser que son eau était utilisée pour purifier une nouvelle résidence royale.  Les eaux de cette même source avaient une deuxième fonction : Celle de purifier une autre source nommée Kabyaza dont les eaux servaient à la Voie des Abreuvoirs. Une chose sûre, son premier usage connu fut effectuée par Nyamwonda, le détenteur du Code dynastique du Burundi, dans la cérémonie de l’intronisation du roi Mutara I. Elles étaient versées dans l’autre puits nommé Kabyaza où se passait le rite de la célébration de la Voie des Abreuvoirs. La cérémonie des Abreuvoirs avait pour but la prospérité du bovidé. Voilà pourquoi le nom de cet abreuvoir sacré, Kabyaza signifie littéralement : « le Faisant-vêler » ou le multiplicateur des bovidés. Ce deuxième puits sacré se trouve à l’Est de la Nyabarongo, au pied du mont Nyamweru. Nul n’ignore la valeur culturelle et économique de la vache dans le Rwanda pré-colonial. Aussi, dans la succession des rois, deux noms, Mutara et cyilima étaient des rois vachers. Leur fonction essentielle consistait à faire prospérer le bovidé. Cette fonction était inaugurée par le rite de la célébration de la Voie des Abreuvoirs aux endroits précités. Ce rite était accompli par les rois vachers dans le puits de Kabyaza avec l’eau puisée dans l’autre puits de Rwezangoro. C’est après cette cérémonie que le roi vacher devait enterrer la momie de son prédécesseur qui attendait à Gaseke depuis les trois règnes précédents. On se souvient que cette eau du puits de Muhima avait été utilisée pour la première fois par un fonctionnaire du Burundi qui avait initié le Rwanda de la Voie des Abreuvoirs sou la demande du roi Mutara I Semugeshi. Cet usage initial créa la sacralité de cette eau pour cette cérémonie. La localisation de ces deux puits exige des recherches laborieuses, étant donné les transformations intervenues par l’extension de la capitale.

 

III.6 Sous Mibambwe Sekarongoro Gisanura          

 

Cette revue a consacrée un numéro spécial, le N°- 37, à la personne et à l’œuvre de ce monarque. Il a été dit que notre ville actuelle de Ruhango se trouve à l’endroit où était la Capitale préférée de Gisanura. A l’Est de cet endroit, se situe la colline de Mutakara au sommet de laquelle se hissait le Palis de Justice de ce roi. C’est dans ce Palais que cessont déroulés les procès légendaires qui ont laissés l’adage : « Urubanza rwaciriwe i Mutakara » =  Ce procès a été tranché en total équité.  Dans cette même ville, sur le bord Est de la route macadamisé, se trouve une inscription indiquant le fameux rocher de Kamegeli. Ce personnage aurait été grillé sur ce rocher, chauffé à blanc, comme une punition. L’histoire raconte que ce Kamegeri était un chef de Province, qui avait proposé au roi Gisanura cette peine inhumaine pour un coupable et qui a fini par se rendre coupable lui-même de cette faute. Ainsi donc la ville de Ruhango, le Palais de justice de Mutakara et le Rocher de Kamegeli, pérennisent le souvenir du sens transcendantal de la justice de ce monarque qui a su distinguer la faute du fauteur : arracher la zizanie sans arracher le blé (Mt 13, 24-30). La ville de Ruhango revêt une autre importance. C’est là que se situe le lieu de naissance du roi Yuhi IV Gahindito. Sur le monticule nommé Butare au milieu de cette ville sur le côté Est de la route se trouve une maison qui servait de dispensaire, il y a quelques temps. Cette maison, assure-t-on, se situe à la place jadis occupée par le Palais royal dans lequel naquit ce monarque. On se souviendra que cette naissance mis fin aux prétentions de ce nom oncle Gatarabuhura après une guerre épique remporté par le prince Semugaza en faveur de Gahindiro. A propos de cette lutte de succession pour le trôné, les historiens ont pu parles de « victoire d’un bébé ». En effet, cette lutte avait donné victoire à Gahindiro qui n’avait que quelques mois de naissance contre un vieux Renald Gatarabuhura. Ces deux souvenirs concernant le sens de justice de Gisanura et la victoire d’un bébé menacés pars puissant agresseur consacre en quelques sortes Ruhango comme ville de justice. Dans l’effort actuel de réhabiliter les valeurs traditionnelles, il serait intéressant de donner une fonction spécifique à la ville de Ruhango correspondant à cet héritage de justice dont elle porte le souvenir.

 

III.7 Sous Kigeli IV Rwabugili        

 

-Le Coup d’Etat de Rucunshu

 

  Il serait regrettable de ne pas mentionner sur la liste des sites mémoriaux celui qui rappelle l’événement le plus marquant de la fin des temps anciens. Il s’agit de celui qui a été nommé, après le coup, le Coup d’Etat de Rucunshu. La localité de ce nom est située dans la région du Mayaga, non loin de la ville de Gitarama. Les événements qui s’y passèrent sont bien connus et bien racontés de l’E.H. ; II d’A.Kagame (p.112-126). L’importance de cet événement réside dans le cumul des fautes commises par des politiciens dont le principal fut le roi lui-même Rwabugili. Il y a là une leçon à ne pas oublier pour les hommes de tous les temps, selon laquelle les fautes politiques, l’histoire ne les oublie pas et ne les pardonne pas. Dans l’histoire ancienne, des prétentions pour le trôné furent monnaies courantes. Mentionnons les suivantes : Nous connaissons les cas de Karimbi contre Kigeli Mukobanya, Bamara contre Ndahiro Cyamatare, Bicura et Nama contre Cyilima Rujugira, Gatarabuhura contre Mibambwe Sentabyo et Yuhi Gahindiro. Toutes ces anciennes compétitions relevaient d’avantage des prétentions des intéressés.  Le cas de Rucunshu, malheureusement, relève principalement de l’erreur du monarque d’avoir intronisé Mibambwe IV avec une reine-mère adoptive qui avait son propre fils qu’elle avait eu avec ce roi.  Cette décision constituait une source de conflit car le pouvoir royal appartient en premier lieu à la reine-mère et conséquemment à son fils automatiquement. D’autres erreurs furent commises par d’autres politiciens spécialement les deux oncles de Musinga : Kabare et Ruhinankiko. Ceux-ci furent les principaux putschistes de ce Coup d’Etat en neutralisant politiquement la trop puissante Milice Nyaruguru qui appartenait au parti du roi Rutarindwa, sous les ordres du prince Muhigirwa, de même mère que lui. Cet endroit mérite un site mémorial pour pérenniser ce souvenir.

 

 

 

 

 -La résidence de Ngeli    

 

Le roi Kigeli IV Rwabugili, fut, de tous nos monarques, celui qui n’a passé aucune année dans une même localité. C’est ainsi que le nombre des années de son règne fut compté à partir des localités où il a célébré les fêtes des Prémices annuelles.  La dernière résidence de ce monarque ambulant fut à Ngeli où se trouvait déjà son fils, le prince Muhigirwa. C’est à cet endroit que les dernières décisions royales furent prises. La principale de celle-ci fut l’intronisation de Rutarindwa. C’est de là que Rwabugili est parti pour ses dernières expéditions militaires à l’étranger vers le Nord et vers l’Ouest pour, finalement y laisser sa vie. Au Nyaruguru, le lieu exact de cette résidence est encore facilement repérable. Pour cette région et même pour tout le pays, avoir cette trace du dernier roi, constitue un élément utile pour l’histoire. Bien des initiatives sont imaginables pour perpétuer ce souvenir.

 

  1. L’ORIGINE DE NOS PRODUITS AGRICOLES TRADITIONNELS

 

Comme on a pu s’en rendre compte, les sites mémoriaux concernent les objectifs de nature diverse : les toponymes du nom Rwanda, les cimetières royaux et des événements spéciaux. Malheureusement, aucun de ces sites ne touche l’activité agricole. Aussi, un petit aperçu sur l’histoire des principaux produits agricoles du Rwanda mérite une place dans ce cadre des souvenirs à pérenniser par des mémoriaux. Nous commençons par deux plantes d’origine probablement locale : Uburo = l’éleusine et Amasaka = le sorgho. Nous allons citer une information archéologique qui en parle. La seconde catégorie des plantes importantes pour l’alimentation du pays est constituée par des denrées importées des pays voisins lors des expéditions militaires de nos Armées. Ces plantes sont Ibishyimbo = le haricot et Amashaza = le petit pois. Pour cette origine historiquement connue, nous ferons la vérification dans l’E.H. d’A. Kagame.

 

  1. Les plantes originaires

 

Il s’agit des plantes alimentaires cultivées au Rwanda depuis les temps immémoriaux. Elles ont dû être trouvés sur place et domestiquées par les premières populations locales. Nous allons lire un témoignage qui nous vient à point nommé. Les fouilles archéologiques récentes ont montré des vestiges de l’agriculture et de l’élevage qui datent du 7ème siècle avant notre ère. A ce propos, nous lisons dans le livre « Le premier âge du fer… (Butare, 1983, p.41) de M.C. van Grunderbeek et al., ce qui suit : Nous n’avons pas de preuve absolue que les populations de l’Age du fer ancien installées dans la région de Butare aient pratiqué l’agriculture. Les grains de pollen de Gramineae, dont la détermination est malheureusement toujours hasardeuse, que nous croyons pouvoir attribuer à l’éleusine et au sorgho, apparaissent en faible qualité dans le diagramme pollinique ».

 

1.Uburo = L’éleusine. Cette plante qui produit un petit épi plein de graines, pousse sur les collines à température plutôt basse. Elle était consommée sous forme de bougie = igikoma, de pâte = umutsima, de boisson alcoolisée = inzoga y’uburo. Dans le culte des ancêtres, ses graines jetées dans le feu étaient censées faire sourire les esprits par leur éclatement. Cet usage cultuel montre que cette graminée était considérée comme d’origine locale, car aucun aliment ou boisson importé n’est offert aux esprits des ancêtres parce qu’ils ne le connaissent pas. En effet, une information dont la valeur traditionnelle est indubitable, donne à penser que cette graminée est connue dans le pays avant le sorgho. Cette information est liée à la célébration d’Umurorano = célébration préliminaire à la fête des Prémices. Voici cette information : « Le rite d’Umurorano consistait en la manducation de la pâte de l’éleusine = Uburo et du haricot sénonais = igiharo, au mois lunaire de Werurwe (= mars). Cette célébration préliminaire rappelait le rite le plus ancien, tel qu’il était pratiqué initialement avant l’introduction du sorgho au Rwanda » (E.H., p.17). Cette information montre bien que la connaissance du sorgho au Rwanda est postérieure à celle de l’éleusine et du haricot sénonais.

 

  1. Amasaka = Le sorgho. Comme pour la précédente, cette graminée est aussi originaire. Le témoignage archéologique pré-cité nous l’a indiqué. Le sorgho était l’aliment le plus important du pays dans le Rwanda primitif.

 

Sa manducation annuelle par le roi et les chefs des familles à la fin de la récolte, était la grande fête nationale. Elle s’appelait Umuganura = la fête des Prémices. Le sorgho était consommé sous diverses formes. Il était consommé en bouille = igikoma, en pâte = umutsima, en boisson douce = umusururu, en boisson alcoolisée avec du levain = amarwa, et enfin en boisson alcoolisée avec du miel = inturire. La pâte et la boisson du sorgho jouaient un rôle important dans le culte des ancêtres, sans doute, parce qu’il était considéré comme le met patriarcal.

 

  1. Les plantes importées

 

Il s’agit des plantes qui constituaient également la base de l’alimentation du Rwanda de naguère dont la date d’importation est bien notée dans la tradition orale. Il s’agit, en fait, de trois plantes : ibishyimbo, amashaza, et ibijumba.

 

1.Ibishyimbo = le haricot. Ce fut de la région du Bushengero dans l’actuel Uganda, que l’une des expéditions militaires, sous le règne de Kigeli II Nyamuheshera, rapporta cette plante comestible. Ce haricot supplanta rapidement le haricot sénonais = igiharo, qui était cultivé au Rwanda auparavant (E.H., p.119).

 

Dans la pratique, le haricot avait deux utilités : nutritionnelle et cultuelle. Cette dernière fonction de servir de nourriture offerte aux esprits des ancêtres qui appartenait à l’antique haricot a été transférée à son successeur importé mais, du reste, plus riche.

 

  1. Amashaza = le petit pois. Selon un chemin similaire au précédent, il y eut uen autre expédition militaire sous le règne du roi Kigeli IV Rwabugili. « Ce fut cette expédition qui ramena de la région de Butembo, dans l’actuel Congo Démocratique, le petit pois, jusque là inconnu au Rwanda » (A.H.p.46).

 

  1. Ibijumba = la patate douce. Cette troisième denrée fut importée de la région du Gikore dans l’actuel Uganda par les expéditions militaires, sous le règne du même Kigeli IV Rwabugili. A. Kagame nous raconte l’événement en ces termes : « Auparavant le Rwanda ne cultivait qu’une espèce de patate appelée gafuma. La tige ne portait qu’un seul tubercule qu’on récoltait une fois l’an, mais qui avait l’avantage d’être conservé longtemps sans corruption. Dès que, au cours de l’expédition, on découvrit patate actuelle, le roi donna l’ordre à chaque guerrier de rentrer au Rwanda avec une tige attachée à son arc. Les Mémorialistes rapportent que le roi lui-même en aurait crée une espèce de pépinière à l’intérieur de sa résidence à Gaseke. Au fur et à mesure que se rependait la nouvelle espèce, le gafuma disparaissait. Il faut remarquer que cette information provient de Mémorialistes contemporains de l’événement, ou nés à l’époque considérée, dont Nyamuhenda, fils de Kajeje, Sezibera, fils de Rutikanga, Senyakazana, fils de Mushyo et Kayijuka, fils d Nyantaba, tous les quatre détenteurs éminents du code dynastique, qui vivaient à la Cour dès leur jeune âge » (A.H., p.55).

 

Concluons cette brève enquête sur l’origine de nos plantes agricoles traditionnelles. Les importations récentes, depuis la période coloniale et la suite, sont extrêmement nombreuses et variées. Néanmoins, ces cinq comestibles traditionnels gardent leur valeur d’ancienneté et de souvenir dans l’histoire du pays. Dans l’effort d’enrichir la production alimentaire, à côté de l’importation des plantes, il y a lieu de signaler celle d’une nouvelle race caprine pour améliorer le cheptel traditionnel.

 

A ce propos, écoutons encore une fois notre informateur habituel. A. Kagame : « Une expédition militaire menée encore une fois dans la région du Bushengero, sou le règne de Kigeli II Nyamuheshera,  razzia un troupeau de chèvres géantes = Ihene.

 

Le monarque se le réserva pour en faire une pépinière de multiplication pour tout le pays. Il lui imposa l’appellation d’Akamenesho. Il en confia la garde à un fonctionnaire spécial, à l’égal d’une corporation bovine.  L’élevage de cette race caprine, dont les troupeaux venaient défiler à la Cour à certaines occasions de fêtes, se perpétua jusqu’à nos jours. Le dernier gardien officiel de ces chèvres, sous Yuhi V Musinga, était Bunyereli, fils de Muhozi, habitant dans le Gishubi, près de Kayenzi, dans l’actuel district de Muhanga » (E.H. p.119).

 

Ce souci d’améliorer la production alimentaire ; jadis pauvre, se retrouve même dans le Code dynastique = Ubwiru. Une grande partie de ses Rites nommés Voies = Inzira, concernent justement la production alimentaire. C’est ainsi que nous trouvons dans ce Code, par exemple : la Voie de l’Abreuvoir, la Voie des Abeilles, la Voie de Chasse, la Voie de la maladie du bétail, la Voie du Temps poussiéreux, la Voie de l’Inondation. Ces Voies sont les requêtes que le roi devait adresser à Imana pour ces divers besoins du pays.  Comme on le voit, elles concernent successivement l’obtention du lait, du miel, du gibier et de la bonne santé des bovidés. Il s’agit ensuite de l’arrêt du temps de sécheresse ou de trop de pluie ainsi que de la maladie du bétail.

 

 

  1. LES FESTIVITES NATIONALES ANNUELLES

 

Le calendrier national des fêtes constitue aussi une trace objective de l’histoire. La continuité de cet héritage et leur adaptation au temps nouveau constitue en quelque sorte un devoir national. Ces festivités concernent deux célébrations annuelles : Umuganura et Gicurasi. De quoi s’agit-il ?

 

 

V.I UMUGANURA

 

Dans son livre E.H, A. Kagame nous en parle en ces termes : « la plus grande solennité était réservée à la manducation de la première pâte de sorgho au mois de Kamena (= juin). Elle était précédée d’une autre célébration moins connue du public, qui s’appelait Umurorano. Celle-ci consistait en la manducation de la pâte de l’éleusine = Uburo et du haricot sénonais = igiharo, au mois lunaire de Werurwe (= mars). Cette célébration préliminaire rapellait le rite le plus ancien, tel qu’il était pratiqué initialement avant l’introduction du sorgho dans le Rwanda ancien. Le monarque restait dans la localité où avait été célébré ce rite ancien et attendait la fête nationale » (p.17). Comme dit déjà plus haut,à propos de la résidence de Gihanga au Bunyabungo, il s’agit de la fête des Prémices célébrée après la récolte du sorgho. Au niveau national, la célémonie était présidée par le roi, tandis qu’au niveau des familles, elle était présidée par le chef de la famille. Après ce geste patriarcal, tout le monde pouvait manger la pâte à son aise. Le geste de la manducation s’accompagnait de la formule stéréotypée suivante :

 

Ndakurya, ntundya = je te mange, tu ne me manges pas

Ndagusarura, ntunsarura = Je te récolte, tu ne me récoltes pas,

Ndaguhinga, ntumpinga = je te cultive, tu ne me cultives pas.

 

Au sens ordinaire de cette formule, on demande que la production et manducation de cet aliment soient pleinement profitables au consommateur et que tout effet nocif en soit totalement écarté. Cette fête nationale d’action de grâce, adressée à  Imana, Maitre de la fécondité des champs est tellement importante que la tradition a retenu le nombre et les localités de cette célébration que le roi Rwabugili a effectués. C’est le nombre de ces festivités qui a permis de calculer la durée de son règne (A.H., p.17-19). Cette célébration doit s’adapter à la situation actuelle. Le sorgho n’est plsu l’aliment de base de la population. Ensuite, le fruit des récoltes peut s’entendre dans le sens global de toute la production du pays. Il faut trouver un aménagement cohérent de cette fête traditionnelle avec les festivités actuelles, issues des changements politiques récents.

 

V.2 GICURASI 

 

Dans un sens opposé à la célébration précédente, le Rwanda organisait annuellement un deuil national au mois lunaire de Gicurasi (= mai). Il consistait en des gestes et des supplications adressées à Imana qui protège le Rwanda pour lui éviter la répétition des maux du passé dont on fait mémoire et d’autres semblables. Encore une fois, notre informateur A. Kagame nous en dit un mot : « La mort de Ndahiro Cyamatare survint durant le mois lunaire de Gicurasi (=mai).

 

Ce fut l’origine des deux semaines de Deuil que la Cour observait chaque année avant la célébration de la fête des Prémices, celle-ci tombant à la nouvelle lune de Kamena (juin).  Ntsibura aurait occupé le Rwanda pendant 11 ans, c’est-à-dire, au dire des traditions relevant du code dynastique, que le Rwanda passa 11 récoltes de sorgho sans célébrer la fête des Prémices, omission considérée comme événement assez grave pour être retenu » (E.H. p.91).

 

Comme on le voit, le Deuil National annuel se réfère principalement à la catastrophe survenue sous le règne de Ndahiro. Il comprend, d’une part le régicide de Ndahiro et l’occupation du Rwanda par les Abanyabungo 11 ans durant. La pratique annuelle de ce Deuil n’a pas limité ses intentions à ce seul événement de Ndahiro. Tous les maux du pays connus ou redoutés font l’objet de ces supplications. Dieu et les ancêtres sont invoqués pour assurer la paix et la tranquillité du pays. Cette tradition pourrait être adaptée au temps présent en tenant compte des malheurs advenus récemment dont le génocide. Ce faisant, il y aurait continuité entre le passé et le présent de notre histoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CAHIER NO40 = UBWIRU

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LIMINAIRE

 

Ubwiru est un sujet qui se situe dans le contexte socio-culturel du Rwanda pré-colonial. Nous allons le présenter dans le contexte actuel de 2007, à un auditoire dont la majorité n’en sait pas grand-chose. Beaucoup de Rwandais sont nés en terres de refuge depuis 1959. Même ceux qui sont dans le pays, depuis cette époque de tourmente politique, l’histoire du Rwanda pré-colonial leur a été présentée politiquement manipulée. C’est à nouveaux frais que nous devons réécrire l’histoire  authentique de ce pays. Pour ce faire, il faut revenir à ses sources traditionnelles. Les principales, sont les trois suivantes: Ibisigo, Ubucura-bwenge et Ubwiru. Nous avons déjà présenté dans cette revue ces deux premières sources. Nous allons porter le dernier effort sur Ubwiru.

 

Nous ne partons pas de zéro. Notre sujet a déjà été travaillé par des compétences mais qui méritent d’être complétées. L’auteur auquel il faut penser en premier lieu  est notre historien Alexis Kagame. Entre autres travaux, il a publié dans la revue Zaïre (avril, 1947),  un article de 23 pages. Ces informations spécialisées sont reçues dans   le contexte global de sa mission selon laquelle cet auteur a reçu officiellement la toute première dictée de ce texte d’Ubwiru pour en faire la publication. La deuxième référence obligée est le texte publié dans le livre intitulé  La royauté sacrée de l’ancien Rwanda (Tervuren, 1964) par Marcel d’Hertefelt et André Coupez. A. Kagame est mort sans avoir pu publié son texte. Nous dirons ce que nous pensons  du texte publié par ces deux auteurs et de l’usage que nous entendons en faire.

 

Mais d’avance, nous exprimons notre reconnaissance à l’égard de ces différents chercheurs. A présent, voici une présentation de notre contribution. Elle va évoluer en trois étapes. La première passera en revue les informations générales de base, qui permettent une intelligence suffisante de ce précieux  document multi-séculaire et ultra-secret. La seconde sera faite  de l’analyse de larges extraits  du texte rwandais. La dernière étape apportera notre appréciation concernant  la valeur d’Ubwiru  en tant que  philosophie politique dans l’édification de la nation rwandaise. Nous voulons dire l’art de  gouverner sagement ce pays dans sa propre situation spatio-temporelle.

 

 

 

 

 

  1. INFORMATIONS GENERALES

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Parmi ces informations, nous commençons par  celles qui nous viennent des  publications pré-citées et qui concernent directement notre texte de référence. Nous aurons ensuite  des informations personnelles puisées dans d’autres sources.

 

I.1  Les communications des auteurs du texte d’Ubwiru

 

A tout Seigneur tout honneur. Ecoutons d’abord Alexis Kagame. Nous verrons ensuite ce qu’ont écrit les auteurs du texte publié.  Les informations de base fournies par Kagame, concernant ce document, se trouvent dans ses divers  écrits. En voici un aperçu substantiel.  Dans son Abrégé de l’ethno-histoire (E.H.), nous apprenons que « Les premiers passages d’Ubwiru »  datent du temps de Gihanga Ngomijana, le fondateur de la dynastie des Abanyiginya. Ils furent enseignés par Rubunga, qui était Umwiru   de la dynastie des Abarenge. Le texte qu’il a créé pour  la Cour de Gihanga fut une simple adaptation du texte d’Ubwiru des Abarenge  (E.H. p. 39-40). Concernant la publication du texte global, voici ce qu’il en dit dans ce même  livre: « Ubwiru est, sans conteste, le genre littéraire le plus anciennement créé de nos traditions. Le texte se compose de plusieurs poèmes qui me furent dictés en 1945 par une dizaine de leurs détenteurs, sur l’ordre du roi  Mutara III Rudahigwa. En même temps que le texte m’était dicté, j’obtenais la partie appelée Intekerezo = Historique et Commentaire de ces poèmes.

 

Les Intekerezo sont  plus précieux au point de vue de notre Ethno-Histoire. Non seulement ils éclaircissent certains emplois de poèmes, sans y être contenus, mais encore ils signalent l’usage qui en fut fait dans le passé.  Etant donné que la conservation de ces poèmes était protégée par la peine de mort pesant sur le fonctionnaire qui en eût altéré les passages par ajoute ou par omission au moment des cérémonies, on comprend que les Intekerezo ont dû former un corps distinct. Les plus éminents parmi les détenteurs de ce Code étaient ceux qui étaient spécialistes dans les Intekerezo. « Malheureusement, nous n’avons pas pu obtenir le texte de ces Intekerezo si important pour notre recherche ». Nous considérons l’ensemble de ce Code, textes et Intekerezo, comme l’un des documents les plus importants de notre Ethno-Histoire. L’Histoire du Rwanda ne se comprendrait pas en dehors du Bwiru, car les événements les plus décisifs y ont trouvé leur fondement» (p. 11).

 

Pour ce qui est du texte publié dans le livre  La royauté  sacrée, voici ce qu’en disent les auteurs : « C’est le 10 octobre 1961, quinze jours après le référendum qui mit fin au régime monarchique rwanda, qu’un informateur averti de nos préoccupations scientifiques remit à Marcel d’Hertefelt le texte dactylographié de dix-sept des dix-huit morceaux que comporte le rituel… Parmi ces traditions, il convient de noter en particulier les Intekerezo z’ubwiru, ou commentaires des textes rituels, que nous ne possédons pas. Les méthodes anthropologiques nous permettent certes de dégager la signification essentielle de notre texte à partir des rites eux-mêmes et de la connaissance de l’ensemble de la culture du Rwanda ancien. Mais il est évident que les Intekerezo z’ubwiru  sont indispensables pour éclairer le symbolisme religieux et magique de certains rites particuliers, leurs implications politiques et, peut-être, historiques, ainsi que la conscience que les ritualistes avaient eux-mêmes de ce qu’ils faisaient » ( p. 1-2).

 

d’Alexis Kagame et d’en faire la comparaison avec le texte publié dans leur livre. Cette découverte les a obligés à rédiger une sorte de mise au point intitulée : A propos du code ésotérique de l’ancien Rwanda, dans Africa-Tervuren (1968, XIV, 4, p.117 et p.119).  Les auteurs reconnaissent que « les traditions orales connues sous le nom d’Ubwiru ne furent mises par écrit qu’une seule fois, à savoir par l’Abbé A.Kagame en 1945. D’autre part, le manuscrit dactylographié qui fut remis à M.d’Hertefelt le 10 octobre 1961 par un informateur, dont il est inopportun pour l’instant de révéler le nom, ne portait aucune marque de propriété, ni aucune indication de provenance. Ce texte vient d’être comparé avec le manuscrit détenu par A.Kagame. Bien qu’il y ait des écarts entre la version publiée par M.d’Hertefelt et A.Coupez et celle dont A.Kagame a fait état dans l’article de 1947, il est maintenant certain que le manuscrit reproduit dans La royauté sacrée est une copie de la version recueillie par A.Kagame en 1945 ».

 

En conclusion de ces informations,  quel crédit mérite notre texte de référence ? Avant la réponse à cette question, voici deux  commentaires :  1°- Il est heureux que, malgré ce que ces auteurs avaient publié dans leur livre, reconnaissent dans cette mise au point qu’il n’éxiste qu’un seul texte original d’Ubwiru. Ce texte est celui qui a été dicté à A.Kagame par ces Détenteurs traditionnels.  Le leur est donc en est bel et bien sa copie. 2°- De plus, les auteurs affirment qu’il y a des « écarts » entre leur copie et le texte original. Ne disposant pas de l’original, il nous est difficille d’apprécier la nature et la gravité de ces écarts.  Nous reviendrons sur cet élément lorsqu’il sera question de la présentation du texte, de sa traduction et de son éxplication.

 

Quant au crédit que mérite ce texte, il faut dire ceci : Tout d’abord, nous  remercions les auteurs qui ont mis ce texte à la disposition du grand public, quels que soient son mode d’acquisition et  ses limites.  Alexis Kagame est mort sans avoir pu publier le texte officiel. Pour le moment, faute d’avoir ce que nous aimons, aimons ce que nous avons. Au demeurant, la valeur globale de ce document  est parfaitement saisissable  dans l’état actuel de ce texte. L’usage pratique que nous en faisons va être indiqué ultérieurement.

 

I.2  Informations complémentaires

 

Sous ce titre, nous allons fournir les informations de trois  catégories : 1°- sur le sens du mot Ubwiru, 2°- sur le genre littéraire et  sur les acteurs.

 

I.2.1  Le sens du terme  « ubwiru » :

L’étymologie de ce mot se trouve dans plusieurs langues bantu qui ont le radical -iiru.  Celui-ci  exprime l’idée générale de service. Dans la  langue du Nkole, en Uganda, le   Runyankore,  nous trouvons un certain nombre de termes dans le champ sémiotique de ce mot service. Nous trouvons ainsi : serve = heereza, gabura, korera; service = oku-heereza ;  servant = omu-heereza, hakwa, iru, shumba. Dans cette langue se trouve le terme yiru qui est dit correspondre à notre mot rwandais hutu. Cette  analyse sémiotique nous conduit à la  constatation que les termes iru, yiru  et hutu sont originairement synonymes  et signifient serviteur. Ce fonctionnaire  est aussi le confident de son maître. Ainsi l’idée de secret est liée à cette fonction. Après ce détour étymologique  nous aboutissons au sens populaire du nom  Umwiru, considéré comme « le Gardien des grands secrets de la Couronne.

 

Ainsi donc, au sens purement littéral, Umwiru signifierait : le Secré-taire  de la Couronne. Le sens usuel ou pratique de ce mot est connu. Pour le traduire, A.Kagame a utilisé les expressions : le Code ésotérique de la dynastie ou plus simplement : le Rituel ésotérique de la dynastie. Les auteurs du texte publié emploient  la traduction : le Rituel royal. Comme on le voit, ces traductions se limitent à la 3ème section des 18 Inzira. Les 2 autres, catégories  de textes sont, ignorés dans ces traductions. Il s’agit, rappelons-le, d’Umurage w’Ingoma = le Testament de règne et Umurage w’Abami = les Dernières volontés des rois. Cette négligence est justifiable à cause de leur insignifiance quantitative et pratique. Aussi, traduisons-nous également Ubwiru = le  Rituel  royal. A partir de ce consensus sémiotique, le terme inzira, nous le traduisons tout bonnement par le vocable rite  qui reste dans le champ sémiotique du mot rituel. La traduction de voies  est étrangère  à ce champ sémiotique. Nous allons  donc parler de 17 rites.

 

I.2.2 Le genre littéraire :

Le texte de ce document   est  exprimé dans un langage ordinaire. Il est de la simple   prose. Il est totalement différent du genre poétique   de nos Ibisigo. Ni rythme, ni rime, ni figuration,  qui caractérisent la  poésie traditionnelle et déroutent  les non initiés. Il est étonnant que A. Kagame attribue à ces textes le qualificatif de poèmes. Dans ce même ordre d’idée, en indiquant  les extraits cités, nous utiliserons l’expression unités de la chaîne parlée au lieu du terme vers comme en poésie. La nature d’Ubwiru, qui est essentiellement pratique, ne permet pas un langage compliqué. Il consiste, en effet, à désigner : des personnes, des objets, des gestes et  des actes. La difficulté inévitable concerne le fait que   le texte parle des choses et des pratiques qui n’existent plus.

 

Terminons cette présentation générale en disant un mot sur l’authenticité du texte que nous allons citer. D’après le témoignage d’A. Kagame,   il n’y a eu qu’un seul texte original. Celui-ci lui fut dicté par ses détenteurs  en 1945, grâce à l’ordre du roi Mutara III qui les obligeait à passer outre l’interdit du secret.  Ainsi donc, tout autre texte ne peut-être que sa copie ou simplement  cet original obtenu d’une manière non déclarée. En remerciant les auteurs qui ont mis à la disposition du grand public ce texte, quels que soient son mode d’acquisition et  ses limites.  Alexis Kagame est mort sans publier le texte officiel. Pour le moment, faute d’avoir ce que nous aimons, aimons ce que nous avons. Au demeurant, la valeur globale de ce document  est parfaitement saisissable  dans l’état actuel de ce texte.

 

I.2.3 Les acteurs :

Cet aspect de notre  sujet est le plus difficile  à définir. Il concerne, grosso modo, 3 classes d’intervenants : les monarques, les Abiru et  les professionnels royaux.

 

I.2.3.1  Abami b’Inka = les Rois des vaches. En bref, il s’agit des porteurs des noms dynastiques Cyilima et Mutara. Ces rois ont de particularités dignes de remarque. 1°- Après leur décès, ils  passent une période de 4 règnes à Gaseke sous l’état de momie  avant leur inhumation définitive à Rutare. 2°-Dans les rites d’Ubwiru, ils sont invoqués comme les intercesseurs attitrés pour présenter à Imana les requêtes de la nation. 3°- Les deux rois sont responsables du Testament de succession au trône. Ils devaient confier le nom du futur roi à trois personnages nommés Abiru b’Ijambo. Le premier personnage devait être un chef d’armée puissant en prévision d’une éventuelle guerre de compétition. Le deuxième était d’office le Mwiru chef de la famille des Abatege descendant de Nyabutege, celui-ci  de Rubunga.

 

Toute cette famille, rappelons-le, appartenait au clan des Abasinga, lequel clan avait donné à la dynastie des Abanyiginya 10 reines-mères parmi les toutes premières. Le troisième est le chef de la famille des Abatsobe.

 

I.2.3.2  Abiru = les Conseillers du roi. On peut  en distinguer 3 groupes de familles. Abatsobe, Abene-nyabirungu, Abakono et Abakobwa. Les chefs patriarcaux de ces familles    avaient  des rôles  spécifiques à jouer dans les rites d’Ubwiru en rapport avec  une décision royale concernant un de leurs ancêtres. Voici, en résumé, l’historique de chacune de ces familles des grands Abiru.

 

-Abatsobe : Gihanga Ngomijana a eu  un fils nommé Rutsobe, né de sa concubine Nyirarutsobe. Alors que ses demi-frères recevaient des royaumes en héritage, Rutsobe reçut, pour lui et pour sa descendance, Abatsobe, la fonction sacerdotale pour le royaume. Leur chef de famille était  le personnage le plus élevé en dignité dans tout le pays après les souverains. Abatsobe sont d’office à la tête du Collège des Abiru dans toutes les supplications adressées à Imana pour bien gouverner le pays.

 

-Abene-nyabirungu : La tradition a retenu le nom d’un grand Umwiru de la dynastie des Abarenge nommé Rubunga. C’est ce personnage qui a introduit à la Cour de Gihanga l’usage du tambour comme emblème  de la dynastie. Pour ce faire, il a intronisé le tambour Rwoga  qui fut remplacé plus tard par Karinga. Cette substitution eut lieu  suite à la capture de ce premier lors de l’invasion du Rwanda par les Abanyabungo sous le règne de Ndahiro Cyamatare. Pour récompenser ce précieux apport, Rubunga reçut, pour lui et pour sa descendance, le privilège d’être le « grand Umwiru intronisateur ».

 

La descendance de Rubunga porte plusieurs noms. Le premier  est Abene-nyabirungu, nom utilisé  seulement dans le domaine d’Ubwiru. Le second est Abatege parce qu’ils descendaient de l’un de leurs ancêtres nommé Nyabutege, fils de Tegerangoma. Sous le règne de Ndahiro Cyamatare, celui-ci fut fait prisonnier par les Abanyabungo et emmené dans l’île Ijwi où il eut les doigts coupés. A l’avènement de Ruganzu Ndoli il put échapper de l’île et rejoindre le nouveau roi à Mata dans la province de Marangara. Le troisième est Abanyakabagari parce que le fief de cette famille se trouvait dans la province du Kabagari où ils constituaient une dynastie honoraire, avec leur tambour dynastique appelé Busarure. Le quatrième est Abakaraza : Il s’agit d’un groupe de cette même famille attaché spécialement au Tambour des audiences, Indamutsa. Ce groupe constituait la branche haut gradée de tous les tambourinaires de la Cour.

 

Abakono : Le nommé Nkima, du clan des Abakono, dont la dynastie régnait dans une région de l’actuelle Tanzanie, joua un rôle décisif dans le mariage de Nyanguge avec Cyilima I Rugwe. C’est de ce mariage que naquit le grand Mukobanya, intronisé sous le nom de Kigeli. Pour ce service, Nkima reçut la royauté honorifique sur l’enclave du Nyamweru. Ce groupe des Abakono fut intégré au Collège des Abiru, au troisième rang après Abene-nyabirungu. Leur fonction spécifique fut de s’occuper du rite de la fertilité des  cultures = Umuganura.

 

Abakobwa : Lorsque Ruganzu I Bwimba mourut martyr au Gisaka, le Rwanda fut gouverné par Cyenge, de la famille des Abakobwa, pendant la minorité du prince Rugwe. Dès que celui-ci atteignit la majorité d’âge, le Régent Cyenge lui céda dignement la place. Pour récompenser cette grandeur d’âme, la Cour lui conféra  ainsi qu’à sa descendance une primauté d’honneur sur tous les Abiru mais sans charge  spécifique.

 

 

 

  I.2.3.3 Les professionnels royaux :

En plus de  cette  catégorie des membres du Conseil de la Couronne, la Cour disposait d’une  autre classe de fonctionnaires spécialisés dans certains métiers utiles pour les rites d’Ubwiru. Pour donner une idée de ces spécialistes, voici quelques exemples :

 

  • Abo kwa Myaka = Les descendants de Myaka. Cette famille  habitait à Huro dans le Bumbogo. Elle avait un ancêtre légendaire nommé Gihe = le Temps, tandis  que leur ancêtre vraiment connu était Musana.
  • Ce lignage de cultivateurs était chargé de produire l’éleusine et le sorgho destinés aux cérémonies de la double fête des Prémices : Umurorano = la manducation de la pâte de l’éleusine et Umuganura = la manducation de la pâte du sorgho. Cette famille jouissait du privilège d’avoir une dynastie rituelle dont voici les noms de ses membres : Nyamurasa, Musana et Mumbogo.

-Abene-mpeka =  Les descendants de Mpeka. Ce personnage  était le   préfet du troupeau Insanga de Gihanga et intervenait dans le rite de la prospérité des bovidés = Inzira y’Ishora.

 

Abene-muhinda = Les descendants de Muhinda. Ce personnage fut le  célèbre  forgeron du Bugarura qui extrayait ses matériaux dans  la carrière de Mushongi pour la fabrication des marteaux royaux. Le chef de ces forgerons avait une fonction spécifique dans les rites d’Ubwiru où intervenaient ces marteaux.

 

– Abaroha  =  Les descendants de Ndoha. Un groupe de devins   chargés d’utiliser Icyuhagiro = l’aspersoir, soit pour bénir ou purifier, soit pour maudire ou chasser les malheurs du pays.

 

Abarembo = Les habitants de la région du Burembo entourant  le massif montagneux du Ndiza,  dans  le district actuel de Muhanga.

 

Ce groupe de ritualistes devait intervenir  dans les rites de régulation des pluies trop abondantes. En général, ce groupe était chargé depuis le roi Mibambwe II Gisanura d’éloigner du pays toutes sortes de calamités.

 

 

 

 

 

  1. LES 17 RITES D’UBWIRU

        —————————————-

 

 

  1. 1. PREAMBULE

 

Nous allons maintenant passer en revue le texte de ce vénérable document. Mais  avant cela, expliquons certains éléments de son  contenu. Commençons par le sens de ce terme  inzira. Le sens littéral  est chemin ou voie. Les auteurs cités traduisaient ce terme « Inzira » par ce deuxièmè mot de la traduction littérale. C’est ainsi que le livre que nous citons parle de 18 voies que contenait l’Ubwiru. Ces voies sont, en pratique, des procédures, à suivre dans les rites d’Ubwiru. Ces procédures sont ces différents rites eux-mêmes. Voilà pourquoi au mot inzira, nous donnons une traduction réelle et contextuelle  qui est le vocable rite.

 

Parlons maintenant de ces différents rites. Le texte publié en contient 17 sur un total de 18. Celui qui manque est Inzira y’Amapfizi = le rite des Taureaux. Les titres de ces 17 textes sont probablement traditionnels. Ils n’ont, évidement pas, étaient crées au même moment. Par example la dénomination d’Inzira ya Rukungugu date du temps de Yuhi IV Gahindiro. Compte tenu de notre objectif, nous allons donner une liste thématique de ces textes. Après le schéma global, nous passerons en revue les différents extraits. Nous signalons que la numérotation des différentes propositions (vers) du  texte de référence a été maintenue pour permettre de retrouver les passages omis.

 

L’ensemble des extraits que nous présentons ici est un texte qui indique le contenu substantiel de chaque rite. Somme toute, on ne perd pas grand-chose pour l’intelligence du document en se contentant d’un résumé qui ne sacrifie que les détails ou les nombreuses répétitions.

 

Terminons  par trois avertissements pour celui qui aura devant les yeux les 3 textes : l’original de Kagame, la copie  publiée par d’Hertefelt et Coupez et le texte que nous allons produire. C’est  ici que se situent les écarts entre l’original  et les copies. Ne disposant que de la copie de nos auteurs, voici ce que nous entendons faire : 1°- Pour plusieurs raisons longues à exposer ici, nous préférons donner notre traduction française. La comparaison des deux traductions  montre leurs écarts et permet de deviner, les raisons qui les fondent. 2°- Dans certains passages, nous modifions le texte rwandais de référence, lorsque nous sommes en face d’une erreur certaine pour nous. Le passage de substitution est noté en italiques. Ce faisant, nous avons l’intention de reconstituer l’original en nous basant sur le sens contextuel. Pour celui qui dispose de cet original, il lui est possible d’apprécier cet effort de reconstitution du texte authentique. 3°- Toutes les fautes patentes, de quelque nature que ce soit, ont été corrigées sans autres commentaires qui exigeraient une liste des errata.

 

 

  1. 2. LA LISTE THEMATIQUE DES RITES 

 

 

1°- Inzira z’Ubukungu = Les rites  économiques :

 

  1. Inzira ya Rukungugu = Le rite contre la sécheresse
  2. Inzira ya Kivu = Le rite contre l’inondation
  3. Inzira y’Inzuki = Le rite contre l’improductivité des ruches
  4. Inzira y’Umuhigo = Le rite pour le succès de la chasse
  5. Inzira ya Muhekenyi = Le rite contre la peste bovine
  6. Inzira y’Ishora = le rite pour la prospérité des bovidés
  7. Inzira y’Umuganura = Le rite pour la prospérité des cultures

 

2°- Inzira z’Umutekano = Les rites sécuritaires :

  1. Inzira y’Inteko = Le rite pour la victoire à la guerre offensive
  2. Inzira y’Inkiko = Le rite pour la victoire à la guerre défensive
  3. Inzira y’Urugomo = Le rite contre la compétition pour le trône
  4. Inzira y’Urwihisho = Le rite contre l’esprit revanchard d’un

       roi ennemi

  1. Inzira yo Kwasira = Le rite pour la décoration du tambour
  2. Inzira yo Kwambika = Le rite pour l’habillement du trophée

 

3°- Inzira z’Ubutegetsi = Les rites juridiques :

  1. Inzira y’Ubwimika = Le rite pour l’intronisation
  2. Inzira y’Ikirogoto = Le rite pour les obsèques royales
  3. Inzira ya Gicurasi = Le rite pour le deuil national
  4. Inzira y’Umuriro = Le rite pour le maintien du feu de

      pérennité

 

 

  1. INZIRA YA RUKUNGUGU

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Ce rite était destiné à faire tomber la pluie lorsque le pays subissait une longue  sécheresse.  Cette supplication  était adressée à Imana par le monarque en passant par la médiation de son ancêtre défunt Cyilima. Au total, ce rite  comprend 105 unités dont nous allons citer seulement 41. L’agriculture étant la principale source de revenu  économique du pays à cette époque, la sécheresse devait être  le souci majeur du roi. Le  rite  suivant s’occupera du fléau contraire à celui-ci, c’est-à-dire trop de pluies.

 

Ces 2 rites ressemblent étrangement aux processions des prières de rogations de la liturgie  catholique pour  demander  le beau temps.  Le Dieu de nos pères, qui est aussi celui des chrétiens, commande  et oriente souverainement les éléments du monde pour le bien de ceux qui l’implorent.

 

 

01   Iyo  Rukungugu yateye,  Aba ari amapfa…

04   Akarumbya imyaka yose.

05   Bakaraguriza umurwa

06   Wa Mujyejuru cyangwa  uwa  Buhimba…

09   Hamara kwuzura

10   Umwami akahabyukuruka…

12  Bagahamagara Umwene-nyabirungu…

18  Akabaza ingoma…

20  Igatahira  kwa-Cyilima…

  • 29 Bagatuma Umutsobe

30  Mu Rutagara rwa Kigali.

31  Akajya kwenda umukore

Uzabazwamwo umutima wa yo…

  • 37 Umwene-nyabirungu akaza

38  Agatera icyahi cyo mw’isembe…

41  Agasenga byose afatanije n’Umwami…

46  Bakazana ya mitima bakabuganiza…

48  Bati: iyi ni imitima

49 Umwami ahorana umutima…

75 Bagasenga ya ngoma

76 Bati: seka  Mutara (cg Cyilima)

77 Dore ingoma ya we Mivumbi.

78  Iguhe guhabura imvura…

igwe mu Rwanda…

80 Dore igicuba cy’umurinzi

81 Dore umwana w’Umutsobe

82 Ugiye kubyutsa imvura

83 Tsinda amapfa.

 

84 Umutsobe agahagurukana igicuba

85 Kiri mwo wa mukore…

87 Akabyutsa Bwera-mvura

88 Akabyutsa Ndoha

89 Akabyutsa Nyabihe

90 Akabyutsa Zina

91 Akabyutsa Nyamvura

92 Akabyutsa Rurenga-mpiso.

93 Ukwo azibyutsa ati: mbyukije imvura.

94 Agahindura n’igicuba

95 Na bya byuhagiro…

98 Bigatekeshwa ku gisasiro i Bwami

99 N’uko imvura ikagwa…

 

 

LE RITE  CONTRE  LA SECHERESSE

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01  Lorsque survient … la grande sécheresse …

04  Elle abîme toutes les récoltes.

05  On consulte les oracles divinatoires

pour choisir la Résidence des cérémonies,

06  Soit Mujyejuru soit Buhimba…

09  Lorsque  la construction est achevée,

10  Le roi s’y rend…

12  On fait venir un descendant de Nyabirungu…

18   Celui-ci façonne un tambour…

20  Qui vient siéger  chez Cyilima…

29  On dépêche un Tsobe

30  A Rutagara de Kigali

31  Pour aller chercher un bois d’umukore

avec lequel il fabriquera les cœurs du tambour…

37  Le descendant de Nyabirungu vient,

38  Etend la peau sur le petit bout du tambour…

 

41 Et prononce les formules rituelles …

en même temps que le roi…

46 Ils apportent lesdits cœurs  et les  déposent

à l’intérieur du tambour… en disant :

48  « Voici des cœurs,

49  Puisse le roi avoir  toujours du cœur…

75  On récite les formules rituelles  sur ledit tambour

en disant :

76  « Sois favorable, Mutara (ou Cyilima).

77  Voici ton tambour Mivumbi.

78  Puisse-t-il t’accorder de ramener la pluie

79  Que la pluie tombe au Rwanda.

80  Voici un pot à lait en bois d’umurinzi.

81  Voici  un Tsobe

82  Qui va réveiller la pluie,

83  Eloigne la sécheresse.

84  Le Tsobe part avec le pot à lait

85  Contenant le dit  bois d’umukore…

87 Le Tsobe  réveille Bwera-mvura,

88 Il réveille Ndoha,

89 Il réveille Nyabihe,

90 Il réveille Zina,

91 Il réveille Nyamvura,

92 Il réveille Rurenga-mpiso.

93 Il  les réveille en disant : Je réveille la pluie.

94 Il ramène le pot à lait

95  Et les dits aspersoirs…

98 On les dépose dans une chambre du palais royal

99 Ainsi la pluie tombe à nouveau.

II.  INZIRA YA KIVU

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Ce rite était pratiqué pour demander le soleil  lorsqu’une trop grande quantité de pluie menaçait de compromettre la récolte. Cette  supplication était adressée à Imana par  la médiation d’un défunt des rois honoraires du clan des Abakono de Nyamweru.  Ce rite  totalise 98 unités dont nous citons 60.

 

 

01 Iyo Kivu yateye…

03 Ikarumbya imyaka…

06 Abaraguza … bajya kuraguriza

07 Yaba Nkima, yaba Cyabakanga yaba Butare…

08 Uwatsinda  ibyo muri bo :

09 Imana yera, bakajya kwubaka urugo

10 Kuri Nyirabwanacyambwe

11 Bagatumiza impfizi n’ingumba…,

12 N’inzoga y’inturire n’iy’ubuki.

13 Bagatumiza Abarembo…,

14 N’umutwakazi w’impenebere …

18 N’ihene…

19 Bigahagarara ku karubanda…

29 N’uko Umutsobe  agafata ingororero

30 Umwami agashyira  mu ziko…

31 Imbuto y’uburo n’inzoga

32 Ati: seka Mutara cyangwa Cyilima.

33 Ati : … tsinda Kivu.

34 Tsinda ikirumbo…

36 Ngabariya Abarembo n’impenebere

37 N’ihene y’agakara

38 Bijye gutsinda ikirumbo.

 

39 Umutsobe akabihagurukana.

40 Yagera i Nyamweru

41 Agasanga bashatse Rukara

42 Rwo mu Birayi.

43 Umukono agahaguruka n’umugeni

44 N’Umutsobe na bya bindi

45 No kuri Nyira-bwanacyambwe.

46  Muri rwa rugo akayobora

47 Bati seka Kanaka.

48 Dore impfizi Umwami aguhaye n’ingumba.

49 Dore inzoga y’ubuki n’iy’inturire

50 Ngo tsinda ikirumbo mu gihugu

51 Tsinda Kivu….

55 Mu gitondo bakazana

56 Ya mpfizi na ya ngumba.

57 Bakazana Rukara rwo mu Birayi

58 Bakayiha bya birumba-guzwa,

59 Bakabimurikira Mutara cyangwa Cyilima…

65 Umusinga akabihagurukana…

76 Bagera mu Gishamba ya mpfizi bakayica bayicuritse

77 Na wa mutwakazi na ya hene

78 Na za ntsiro z’Abarembo…

82 Abarembo bakagenda bavuga ngo:

83  Bene-Birangara barangaza amahaha

84 Amahanga agakendera…

86 I Burundi …

87 I Ndorwa …

88 I Bunyabungo, barara bacuramye.

89 Bakagaruka no kuri Nyira-bwanancyambwe

90 Bakahasanga icyuhagiro cya bo.

91 Bakagiha Umuroha uri ku gihe akabyegeranya.

92 Bagakoranya rubanda rudendeje aho.

93 Bakabuhagirira ku karubanda.

94 Abatware bakacyenda

95 N’uhingishiriza Ibwami.

 

96 Bakajya kwuhagira ibigega n’imirima.

97 N’uko Kivu igatsindwa

98 Imyaka ikera.

LE RITE  CONTRE  L’INONDATION

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01 Lorsque survient l’Inondation

03 Et qu’elle abîme la récolte…

06 Les devins consultent les oracles divinatoires pour savoir

07 Lequel de  Nkima, Cyabakanga ou Butare,

08 Peut écarter ce fléau.

09 Si l’oracle est positif, on bâtit une maison

10 A Nyira-bwanacyambwe.

11 On fait venir un taureau et une vache bréhaigne,

12 On fait venir la bière de sorgho miellée et de l’hydromel,

13 On fait venir des Abarembo …,

14 Et une Twakazi aux seins non développés …

18 Ainsi qu’une chèvre noire.

19 Le tout est exposé sur la place publique…

29 Puis le Tsobe prend le redresseur

30 Et le roi jette dans le feu

31 Les graines d’éleusine et une goûte de  boisson  en disant :

32 Sois favorable Mutara (ou Cyilima).

33 Eloigne… l’inondation,

34 Eloigne l’improductivité…

36 Voici des Abarembo, une Twakazi aux seins non développés

37 Et une chèvre noire,

38 Qui  viennent éloigner  l’improductivité.

39 Un Tsobe  les emporte.

40 Quand il arrive à Nyamweru,

41 Il y trouve le Taureau noir

42 Du troupeau des Cendrées.

43 Le Kono s’en va avec une promise,

44 Et  un Tsobe et les objets préparés

45 Jusque dans la maison de  Nyira-bwanacyambwe.

46 Arrivé là, l’on prit  en ces termes :

47 Sois favorable, Mutara (ou Cyilima):

48 Voici le taureau que  t’offre  le roi ainsi que la vache bréhaigne.

49 Voici de l’hydromel et de la bière  miellée.

50 Il te prit d’éloigner  l’improductivité des récoltes…

51 D’éloigner l’inondation…

55 Le lendemain matin, on amène

56 Le  taureau et la  vache bréhaigne.

57 On amène le Taureau noir du troupeau des Cendrées

58 On lui fait manger  le maigre fruit récolté…

59 On les présente à Mutara (ou Cyilima)…

65 Un singa les emporte avec lui…

76 Quand ils arrivent dans le Gishamba, ils  tuent le taureau

en le disposant  la tête en bas

77 Subissent le même sort la  Twakazi, la chèvre noire

78 Et les maléfices des Abarembo…

82 Ceux-ci  marchent en chantant :

83 Que les descendants de Birangara aient  leurs poumons à nu,

84 Que les nations  étrangères disparaissent…

86 Qu’au Burundi…,

87 Au  Ndorwa…,

88 Et au Bunyabungo, les gens passent la nuit la tête en bas.

89 Revenant  à  Nyira-bwanacyambwe,

90 Ils y retrouvent leur aspersoir.

91 Le  Roha de service met ensemble tous ces  objets utilisés.

92 Puis on rassemble les gens dispersés dans les environs

93 Et on les purifie sur la place publique.

94 Les chefs emportent  l’aspersoir,

95 L’intendant des cultures de la Cour fait de même.

96 Ils s’en vont purifier les greniers et les champs.

97 Ainsi l’Inondation est vaincue

98 Et  la récolte arrive à maturité.

III. INZIRA  Y’INZUKI
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    Ce rite  était célébré   toutes les fois  que les abeilles, au lieu de produire du  miel, multipliaient de nouveaux essaims. Le miel servait dans les boissons  d’hommes riches mais surtout dans presque toutes les cérémonies rituelles de la Cour. L’Intercesseur auprès d’Imana était Gihanga lui-même, avec son antique apiculteur Mirembe. Ce rite  totalise 95 unités dont nous citons 36. Ce rite  ressemble au N°-10. Les deux utilisent le terme urugomo pour parler la lutte pour le pouvoir royal. Il s’agit de plusieurs reines dans la même ruche ou de plusieurs princes pour le même trône.
    01 Iyo inzuki zabyaye urugomo,

02 Zifubika nabi,

03 Imizinga ikaba yarumbye.

04 Bagahamagaza abaraguza b’Abiru

05 Bakaraguriza umukurambere uzabigaba wese…

38 Bagatumiza amazi ya Kigombe…

41 Umwami akajya i Kambere

    42 Umutsobe akazana imbuto y’uburo n’ingororero

43 Agatangira  ati: seka Kanaka

44 Ngiyi inzoga ya Gihanga ngutuye

45 Ngiyi ingoma ye…

50 Umutsobe agahagurukana

51 Izo nzoga n’izo nka

52 Umunya-kabagari agahagurukana ingoma

53 Bakajya i Buhanga

54 Bagasanga urugo rwaruzuye

55 Bati: seka Gihanga…

 

 

61 Ngicyi icyuhagiro kiri mwo amazi

62 Ya Kigombe n’aya Nyamvura

63 Mu gicuba cy’umuganza

    64 Cyuhagira imizinga.

65 Tsinda urugomo rw’inzuki…

74 Umwene-nyabirungu akagaruka i Bwami.

75 Umutsobe akajya ku Rutare rw’inzuki

76 Bagasanga barubatse urugo.

77 Uwo kwa Mirembe yarahaje n’umugore we

78 Bati: seka Mirembe

79 Ngiyi inzoga y’ubuki

80 Umwami akwoherereje…

89 Icyuhagiro bakacyuhagiza

90 Urutare rw’inzuki

91 Kikagaruka i Bwami kigaterana n’icyaho

92 Bakakigaburira Abatware bose

93 Ngo bajye kwuhagira inzuki.

94 Ugira imizinga akenda icyuhagiro.

95 Nukwo inzuki zikera ubuki bukarumbuka.

 

LE RITE CONTRE  LA STERILITE  DES RUCHES

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01 Lorsque les abeilles fabriquent trop de reines

02 Elles ne produisent pas assez  de miel,

03 Ainsi  les ruches deviennent stériles.

04 On fait venir les  devins de la Cour

05 Pour connaître l’ancêtre qui pourra conjurer ce malheur…

38 On fait chercher de l’eau de Kigombe…

41 Le roi vient dans la salle des audiences.

42 Un Mutsobe  apporte les  graines de l’éleusine et

l’ingororero.

43  Il se met à supplier en ces termes : Sois favorable  Tel.

 

44  Voici la boisson  de Gihanga que je t’offre,

45 Voici  son Tambour royal …

50 Le Mutsobe s’en va

51 Avec ces boissons et ces vaches.

52 Umunyakabagari  s’en va  aussi avec le Tambour.

53 Les deux délégations se rendent au Buhanga

54 Et, y trouvant une maison achevée,

55 Se mettent à  supplier en ces termes : sois-nous favorable,

Gihanga !…

61Voici un aspersoir rempli  d’eau

62 De Kigombe  et  de Nyamvura

63 Puisée dans un pot  en bois d’umuganza

64 Pour purifier  les ruches.

65 Mets fin à la  rébellion des abeilles,…

74 Le descendant de Nyabirungu revient à la Cour.

75 Le Mutsobe se rend  au rocher des abeilles.

76 Il y trouve une maison  achevée,

77 Ainsi que  le descendant de Mirembe  avec sa femme.

78 Ils se mettent à supplier en ces termes: sois-nous  favorable,

Mirembe.

79 Voici l’hydromel

80 Que le roi t’envoie…

89 Avec l’aspersoir,

90 On purifie le rocher des abeilles.

91 L’aspersoir est ramené  à la Cour et rejoint celui qui s’y

trouve déjà.

92 On le distribue à  tous les chefs

93 Pour qu’ils aillent purifier  les abeilles.

94 Tous ceux qui ont des ruches  emportent  un aspersoir.

95 Ainsi les abeilles fructifient  et le miel devient abondant.

IV. INZIRA Y’UMUHIGO

—————————————

  • Ce rite a pour but de procurer le succès à la chasse. Le roi du Rwanda était  d’office chasseur, en souvenir de Gihanga, le fondateur de la dynastie. Après son intronisation, chaque Monarque devait organiser  une première sortie de chasse rituelle selon un  cérémonial particulier, décrit dans le texte de ce rite. Selon ce rite, les rois de la ceinture, Kigeli ou Mibambwe, servaient d’intermédiaires auprès d’Imana pour assurer le succès de cette première  chasse royale. En dehors de ce rite, la chasse était un sport très apprécié. Egalement, elle mêlait l’utile à l’agréable  en fournissant des peaux d’animaux recherchées à la Cour. Ce rite  totalise 88 unités dont nous  citons   
  • 01 Iyo Umwami ashaka guhiga

02 Baraguriza umuhigo.

03 Bakaraguriza mu Bami b’umushumi

04 Ari Mibambwe ari Kigeli.

05 Uwo abaraguza b’Abiru bereje

06 Bakaraguriza Umurwa azagabira ho.

07 Bakawubaka ho urugo rw’icyuzuriraho.

08 Bamara kurwuzuza

09 Umwami akawuzaho akayobora…

15 Ingoma ikajya kwa Cyilima.

16 Bwacya mu gitondo

17 Akayishyira imbere y’iziko

18 Agasetsa ati : seka Kanaka.

19 Ngiyi ingoma Rugiramusango

20 N’iki ni igikondo gifatira inyamaswa.

21 Rugiramusango ikajya ku Karubanda.

 

22 Umunyakabagari akayiha umurishyo

23 Ati : tugambiriye umuhigo…

28 Bwacya mu gitondo

29 Umwami akenda Ntsinz-umusazi

30 N’amacumu manini…

31 Agahaguruka.

32 Bakubaka iraro kw’ishyamba.

33 Akajya mu rugo akarara.

34 Yabamburwa bagacanira,

35 Bagacaniza imikenya.

36 Bagahaguruka bakajya mw’igabiro.

37 Bakavuna umukenya

38 Ati : nkenye ingore,

39 Nkenye ingabo…

46 Umwami yamara kugwiza…

58 Akajya mu rugo,

59 Umuhigo ugahagarara ku Karubanda.

60 Yagera mu rugo

61 Agaherezwa inyundo n’ubushingo…

72 Umwami agahaguruka

73 Akajya gucyura umuhigo.

75 Yakira  rya cumu na wa mwambi by’umuhigo.

76 Abahigi bakirahira,

77 Abavuna-ngoma bagatera urukomo…

80 Bakarara inkera y’umuhigo.

81 Umwami akakira umuhigo.

82 Bwacya mu gitondo

83 Akagabura imiranzi y’ikiramuro…

 

LE RITE  POUR LE SUCCES A  LA CHASSE

  ———————————————————–

  • 01 Lorsque le roi veut aller à la chasse,
  • 02 Il fait  consulter les devins
  • 03 Pour savoir lequel des rois de la ceinture
  • 04 Conduira la chasse,
  • 05  Soit Mibambwe, soit Kigeli.
  • 06 On consulte les oracles divinatoires pour connaître la
  • Résidence qui présidera à la chasse.
  • 07 On y construit une maison  en un
  • 08 Une fois   achevée,
  • 09 Le roi  vient l’habiter et dirige les opérations à partir de là…
  • 15 Puis le tambour de la chasse est placé  chez Cyilima.
  • 16 Le lendemain matin,
  • 17 Le roi se met devant le feu
  • 18 Et dit : sois favorable
  • 19 Voici le tambour Rugiramusango,
  • 20 Ainsi que ce  piège qui attrape le gibier
  • 21 Rugiramusango,  est mis sur la place
  • 22 Umunyakabagari  lui donne un coup de baguette
  • 23 En proclamant : allons à la chasse…
  • 28 Le lendemain matin,
  • 29 Le roi prend la lance Ntsinzumusazi
  • 30 Avec de grosses javelines,
  • 31 Et se met en route.
  • 32 Il se fait construire  un gîte  dans la forêt,
  • 33 Où  il passe la nuit.
  • 34 A son réveil, on allume un feu.
  • 35 On l’allume avec l’herbe dite
  • 36 De là, on se rend au  site de la chasse.
  • 37 Le roi procède au rite de casser  le bois dit umukenya
  • 38 En disant : je casse  le gibier  femelle,
  • 39 Je casse le gibier mâle…
  • 46 Lorsque  le roi a ramassé assez de gibiers …
  • 58 Il retourne à la maison.
  • 59 Les chasseurs se rassemblent devant la maison.
  • 60 Arrivé à l’intérieur de la maison,
  • 61 Le roi  reçoit le marteau et le briquet…
  • 72 Finalement, le roi se lève
  • 73 Et va clôturer le rite de la chasse…
  • 75 En  recevant la javeline et la flèche comme instruments de la
  • 76 Les chasseurs proclament leurs hauts faits.
  • 77 Les tambourinaires  entonnent le chant de la levée du
  • gibier…
  • 80 Toute la nuit se passe en veillée de chasse.
  • 81 Ainsi le roi célèbre la fin de la chasse.
  • 82 Le lendemain matin,
  • 83 Le roi  distribue les restes de la chasse …

 

 

  • INZIRA YA MUHEKENYI
  • ——————————————
  • Ce rite a pour but de conjurer   la peste bovine. Il était exécuté toutes les fois que cette peste sévissait dans le pays. Le terme Muhekenyi, du verbe guhekenya = ronger, a le sens vague de toutes les maladies qui rongent le bétail. Nous la traduisons par peste pour faire court. Ce rite  est le plus bref  de tous et ne totalise que  74 unités dont nous citons 39.
  • 01 Iyo Muhekenyi yateye mu Rwanda
  • 02 Bahamagara Umwene-nyabirungu
  • 03 Akajya  i Rwene rwa Ngabira,
  • 04 Akaramvura ingoma y’umutaranza.
  • 05 Igacyurwa n’izindi ngoma
  • 06 Ku kiraro cy’Umunyakabagari…
  • 11 Bakayiremera kwa-Cyilima…
  • 14 Imfizi yo mu Ndwanyi ikayisiga.
  • 15 Bagatumiza urutsiro
  • 16 Rwo mu Bacumbi …
  • 19 Bagatumira umuguta wa Muhekenyi.
  • 20 Bagatumira impenebere y’Umutwakazi…
  • 22 N’ihene yo mu Barembo y’agakara…
  • 31 Bakazana imbuto y’uburo ku nkoko…
  • 33 Umwami agasetsa bati : seka Kanaka…
  • 35 Tsinda Muhekenyi…
  • 38 Ni wowe Mwami w’inka…
  • 41 Dore urutsiro rw’Umucumbi.
  • 42 Dore n’Umutwakazi.
  • 43 Nguyu Umucumbi ajyanye urutsiro
  • 44 Ajye kwohera muhekenyi ku Gishamba.
  • 52 Bakajya kwohera n’Umutwakazi
  • 53 N’uruhu n’urutsiro
  • 54 Ku Gishamba cy’i Karagwe.
  • 55 Bahindukira Umuroha akabatega
  • 56 N’icyuhagiro…
  • 57 Ya ngoma ikajya ku Karubanda.
  • 58 Umutsobe akayiha umurishyo
  • 59 Ati: Rubanda nimufukure amariba
  • 60 Y’inka n’ay’abantu.
  • 61 Utazafukura iyi ngoma iramuciye.
  • 62 Icyuhagiro kibanza kuhagira
  • 63 Rubanda ruri aho ku Karubanda.
  • 64 Bakagikwiza Abatware
  • 65 Bakajya kwuhagira inka…
  • 71 Ya ngoma igasigwa
  • 72 Ikajishwa kwa-Cyilima
  • 73 Ni yo Rugwiza-migisha.
  • 74 Muhekenyi igacika.
  • LE RITE CONTRE   LA PESTE BOVINE
  • ——————————————————-
  • 01 Lorsque la peste attaque le bétail du Rwanda,
  • 02 On fait venir  le descendant de Nyabirungu
  • 03 Pour aller à Rwene de Ngabira
  • 04 Pour y tailler un tambour en bois d’umutaranza.
  • 05 Accompagné par d’autres tambours,
  • 06 Ce tambour est déposé au gîte d’Umunyakabagari…
  • 11 Arrivé chez Cyilima, il est  couvert  de peau …
  • 14 Et il est enduit du sang du taureau des Indwanyi.
  • 15 On fait venir  de chez les Abacumbi
  • 16 « Un talisman conjurateur des malheurs » …
  • 19 On fait venir  la peau d’une vache morte de cette
  • 20 On fait venir Umutwakazi  aux  seins non développés…
  • 22 Et une chèvre noire de chez les Abarembo…
  • 31 On apporte des graines  de l’éleusine sur un van…
  • 33 Le roi les jette dans le feu en disant :
  • sois-nous favorable,
  •  35 Eloigne la peste bovine…
  • 38 O toi,  roi pasteur…
  • 41 Voici « le talisman conjurateur des malheurs »,
  • 42 Voici Umutwakazi
  • 43 Et un  Umucumbi qui porte ce talisman.
  • 44 Il va jeter cette  peste dans le Gishamba…
  • 52 Puis  on relègue dans le Gishamba  de Karagwe
  • 53 Umutwakazi, la peau
  • 54 Et le talisman.
  • 55 A leur retour,   Umuroha les attend
  • 56 Avec l’aspersoir…
  • 57 Le  Tambour est placé  sur la place publique.
  • 58 Alors le Mutsobe lui donne un coup de  baguette en disant :
  • 59 Peuple rwandais, creusez les fontaines
  • 60 Pour les vaches et pour les hommes.
  • 61 Celui qui ne le fait pas, est banni par le Tambour.
  • 62 Avec l’aspersoir, Umuroha purifie d’abord le peuple
  • 63 Massé sur la place publique.
  • 64 Puis on le distribue à tous les chefs
  • 65 Qui vont purifier  leurs vaches…
  • 71 Le Tambour est enduit de sang
  • 72 Puis déposé chez Cyilima.
  • 73 Il devient ainsi « le porteur- des- bénédictions ».
  • 74 Ceci étant, la peste bovine disparaît dans le pays.
  • INZIRA Y’ISHORA
  • ————————————–
  • Ce rite était  destiné à promouvoir la prospérité des bovidés. Il ne s’accomplissait qu’une fois tous les 4 règnes, étant donné qu’il était réservé aux rois porteurs des  noms  Mutara et Cyilima. Ce rite était le plus long parce qu’il comprenait également le renouvellement des insignes royaux comme les marteaux et les tambours. Il compte en effet  252 unités dont nous allons citer 163. 
  • 0001 Abami b’inka ni babiri :
  • 0002 Ni Mutara na Cyilima.
  • 0003 Imirwa ya bo ni ibiri :
  • 0004 Ni Bumbogo na Nyundo.
  • 0005 Imirwa y’amapfizi ni ine :
  • 0006 Ni Gisanze na Muganzacyaro
  • 0007 Na Ruyumba rwa  Matovu
  • 0008 Na Rubona rwa Kagina.
  • 0009 Ikibariro cyo gushora cyaza
  • 0010 Abaraguza b’Abiru bagahaguruka,
  • 0011 Bakaraguriza imirwa y’amapfizi
  • 0012 Yose uko ari ine.
  • 0013 Uwerewe bakawutanga ho ibibanza…
  •       0015 Ingo zamara kwuzura,
  • 0016 Umwana w’Umutsobe akaza
  • 0017 Agahagurutsa amapfizi kwa Cyilima,
  • 0018 N’ingoma z’imivugo
  • 0019 N’Abasizi
  • 0020 N’Abasengo n’Impara
  • 0021 N’Abaja ba gakondo…
  • 0023 Yagera kuri wa murwa
  • 0024 Akahabikirirwa kabiri, akahabamburirwa kabiri.
  • 0025 Ingoma zikagaruka i Bwami.
  • 0026 Amapfizi agahangariza aho.
  • 0027 Akajya azanwa n’Umuganura
  • 0028 No gukura Gicurasi…
  • 0030 Ni uko bunguka umurwa…
  •     0033 Abaraguza b’Abiru bagahaguruka
  • 0034 Bakajya kuraguriza Bumbogo na Nyundo
  • 0035 Uwerewe bakawutanga ho ibibanza…
  • 0037 Ingo zamara kwuzura…
  • 0047 Umwami agahaguruka.
  • 0048 Yagera kuri wa murwa ku Karubanda
  • 0049 Akenda ubushingo, akenda Rwamutara.
  • 0050 Abiru b’abanyakambere bakenda inyundo…
  • 0051 Bakamujya imbere
  • 0052 N’ikambere mu nzu.
  • 0053 Akicara ku ntebe y’inteko…
  • 0112 Ibyuma bikagaruka i Bwami
  • 0113 Bakabiha Umwene-fkati.
  • 0114 Akajya i Mwurire wa Muhima.
  • 0115 Akaharamvura ibicuba munani…
  • 0120 Bikaza ku kiraro cy’Umunyakabagari
  • 0121 Bagatumiza imfizi yo mu Nyubahiro…
  • 0126 Ikazavamwo umuguta…
  • 0127 Umwami aziyorosera mu ibuga…
  • 0203 Imirimo ikaba irangiye…
  • 0254 Bagera ku murwa wa Kigali.
  • 0255 Bakarara kwa Kanyantama ka Biradutse
  • 0256 Wa Mutsobe mukuru uzasenga
  • 0257 Akarara aciye icyuhagiro…
  • 0258 Akazinduka akarahura umuriro
  •  0259 W’ibicaniro bibiri.
  • 0260 Yagera ku Murama …
  • 0261 Akenda ya suka akugurura
  • 0262 Agafukura akagira kane…
  • 0267 Bagacanira ibicaniro bibiri…
  • 0268 Icy’inka n’icy’umurama.
  • 0269 Za nka zigataha na za ntama.
  • 0270 Agakama Umutsobe…
  • 0273 Bakazana ya mata bakayatereka aho…
  • 0278 Wa Mutsobe mukuru agapfukama
  • 0279 Ati: gahorane Imana
  • 0280 Tuje kwenda imitima y’ingoma…
  • 0385 Bukeye Umwami akazinduka kare…
  • 0394 Akajya imbere y’uruganda
  • 0395 Akajya kuri Nyarushara
  • 0396 Akabyirura akagira kane…
  • 0401 Akajya kuri Nyamigisha.
  • 0402 Bakabikurikiranyaho
  • 0403 Akajya kuri Mpetey-inka
  • 0404 Bakabikurikiranyaho batyo.
  • 0405 Akajya kuri Nshinj-amahugu.
  • 0406 Bakabikurikiranyaho batyo.
  • 0407 Akajya kuri Nunguy-Urwanda.
  • 0408 Bakabikurikiranyaho batyo.
  • 0409 Akajya kuri Nyamvura
  • 0410 Bakabikurikiranyaho batyo…
  • 0480 Bagahagarika Karinga bakayirebamwo.
  • 0481 Basanga yarariboye
  • 0482 Iyo ku Cyungo ikayijya imbere…
  • 0486 Bagahagarika Cyimumugizi bakayireba.
  • 0487 Basanga yarariboye
  • 0488 Imwe yo mu Ndoha ikayijya imbere…
  • 0492 Bagahagarika Mpatsibihugu bakayireba.
  • 0493 Basanga yarariboye
  • 0494 Iyo mu Ndoha ikayijya imbere…
  • 0498 Bagahagarika Kiragutse bakayireba.
  • 0499 Basanga yarariboye
  • 0500 Iyo mu Gipfuna ikayijya imbere…
  • 0541 Umwami n’Umunya-kabagari
  • 0542 Bakenda imitima ya Karinga
  • 0543 Bagafatanya bakabuganiza
  • 0544 Bati: iyi n’imitima y’ingoma,
  • 0545 Umwami ahorana umutima…
  • 0550 U Rwanda rwose ruhorana umutima…
  • 0600 Ubwo rero twimirije umwaka imbere
  • 0601 Ukwezi ni Ukwakira…
  • 0603 Umupfumu uri ku cyuhagiro ni Umuroha.
  • 0604 Inyundo zirarira ni imiyobora.
  • 0605 Izindi ziri mu rwari kwa-Cyilima.
  • 0606 Umwami araherezwa mu gitondo.
  • 0607 Akaramukirizwa aho ashakiye.
  • 0608 Agaherezwa nimunsi
  • 0609 Akibikirira aho ashakiye.
  • 0610 Umurishyo ubikira ni ibihubi
  • 0611 Umurishyo ubambura ni ibihugu
  • 0612 Ubwo ingoma zose z’i Rwanda zikaremwa…
  • 0685 Bwacya mu gitondo
  • 0686 Zigasubira kwa-Cyilima, kwa-Mutara se.
  • 0687 Agahaguruka Umwana w’Umwami uzima.
  • 0688 Agahagurukana n’uw’Umutsobe.
  • 0689 Niho Abiru bose
  • 0690 Bamenya Umwana w’Umwami uzima.
  • 0691 Ubundi aba azwi n’umuntu umwe
  • 0692 Cyangwa babiri babibwiwe na se…
  • 0703 Umutsobe akajya kuvoma kuri Kabuye.
  • 0704 Akamanukana na Gakondo n’Abariza.
  • 0705 Akugurura kuri Rweza-ngoro
  • 0706 Gakondo igafukura
  • 0707 Iriba ryamara kwera
  • 0708 Bakarima amasinde bakubaka iraro…
  • 0784 Indagano yasohora rero,
  • 0785 Mutara agahaguruka…
  • 0928 Umutsobe akenda igicuba n’umuriro,
  • 0929 Akajya imbere y’Umwami.
  • 0930 Yagera mw’ibuga kuri Rweza-ngoro,
  • 0931 Umwami akajya mw’iriba.
  • 0932 Agatera igicuba akagiha Umutsobe…
  • 0936 Bagatera ibicuba bakagira umunani
  • 0937 Icya cyenda Umwami akagikukana…
  • 0939 Umwami ntasubire mw’iriba…
  • 0944 Amazi yamara kwuzura,
  • 0945 Umwana w’Umwami uzima
  • 0946 Akenda za nkoni za bya bizinzo
  • 0947 Akajya gushoza inka.
  • 0948 Abiru bakuru bahasigaye
  • 0949 Bagacaniza za nkuyo mw’ibuga.
  • 0950 Wa Mwana rero agashoza inka.
  • 0951 Zikaza ari umunani
  • 0952 Ziri mwo impfizi ya cyenda.
  • 0953 Akaza mw’isibo ya mbere.
  • 0954 Yajya kwegera ikibumbiro,
  • 0955 Agaca haruguru y’inzira.
  • 0956 Za nkoni na bya bizinzo
  • 0957 Akabihereza Umwami.
  • 0958 Uwo mwana w’Umwami akitegereza  inka ze
  • 0959 Kuko atazazuhira,
  • 0960 Aba azima ari Kigeli.
  • 0961 Igashoka impfizi ya Mutara…
  • 0972 Umutsobe akenda igicuba n’amasuka bagakuka.
  • 0973 Yagera imuhira
  • 0974 Agasanga ba bageni ukwo bacunze
  • 0975 Amasoro ya bo bayashyize mu gicuba
  • 0976 Cya nyina w’uzima.
  • 0977 Umwami akicara ku ntebe y’inteko.
  • 0978 Umutsobe akamuhereza ikibibiro,
  • 0979 Akamuhereza n’amasuka,
  • 0980 Akamuhereza n’igicuba.
  • 0981 Inyubahiro zigataha zikabyukuruka.
  • 0982 Umuheka agakama akaremya amata.
  •   0983 Umwami akayakamira ho akuzuza ati:
  • 0984 Inka zuzura mu Rwanda,
  • 0985 Amata yuzura mu Rwanda…
  • 0987 Umwami akinjira mu nzu na ya mata,
  • 0988 Akicara akanywa inka ze.
  • 0989 Agakora kuri bwa burezi na ya soro
  • 0990 Akarabana n’umugore akakira.
  • 0991 Agasohoka ubwo ajya hanze.
  • 0992 Mushiki we w’imuhana akamuha impundu…
  • 1063 Bwacya akajya guheta…
  • 1070 Bakadahira amazi akuzura,
  • 1071 Igashoka impfizi ya Mutara.
  • 1072 Igashoka impfizi y’Abatsobe…
  • 1242  Ibirori byarangira i Bwami,
  • 1243 Ingoma zigasubira i Muganza.
  • 1244 Amapfizi agasubira i Karama…
  • 1250 Imize igacika mu gihugu.
  • 1251 Umwami akagira ubujyeri…
  • LE RITE POUR LA PROSPERITE DES BOVIDES 
  • ——————————————————————
  • 0001 Les rois des vaches sont à deux :
  • 0002 C’est  Mutara et Cyilima.
  • 0003 Leurs résidences sont à deux :
  • 0004 C’est Bumbogo et Nyundo.
  • 0005 Les résidences des taureaux sont à quatre :
  • 0006 C’est Gisanze, Muganzacyaro,
  • 0007 Ruyumba de Matovu,
  • 0008 Et Rubona de Kagina.
  • 0009 Lorsque vint le temps de conduire
  • les bovidés à l’abreuvoir,
  • 0010 Les devins de la Cour se mettent au travail.
  • 0011 Ils consultent les oracles
  • 0012 Pour connaître laquelle des quatre
  • résidences des taureaux
  • 0013 Est favorable aux constructions souhaitées…
  • 0015 Quand les maisons sont achevées,
  • 0016 Arrive alors le ritualiste Umutsobe.
  • 0017 Il fait  partir les taureaux
  • 0018 De chez Cyilima
  • 0019 Avec les tambours rythmiques et les poètes,
  • 0020 Avec les Abasengo,  les Impara
  • 0021 Avec les servantes traditionnelles…
  • 0023 Arrivé à la nouvelle résidence,
  • 0024 Il  y demeure  deux nuits et deux journées.
  • 0025 Alors les tambours reviennent à la Cour.
  • 0026 Les taureaux demeurent  en permanence en ce lieu.
  • 0027 Ils ne le quittent que pour venir
  • 0028 Aux fêtes  d’Umuganura et  de Gicurasi…
  • 0030 C’est ainsi qu’on construit une nouvelle résidence…
  • 0033 Les devins de la Cour se mettent en route
  • 0034 Pour aller consulter les oracles divinatoires
  • concernant Bumbogo et Nyundo
  • 0035 Sur celle qui est trouvée favorable, on indique
  • les emplacements des futures constructions…
  • 0037 Celles-ci, une fois achevés,
  • 0038 Le ritualiste Umutsobe vient chercher le roi…
  • 0047 Celui-ci se met en marche.
  • 0048 Arrivé à la place publique de la nouvelle résidence
  • 0049 Il reçoit le briquet-royal et la lance Rwamutara.
  • 0050 Les grands cérémoniaires des audiences prennent  les
  • 0051 Les fonctionnaires de la salle des réceptions marchent
  • à la tête de la procession.
  •  0052 Arrivée à la salle des audiences,
  • 0053 Il siège sur son trône royal…
  • 0112 Les outils en métal pour la construction sont
  • ramenés à la Cour
  • 0113 Ils sont remis au fonctionnaire attitré, un  descendant de
  • 0114 Celui-ci va à Mwurire de Muhima.
  • 0115 Et y taille huit  gros-pots-en-bois …
  • 0120 Ces objets sont amenés  au gîte d’Umunyakabagari.
  • 0121 On fait venir un taureau du troupeau Inyubahiro…
  •         0126 Sa peau servira de couverture…
  • 0127 Dont le roi se couvrira lorsqu’il se couchera
  • dans l’abreuvoir…
  • 0203 Ainsi se terminent les préparatifs…
  • 0254 Arrivés à Kigali, la Capitale,
  • 0255 Les fonctionnaires ritualistes passent la nuit chez
  • Kanyantama,  fils de Biradutse.
  • 0256 Umutsobe, le président de la cérémonie,
  • 0257 Prépare l’aspersoir la veille au soir…
  • 0258 Le lendemain tôt, il prépare du feu
  • 0259 Pour allumer deux foyers.
  • 0260 Arrivé à Murama, il y aménage un emplacement…
  • 0261 Avec une houe, il égalise la terre
  • 0262 Et creuse quatre trous…
  • 0267 On y allume deux feux :
  • 0268 L‘un pour les vaches et l’autre pour
  • le bois d’umurama.
  • 0269 Les vaches et les brebis sont amenées en ce lieu.
  • 0270 Umutsobe en fait la traite…
  • 0273 Le lait trait est amené et déposé là…
  • 0278 Le grand dignitaire Umutsobe se met
  • à genoux et prie en ces termes :
  • 0279 Imana soit toujours avec toi, ô Kigali.
  • 0280 Nous venons chercher les cœurs des tambours…
  • 0385 Le lendemain, le roi se lève tôt
  • 0386 Et installe une forge dans la cour arrière de la résidence
  • 0387 De Cyilima ou de Mutara.
  • 0388 Il prend la peau de mouton
  • 0389 Avec laquelle il actionne le soufflet quatre fois.
  • 0390 Il se fait relayer au soufflet par un descendant de
  • 0391 Celui-ci actionne quatre fois…
  • 0394 Le roi va devant le feu du soufflet.
  • 0395 Il s’approche du marteau Nyarushara
  • 0396 Et lui donne quatre coups de marteau de retouche…
  • 0401  Il va près du marteau  Nyamigisha,
  • 0402  Lui et ses auxiliaires répètent ce geste.
  • 0403  Il va près de Mpeteyinka,
  • 0404  Tous  répètent le même geste.
  • 0405 Il va près de Nshinjamahugu
  • 0406 Tous  répètent le même geste.
  • 0407 Il va près de Nunguyurwanda
  • 0408  Tous répètent le même geste.
  • 0409  Il va près de Nyamvura
  • 0410 Tous  répètent le même geste…
  • 0480 On met debout le tambour Karinga
  • et on examine son intérieur.
  • 0481 Si on trouve qu’il est fendillé,
  • 0482 On le remplace par celui de Cyungo…
  • 0486 On met debout  Cyimumugizi
  • et on examine son intérieur.
  • 0487 Si on trouve qu’il  est fendillé,
  • 0488 On le remplace par celui  de Ndoha…
  • 0492 On met debout Mpatsibihugu
  • et on examine son intérieur.
  • 0493 Si on trouve qu’il est  fendillé,
  • 0494 On le remplace par celui de  Ndoha…
  • 0498 On met debout  Kiragutse
  • et on examine son intérieur.
  • 0499 Si on trouve qu’il  est fendillé,
  • 0500 On le remplace par celui de Gipfuna…
  •         0541 Le roi et Umunyakabagari.
  • 0542 Prennent  les cœurs de bois
  • 0543 Les introduisent  à  l’intérieur du Karinga en disant :
  • 0544 Voici les cœurs du Tambour,
  • 0545 Que le roi ait  toujours du cœur…
  • 0546 Puissent les tambours du Rwanda
  • avoir toujours du cœur…
  • 0550 Puisse tout le Rwanda avoir toujours du cœur…
  • 0600 A présent, nous sommes au début  de l’année.
  • 0601 Nous sommes au moins d’Ukwakira (octobre)…
  •         0603 Le devin au service de l’aspersoir,
  • est un descendant de Ndoha.
  • 0604 Les marteaux qui montent la garde nocturne
  • sont les imiyobora.
  • 0605 Les autres sont gardés dans leur réserve chez Cyilima.
  • 0606 Le matin, le roi prend son petit déjeuner.
  • 0607 Il donne ensuite audiences à l’heure qui lui convient.
  • 0608 Le soir venu, il fait son dîner.
  • 0609 Après, il se met au lit à l’heure qui lui convient.
  • 0610 Le rythme de tambour pour marquer le coucher du roi
  • s’appelle ibihubi.
  • 0611 Le rythme de tambour pour marquer son  réveil
  • s’appelle ibihugu.
  • 0612 C’est en ce moment-là qu’est renouvelée la peau
  • qui couvre tous les tambours du Rwanda …
  • 0685 Le lendemain matin,
  • 0686 Les tambours retournent à leur place, soit chez Cyilima
  • soit chez Mutara.
  • 0687 C’est alors que s’en va l’héritier.
  • 0688 Il est accompagné par l’héritier de la dynastie
  • cultuelle des Abatsobe.
  • 0689 C’est par ce double geste que tous les Abiru
  • 0690 Connaissent l’héritier du royaume.
  •        0691 D’habitude, ce secret est connu par un seul
  • 0692 Ou deux hommes, auxquels son père l’a révélé …
  • 0703 Le fonctionnaire Umutsobe va chercher
  • de l’eau au Mont Kabuye.
  • 0704 Il descend avec les descendants de Gakondo et les
  • habitants d’Uburiza.
  • 0705 Il aménage un emplacement à Rwezangoro.
  • 0706 Les descendants de Gakondo creusent l’abreuvoir.
  • 0707 Lorsque celui-ci est achevé,
  • 0708 On enlève les herbes qui l’entourent
  • on le couvre d’une hutte…
  • 0784 Lorsque arrive le temps d’aller à l’abreuvoir,
  • 0785 Mutara se met en route…
  • 0929 Et marche devant le roi.
  • 0930 Arrivé à la fontaine de Rwezangoro,
  • 0931 Le roi descend dans l’abreuvoir.
  • 0932 Avec le gros-pot-en-bois, il puise de l’eau,
  • la verse dans l’abreuvoir et  passe ce pot au Mutsobe…
  • 0936 Huit fois encore, ils répètent ce geste.
  • 0937 Après  le neuvième tour,  le roi quitte l’abreuvoir avec
  • ce pot…
  • 0939 Et n’y retourne plus…
  • 0944 Lorsque l’abreuvoir est rempli d’eau,
  • 0945 L’héritier du royaume,
  • 0946 Muni de bâtons et des émouchoirs,
  • 0947 Va amener les vaches à l’abreuvoir.
  • 0948 Pendant ce temps, les grands Ritualistes de la Cour
  • 0949 Font du feu à l’abreuvoir avec les étrilles d’herbes.
  • 0950 C’est alors que l’héritier du trône
  • 0951 Mène à l’abreuvoir huit vaches,
  • 0952 Accompagnées de leur taureau.
  • 0953 Il accompagne le premier groupe.
  • 0954 Arrivé prés de l’abreuvoir,
  • 0955 Il rejoint le roi où il est assis
  • 0956 Et lui présente,
  • 0957 Les bâtons et les émouchoirs.
  • 0958 Le roi regarde attentivement  ses vaches,
  • 0959 Parce que son fils ne les lui présentera plus
  • 0960 Etant donné qu’il régnera sous le nom de Kigeli.
  • 0961 Vient boire le taureau de Mutara…
  • 0972 Umutsobe  prend le gros-pot-en-bois et les houes…
  • 0973 Arrivé au Palais,
  • 0974 Il trouve que les Promises
  • 0975 Ont rassemblé leur beurre dans le gros-pot-en-bois
  •    0976 De la mère de l’héritier du trône.
  • 0977 Alors le roi siège sur son trône.
  • 0978 Umutsobe lui présente le semoir,
  • 0979 Puis les houes,
  • 0980 Et enfin le gros-pot-en-bois.
  • 0981 Le troupeau d’Inyubahiro vient au Palais et défile
  • devant le roi.
  • 0982 Umuheka les trait et remplit les pots à lait.
  • 0983 Le roi trait à son tour et en ajoute aux pots en disant :
  • 0984 Que le Rwanda soit rempli de vaches,
  • 0985 Que le Rwanda soit rempli de lait…
  • 0987 Le roi rentre dans sa chambre avec le lait qu’il vient de
  • traire
  • 0988 Et boit le lait de ses vaches.
  • 0989 Il prend ensuite de ce beurre et de son uburezi.
  • 0990 Il en marque le front de son épouse et font ensuite
  • symboliquement l’acte conjugal.
  • 0991 Immédiatement après, il va dehors,
  • 0992 Et la fille de son oncle paternel le félicite ….
  • 1063 Le lendemain, le roi retourne à l’abreuvoir…
  • 1070 Celui-ci, on le rempli d’eau.
  • 1071 Alors le taureau de Mutara vient boire
  • 1072 Ainsi que celui des Abatsobe …
  • 1242 Lorsque les festivités organisées à la Cour sont
  • terminées
  • 1243 Les tambours retournent à Muganza
  • 1244 Et les taureaux retournent à Karama…
  • 1250 Ainsi les malheurs sont bannis du pays
  • 1251 Et le roi jouit d’une admirable longévité…

 

  • INZIRA Y’UMUGANURA
  • ——————————————-
  • Ce rite des prémices était destiné à la fertilité des cultures. Le roi, en tant que patriarche de toutes les familles du Rwanda, devait manger, avant tous ses sujets, de la pâte de l’éleusine et du sorgho. Après lui, tous les chefs de familles du pays pouvaient ensuite en manger, chacun dans son foyer. La cérébration des prémices de sorgho était l’une des deux fêtes nationales.
  • Avant cette fête, il y avait celle de la manducation de la pâte de l’éleusine nommée Celle-ci était célébrée au mois de Mutarama. Ce  rite  est le pendant du précédant ; le N°-6, qui visait  la prosperité des bovidés. La vache et la houe étaient, on le sait, les 2 mamelles qui allaitaient le Rwanda pré-colonial. Les fonctionnaires  de ce rite étaient  les membres de la famille de Musana, descendant de Myaka. Ce rite totalise 386 unités dont nous citons 158.
  • 001 Umuganura uturika muri Kanama
  • 002 Uturikijwe no kwa Myaka
  • 003 Ari bo bo kwa Musana.
  • 004 Bakaza kwaka amasuka
  • 005 Bakabwira Umutsobe ubatwara
  • 006 Akaza n’i Bwami.
  • 007 Umwami akicara i Kambere…
  • 010 Ku ntebe y’inteko.
  • 011 Umutsobe akazana amasuka…
  • 016 Umwami akayenda
  • 017 Akayafatira imbere ye.
  • 018 Akayahereza Umutsobe
  • 019 Ati: genda uhinge weze.
  • 020 Uwo kwa Musana…
  • 021 Akayasohokana mu nzu…
  • 025 Yagera iwabo i Bumbogo
  • 026 Ingoma zikayasanganira n’impundu.
  • 027 Bagacanira ngo amasuka yaje.
  • 028 Abo kwa Musana rero
  • 029 Bakajya mu nkuka bakabiba
  • 030 Bagasubya imbuto bukeye.
  • 031 Nuko bagahinga
  • 032 Ubwo ni muri Nzeri
  • 033 Bakabiba n’uburo.
  • 034 Mu kwezi kwa Mutarama
  • 035 Amasaka aba yeze.
  • 036 Maze mu myijima ya kwo
  • 037 Umurorano
  • 038 Amasaka mu nshuro y’agakangara
  • 039 Hari mwo uturo duke
  • 040 Bikaza i Kambere
  • 041 Umutsobe agatereka mu nzugi.
  • 042 Umwami akaza gusohoka.
  • 043 Bagaheza abari mu nzu bose
  • 044 Umwami akicara ku ntebe.
  • 045 Umutsobe akamuhereza ya nkangara
  • 046 Umwami akayikora.
  • 047 Umugabekazi akayikora.
  • 048 Bakayijyana mu nzu
  • 049 Yo mu gikari yiherereye.
  • 050 Bakazana urusyo bagasya.
  • 051 Ifu yaboneka bakarika.
  • 052 Bakavugira mu byibo bibiri…
  • 054 Bukira bagatumiza mu Nyubahiro.
  • 055 Bakazana amata mu nkongoro z’imirinzi.
  • 056 Bikaza i Kambere
  • 057 Bagaheza abatari Abiru.
  • 058 Umwami akarora
  • 059 Akagira kane…
  • 063 Twa twibo bakadushyira mu Gicuba
  • 064 Bagatereka ku musego
  • 065 Inyuma ya Nyarushara.
  • 066 Bukira Umwami akakira.
  • 071 Bikaba aho
  • 072 Ukwezi kukajya gushira.
  • 073 Bakabariranya n’igihe
  • 074 Ukwezi kwa Gashyantare
  • 075 Bakajya guhagurutsa Igitenga.
  • 076 Akaza uwo kwa Musana
  • 077 Akabwira Umutsobe
  • 078 Ati: nje kwenda Igitenga…
  • 112 Kikagenda ubudasibira…
  • 121 Ingoma n’impundu
  • 122 Bikagisanganira mu Bumbogo.
  • 123 Bakakigera uwo munsi kikuzura.
  • 124 Imigerwa bakayicuranura.
  • 125 Kigahindukira uwo munsi…
  •      142 Cyagera ku Mutsobe
  • 143 Ingoma ya bo yo ku kiraro ikagisanganira…
  • 145 Mu gitondo akazana ikimasa
  • 146 Akazimanira Abambogo…
  • 151 Igitenga  kigahaguruka ku manywa hakeye…
  • 190 Umwami akicara mu muryango
  • 191 Ku ntebe y’inteko
  • 192 Akambara inganji
  • 193 Umuheto ukamujya imbere.
  • 194 Akaramutswa akambara igikondo.
  • 195 Ingabe zigataha
  • 196 Zigaherezwa ateye ho ibihubi.
  • 197 Zikajya ku ruhimbi.
  • 198 Umuganura ugataha
  • 199 Yambaye inyonga z’umuganura mu nda
  • 200 N’igikondo n’ishyira.
  • 201Umuganura wajya kugera
  • 202 Ku nkingi ya Kanangazi
  • 203 Bakareba uwo kwa Myaka.
  • 204 Agashyira injishi ku mutwe
  • 205 Agashyira igitenga ku mutwe.
  • 207 Bakagitereka imbere y
  • 208 Bakazana Rugina
  • 209 N’iy’ubuki yo kwa
  • 210 Bagasuka mu ruho runini
  • 211 Bagarura mu kabindi.
  • 212 Umutsobe agapfukama inyuma ya cyo.
  • 213 Umwami agateka imbere ya cyo.
  • 214 Bakagisokoza bombi.
  • 215 Bakazana ibyibo bine by’ingori.
  • 216 Umwami akabishyirisha mwo amashyi
  • 217 Adaha mu Gitenga
  • 218 Afatanije n’Umutsobe…
  • 220 Igitenga kikajya haruguru
  • 221 Mu ruhimbi hino y’ingoma.
  • 222 Bagatera ho insyo ebyiri
  • 223 Bagasya berekeje mu ruhimbi.
  • 224 Bakazana Rugina
  • 225 Umwami n’Umutsobe bakayibyirura…
  • 229 Uwo mu Ntarindwa …
  • 231 Agashyigikira ageraho inkono…
  • 238 Agasuka mwo ya mazi…
  • 247 Bakazana inkwi z’imirama
  • 248 Umuntu wese agacanira…
  • 250 Yamara gushya bagaturira…
  • 252 Akayikomera mu mashyi apfukamye.
  • 253 Yarangiza agahaguruka.
  • 258 Bikitwa ngo ireze.
  • 259 Bakazana bya byibo
  • 260 Byuzuye ifu uko ari bine…
  • 262 Umwami agafatanya n’Umugore n’Umutsobe.
  • 263 Bagaturira bakagira kane.
  • 264 Umugore akaza akayirangiriza mwo.
  • 265 Bagafatanya bose kandi
  • 266 Bagashyiramwo umwuko.
  • 267 Barangiza bagahaguruka
  • 268 Bagahereza umuja akavuga.
  • 269 Umuja yamara guhisha
  • 270 Umugore w’Umwami agahaguruka
  • 271 Akabanza mu cyibo cy’Umwami…
  • 274 Bagahakurira no mu bindi…
  • 278 Umutsima munini usigara ku mwuko…
  • 285 Barangiza kuvuga…
  • 287 Ubwo bakazana amata y’Inyubahiro
  • 288 Mu nkongoro z’imirinzi ebyiri.
  • 289 Umwami akambara igikondo
  • 290 N’inyonga za wo
  • 291 Akicara ku ntebe y’inteko.
  • 292 Bakazana cya Kidakombwa
  • 293 Mu njishi y’igisabo.
  • 294 Umutsobe akazana umwuko
  • 295 Uriho wa mutsima.
  • 296 Agapfukama imbere ye
  • 297 Umwami akenda ho
  • 298 Yabanje kunywa kabiri
  • 299 Ku mata y’Inyubahiro.
  • 300 Umutsima akawukoza mu Kidakombwa
  • 301 Akagira kane agahaguruka.
  • 302 Akongera agasoma amata…
  • 315 Umwami akajya ku buriri
  • 316 Kwakirana na wa Mugore w’Umwega.
  • 317 Wa Mugeni w’Umutsobekazi
  • 318 Agahagarara mu rwuririro
  • 319 Akamuha impundu…
  • 320 Ntihagire Umutsobe urara mu rugo…
  • 323 Ingoma zikarara aho.
  • 324 Zikazinduka zijya kwa-Cyilima.
  • 325 Igitenga bakidashye
  • 326 Kikajya yo n’Ikidakombwa…
  • 341 Bakagaburira Abambogo…
  •      356 Ibirori by’umuganura bikarangira bityo…
  • LE RITE POUR LA PROSPERITE DES CULTURES
  • ———————————————————————-
  • 001 Les préparatifs de la fête des Prémices
  • débutent au mois lunaire de Kanama (Août).
  • 002 Ils commencent chez Myaka,
  • 003 Par  les descendants de Musana.
  • 004 Le premier acte consiste à se faire  donner  des houes.
  • 005 Pour se faire, ils envoient Umutsobe, leur chef,
  • 006 Pour aller les demander à la Cour.
  • 007 Le roi s’assied dans la salle de réception…
  • 010 Sur son trône royal.
  • 011 Umutsobe lui apporte les houes demandées…
  • 016 Le roi les reçoit,
  • 017 Les tient  debout  devant lui
  • 018 Puis les transmet  au Mutsobe en lui disant :
  • 019  Va cultiver et aie de bonnes récoltes.
  • 020 Le descendant de Musana…
  • 021 Les emporte …
  • 025 Arrivé chez lui au Bumbogo,
  • 026 Elles sont accueillies   par les tambours et les acclamations.
  • 027 On allume le feu d’accueil pour l’arrivée des houes.
  • 028 Les descendants de Musana
  • 029 Vont cultiver le sorgho aux pieds des collines.
  • 030 On sème à nouveau le lendemain,
  • 031 Puis on cultive  comme d’habitude.
  • 032 Ces activités ont lieu au mois lunaire de Nzeri.
  • 033 On sème en même temps de l’éleusine.
  • 034 Au mois  de Mutarama (Janvier)
  • 035 Le sorgho  est déjà mûr.
  • 036 Puis à sa phase sombre,
  • 037 On célèbre la petite fête des Prémices nommée  Umurorano.
  • 038 On apporte un petit panier contenant du sorgho
  • 039 Auquel on a mis une petite quantité d’éleusines.
  • 040 On le place à la salle d’audiences
  • 041 Umutsobe dépose le panier à l’entrée de cette salle
  • 042 Lorsque le roi sort,
  • 043 On met dehors tout le monde.
  • 044 Puis le roi s’assied sur son trône royal,
  • 045 Et se fait présenter le panier de sorgho par Umutsobe.
  • 046 Le roi le touche,
  • 047 La reine-mère fait de même.
  • 048 On l’emporte dans une chambre
  • 049 Se trouvant  à l’intérieur de la maison.
  • 050 On apporte ensuite une meule et l’on procède à la mouture.
  • 051 Dès que la farine est prête, on chauffe de l’eau
  • 052 Et on prépare la pâte dans deux paniers…
  • 054 Le soir, on fait venir le lait du troupeau Inyubahiro
  • 055 Dans des gobelets en bois d’umurinzi.
  • 056 Le tout est amené à la salle d’audiences.
  • 057 Après avoir mis dehors tous les non Fonctionnaires de la
  • Cour,
  • 058 Le roi « consomme ce met rituel »,
  • 059 Quatre fois, il répète ce geste…
  • 063 Ces paniers sont placés dans le grand pot
  • 064 Qu’on dépose à l’oreiller du lit du roi,
  • 065 A côte de Nyarushara.
  • 066 Le soir venu, le roi répète le même geste de cette
  • consommation  rituelle…
  • 071 Les choses en restent là
  • 072 Jusqu’à la fin du mois à peu près.
  • 073 On attend l’arrivée
  • 074 Du mois de Gashyantare (Février).
  • 075 Pour aller chercher « le grand panier rituel » Igitenga.
  • 076 Le descendant de Musana
  • 077 Vient chercher le panier
  • 078 Chez le ritualiste Mutsobe…
  • 112 Il part tout de suite…
  • 121 Les tambours et les acclamations
  • 122 L’accueillent dans le Bumbogo…
  • 123 On le remplit jusqu’au  bord,
  • 124 Son contenu est redistribué  dans d’autres récipients.
  • 125 Le même jour, ce Gitenga est ramené à la Cour…
  • 142 Arrivé chez le Mutsobe,
  • 143 Son  tambour l’accueille…
  • 145 Le lendemain, un repas festif
  • 146 Est offert aux Abambogo…
  • 151 Dès qu’il fait jour le lendemain,
  • le Panier est dirigé vers la Cour royale…
  • 190 Le roi  s’assied à l’entrée de la salle de réception,
  • 191 Sur son  trône,
  • 192 Met sur sa tête  la « Coiffure de commandement »,
  • 193 Tient l’arc devant lui,
  • 194 Met le bracelet Igikondo et reçoit les salutations de
  • l’assistance.
  • 195 Les tambours dynastiques font leur entrée.
  • 196 Le roi les reçoit en jouant sur eux le rythme ibihubi.
  • 197 Après quoi, ils sont déposés à leur étagère.
  • 198 Alors entre le grand panier contenant le sorgho.
  • 199 A ce moment-là, le roi  ceints les pagnes des fêtes des
  • prémices
  • 200 Porte le bracelet igikondo et l’insigne religieux ishyira sur
  • son front.
  • 201 Lorsque arrivent  les porteurs du panier
  • 202 Au pilier de l’entrée de la maison,
  • 203 On fait venir  le descendant de Myaka.
  • 204 Celui-ci  met sur sa tête le filet
  • 205 Contenant le Panier de sorgho…
  • 207 Qui, ensuite,  est  déposé devant le roi.
  • 208 On apporte Rugina, la marmite pour fabriquer la pâte de fête,
  • 209 Et la cruche d’hydromel venue de chez Myaka.
  • 210 On transvase cet hydromel
  • 211 De son contenant à  cette marmite.
  • 212 Ensuite, Umutsobe s’agenouille derrière   le grand Panier,
  • 213 Tandis que le roi trône devant celui-ci.
  • 214 Tous les deux tassent la farine de ce Panier.
  • 215 On apporte quatre paniers…
  • 216 Le roi les rempli de sorgho,
  • 217 Puisés dans le grand Panier avec ses deux mains
  • 218 A l’aidé d’Umutsobe…
  • 220 Le grand Panier est alors déposé
  • 221 Sur l’étagère des tambours.
  • 222 On  met en place deux meules,
  • 223 Et l’on moud le sorgho…
  • 224 Puis on apporte Rugina ;
  • 225 Le roi et le Mutsobe consomment la boisson qui s’y trouve…
  • 229 Un membre de la Milice  Intarindwa…
  • 231 Ajuste  la marmite sur le feu…
  • 238 Le roi   y verse de l’eau…
  • 247 On apporte du bois d’umurama ;
  • 248 N’importe qui chauffe la marmite…
  • 250 Lorsque la marmite est bien bouillante, on y met de la
  • farine…
  • 252 Le roi s’agenouille devant elle
  •      et lui rend hommage en battant les mains…
  • 258 On conclut que la marmite est favorablement prête
  • 259 On apporte les quatre paniers
  • 260 Pleins de farine…
  • 262 Le roi, avec son épouse et Umutsobe.
  • 263 Mettent de la farine dans la marmite quatre fois.
  • 264 La femme y ajoute tout le reste.
  • 265 Ensemble, ils introduisent
  • 266 La spatule dans la marmite…
  • 268 Et cèdent la place à une servante, qui malaxe la pâte.
  • 269 Quand la servante a terminé son travail,
  • 270 L’épouse du roi retire la pâte de la marmite.
  • 271 Elle  en rempli d’abord dans le panier du roi…
  • 274 Et l’on en met dans les autres paniers…
  • 278 Le gros morceau de la pâte reste sur la spatule…
  • 285 Après la cuisson  de la pâte…
  • 287 On apporte alors le lait du troupeau Inyubahiro,
  • 288 Dans deux gobelets du bois umurinzi.
  • 289 Le roi met sur lui le bracelet
  • 290 Et revêt le pagne de la fête.
  • 291 Il s’assied ensuite sur son  trône royal.
  • 292 On apporte le pot Ikidakombwa
  • 293 Dans le filet à baratte.
  • 294 Umutsobe  amène la spatule
  • 295 Qui porte la pâte.
  • 296 Il s’agenouille devant le roi.
  • 297 Celui-ci en prend en morceau.
  • 298 Il le fait après avoir bu deux fois
  • 299 Le lait du troupeau
  • 300 Il trempe  la pâte dans le pot ikidakombwa
  • 301 Il le fait quatre fois…
  • 302 Il boit à nouveau du lait…
  • 315 Le roi va sur le lit
  • 316 Et fait rituellement l’acte conjugal avec Umwegakazi.
  • 317 La  promise Mutsobekazi
  • 318 Se tient debout à l’entrée de la chambre à coucher
  • 319 Et l’acclame…
  • 320 Aucun Mutsobe ne doit passer la nuit dans cette maison…
  • 323 Les tambours passent la nuit là.
  • 324 De grand matin, ils vont chez Cyilima.
  • 325 Le gros Panier est  vidé
  • 326 Puis transporté  chez-Cyilima …
  • 341 On offre à boire aux habitants du Bumbogo…
  • 356 Les cérémonies publiques des Prémices se terminent ainsi.
  • INZIRA Y’INTEKO
  • ———————————–
  • Ce rite a pour but de donner la victoire dans une guerre offensive. Il accompagnait les expéditions guerrières  à l’étranger. Celles-ci étaient provoquées par une révolte d’un pays sous tutelle rwandaise. Il s’agissait donc d’expéditions punitives. Un second but s’est ajouté au cours de l’histoire : celui de l’élargissement de l’espace vital du pays.  Certaines expéditions pouvaient même  se limiter  à un enrichissement bovin. Ce rite  décrit donc la guerre offensive ; plus loin, nous verrons ce qui concerne la guerre défensive. Ce rite totalise 247 unités dont nous citons
  • 001 Iyo ishyanga ryagomye,
  • 002 Ryimye mwo umuhinza
  • 003 Uvugirwa n’ingoma akaramutswa,
  • 004 Baraguriza mu moko yose.
  • 005 Umugaba rero baba bamubonye,
  • 006 Agahaguruka. Umwene-nyabirungu
  • 007 Akajya mu Misumba ya Sekera
  • 008 Akaharamvura ingoma y’umusumba.
  • 009 N’ibicuba bibiri by’imisumba.
  • 010 N’utwato tune tw’imisumba.
  • 011 Bagatumiza amazi ya Gihosha.
  • 012 Akazanwa n’Umwene-nyabirungu…
  • 040 Bagatumira Umukobwa wo mu Bashingo.
  • 041 Umutware utwara u Buyenzi
  • 042 Akazana intuku.
  • 043 Bagatumira icumu
  • 044 Ryo mu Rutagara rwa Kivuba
  • 045 Ruri mu ruti rw’urutozo.
  • 046 Imirimo ikaba irangiye…
  • 053 Bakaraguriza Umukurambere
  • 054 W’aho Umugaba azahagurukira…
  • 059 Uzaba Umugaba akaza
  • 060 Akicara ku ntebe
  • 061 Iruhande rw’Umwami.
  • 062 Umwami agashyira imbuto mu ziko,
  • 063 Ati: seka Kanaka.
  • 064 Nguyu Umugaba arahagurutse
  • 065 Mu cyimbo cy’Umwami,
  • 066 Ateye i Nyanaka.
  •       067 Umutsindire iryo shyanga…
  • 071 Utsinde igisare mu ngabo zacu.
  • 072 Umwami akamwambika ikamba,
  • 073 Akamwambika intuku na rya shyira.
  • 074 Wa Mugaba agahaguruka.
  • 075 Akenda icumu riri mu ntagara…
  • 079 Akajya imbere y’umuryango akivuga,
  • 080 Ingoma zigasuka,
  • 081 Ingabo zigataha
  • 082 Ukwo imitwe ingana…
  • 084 Umugaba akicara mu muryango ku ntebe.
  • 085 Imana ikamujya imbere
  • 086 N’icyuhagiro cy’umupfumu ukiri ho…
  • 089 Umugaba agahaguruka
  • 090 N’Abasizi n’Abasengo
  • 091 N’Impara n’Ingoma z’imivugo
  • 092 N’Abaja ba gakondo,
  • 093 Agataha ku kiraro.
  • 094 Bukeye agahaguruka…
  • 099 Yazajya kugera ha handi rero
  • 100 Aho Ingabo ziteraniye, ziyerekera,
  • 101 Bagatanga umugambi
  • 102 W’umunsi zizatera.
  • 103 Bakohereza umuntu
  • 104 Akaza gushyira Umwami ku nteko.
  • 105 Bagahamagara wa Mukobwa wo mu Bashingo.
  • 106 Ya ngoma ikaza n’ikambere
  •  107 Ikajya ku ntebe ya yo…
  • 110 Umwene-muhinda akenda inyundo z’imiyobora,
  • 111 Akazubaka inyuma y’inzugi nk’urugo,
  • 112 Agasiga irembo hagati
  • 113 Ryerekeye kw’irembo.
  • 114 Bagatereka ya nzoga
  • 115 Muri iryo rembo…
  •       118 Bakazana wa murama …
  • 135 Inyubahiro zigataha
  • 136 Zigakamirwa mu nkongoro z’amasugi…
  • 141 Umwene-nyabirungu akazana umwishywa
  • 142 Akazana n’umurembe
  • 143 Akambika Karinga
  • 144 N’izindi Ngabe…
  • 149 Umukobwa wo kwa Nyiragishikazi
  • 150 Agapfukama akambika impumbya.
  • 151 Yaba ari Umugabekazi uzambara,
  • 152 Akazimwambika mu gituza,
  • 153 Yaba ari Umwami
  • 154 Bakazimwambika ku mugongo.
  • 155 Umwami na wa Mushingokazi
  • 156 Bagashyira wa murama mu ziko
  • 157 Bati : Ingabo zacu zihora ari umurame…
  • 172 Bagashyira mwo gisayura
  • 173 Bati : zisayuka mu yandi mahanga.
  • 174 Umwami akenda isando ya gakondo
  • 175 Akayishyira ho rya shyira
  • 176 N’umugarura n’umurokora.
  • 177 Agakundura yerekeza mw’irembo
  • 178 Ati : nakundura iminyago y’i Kanaka…
  • 207 Umwene-muhinda akicara mu mfuruka
  • 208 Iruhande rwa za nyundo.
  • 209 Umusinga akicara ku kibero cy’inzu
  • 210 Afite n’inyundo ya bo
  • 211 Yitwa Ishingo yo kwa Burora.
  • 212 Akavuma iryo shyanga
  • 213 Ati : nshinje i Kanaka…
  • 222 Igataha impfizi yo mu Nyubahiro…
  • 236 Byagera nimunsi
  • 237 Ingabo zihinduye
  • 238 Iyo  mpfizi ikahuka…
  • 242 Umwami akururutsa impumbya.
  • 243 Ubwo imihango y’inteko ikaba irangiye
  • 244 Rya shyanga rikaba ritsinzwe.
  • 245 Bakohereza uza kwahura impfizi…
  • LE RITE POUR LA VICTOIRE
  • A LA GUERRE OFFENSIVE
  • ———————————————
  • 001 Lorqu’un  pays sous tutelle rwandaise se révolte,
  • 002 En intronisant un roitelet
  • 003 En l’honneur duquel les tambours battent pour le saluer,
  • 004 On consulte les oracles au sujet de tous les clans pour
  • savoir lequel donnera le Commandant de la guerre.
  • 005 Quand celui-ci est trouvé,
  • 006 Umwenenyabirungu se met en route
  • 007 Vers la colline de Sekera
  • 008 Et y taille un tambour en bois d’umusumba
  •  009 Ainsi que deux gros pots
  • 010 Et quatre petites barques d’imisumba.
  • 011 Ils font chercher l’eau de la source Gihosha,
  • 012 Par Umwenenyabirungu…
  • 040 Ils font chercher une fille du clan des Abashingo.
  • 041 Le chef de la province du  Buyenzi
  • 042 Apporte inkuku.
  • 043 On fait chercher une lance
  • 044 A Rutagara de Kivuba,
  • 045 Emmanchée sur un bois d’urutozo.
  • 046 Les préparatifs sont alors terminés…
  • 053 On consulte les oracles divinatoires pour connaître
  • l’ancêtre
  • 054 De la maison d’où le Commandant de la guerre
  • prendra le départ…
  • 059 Le Commandant désigné vient
  • 060 Prendre place
  • 061 A côté du roi.
  • 062 Le roi jette les graines d’éleusine dans le feu en disant :
  • 063 Sois sous nous favorable, Untel
  • 064 Voici que le Commandant de la guerre s’en va
  • 065 A la place du roi.
  • 066 Il porte la guerre à tel pays.
  • 067 Fait lui vaincre ce pays ennemi…
  • 071 Ecarte de nos Forces Armées la défaite.
  • 072 Le roi met sur sa tête la coiffe du chef des Armés,
  • 073 Ceint ensuite son front d’intuku et d’ishyira.
  • 074 Le Commandant se met debout.
  • 075 Il prend sa lance …
  • 079 Se tient devant le seuil de la maison et déclame
  • son ode de prouesse.
  • 080 Les tambours se mettent à retentir.
  • 081 Les armés se mettent en ordre de bataille
  • 082 Dans l’ordre de leurs différentes compagnies…
  • 084 Le Commandant s’assied sur son siège
  • placé à l’entrée de la maison.
  • 085 « Le talisman de l’oracle divinatoire positif »
  • est porté devant lui,
  • 086 Ainsi que le devin qui transporte l’aspersoir…
  • 089 Le Commandant de la guerre se met en marche
  • 090 Accompagné par les poètes,  les flûtistes,
  • 091 Les Impara, les tambours rythmiques
  • 092 Et les servantes traditionnelles.
  • 093 Il passe la nuit dans son gîte.
  •      094 Le lendemain, il repart …
  • 099 Arrivé à son quartier général
  • 100 Où les guerriers sont rassemblés et se préparent au
  • combat,
  • 101 Il indique la date
  • 102 De l’ouverture des hostilités.
  • 103 Un émissaire est envoyé à la Cour
  • 104 Pour  signaler au roi le moment de commencer le rite
  • de «  présidence  au combat ».
  • 105 On fait venir la fille des Abashingo.
  • 106 Le tambour de guerre est déposé dans le hall du palais,
  •      107 Sur le siège de direction des hostilités…
  • 110 Le descendant de Muhinda prend les marteaux imiyobora
  • 111 Les dispose derrière les cloisons de la pièce
  • en demi- cercles,
  • 112 En laissant une ouverture au milieu
  • 113 Qui donne sur l’entrée de la maison.
  • 114 On dépose la bière
  • 115 Dans l’ouverture laissée  au milieu des cloisons…
  • 118 On amène les graines d’umurama…
  • 135 On fait venir le troupeau des Inyubahiro.
  • 136 On les trait dans les gobelets sans défauts…
  • 141 Umwenenyabirungu apporte la momordique,
  • 142 Et le ficus aux feuilles douces
  • 143 Qu’il met sur le Karinga
  • 144 Et les autres tambours dynastiques…
  • 149 Une descendante de Nyiragishikazi
  • 150 Se met à genou et transmet les impumbya.
  • 151 Si le destinataire est la  reine-mère,
  • 152 Elle les  met sur sa poitrine;
  • 153 Si c’est le roi,
  • 154 Elle les met sur son dos.
  • 155 Le roi et une fille des Abashingo
  • 156 Jettent les graines du bois d’umurama dans le feu en
  • disant :
  • 157 Que nos Forces Armées demeurent intactes…
  • 172 On jette les feuilles de gisayura dans le feu en disant :
  • 173 Nos Forces Armées reviennent  intactes de la guerre
  • 174 Le roi prend avec lui isando- primitive insigne de la
  • royauté,
  • 175 Met sur lui ishyira- queue de lièvre-
  • 176 Prend ensuite les tiges des bois d’umugarura et
  •  d’umurokora
  • 177 Et fait le geste de balayer vers l’extérieur de la maison en
  • disant :
  • 178 Que le butin de tel pays nous arrive en masse …

207 Umwenemuhinda s’assied à l’endroit

  • 208 Où se trouvent les marteaux.
  • 209 Umusinga s’assied près de l’entrée de la maison
  • 210 Ayant dans sa main le marteau Ishingo
  • 211 Appartenant à sa famille descendant de Burora.
  • 212 Il maudit ce pays ennemi en disant :
  • 213 Je maudis tel pays…
  •    222 Le taureau du troupeau Inyubahiro revient à la maison…
  • 236 Le soir venu
  • 237 Les Armées reviennent du champ de bataille
  • 238 Et le taureau sort pour aller paître …
  • 242 Alors le roi mit fin au rite de la guerre.
  • 243 Ainsi se termine l’ensemble des rites de la voie de la
  • guerre.
  • 244 Le pays ennemi est enfin vaincu.
  • 245 Un émissaire est envoyé à la Cour pour aller faire
  • paître les taureaux…
  • INZIRA Y’INKIKO
  • ———————————
  • Ce rite avait pour but de donner la victoire aux Armées  rwandaises dans une guerre défensive. Les deux rois des vaches, Cyilima et Muatra,  servaient d’intercesseurs auprès d’Imana, supposé être le Commandant suprême des Forces armées rwandaises. Comme stratégie militaire, un piège était  tendu aux énemies. Celui-ci consistait  à livrer aux ennemis  un faux tambour dynastique du Rwanda et à se laisser tirer les flèches et les lances des adversaires pour les tourner contre eux en disant : vous êtes victimes de vos propres armes.  Ainsi est utilisé la logique de  la justice imanente  ou le proverbe rwandais : « umutego mutindi wica nyirawo » = Un mauvais piégeur se fait attraper dans son propre piège. Ce rite compte 90 unités  dont nous citons
  • 01 Iyo inkiko yabyaye umugaru
  • 02 Batumira Abiru b’Abasigari.
  • 03 Bakajya i Gishahara cy’i Bugesera.
  • 04 Bakajyana n’Umunyakabagari.
  • 05 Akajya kubahagarikira
  • 06 Bakaramvura ingoma y’umuduha…
  •   12 Bagatumira imfizi… bakayibaga…
  • 14 Bakenda ibihaha byayo.
  • 15 Uruhu rwuma bakayirema
  • 16 Bakabuganiza mwo bya bihaha
  • 17 Bikaba umutima wa yo…
  • 22 Iyo ngoma bakayijyana
  • 23 Kuri ya nkiko yatewe.
  • 24 Umutware akajya gushoza intambara.
  • 25 Ingoma ikajya mu nteko
  • 26 Igahuruza uko bisanzwe.
  • 27 Ababisha bagatera
  • 28 Bakarasa umwambi wa mbere.
  • 29 Rubanda ikawenda…
  • 31 Ya ngoma bakayihana ikanyagwa.
  • 32 Rubanda ikazana
  • 33 Rya cumu na wa mwambi
  • 34 N’i Bwami kwa-Cyilima…
  • 36 Bakazana imbuto n’ingororero.
  • 37 Bakazana n’inzoga.
  • 38 Umwami agasetsa
  • 39 Ati : seka Kanaka.
  • 40 Dore Abanaka bateye.
  • 41 Tsinda imyambi ya bo…
  • 46 Bigabe ajye gutsinda abanaka.
  • 47 Atsinde amacumu ya bo.
  • 48 Atsinde n’imyambi ya bo.
  • 49 Bagutereye igihugu.
  • 50 Umutsobe akabihagurukana
  • 51 N’i Rutare kwa Mutara…
  • 56 Akazana imbuto agasetsa
  • 57 Ati : seka Mutara…
  • 62 Tsinda Abanaka
  • 63 Bagutereye igihugu…
  • 76 Konja imyambi ya bo.
  • 77 Konja amacumu ya bo.
  • 78 Dore amacumu ya Rubanda.
  • 79 Dore imyambi ya Rubanda.
  • 80 Wa mutsobe akabityaza
  • 81 Ati : tyariza Abanaka.
  • 82 Batyarize imyambi yo kubica.
  • 83 Ya macumu na ya myambi byahasenzwe
  • 84 Umutsobe akabihagurukana.
  • 85 Ntibabikoze hasi.
  • 86 Bagera ku nkiko
  • 87 Bakabiha intwari za ho
  • 88 Bagashoza urugamba.
  • 89 Bakabibanza mu Banyamahanga.
  • 90 Bakahatsinda bakahuna.
  • LE RITE POUR  LA VICTOIRE
  • A  LA GUERRE DEFENSIVE
  • ———————————————
  • 01 Lorsque la frontière est violée,
  • 02 On convoque Abasigari ritualistes.
  • 03 Ils se rendent  à Gishahara de Bugesera
  • 04 Accompagnés par un Umunyakabagari
  • 05 Qui va les assister.
  • 06 Ils y taillent un tambour en bois d’umuduha…
  • 12 Ils amènent un taureau…et le dépèce …
  • 14 Ils prennent ses poumons,
  • 15 Et quand sa peau est sèche, ils en couvrent le tambour
  • 16 Dans lequel ils versent ces poumons,
  • 17 Qui deviennent son cœur…
  • 22 Ce tambour est transporté
  • 23 A la  frontière violée.
  • 24 Le chef de l’armée proclame la mobilisation.
  • 25 Le tambour siège au quartier général de la bataille
  • 26 Et appelle la population sous les drapeaux
  • comme d’habitude.
  • 27 Lorsque les ennemis attaquent
  • 28 Et décochent la première flèche.
  • 29 La population l’accueille …
  • 31 En échange, le tambour est livré aux ennemis.
  • 32 Puis la population apporte
  • 33 La lance et la flèche
  • 34 A  la Cour de Cyilima…
  • 36 On apporte les graines d’éleusine  et ingororero
  • 37 Ainsi que de la boisson alcoolisée.
  • 38 Alors le roi jette les graines de l’éleusine
  • dans le feu en disant:
  • 39 Sois- nous favorable Tel.
  • 40 Les habitants de tel pays nous ont attaqué,
  • 41 Eloigne de nous leurs flèches…
  • 46 Que le chef de l’armée Bigabe,
  • 47 Eloigne de nous leurs lances,
  • 48 Ainsi que leurs flèches
  • 49 Avec lesquelles  ils ont attaqué ton pays.
  • 50 Le ritualiste Umutsobe les emporte
  • 51 A Rutare,  auprès de Mutara…
  • 56 Il jette les graines d’éleusine dans le feu en disant :
  • 57 Sois- nous favorable ô Mutara…
  • 62 Chasse ces gens
  • 63 Qui ont attaqué ton pays…
  • 76 Emousse  leurs flèches,
  • 77 Ainsi que  leurs lances.
  • 78 Voici les lances de ton peuple,
  • 79 Ainsi que leurs flèches.
  • 80 Le ritualiste Mutsobe les aiguise en disant :
  • 81 Acère les flèches de nos armées
  • 82 Pour exterminer  nos ennemis.
  • 83 Les lances et les flèches sur lesquelles
  • on a fait des supplications,
  • 84 Le ritualiste Umutsobe les prend,
  • 85 En évitant de les laisser toucher le sol.
  • 86 Arrivé à la frontière,
  • 87 Il les distribue aux guerriers
  • 88 Qui  déclanchent les hostilités.
  • 89 Sans tarder, ils frappent le pays ennemi.
  • 90 Ils le battent à plate couture.
  • INZIRA Y’URUGOMO
  • ————————————-
  • Ce rite  avait pour but d’empêcher la compétition pour le trône entre les princes. Il était exécuté  lorsque, sur le cadavre du roi défunt, on observait  un signe considéré comme présage de cette lurre. L’origine de cette compétition est « une faute comise par le père défunt » = urugomo ruba rwaravutse kuri se. Selon la croyance, le roi  légitime est désigné à sa naissance par le signe d’une petite quantité de graines d’éleusine et du sorgho dans le poignet de la main. Le dernier exemple de ce cas fut celui qui a causé le coup d’Etat de Rucunshu qui a opposé Musinga à  Rutarindwa par la faute de leur père Rwabugili. Ce rite totalise 94 unités dont  nous citons 61.
  • 01 Iyo Umwami ajya guca urugomo,
  • 02 Ruba rwaravutse kuri se.
  • 03 Bagahamagara Umwene-nyabirungu.
  • 04 Akajya muri Gatsindamikiko,
  • 05 Akahabaza ingoma enye,
  • 06 Akazicyurira ku kiraro…
  • 10 Agahamagaza imitima y’imyifuzo,
  • 11 Akazirema…
  • 14 Agatera ibyahi
  • 15 Byo ku masembe no kuruhanga.
  • 16 Agatera ho inkoba akagira kane…
  • 18 Bakazana impfizi yo mu Ndwanyi,
  • 19 Bakayibikira bakazisiga.
  • 20 Bakazana umuheto…n’imyambi…
  • 24 Bakajya kwa Cyilima,
  • 25 Bati :  seka Cyilima…
  • 27 Ngiyo ingoma yawe,
  • 28 Ngiyo inzoga ya Rujugira
  • 29 Igiye i Gaseke…
  • 31 Ngiyo inzoga ya Mazimpaka…
  • 33 Ngiyo ingoma ye.
  • 34 Ngiyo inzoga yo kwa Mutara,
  • 35 Ngiyo n’ingoma ye.
  • 36 Bagahamagara rubanda rwose,
  • 37 N’abana b’Umwami bose bakabaza mwo.
  • 38 Bagakura mwo urugi rwo hagati.
  • 39 Umugabekazi akarasa
  • 40 Imyambi irindwi cyangwa icyenda,
  • 41 Ngo iritabaye ntiriba,
  • 42 Umugabekazi ntarasa,
  • 43 None ho yarashe.
  • 44 Aciye urugomo
  • 45 Rw’Abanyiginya n’urw’Ibibanda.
  • 46 Umutsobe rero akajya i Gaseke
  • 47 Agatura inzoga,
  • 48 N’impfizi n’ingumba.
  • 49 Agatura n’ingoma,
  • 50 Bigahagarara mu rugo.
  • 51 Uvuye i Bwami,
  • 52 Agapfukama ku gitabo,
  • 53 Agakoma yombi
  • 54 Ati: gahorane Imana Rujugira,
  • 55 Ngiyo inzoga Umwami akwoherereje.
  • 56 Ngo tsinda urugomo
  • 57 Rw’Abanyiginya n’urw’Ibibanda.
  • 58 Akajya gutura shebuja
  • 59 Agahindukira …
  • 60 Ati: ngo agutsindiye urugomo
  • 61 Rw’Abanyiginya n’Ibibanda…
  • 64 Ngo agutsindiye amahanga atagutura,
  • 65 Ni wowe Mwami wenyine…
  • 85 Yahindukira …
  • 86 Akazana imyishywa…
  • 87 Umwami akicara mu kirambi,
  • 88 Ku ntebe y’inteko,
  • 89 Akayimurambika ku bibero.
  • 90 Agakoma mu mashyi
  • 91 Ati: Rujugira arantumye
  • 92 Ngo agutsindiye urugomo.
  • 93 Agutsindiye amahanga yose atagutura.
  • 94 Ngo ni wowe Mwami wenyine.
  • LE RITE CONTRE LA COMPETITION
  • POUR LE TRONE
  • ————————————————–
  • 01 Lorsque le roi est obligé de régler une compétition
  • pour le trône,
  • 02 C’est qu’elle a été causée par son père.
  • 03 On fait venir un descendant de Nyabirungu.
  • 04 Celui-ci va à Gatsindamikiko
  • 05 Pour y tailler quatre tambours
  • 06 Qu’il amène au gîte…
  • 10 Il se fait ensuite amener des cœurs du bois imyifuzo
  • 11 Pour mettre dans ces tambours…
  • 14 Il les couvre peaux
  • 15 Sur les deux bouts.
  • 16 Il les fixe avec des lanières en quatre tours…
  • 18 On amène un taureau du troupeau Indwanyi.
  • 19 On le dépèce et de son sang on enduit les tambours.
  • 20 Avec un arc…et des flèches…
  • 24 Les Abiru se rendent chez Cyilima.
  • 25 Il le prie en disant : Sois-nous favorable, Cyilima…
  • 27 Voici ton tambour,
  • 28 Voici la boisson de Rujugira
  • 29 Qui va à Gaseke…
  • 31 Voici la boisson de Mazimpaka…
  • 33 Voici aussi son tambour.
  • 34 Voici la boisson Mutara
  • 35 Voici également son tambour.
  • 36 On convoque tout le peuple des environs
  • 37 Auquel se mêlent les enfants du roi.
  • 38 On enlève de la maison la grande porte.
  • 39 Debout dans cette porte centrale
  • 40 La reine-mère tire sept ou neuf flèches en disant :
  • 41 Ce qui est interdit ne se fait pas.
  • 42 D’habitude la reine-mère ne tire pas à la flèche,
  • 43 Et maintenant elle tire.
  • 44 Ainsi elle met fin au conflit
  • 45 Entre les Abanyiginya et les Ibibanda.
  • 46 Ensuite, le Musobe s’en va à Gaseke avec des offrandes
  • 47 De boissons alcoolisées,
  • 48 Avec un taureau, un bréhaigne,
  • 49 Et un tambour.
  • 50 Tous ces cadeaux attendent dans la cour intérieure
  • de la maison.
  • 51 Le messager de la Cour
  • 52 Se met à genoux devant l’entrée de la maison,
  • 53 Et bat de ces deux  mains en disant :
  • 54 Imana soit avec toi, Rujugira.
  • 55 Voici la boisson que t’envoie Tel
  • 56 En te priant de nous écarter la compétition pour le trône
  • 57 Entre les Abanyiginya et les Ibibanda
  •    58 Il entre ensuite dans la chambre de son maître
  • et présente les cadeaux dont il est porteur.
  • 59 Mission accomplie, il retourne à la Cour pour dire au roi :
  • 60 Rujugira t’écarte tout conflit sur le trône
  • 61 Entre les Abanyiginya et les Ibibanda…
  • 64 Il ajoute qu’il vainc pour toi les nations qui ne reconnaissent
  • pas ton autorité,
  • 65 Car c’est toi seul qui es roi…
  • 85 De retour de Gaseke,
  • 86 Le héraut apporte des branches de momordiques,
  • 87 Les dépose sur les genoux du roi
  • 88 Assis à la salle d’audiences
  • 89 Sur son trône royale
  • 90 Il bat de ces deux mains en disant :
  • 91 Rujugira m’envoie te dire
  • 92 Qu’il t’écarte toute compétition pour le trône,
  • 93 Et qu’il vainc pour toi les nations qui ne reconnaissent
  • pas ton autorité,
  • 94 Car tu es seul roi.
  • INZIRA Y’URWIHISHO
  • —————————————
  • Ce rite a pour but de neutraliser la nuisance  d’un roi étranger défunt. Il était   accompli lorsqu’on apprenait  la mort d’un roi étranger. Le texte mentionne explicitement  le roi du Burundi. Arrivé dans le monde d’outre-tombe, le roi défunt pouvait  tout contre le pays ennemi. Aussi, le rite consistait  à mettre le roi en cachette, à l’abri des attaques de l’ennemi. Ce rite implique la croyance selon laquelle les défunts peuvent intervenir dans la vie des survivants pour leur faire du bien ou du mal. Ce rite totalise  84 unités dont nous citerons 42.
  •  01 Iyo Umwami w’i Burundi yapfuye,
  • 02 Abatasi barabivuga.
  • 03 Umwami ntiyongere kurarana n’umugore,
  • 04 Akararana n’umwana w’umuhungu.
  • 05 Akaraguriza ari kwa se
  • 06 Ari kwa sekuru se.
  • 07 Akagenda akajya yo.
  •     08 Ingabe zigahaguruka kwa-Cyilima,
  • 09 Zikaza zigahagarara kw’irembo.
  • 10 Umutsobe akazana imbuto,
  • 11 N’inzoga mu mperezo n’ingororero.
  • 12 Agasetsa ati: seka Kanaka,
  • 13 Abami bagusezeyeho
  • 14 Bagiye mu rwihisho…
  • 16 Tsinda u Burundi.
  • 17 Bagahaguruka bakambuka udushanga tubiri…
  • 19 Bakajya ahantu h’agakombe.
  • 20 Bakajya muri urwo rugo,
  • 21 Umwami akayobora mwo wa Mukurambere…
  • 29 Nyamibande ikaza
  • 30 Ikajya mu rundi rugo.
  • 31 Umugabekazi akajyana n’umukobwa.
  • 32 Akaba ari  we bararana,
  • 33 Iminsi ikaba umunani.
  • 34 Uwa Cyenda ingoma zigasuka…
  • 36 Ingabe zigahekwa ndetse n’Abami.
  • 37 Bakaboneza impinga yose,
  • 38 Ntibongere kwambuka.
  • 39 Abagore b’Umwami bagasanganira,
  • 40 Mu gahinga kure.
  • 41 Bakaza bagahagarara ku karubanda.
  • 42 Ingobyi y’Umwami n’iy’Umugabekazi,
  • 43 Zikajya mu rugo.
  • 44 Umwami akajya mu nzu,
  • 45 Agasetsa kwa kundi
  • 46 Ati: seka Mukurambere.
  • 47 Ngiyi inzoga ngutuye.
  • 48 Tsinda uriya Mwami w’u Burundi wapfuye,
  • 49 Tsinda u Burundi…
  • 66 Umutsobe akagororera Umwami…
  • 83 Umwami agatsinda
  • 84 Akagira ubujyeri.
  • LE RITE CONTRE L’ESPRIT
  • D’UN ROI ENNEMI DECEDE
  • ——————————————-
  • 01 Lorsque le roi du Burundi décède
  • 02 Les espions signalent l’événement.
  • 03 Depuis lors,  le roi ne dort plus avec une femme,
  • 04 Il passe la nuit avec un garçon.
  • 05 Puis il fait consulter les oracles divinatoires pour savoir
  • 06 De son père ou de son grand-père,
  • lequel est favorable à la démarche.
  • 07 Il se rend chez lui ensuite.
  • 08 Les tambours royaux quittent chez-Cyilima
  • 09 Et se présentent à l’entrée du palais.
  • 10 Le ritualiste Mutsobe apporte les graines de l’éleusine,
  • 11 Ainsi que de la boisson alcoolisée dans
  • une cruche et ingororero.
  • 12 Le roi jette les graines de l’éleusine dans le feu disant :
  • sois- nous favorable Tel.
  • 13 Les Souverains te disent au revoir,
  • 14 Ils vont dans la cachette…
  • 16 Vaincs le Burundi.
  • 17 Le cortège royal se met en route, traverse deux marais…
  • 19 Et s’arrête dans un vallon.
  • 20 Il entre dans une maison construite à cet endroit.
  • 21 L’ancêtre invoqué est installé dans cette maison…
  • 29 Le tambour Nyamibande fait son entrée
  • 30 Et s’installe dans une autre maison.
  • 31 La reine-mère, accompagnée d’une jeune fille,
  • rejoint le roi dans la cachette.
  • 32 Elle passe la nuit avec cette fille
  • 33 Huit jours durant.
  • 34 Le neuvième jour, les tambours retentissent…
  • 36 Les Tambours royaux et les deux Souverains
  • sont transportés en hamac
  • 37 Au sommet de la montagne
  • 38 En évitant tout chemin qui    descend vers les marais.
  • 39 Les épouses du roi viennent à leur rencontre
  • 40 Et les attendent sur le sommet d’une montagne en face.
  • 41 Le cortège royal revient à la Cour et s’arrête
  •         sur la place publique.
  • 42 Les hamacs des Souverains
  • 43 Rentrent au palais
  • 44 Le roi regagne ses appartements.
  • 45 Il jette les graines de l’éleusine dans le feu en disant :
  • 46 Sois- nous favorable, Grand-père.
  •   47 Voici une boisson alcoolisée que je t’offre.
  • 48 Vaincs l’esprit de ce défunt burundais,
  • 49 Vaincs le Burundi…
  • 66 Le ritualiste Mutsobe récompense le roi…
  • 83 Ainsi le monarque triomphe,

84 Et jouit d’une admirable longévité.

 

  • INZIRA YO KWASIRA
  • ——————————————-

 

Ce rite a pour but de célébrer une victoire exceptionnelle. Il s’agit du cas où les Armées rwandaises tuaient d’affilée sept ou neuf rois étrangers. Pour perpétuer cet exploit, un tambour spécial était intronisé pour porter la décoration dite umuvugo.

 

Celui-ci était un morceau du boit portant ce même nom. Il était attaché et pendait autour du buste supérieur de ce tambour.

Cet exploit se nomme kwasira. Ce verbe est presque inusité aujourd’hui. Nous le trouvons dans le substantif Myasiro. Il signifie : être décoré pour avoir réalisé une exceptionnelle. Ce rite compte 89 unités dont nous citons 52.

 

  • 01 Iyo ingoma yasira,
  • 02 Iba igejeje ku ndwi
  • 03 Cyangwa ku cyenda.
  • 04 Ikasira umuvugo
  • 05 Wo mu Ngoma za Runga.
  • 06 Ukazanwa n’Umunyakabagari
  • 07 Mu gicuba cy’umurinzi.
  • 08 Akazana n’umusugi n’umusumba…
  • 20 Bagatumiza imfizi yo mu Ndwanyi.
  • 21 Bakayikura imitsi y’iburyo
  • 22 N’icyaziha cy’iburyo.
  • 23 Bakareza umukamo wa yo mu gicuba.
  • 24 Umwami akajya kwa-Cyilima.
  • 25 Bakazana inkoko n’uburo.
  • 26 Agasetsa Umutsobe afite ingororero.
  • 27 Agaherezwa inyundo n’ubushingo.
  • 28 Indamutsa ikaramutsa.
  • 29 Bakajishura iz’ingabe.
  • 30 Zikajya ku gitabo
  • 31 Zireba mu nzu
  • 32 Bakazana cya kiremo,
  • 33 Bakagishyira kuri ya nkoko.
  • 34 Bagakurikiranya mwo bya biti byiza.
  •       35 Uko babishyiraho bakavuga
  • 36 Bati : uyu ni umuvugo :
  • 37 Umwami wacu aravuga akumvirwa…
  • 53 Umwami agatera ku gikondo
  • 54 Aserera mu kuboko kw’ingoma
  • 55 Akagira kane.
  • 56 Agaha Umwene-nyabirungu akuzuza.
  •   57 Noneho bagatongera
  • 58 Ngo : Umwami ahora ari muryo.
  • 59 U Rwanda ruhora ari muryo.
  • 60 Bagashyira mwo injishi
  • 61 Z’umuturirwa n’imitaranza
  • 62 Ngo : Umwami ntiyurirwa, ntaranza…
  • 66 Bakazana wa mukamo bakawugisiga
  • 67 Bagasigira ko n’ingoma zindi.
  • 68 Igataha iyasiye
  • 69 Igaterwa ho ibihubi.
  • 70 N’izindi zose zigataha
  • 71 Zigaterwa ho ibihubi.
  • 72 Zigaherezwa Umwami
  • 73 Uko bisanzwe bikurikirana.
  • 74 Zikajya ku gitabo.
  • 75 Inyubahiro zigataha
  • 76 Zigakamwa bagahereza uko bisanzwe.
  • 77 Ubwo ingabo zigataha zikiyereka.
  • 78 Zikarara zihiga.
  • 79 Bwacya mu gitondo
  • 80 Bakagororera Umwami.
  • 81 N’ingoma n’amapfizi
  • 82 Uko bigenda mw’iyambika…
  • LE RITE POUR   LA  DECORATION  DU TAMBOUR
  • —————————————————————————-
  • 01 Lorsque le Tambour est décoré
  • 02 C’est un signe qu’il a abattu sept
  • 03 Ou neuf roitelets.
  • 04 Il reçoit une décoration taillée en bois d’umuvugo
  • 05 Qui pousse à Ngoma de Runga.
  • 06 Il est apporté par Umunyakabagari
  • 07 Dans un gros pot en bois d’umurinzi.
  • 08 Il apporte aussi les branches d’umusugi et d’umusumba…
  • 20 On fait venir également un taureau du troupeau Indwanyi.
  • 21 On lui enlève les nerfs du côté droit
  • 22 Et la partie droite des lombes.
  • 23 On recueille son sang dans un gros pot.
  • 24 Le roi va chez Cyilima.
  • 25 On apporte le van avec des graines d’éleusine.
  • 26 Le roi jette les graines d’éleusine dans le feu, pendant que
  • Umutsobe tient  l’ingororero dans sa main.
  • 27 Il reçoit les marteaux et le briquet.
  • 28 Le tambour des audiences salue.
  • 29 On amène les tambours dynastiques
  • 30 Et on les place à l’entrée de la maison,
  • 31 Tournés, vers l’intérieur de celle-ci.
  • 32 On amène le pagne de ficus
  • 33 Et on en couvre le van
  • 34 Sur lequel on place les branches des différents bois rituels.
  • 35 On les place dessus en disant :
  • 36 Voici un umuvugo, i.e. parleur.
  • 37 Quand notre roi parle, qu’il soit  toujours respecté.
  • 53 Le roi attache cet umuvugo au Coussinet
  • 54 Et le lie au bras du Tambour,
  • 55 En faisant quatre tours.
  • 56 Il charge le descendant de Nyabirungu de terminer.
  • 57 Alors, on récite la formule rituelle suivante:
  • 58 Le roi est toujours du bon côté,
  • 59 Le Rwanda est toujours du bon côté.
  • 60 On l’attache avec des liens
  • 61 D’umutirirwa et d’umutaranza en disant :
  • 62 Le  roi n’est le marche pied de personne
  • et n’est jamais  démuni…
  • 66 On apporte le sang recueilli et on l’en recouvre.
  • 67 On en enduit ensuite les autres tambours.
  • 68 Celui qui a été décoré fait son entrée,
  • 69 Et l’on fait résonner sur lui le rythme igihubi.
  • 70 Les autres tambours font, eux aussi, leur entrée.
  • 71 On fait résonner sur eux le rythme igihubi.
  • 72 Ils sont présentés au roi
  • 73 Comme à l’accoutumée.
  • 74 Puis ils vont sur le seuil.
  • 75 Le troupeau Inyubahiro fait son entrée.
  • 76 On fait leur traite, le lait est remis
  • aux responsables habituels.
  • 77 Alors les guerriers font leur entrée et s’exhibent leur danse.
  • 78 Ils passent la nuit à proclamer leurs hauts faits.
  • 79 Le lendemain matin,
  • 80 Les prix de prouesse sont distribués au roi,
  • 81 Aux tambours et aux taureaux,
  • 82 Comme c’est la coutume au moment
  • de la décoration  du Tambour…
  • INZIRA YO KWAMBIKA INGOMA
  • ——————————————————
  • Ce rite avait pour but la célébration de la victoire sur  un pays étranger dont le roi était parmi les tués sur le champ de bataille. Il indique comment ses organes de virilité  étaient coupés et fabriqués dans un coussinet dont on habillait le tambour dynastique, le Karinga. La signification symbolique de  ce geste est claire : le royaume du Rwanda est maître de celui du roi ainsi émasculé.   Ce rite totalise 195 unités dont nous citons 78.
  • 001 Iyo ingoma yambara
  • 002 Umuhinza aba yapfuye.
  • 003 Umutwa wo kwa Mahenehene
  • 003 Akamuca igihanga,
  • 005 Akamuca ibinyita.
  • 006 Bagashyira mu gatonga.
  • 007 Umuvuzi w’amacumu
  • 008 Akaza kubivuga i Bwami…
  • 012 Ingabo zikazatabaruka
  • 013 Zigahisa muri gahunda.
  • 014 Igihe Umwami ahagararanye n’Umutsobe kw’irembo,
  • 015 Ka gatonga kakaza.
  • 016 Kajya guhita bakabwira Umwami
  • 017 Akareba hirya ngo atakabona.
  • 018 Kagahita kajya mu Bacumbi.
  • 019 Umucumbi akazana… icyunamyi…
  • 023 Ati : amahanga ahora yunamye,
  • 024 Umuhinza wa yo yapfuye…
  • 029 Bwacya bakazana cya cyuhagiro…
  •       031 Bakamwuhagiza bavuga bati :
  • 032 Va i Buzimu ujye i Buntu.
  • 033 Ingoma yacu ikwambare.
  • 034 Ubwo batumiye imirimo y’ibiti byiza.
  • 035 Umunyakabagari yazanye umusumba,
  • 036 Yazanye n’umusugi…
  • 041 Abacumbi bazanye umuturirwa
  • 042 Wo kwa Nyamigezi.
  • 043 Bazanye inkoko …
  • 044 N’ikiremo cy’impuzu
  • 045 Cyo kwa Ndungutse ya Nkuna.
  • 046 N’injishi z’imitaranza
  • 047 Zo mu Banyakabagari.
  • 048 Bakazana impfizi yo mu Masake
  •       049 Ikabagirwa ku Mukobwa.
  • 050 Bakahashyushya amazi,
  • 051 Bakayikura imitsi
  • 052 Ku kuguru no ku kuboko,
  • 053 N’icyaziha cy’iburyo.
  • 054 Bakareza umukamo wa yo mu kirabyo.
  • 055 Bakazana ibishwamo.
  • 056 Bagatera ho ya mazi ashyushye.
  • 057 Baba bagira ngo bikanyuruke.
  • 058 Bakabihera ku mutwe bagasatura.
  • 059 Bagera hepfo ntibatandukanye
  • 060 Ngo uru ni urugembe.
  • 061 Amahanga ahora mwo urugembe.
  • 062 Umuhinza wa ho yapfuye…
  • 066 Bakazana cya kiremo
  • 067 Cyo kwa Ndungutse ya Nkuna.
  • 068 Bakagishyira hejuru y’inkoko
  • 069 Yo kwa Nyamigezi.
  • 070 Bagashyira ho bya bishwamo.
  • 071 Bakazana umusugi bagashyira ho
  • 072 Bati: uyu ni umusugi:
  •     073 Ingoma y’i Rwanda irakwambara.
  • 074 Umwami akaba isugi…
  • 089 Bagafatanya bagahotora
  • 090 Ngo: twahotora u Burundi ku ngoma.
  • 091 N’amahanga yose adatura Umwami w’i Rwanda…
  • 117 Ubwo Umucumbi akuhagira Ingabo…
  • 146 Bakazana cya gikondo
  • 147 Bagashyiramwo wa muhotora.
  • 148 No mu kuboko kw’ingoma…
  • 175 Insanga zigataha
  • 176 Umushumba …agakama.
  • 177 Amata agaterekwa imbere y’ingoma.
  • 178 N’inzoga y’ubuki n’inturire…
  • 180 Bakazana agatana k’i Bwami.
  • 181 Agasogongera kuri za nzoga.
  • 182 Abana b’Abiru bakanywa amata.
  • 183 Inzoga zigatindurwa.
  • 184 Ingoma zikajya mu ruhimbi.
  • 185 Bukira Umwami ntiyakire.
  • 186 Ingabo zigataha
  •    187 Zikarara zihiga…
  • 192 Umwami akagororerwa…
  • 194 Abiru bakagororerwa …
  • 195 N’Ingabo zahiciye zikagororerwa.
  • LE RITE POUR L’HABILLEMENT DU TROPHEE
  • ———————————————————————
  •   001  Lorsque le Tambour est habillé,
  • 002 C’est  qu’un roitelet est
  • 003 Umutwa, descendant  de Mahenehene,
  • 004 Lui coupe la tête.
  • 006 Ces dépouilles sont mises dans un panier.
  • 007 Un messager de l’Armée
  •       008 Vient communiquer la nouvelle à la Cour…
  • 012 Les guerriers, revenant  de l’expédition,
  • 013 Défilent  dans leur ordre de bataille.
  • 014 Lorsque le roi est debout sur la place publique,
  • en compagnie d’un ritualiste Mutsobe,
  • 015 Le panier contenant les  dépouilles arrive.
  • 016 Lorsqu’il arrive près du roi,
  • 017 Celui-ci est invité à lui tourner le dos pour ne pas le voir.
  • 018 Le panier est confié aux Abacumbi.
  •   019 Umucumbi le frappe avec  une branche …
  • d’icyunamyi… en disant :
  • 023 Les pays ennemis sont toujours courbés
  • 024 Lorsque leur roitelet est mort…
  • 029 Le lendemain on apporte l’aspersoir…
  • 031 Et on l’asperge en disant:
  • 032 Quitte l’habitat des morts, vient chez les
  • 033 Vient habiller notre tambour.
  • 034 Entre-temps, on a fait chercher des arbustes à utiliser.
  • 035 Umunyakabagari a apporté des branches
  • du bois umusumba,
  • 036 Ainsi que celles d’umusugi…
  • 041 Les Abacumbi apportent  un morceau de bois umuturirwa
  • 042 De chez Nyamigezi.
  • 043 Ils amènent  un petit van,
  • 044 Ils apportent aussi un petit pagne de ficus
  • 045 De chez Ndungutse, fils de Nkuna,
  • 046 Ainsi que les liens de l’écorce d’umutaranza
  • 047 Fournis par Abanyakabagari.
  • 048  Ils apportent un taureau du troupeau Amasake,
  • 049 Et le dépèce dans une famille des Abakobwa.
  • 050 On chauffe l’eau,
  • 051 On lui enlève les nerfs
  • 052 De la grande et de la petite patte
  • 053 Ainsi que les lombes du côté droit.
  • 054 Son sang est  recueilli dans un pot.
  • 055 On prend les testicules,
  • 056 Et on les arrose avec de l’eau chaude
  • 057 Pour les sécher.
  • 058 On les coupe en deux en commençant par en haut,
  • 059 Mais sans séparer la partie inférieure.
  • 060 L’opération terminée, on dit : ceci est un couteau.
  • 061 Le couteau taille dans  les pays ennemis
  • 062 Lorsque son roitelet est occis …
  • 066 On apporte le morceau de ficus
  • 067 De chez Ndungutse, fils de Nkuna.
  • 068 On en couvre le petit van
  • 069 De chez Nyamigezi
  • 070 Sur lequel on dépose les testicules.
  • 071 On place sur ces dépouilles un morceau  du bois umusugi
  • en disant :
  • 072 Ceci est un bois d’umusugi.
  • 073 Tu vas devenir la parure du Tambour du Rwanda.
  • 074 Que le roi soit sans tache…
  • 089 Ensemble, ils tordent les dépouilles en disant :
  • 090 Nous tordons le Burundi,
  • 091 Et les autres nations qui ne reconnaissent pas l’autorité du
  • roi du  Rwanda…
  • 117 Ensuite Umucumbi  asperge les guerriers…
  •      146 On apporte le coussinet de dépouilles,
  • 147 On l’attache à une corde de papyrus
  • 148 Par laquelle on le suspend au bras du Tambour…
  • 175 Le troupeau des Insanga revient à la maison
  • 176 Et leur gardien les
  •   177 Le lait est déposé devant le Tambour
  • 178 Ainsi de l’hydromel et de la bière de sorgho miellée…
  • 180 On amène un petit chalumeau de la Cour
  • 181 Et le roi déguste ces boisons.
  • 182 Les enfants des Abiru boivent ce lait
  • 183 Et l’on vide les cruches des boissons.
  • 184 Les tambours retournent à leur étagère.
  • 185 Le soir venu,  le roi n’approche aucune de ses épouses.
  • 186  La nuit suivante, les guerriers reviennent à la Cour
  • 187 Et passent cette nuit dans l’exhibition de leurs hauts faits
  • à qui mieux mieux…
  • 192 Le roi est décoré …
  • 194 Les Abiru sont récompensés
  • 195 Ainsi que les guerriers qui ont abattu des ennemis.
  • INZIRA Y’UBWIMIKA
  • ————————————-
  • Ce rite a pour but d’indiquer comment doivent être effectuées les cérémonies du couronnement royal. Tout le cérémonial se déroulait   durant 4 mois. Voilà pourquoi, il est le plus long après le N°-6. Il compte 249 unités dont nous citons 85.
  • 0001 Iyo Umwami yabaye undi,
  • 0002 Batuma Umwenemuhinda.
  • 0004 Akajya ku Nganzo ya Mushongi.
  • 0005 Akabyirura isuka y’icyumwe…
  • 0046 Icyo gihe rero
  • 0047 Sewabo w’imuhana
  •    0048 Akabanza kwogosha Umwami.
  • 0049 Barangiza bose kwogoshwa,
  • 0050 Umwami akambikwa umugangu…
  • 0103 Agasanga bashashe
  • 0104 Akarago k’inteko.
  • 0105 Bagashyira ho intebe y’inteko.
  • 0106 Bagashyiraho uruhu rw’imbaka.
  • 0107 Umutsobe akicara kuri ya ntebe
  • 0108 Umwami akicara ku bibero by’Umutsobe.
  • 0109 Umupfumu w’Umuroha akazana imana
  • 0110 Akayimuherereza hejuru ya ya miseke.
  • 0111 Akamwambika gisayura mu mutwe.
  • 0112 Umugabekazi akaba yicaye
  • 0113 Ku intebe hejuru y’akarago.
  • 0114 Na we agaherezwa ya
  • 0115 Akambikwa gisayura…
  • 0135 Ikaza Karinga.
  • 0136 Umwenenyabirungu … akayihereza agira ati:
  •         0137 Dore ingoma Iso yakuraze…
  • 0140 Igutsindire amahanga yose
  • 0141 Adatura Umwami w’i Rwanda.
  • 0142 Bati uzayemera ?
  • 0143 Umwami ati: nzayemera.
  • 0144 Bati: ikizayitera uzayirwanira ?
  • 0145 Ati: ikizayitera nzayirwanira.
  • 0146 Bati: abakigombye uzayivira, uzayigwira ?
  • 0147 Ati: nzayivira, nzayigwira.
  • 0148 Nuko bakayimuhereza
  • 0149 Ku bibero bye
  • 0150 No mu biganza bye
  • 0151 Bati :  ni iyawe yakire…
  •     0160 Agaherezwa Nyamiringa
  • 0161 Na Mugarura na Muvuba-ndoha
  • 0162 Na Ngom-itagir-amakemwa.
  • 0163 Bagahereza bafatanyije
  • 0164 Ebyiri ebyiri
  • 0165 Ngo dore ingabe so yakuraze…
  • 0168 Zigutsindire amahanga yose
  • 0169 Adatura Umwami w’i Rwanda…
  • 0175 Icyo gihe Umugesera w’i Bufundu
  • 0176 Agacana umuriro ku Karubanda.
  • 0177 Akavuga atereye hejuru n’injoro
  • 0178 Ati: Biru, Biru, Biru,
  • 0179 Umwami wacu ari hehe?
  • 0180 Nimuduhe Umwami wacu.
  • 0181 Bagasubiza bati: uduhengeranirize,
  • 0182 Iminsi ni ine, tukamubaha.
  • 0183 Agasubiza ati : ndabyemeye.
  • 0184 Ku rindi joro agacana
  • 0185 Agatera hejuru kwa kundi…
  • 0191 Bikagenda bityo iminsi itatu …
  • 0194 Ijoro ry’imperuka bagasubiza
  • 0195 Bati : ni ahejo tukamubaha…
  • 0200 Mu gitondo cya kare …
  • 0202 Icyo gihe bagahagurutsa Umwami
  • 0203 Imana ikamujya imbere.
  • 0204 Iremerewe n’uwo kwa Nyamigezi.
  • 0205 Umutsobe mukuru agata ho
  • 0206 Afite ya suka y’icyumwe.
  • 0207 Umwami akamukurikira.
  • 0208 Umutsobe…ari mu kuboko kw’iburyo.
  • 0210 Umwega ari mu kw’ibumoso.
  • 0211 Uwo mu Benenyabirungu mukuru
  • 0212 N’Umukono wo kwa Cyabakanga
  • 0213 Bakamujya inyuma.
  • 0214 Abandi biru bagata ho.
  • 0215 Bagera ku karubanda
  • 0216 Umutsobe mukuru
  • 0217 Ati : dore Umwami wanyu rubanda.
  • 0218 Izina ry’Ubututsi ni Kanaka.
  • 0219 Izina ry’Ubwami ni Kanaka.
  • 0220 Nyina ni Nyirakanaka.
  • 0221 Izina ry’Ubwami ni Nyirakanaka.
  • 0222 Akereka rubanda ya suka y’icyumwe
  • 0223 Ati : iki n’iki rubanda ?
  • 0224 Bati : ni icyumwe.
  • 0225 Ati : igihugu ni icyumwe koko.
  • 0226 Ni icya Kanaka…
  • 1249 Umwami akagenga u Rwanda rwe.
  • LE RITE POUR L’INTRONISATION
  • —————————————————
  • 0001 Lorsqu’un nouveau roi monte sur le trône,
  • 0002 Un descendant de Muhinda est dépêché…
  • 0004 A la carrière de Mushongi
  • 0005 Pour y forger la houe icyumwe…
  • 0046 A ce moment-là,
  • 0047 Le fils du grand-oncle paternel
  • 0048 Rase les cheveux du roi.
  • 0049 Après la rasure de tous ses frères,
  • 0050 Le nouveau monarque revêt « l’habit de deuil royal »…
  • 0103 Il trouve qu’on y a étendu
  • 0104 La natte des réceptions
  • 0105 Sur laquelle on installe le siège du trône.
  • 0106 Sur celui-ci on étend la peau de l’imbaka.
  • 0107 Alors le Mutsobe intronisateur s’assied sur ce siège,
  • 0107 Et le roi s’assied sur ses genoux.
  • 0108 Le devin,  descendant de Ndoha, amène
  • « le talisman de l’oracle favorable »
  • 0110 Porté sur les tiges d’imiseke.
  • 0111 Il lui met ensuite sur la tête la couronne
  • des herbes gisayura.
  • 0112 A ce moment-là, la reine-mère s’assied
  • 0113 Sur le siège placé sur la natte.
  • 0114 Elle aussi reçoit «le talisman favorable »
  • 0115 Et la couronne de l’herbe gisayura.
  • 0116 Alors vient un descendant de Muhinda
  • 0117 Et présente au roi le marteau  Nyarushara en disant :
  • 0118 Voici le marteau de règne que ton père t’a légué…
  • 0121 Qu’il  te donne la victoire sur toutes les nations
  • 0122 Qui ne reconnaissent pas l’autorité
  •    du monarque rwandais.
  • 0123 Il est présenté ensuite à la reine-mère en ces termes :
  • 0124 Voici le marteau de règne
  • 0125 Que ton mari t’a légué…
  • 0128 Qu’il te donne la victoire sur toutes les nations
  •    0129 Qui ne reconnaissent pas l’autorité du
  • monarque rwandais.
  • 0130 Ensuite tous les marteaux royaux sont présentés
  • selon ce même protocole.
  • 0131 Pendant ce temps, les tambours dynastiques
  •       0132 Sont ramenés de leurs lieux de séjour
  • 0133 Et placés dans la salle d’audiences,
  • 0134 Tournés vers le trône royal.
  • 0135 Les présentations commencent par Karinga.
  • 0136 Le descendant de Nyabirungu le présente
  • en ces termes :
  • 0137 Voici le tambour que ton père t’a légué…
  • 0140 Qu’il te donne la victoire sur toutes les nations
  • 0141 Qui ne reconnaissent pas l’autorité du monarque
  •  0142 On passe ensuite au serment de fidélité.
  • Acceptes-tu ce Tambour ?
  • 0143 Le roi répond : Je l’accepte.
  • 0144 S’il est attaqué, te battras-tu pour lui ?
  • 0145 Oui, je me battrai pour lui.
  • 0146 Si les ennemis viennent le capturer,
  • lui verseras-tu ton sang, lui sacrifiera-tu ta vie ?
  • 0147 Je le jure, pour lui, je verserai  mon sang,
  • je sacrifierai ma vie.
  • 0148 Alors on place le Karinga
  • 0149 Sur ses genoux
  • 0150 Et sous ses mains en insistant :
  • 0151 Il est à toi, tient-le pour de bon…
  • 0160 Le roi reçoit ensuite les insignes Nyamiringa,
  • 0161 Mugarura, Muvubandoha
  • 0162 Et Ngom-itagir- amakemwa.
  • 0163 On les présente
  • 0164 Deux à deux en disant :
  • 0165 Voici les insignes dynastiques que ton père t’a légués…
  • 0168 Qu’ils te donnent la victoire sur toutes les nations
  • 0169 Qui ne reconnaissent pas l’autorité
  • du monarque rwandais…
  • 0175 A ce moment-là, un membre du clan des Abagesera,
  • originaire du Bufundu,
  • 0176 Allume un  feu sur la place publique pendant la nuit
  •    0177 Et pousse les cris en disant:
  • 0178 O vous les Abiru,
  • 0179 Où est notre roi ?
  • 0180 Donnez-nous notre
  • 0181 Ceux-ci  répondent : Laissez-nous le temps,
  • 0182 Dans quatre jours vous l’aurez.
  •       0183 D’accord, dit-il.
  • 0184 La nuit suivante, derechef, il allume du feu.
  • 0185 Et d’une voie forte  il répète sa requête…
  • 0191 Ainsi de suite trois jours durant…
  • 0194 La dernière nuit, on lui  répond en disant :
  • 0195 Demain, vous l’aurez…
  • 0200 Le lendemain matin…
  • 0202 Le cortège royal se met debout.
  • 0203  Le « talisman divinatoire favorable »,
  • 0204 Porté par un descendant de Nyamigezi
  • ouvre la marche du cortège.
  • 0205 Il est suivi immédiatement par le patriarche
  • des Abatsobe,
  • 0206 Avec la houe icyumwe dans ses mains.
  • 0207 Vient ensuite le roi lui-même.
  • 0208 Il est accompagné à sa droite
  • 0209 Par un Mutsobe,
  • 0210 A sa gauche par un Mwega.
  • 0211 Derrière lui se suivent successivement
  • 0212 Un descendant de Nyabirungu
  • 0213 Et un Umukono, descendant de
  • 0214 Le reste des Abiru complète
  • le cortège de l’intronisation.
  • 0215 Arrivé à la place publique,
  • 0216 Le chef patriarcal des Abatsobe proclame :
  • 0217 Peuple rwandais, voici votre roi.
  • 0218 Son nom civil est Tel,
  • 0219 Son nom dynastique est Tel.
  • 0220 Sa mère est Unetelle,
  • 0221 Son nom dynastique est Unetelle.
  • 0222 Puis il montre au peuple la houe en interrogeant :
  • 0223 Que vois-tu peuple rwandais ?
  • 0224 C’est la houe icyumwe, répond le peuple.
  • 0225 Vous avez raison, le pays a un seul roi.
  • 0226 Celui-ci est Tel…
  • 1249 Ainsi le roi règne sur le Rwanda.
  • INZIRA Y’IKIROGOTO
  • —————————————
  • Ce rite avait pour but d’indiquer  les cérémonies à suivre pour les obsèques royales. Le monarque  savait seulement l’existence de ce rite  sans en connaître  le premier mot. Par pudeur, les Abiru lui cachaient la façon dont  son corps sera manipulé après sa mort. Ce rite se nomme ikirogoto = l’innommable. Le terme ordinaire pour désigner l’événement naturel est urupfu = la mort. Ce terme est remplacé par gutanga =   faire des largesses. Par pudeur, on évite le terme réaliste en appelant la réalité  l’innommable. Les obsèques des rois des vaches avaient 2 cérémonies des obsèques. La première partie concernait leur momisation, la deuxième visait leur inhumation définitive. Le cérémonial  indiquait également le lieu de l’enterrement de chaque roi : Yuhi à Kayenzi, Mibambwe à  Remera des Abaforongo. Quant à Mutara, Cyilima et Kigeli, Rutare était leur cimetière commun.
  • Ces deux premiers y arrivaient après leur séjour à Gaseke où leurs momies se succédaient à intervalle de 4 règnes. L’importance de ce rite dans le contexte de la théocratie va de soi. Ces rois défunts constituaient dans l’au-delà la Cour  d’Imana et les principaux intercesseurs auprès de lui pour la Aussi, ces cérémonies   revêtaient une discrétion sacrée. Il  compte 211 unités dont nous citons 85.
  • 001 Iyo ibintu byabaye ibindi
  • 002 Umwami aba
  • 003 Umutsobe akamuca inzara, akamwogosha…
  • 013 Uwo kwa Ndungutse akaza.
  • 014 Agakubita urugi rwo hagati kwa-Cyilima.
  • 015 Bati: n’iki ?
  • 016 Ati : Umwami yatanze.
  • 017 Umunyakabagari akazana umushyo…
  • 018 Agaca indasago enye kuri Karinga
  • 019 Ati : Shobuja yatanze.
  • 020 Ariko tuzagushumbusha undi…
  • 022 Uwo kwa Ndungutse akaza.
  • 023 Agashinguza inkingi y’amacumu.
  • 024 Amazu bakayakura ho udusongero…
  • 026 Amapfizi bakayakura mu nka n’abagabo mu bagore…
  • 028 Bagahaguruka bakajya mu rwoserezo…
  • 041 Umutsobe w’isugi akaza.
  • 042 Akamukamira amata y’Inyubahiro
  • 043 Mu kiganza cy’iburyo…
  • 049 Inka z’igicuba cy’Inyubahiro
  • 050 zigakamwa bagacunda,
  • 051 Bagasiga umugogo.
  • 052 Bakarambura imyanya yose
  • 053 Itari uko kuboko kw’iburyo…
  • 063 Bakamubumba amaso.
  • 064 Bakamwambika ishyira…
  • 095 Umugogo ukajya i Rutare.
  • 096 Ugasanga barujuje urugo.
  • 097 Ukajya mu nzu yo mu gikari.
  • 105 Amezi agahita ari ane.
  • 106 Umunsi abana b’i Bwami bogoshwa,
  • 107 Inzoga zikaba zaraturutse i Bwami…
  • 109 N’ihembe ry’inzovu.
  • 110 Bagatumiza inka
  • 111 Yo mu Muhozi ikamwa.
  • 112 Bagafukura muri ya nzu ikibumbiro.
  • 113 Za nzoga zombi zikajya imbere ye mu mva.
  • 114 Bati: dore inzoga, Umwami ahorana inzoga.
  •    115 Bakazana ihembe ry’inzovu…bati:
  • 117 Umwami ahora ari inzovu.
  • 118 Bakazana amata y’Inyubahiro,
  • 119 Bakayamushyira imbere
  • 120 Aryamiye iburyo.
  • 121 Ay’Umuhozi akajya inyuma
  • 122 Mu nkongoro z’imirinzi,
  • 123 Ngo dore amata y’Umuhozi,
  • 124 Umwana wawe azaguhorera…
  • 126 Aho yerekeje amaso ho mu rugo,
  • 127 Bakahafukura bakabyarira cya gicuba…
  • 137 Ya nzu bakayikinga…
  • 139 Bakamara imyaka ine…
  • 142 Umwaka wa kane wahita,
  •     143 I Bwami bakohereza inzoga.
  • 148 Umutsobe akaza,
  • 149 Agasenga Umukurambere werewe
  • 150 Ati: dore inzoga ya Kanaka…
  • 153 Tsindira igihugu cya we.
  • 154 Umutsobe agahaguruka.
  • 155 Yagera i Rutare,
  • 156 Akabishyikiriza Umunyamugogo agatura.
  • 157 Akabanza gupfukama imbere ya ya nzu
  • 158 Ati: seka Kanaka.
  • 159 Dore inzoga Umwami akwoherereje…
  • 162 Ngizo ingabo zawe zagutabaye ho
  • 163 None ziragutabarukiye…
  • 165 Umunyamugogo agatura.
  • 166 Byarangira agapfukama
  • 167 Ati: nagutabaye ho
  • 168 None ntabarukiye Umwami wa we ndasezeye.
  • 169 Umutsobe ati: dore ingororano
  • 170 I Bwami baguhaye.
  • 171 Umwiru wese akaza,
  • 172 Agapfukama agasezera.
  • 173 Umunyamugogo akagorora.
  • 174 Bagahaguruka bakaza i Bwami.
  • 175 Bagahabwa ibikingi…
  • 200 Umugabekazi ni kimwe mubyo
  • 201 Batandukanira aha.
  • 202 Nta shyira agira.
  • 203 Ajya mu ruhu rwo mu Nyubahiro.
  • 204 Ababwa ho n’abagore cumi na babiri
  • 205 Mu myaka ibiri
  • 206 N’amezi abiri yo kwirabura…
  • 210 Bakamukenyeza impuzu y’umutaba.
  • 211 Agomba kujya aho batabaje umugabo we,
  • ategereje kuzahamusanga.
  • LE RITE POUR LES OBSEQUES ROYALES
  • ——————————————————-
  • 001 Lorsque les choses prennent le cours anormal,
  • 002 C’est un signe que le roi est mort.
  • 003 Alors un Mutsobe lui coupe les ongles et le rase…
  • 013 Un descendant de Ndungutse arrive
  • 014 Et frappe à la porte centrale de chez Cyilima.
  • 015 Que se passe-t-il, lui demande-t-on ?
  • 016 Il répond : le roi est mort.
  • 017 Un Munyakabagari amène un couteau…
  • 018 Et pratique quatre incisions sur le Karinga en disant :
  • 019 Ton maître est décédé,
  • 020 Mais nous t’en donnerons un autre…
  • 022 Le descendant de Ndungutse entre
  • 023 Et arrache le pilier aux
  • 024 La pointe terminale du toit est enlevée à toutes les maisons…
  • 026 Les taureaux sont séparés de leurs femelles, ainsi que les maris de leurs femmes…
  • 028 Ensuite, le cadavre royal est transporté au lieu du boucanage…
  • 041 Un Mutsobe qui a ses deux parents vient
  • 042 Traire une vache du troupeau Inyubahiro.
  • 043 Il verse le lait dans la main droite du cadavre…
  • 049 On trait ensuite les vaches du troupeau Inyubahiro.
  • 050 Ce lait est baratté.
  • 051 Le beurre obtenu est utilisé pour enduire le cadavre
  • 052 Tous les membres de celui-ci sont dépliés,
  • 053 A l’exception de son bras droit…
  • 063 On lui ferme les paupières
  • 064 Et on le ceint d’ishyira sur le front…
  • 095 Finalement, le cadavre est transporté à Rutare.
  • 096 Arrivé là, il est déposé
  • 097 Dans une pièce construite dans la cour
  • intérieure du bâtiment…
  • 105 Il y demeure pendant quatre mois.
  • 106 Le jour de la rasure des enfants du roi,
  • 107 Des boissons alcoolisées venues de la Cour …
  • 109 Ainsi qu’une défense d’éléphant, sont amenées.
  • 110 Une vache laitière du troupeau Umuhozi
  • 111 Est également amenée.
  • 112 Un abreuvoir est aménagé dans cette maison
  • 113 Les boissons apportées sont déposées
  • dans la tombe devant le cercueil.
  • 114 On les présente en disant : voici la boisson,
  • que le roi ait toujours de la boisson.
  • 115 On apporte la défense d’éléphant… en disant:
  • 117 Puisse le roi être toujours un éléphant.
  • 118 On amène le lait du troupeau Inyubahiro
  • 119 Et on le place devant le cadavre
  • 120 Tandis qu’il est couché sur le bras droit.
  • 121 Le lait du troupeau Umuhozi est déposé à ses pieds
  • 122 Dans des pots en bois d’umurinzi.
  • 123 On le présente en disant : voici le lait d’Umuhozi.
  • 124 Ton fils se chargera de ta revanche…
  • 126 A l’endroit vers lequel le corps tourne les yeux
  • 127 On creuse un trou dans lequel on dépose un gros pot…
  • 137 Ensuite cette chambre mortuaire est fermée…
  • 139 On attend pendant quatre ans…
  • 142 Après la quatrième année…
  • 148 Le Mutsobe vient
  • 149 Et prie l’ancêtre désigné par les oracles en ces termes :
  • 150 Voici la boisson de Tel…
  • 153 Vaincs pour ton pays.
  • 154 Le Mutsobe s’en va.
  • 155 Arrivé à Rutare,
  • 156 Il présente la boisson au gardien du cadavre.
  • 157 Se mettant à genoux devant la chambre mortuaire,
  • il prie en ces termes :
  • 158 Sois-nous favorable, Tel.
  • 159 Voici les boissons que le roi t’envoie …
  • 162 Voici tes guerriers qui t’ont accompagné dans les batailles.
  • 163 Ils sont venus te dire adieu…
  • 165 Le gardien du corps présente ses cadeaux.
  • 166 Ensuite, il se met à genoux et dit :
  • 167 Je t’ai accompagné sur les champs de bataille,
  • 168 Maintenant je viens faire mes adieux.
  • 169 Le Mutsobe se présente à son tour et dit :
  • voici la récompense
  • 170 Que la Cour t’offre.
  • 171 Tour à tour, chaque Mwiru vient,
  • 172 Se met à genoux et fait ses adieux.
  • 173  En dernier lieu, le gardien du corps tire aussi sa révérence.
  • 174 La cérémonie terminée, tous ces fonctionnaires reviennent
  • à la Cour.
  • 175 En récompense des services rendus, ils reçoivent les fiefs de
  • commandement administratif dans le pays…
  • 200 La reine-mère, elle aussi,
  • 201 Est séparée définitivement de son fils.
  • 202 Elle ne ceint plus ishyira.
  • 203 Elle porte le pagne de la peau de vache des Inyubahiro.
  • 204 Douze dames sont désignées pour lui tenir compagnie
  • 205 Deux ans et deux mois
  • 206 Durant cette période de deuil…
  • 210 Pendant ce temps, elle porte le pagne de ficus
  • aux feuilles douces.
  • 211 Désormais, elle doit aller habiter dans la localité où son mari
  • a été  inhumé en attendant de l’y rejoindre.
  • INZIRA YA GICURASI
  • ——————————————
  • Ce rite  a pour but  d’indiquer les cérémonies du deuil national. Ces cérémonies étaient célébrées chaque année au mois de Gicurasi (mai). Elles duraient 14 jours pour terminer  à la nouvelle lune de Kamena (juin). Ce rite  remonte au règne de Ndahiro Cyamatare qui fut tué par les Abanyabungo. Plus tard, ce deuil fut étendu à la célébration du deuil de tous les morts de la Nation.
  • Après la première partie de cette célébration nommée kwirabura, on annonce sa fin par un son de tambour Ishakwe déposé sur le talisman favorable On termine la 2ème  partie des cérémonies nommée Kwera par des manifestations de joie. Ce rite totalise 125 unités dont nous citerons 72.
  • 001 Iyo Gicurasi yabonetse,
  • 002 Ingoma ntiziherezwa.
  • 003 Yamara kwijima,
  • 004 Bakamara iminsi itanu,
  • 005 Umwami akajya mu nzu.
  • 006 Agaherezwa inyundo n’ubushingo.
  • 007 Akajya ku nteko,
  • 008 Indamutsa ikaramutsa.
  • 009 Ingoma zikaba zabyukiriye…
  • 012 Zamara gutunga,
  • 013 Bakaza bagahereza Umwami imirishyo.
  • 014 Umwiru mukuru akajya mu rugo
  • 015 Ati : umva Rubanda
  • 016 Ingoma ziraziritse.
  • 017 Nta we urongora
  • 018 Nta we umara urubanza…
  • 024 Nta ngoma yongera kuvuga.
  • 025 Keretse Indamutsa.
  • 026 Uko bamaze kubikira i Bwami
  • 027 Bakajya kwa-Cyilima
  • 028 Kubikira aho Karinga iri.
  • 029 Ukwezi kwa Kamena ku kazaboneka,
  • 030 Bakakubona.
  • 031 Maze mu gitondo
  • 032 Ishakwe ikabyukira
  • 033 Ku gikingi cy’irembo.
  • 034 Igihe Umwami ashakiye kuramutsa,
  • 035 Akajya mu nzu agaherezwa inyundo.
  • 036 Agaherezwa ubushingo,
  • 037 Indamutsa ikaramutsa.
  • 038 Umwami rero akazana ishakwe,
  • 039 Akayihagarika ku
  • 040 Akayikoma akagira kabiri
  • 041 Ati : ejo bundi kare kare…
  • 054 Ubwo ingoma z’imivugo,
  • 055 Zigasukira kwa-Cyilima…
  • 057 Bwacya Umunya- kabagari
  • 058 Akazana imyishwa n’imirembe,
  • 059 Akabyambika ingabe…
  • 062 Zikajya mu ngobyi,
  • 063 Zikajya gushengera…
  • 066 Igataha Karinga,
  • 067 Umwami agatera ho ibihubi
  • 068 Akagira kane…
  • 073 Bagahamagaza amata
  • 074 Uducuba tune…
  • 076 N’inzoga enye z’ubuki
  • 077 Bagatereka imbere y’ingoma.
  • 078 Umwami agasogongera…
  • 081 Ubwo Umwaka akivuga.
  • 082 Yarangiza kwivuga,
  • 083 Akagororerwa…
  • 086 Ubwo Umwami akajya mu nzu
  • 087 Agaherezwa inyundo n’ubushingo.
  • 088 Uwo kwa-Cyimanyi akaza,
  • 089 Agahereza isubyo.
  • 090 Umwami akaza mu Twicara-bami,
  • 091  Indamutsa ikaramutsa.
  • 092  Iz’imivugo zigasukira ku Karubanda…
  • 111 N’i Gaseke bikagenda bityo.
  • 112 Bakahakorera ibirori
  • 113 Byo gukura Gicurasi.
  • 114 Abanyamakoro y’amayoga
  • 115 Bagatura…
  • 117 Bagashobora kurongora…
  • 119 No kumara imanza.
  • 120 Icyo gihe, nta muntu
  • 121 Uba adafite inzoga mu Rwanda.
  • 122 Ngo zibaha kureba ibirori bya Gicurasi,
  • 123 Ngo itazabasigarira mu rugo.
  • 124 Hakaba rero ibirori
  • 125 Birambuye mu gihugu cyose.
  • LE RITE POUR LA CELEBRATION DU DEUIL
  • ——————————————————————
  • 001 Lorsque le mois de Gicurasi apparaît
  • 002 Le silence est imposé aux tambours.
  • 003 Quand il devient obscur,
  • 004 On compte cinq jours, après lesquels commence le deuil.
  • 005 Le roi se retire dans une chambre,
  • 006 Où il se fait présenter les marteaux et le briquet.
  • 007 Il sort ensuite et prend place sur son trône
  • dans la salle des audiences.
  • 008 Le tambour des audiences salue…
  • 009 Entre-temps, les tambours ont été mis en place…
  • 012 Quand ils ont cessé de résonner,
  • 013 On présente au roi les baguettes de tambour.
  • 014 Le grand Mwiru  entre  dans la salle des audiences
  • 015 Et proclame: sachez-le, peuple rwandais !
  • 016 Les tambours sont en repos.
  • 017 Personne ne se marie,
  • 018 Toutes les affaires sont suspendues…
  • 024 Aucun tambour ne se fait plus entendre,
  • 025 A l’exception du tambour des audiences.
  • 026 Chaque fois que l’on annonce le couvre feu  à la Cour,
  • 027 On fait de même chez-Cyilima
  • 028 Où se trouve Karinga.
  • 029 Jusqu’à ce qu’apparaisse le mois lunaire de Kamena.
  • 030 Lorsque la voient les cérémoniaires de la Cour,
  • 031 Dès le lendemain matin,
  • 032 Ils réveillent les gens
  • 033 Par le son du tambour ishakwe.
  • 034 Au moment où le roi commence son programme journalier,
  • 035 Il va dans la chambre intérieure, se fait présenter
  • les marteaux,
  • 036 Le briquet…
  • 037 Et le tambour des audiences
  • 038 Ensuite le roi apporte le tambour ishakwe.
  • 039 Il le place sur le dos d’un taureau,
  • 040 Lui donne deux coups de sonnerie en disant :
  • 041 Encore deux jours, jusqu’au petit matin du troisième jour !…
  • 054 Alors les tambours de jeu
  • 055 Retentissent chez-Cyilima…
  • 057 Le lendemain matin, Umunyabagari
  • 058 Apporte les feuilles rituelles de la momordique et du ficus
  • 059 Dont il orne les tambours dynastiques…
  • 062 Transportés dans leurs litières,
  • 063 Ceux-ci vont rendre hommage au palais …
  • 066 Le Karinga vient siéger
  • 067 Le roi l’honore du rythme ibihubi
  • 068 En lui donnant quatre coups de baguettes…
  • 073 On fait venir du lait
  • 074 Contenu dans quatre pots en bois…
  • 076 Et quatre cruches d’hydromel.
  • 077 On les dépose devant les tambours
  • 078 Le roi les déguste …
  • 081 C’est alors que Umwaka déclame  ses hauts faits.
  • 082 Après cette prestation,
  • 083 Il reçoit sa récompense…
  • 086 Alors le roi entre dans la maison
  • 087 Et se fait présenter les marteaux et le briquet.
  • 088 Le descendant de Cyimanyi
  • 089 Vient présenter l’antidote isubyo.
  • 090 Le roi vient ensuite prendre place sur son trône royal,
  • 091 Et le tambour des audiences
  • 092 Les tambours de jeu résonnent sur la place publique …
  • 111 A Gaseke on fait de même.
  • 112 On y effectue les cérémonies publiques
  • 113 Pour clôturer Gicurasi.
  • 114 Les fournisseurs de boissons…
  • 115 S’acquittent de leurs prestations…
  • 117 Alors les gens peuvent se marier…
  • 119 Et s’occuper de leurs affaires.
  • 120 A ce moment-là, chaque Rwandais
  • 121 Doit avoir une bière à consommer
  • 122 Qui lui permet de bien terminer les cérémonies de Gicurasi,
  • 123 Et que ce deuil ne reste pas dans sa maison.
  • 124 Ces réjouissances
  • 125 Sont étendues à l’échelle du pays.
  • INZIRA Y’UMURIRO
  • ———————————
  • Ce rite a pour but d’indiquer comment le feu attribué à Gihanga devait  être maintenu allumé à la Cour pour symboliser la pérennité de la dynastie. Il devait  être accompli par les monarques, porteurs du nom  Yuhi, le dernier du cycle comprenant les noms suivants : Mutara-Cyilima, Kigeli, Mibambwe et Yuhi. Etant le roi du feu, il était  indirectement roi pasteur.
  • Il ne devait pas sortir de la boucle Nyabarongo- Mwogo. Il avait résidence à Kamonyi.  Il devait,  en conséquence, accomplir le rite du feu, destiné à assurer la prospérité générale du royaume et la pérennité de la dynastie. Il ne pouvait se battre que dans une guerre défensive uniquement. Yuhi II Gahima, qui fut un grand guerrier, est antérieur à ce testament. Celui-ci en effet  date du règne de son 3ème successeur, Mutara I Semugeshi. Le rite compte 284 unités dont nous citons
  • 001 Umwami  ubyarira umuriro ni Yuhi.
  • 002 Akima i Nduga.
  • 003 Agatura i Nduga.
  • 004 Akaraguza ari i Nduga…
  • 011 Ntiyambuka Uruzi rwa Mwogo
  • 012 N’urwa Nyabarongo.
  • 013 Imirwa y’umuriro n’ibiri.
  • 014 Ni Karama ka Mashyiga
  • 015 Na Rubona rwa Kamonyi.
  • 016 Ikibariro cyo kubyarira umuriro
  • 017 Cyaba cyaje
  • 018 Abaraguza b’Abiru
  • 019 Bakaraguriza iyo mirwa
  • 020 Uko  ari ibiri.
  • 021 Uwerewe bakahubaka urugo
  • 022 Rw’icyuzurira ho…
  • 026 Agahaguruka Umwene-muhinda
  • 027 Akajya ku Nganzo-ya-Mushongi
  • 028 Akabyirura umubyirure w’intenge
  • 029 N’isuka y’Icyumwe
  • 030 N’intorezo munani…
  • 042 Bakabijyana i Bwami,
  • 043 Bakabiha Abene-fkati.
  • 044 Bakajya i Mwurire wa Muhima
  • 045 Bakaharamvura ibicuba munani
  • 046 N’inkongoro munani…
  • 068 Bagatumira Umukobwa w’Abaha…
  • 070 Ufite se na nyina
  • 071 Na musaza we ufite se na nyina
  • 072 N’uw’Abega…
  • 075  N’uw Abakono…
  • 078 N’uw’Abagesera…
  • 080 N’uw’ Abatsobe…
  • 082 N’uw’Abene-mugunga…
  • 083 N’uw’Abene-munyiga…
  • 084 N’uw’Abene-cyambwe…
  • 086 Abageni bakaza ari umunani…
  • 120 Umwami agatera uruganda,
  • 121 Mu gikari kwa-Cyilima.
  • 122 Akavuguta akagira kane.
  • 123 Agaha Umwene-muhinda
  • 124 Akavuguta akagira kane…
  • 138 Akajya ku mubyirure
  • 139 W’isuka y’Icyumwe,
  • 140 Akabyirura akagira kane…
  • 147 Agahaguruka…
  • 152 Yagera ku Karubanda
  • 153 Akenda icumu rye Rwamutara,
  •  154 Akambara ubushingo,
  • 155 Inguge ikamujya imbere…
  • 157 Akabyukuruka muri iyo nzu…
  • 160 Akayobora Gihanga…
  • 163 Akabuganiriza abageni,
  • 164 Akabanza Umukobwa w’Abaha…
  • 172 Abageni bagaterera,
  • 173 Hagasigara hacunda Abiru…
  • 235 Abageni bakaza kwavura.
  • 236  Isoro bakayikubira mu gicuba
  • 237 Cy’Umukobwa w’Abaha.
  • 238 Insanga zigataha.
  • 239 Agakama Umuheka.
  • 240 Akaremya amata mu cyansi.
  • 241 Umwami akuzuza inka ze,
  • 242 Bati:  wuzuza inka mu Rwanda.
  • 243 Wuzuza  abantu mu Rwanda.
  • 244 Akajya mu nzu
  • 245 Akanywa inka ze…
  • 255 Agasohoka Umutsobe
  • 256 N’isuka y’Icyumwe,
  • 257 Agahagarara ku karubanda
  • 258 Ati: iki n’iki Rubanda?
  • 259 Bati: icyo ni Icyumwe.
  • 260 Ati: igihugu ni icy’ umwe koko.
  • 261 Ni icya Yuhi.
  • 262 Agasubira mu nzu,
  • 263 Akazana ingoma
  • 264 Akayishyira ku Karubanda,
  • 265 Akayiha umurishyo
  • 266 Ati: nshiye imize mu nka.
  • 267 Nyiciye no mu bantu…
  • 282 Yuhi akungura imirwa y’i Nduga.
  • 283 Imize igacika.
  • 284 Yuhi akagira ubujyeri.
  • LE RITE POUR TENIR ALLUME
  • LE FEU DE LA PERENNITE DU RWANDA
  • ————————————————————-
  • 001 Le roi qui allume  le feu est Yuhi.
  • 002 Il est intronisé dans le Nduga,
  • 003 Il habite dans le Nduga…
  • 011 Il ne franchit  pas la rivière de Mwogo,
  • 012 Ni de
  • 013 Les Résidences  du feu sont au nombre de  deux :
  • 014 Karama  de Mashyiga
  • 015 Et Rubona de Kamonyi.
  • 016 Lorsqu’ arrive
  • 017 Le temps d’allumer  le feu
  • 018 Les devins de la Cour
  • 019 Consultent les oracles  pour savoir laquelle
  •              des deux Résidences,
  • 020 Abritera les cérémonies.
  • 021 Sur celle qui est désigné, on construit une maison
  • 022 Qu’on achève en une  journée…
  • 026 Le descendant du grand forgeron Muhinda se met en route
  • 027 Et se rend  à la mine de
  • 028 Arrivé là, il forge  une ébauche d’un  petit grelot,
  • 029 Une houe surnommée Icyumwe (= pays d’un seul roi)
  • 030 Huit haches…
  • 042 On les emporte à la Cour
  • 043 Et on les donne aux descendants de Fkati.
  • 044 Ceux-ci vont à Mwurire de Muhima
  • 045 Et y taillent huit jarres en bois,
  • 046 Huit petits pots à lait…
  • 068 On fait venir une fille des Abaha…
  • 070 Ayant son père et sa mère encore en vie,
  • 071 Ayant  son  frère qui a son père et sa mère encore en vie,
  • 072 Et une fille des Abega…,
  • 075 Des Abakono…
  • 078 Des Abagesera…
  • 080 Des Abatsobe…
  • 082 Des Abene-mugunga…
  • 083 Des Abene-munyiga…
  • 084 Des Abene-cyambwe…
  • 086 Les Promises atteignent ainsi le nombre de huit…
  • 120 Le roi installe une forge
  • 121 Dans la Cour arrière chez Cyilima.
  • 122 Il  actionne le soufflet quatre fois.
  • 123 Il repasse au descendant de Muhinda
  • 124 Qui l’actionne  quatre fois…
  • 138 Le roi prend l’ébauche
  • 139 D’une houe d’Icyumwe
  • 140 Et l’actionne  quatre fois…
  • 147 Ensuite, il se met en route…
  • 152 Arrivé sur la place publique,
  • 153 Le roi prend sa lance Rwamutara,
  • 154  Met  le briquet sur son cou,
  • 155 Et un signe marche devant lui …
  • 157 Il se rend dans la résidence des cérémonies…
  • 160 Et l’indique à Gihanga…
  • 163 Le roi rempli de lait les barattes des Promises
  • 164 En commençant par la fille des Abaha…
  • 172 Les Promises barattent,
  • 173 Puis cèdent la place aux  devins de la Cour
  • qui achèvent le travail…
  • 235 Ensuite les Promises séparent  le beurre du lait.
  • 236 Et le mettent dans le grand pot en bois
  • 237 Qui appartient à la fille Abaha.
  • 238 Le troupeau des Insanga font leur entrée.
  • 239 Umuheka les trait
  • 240 Et rempli un pot de ce lait.
  • 241 Le roi aussi trait symboliquement ses vaches,
  • 242 On lui dit rituellement: Puisses-tu emplir
  • le Rwanda de bovidés
  • 243 Puisses-tu emplir le Rwanda d’habitants.
  • 244 Il entre  dans la maison
  • 245 Et boit le lait de ses vaches…
  • 255 Umutsobe sort de la maison
  • 256 Avec la houe d’Icyumwe à la main
  • 257 Et se tient debout sur la place publique en disant :
  • 258 Que voyez vous dans ma main, peuple rwandais ?
  • 259 C’est la houe Icyumwe, lui répondent les gens.
  • 260 Il ajoute à son tour: vous avez raison,
  • le pays appartient à un seul souverain,
  • 261 Il appartient  à Yuhi.
  • 262 Il retourne à l’intérieur de la maison,
  • 263 Apporte un tambour,
  • 264 Le met sur la place publique
  • 265 Et lui donne un coup de baguette en disant :
  • 266 Je banni  les épizooties des vaches,
  • 267 Je les banni parmi les hommes également…
  • 282 Yuhi construit de nouvelles résidences dans le Nduga.
  • 283 Ainsi disparaissent les épidémies
  • 284 Ceci étant,  Yuhi bénéficie d’une admirable longévité.

 

 

 

 

 

III. LA VALEUR D’UBWIRU

EN TANT QUE PHILOSOPHIE POLITIQUE

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Un lecteur d’aujourd’hui, qui se contenterait d’un parcours superficiel des textes de ce document,  aboutirait probablement à la conclusion  de déception. Pour échapper à cette conclusion, il faut aller au-delà de la lettre et atteindre l’esprit de ces textes, c’est-à-dire passer  du comment au pourquoi. Ce pourquoi signifie : les intentions, les objectifs, les mobiles, les causes proches et lointaines  des actes que racontent ces textes. C’est cette justification causale et noétique que nous nommons la philosophie politique d’Ubwiru.

 

La lecture des extraits de ces textes  montre leur triple dimension : historique, politique et religieuse.

 

  1. La dimension historique :

Sur cet aspect, rappelons le témoignage d’A. Kagame cité ci-dessus : « Ubwiru  est une source incomparable par les faits du passé qu’il renferme, étroitement liés à tel monarque dûment déterminé. Telle famille y joue un rôle qui lui a été réservé par tel roi en vue de commémorer tel événement de son règne. Le roi au nom dynastique Untel doit accomplir telle cérémonie en tel lieu, ou dans telles circonstances, par ce que, tel monarque du passé qui portait le même nom en a agi ainsi dans les circonstances analogues.

 

  Au cours de telle cérémonie commémorative, qui doit se répéter soit annuellement, soit une fois toutes les quatre générations, il faut utiliser tels objets et faire intervenir les représentants de telles familles, parce qu’il en fut ainsi décidé par tel monarque à la suite de tel événement de son temps » (N.G., p.13-14).  Cet aspect est mis en exergue par  les « notes de lectures » qui accompagnent les différents textes. Disons pour conclure que  cette mémoire du passé, que procurent ces textes, donne aux responsables  du pays l’expérience   pour le diriger non  comme des aveugles mais comme des sages qui connaissent les règles du jeu politique et les impératifs catégoriques du succès.

 

  1. La dimension politique :

En plus de cet aspect historique, Ubwiru comporte un autre aspect et même le plus important au niveau de l’intention des acteurs.  En effet, le but des acteurs n’était  pas de faire de l’histoire mais  de résoudre les problèmes du pays. Cet aspect est donc politique.

 

Cette dimension  est mise en exergue par la liste thématique des rites. Il s’agissait d’abord de résoudre les problèmes économiques.   Sur un total de 18 rites, 8 concernent justement les problèmes  économiques. Viennent ensuite 6  rites consacrés au problème de la sécurité nationale. On sait, néanmoins, que les guerres à but uniquement défensif étaient rares. La plupart de celles-ci étaient offensives. Elargir l’espace vital  du pays ou augmenter le cheptel bovin étaient le mobile fréquent des expéditions militaires. Dans le système cyclique de nos rois, deux monarques avaient pour programme de règne cette mission martiale : Kigeli et Mibambwe. L’ambition de l’expansion illimitée du territoire national était déjà la devise de Gihanga, systématisée et appliquée pour la première fois par Kigeli I Mukobanya. La dimension économique sous-tend ainsi même les ambitions de puissance proprement politique comme moyens de ces ambitions.

 

Les 4 derniers rites concernent les Institutions étatiques ou des structures du pouvoir monarchique qui visaient l’existence même de l’Etat. On ne peut mieux montrer la dimension  politique de ces rites. La doctrine politique véhiculée par Ubwiru  a prouvé sa valeur par son efficacité dans le domaine de l’élargissement géographique du pays et de l’administration du territoire.

 

  1. La dimension religieuse : Le troisième aspect est la nature des moyens utilisés, à savoir ces rites qui sont impétratoires. L’efficacité objective de ces rites  est problématique. Certains auteurs l’ont qualifié de magique. Cet adjectif est vide de sens. En effet, il ne dit pas d’où viendrait  leur efficacité  soit naturel ou surnaturel c’est-à-dire intrinsèque ou extrinsèque.  Dans le cas présent,  l’efficacité de ces rites est à placer dans le contexte de la monarchie théocratique du Rwanda. Pour comprendre ce contexte politico-religieux, prenons un exemple  de l’Etat hébreu de la monarchie davidique ou des Etats musulmans. Pour ces trois monarchies, le souverain suprême est le Transcendant, nommé selon les cas : Yahweh, Allah, Imana.  Le roi visible de ces Etats est  le  Lieu-tenant du Très-Haut auprès du peuple. Voilà pourquoi, ce Représentant  recourait  régulièrement à cet Invisible  dans les affaires importantes du pays. Au Rwanda, ce recours à Imana s’effectuait de deux manières. Premièrement, pour connaître sa volonté, on faisait la consultation divinatoire. Un oracle positif  était interprété comme la réponse divine : positive ou négative. Les viscères  d’animal divinatoire favorables étaient fabriquées en un talisman nommé « imana yeze » = oracle divinatoire favorable. Ce talisman accompagnait le roi dans toutes ses démarches pour les intérêts supérieurs de la nation. Deuxièmement, pour les actions à accomplir après cette consultation, les moyens étaient choisis selon leur qualité symbolique.

 

On raisonnait comme si « Un signe produit ce qu’il signifie ». Dans le contexte religieux, l’efficacité symbolique est supposée venir du Transcendant. Elle est donc  extrinsèque, sur-naturelle et non magique. Le symbolisme est un langage de prière pour exprimer ce qu’on demande. Non seulement, on utilise un langage symbolique, mais également on passe par des intermédiaires. Les rois et autres bons ancêtres défunts, qui sont supposés constituer la Cour céleste d’Imana, sont invoqués comme des intercesseurs. Même les devins sont utilisés pour chasser les calamités du pays par des techniques symboliques dont l’efficacité est supposée provenir du Très-Haut.

 

Comment apprécier cette conception politico-religieuse comme manière de diriger une Nation ? Trois appréciations sont possibles : 1°- Pour un athée, cette référence à Dieu est évidement ridicule !  2°- Pour les gens modernes gagnés aux idées de démocratie, l’Etat doit être laïc. Cela veut dire que la liberté religieuse des citoyens doit être respectée. 3°- Dans une situation où tous les citoyens d’un pays professent une même religion, rien n’empêche qu’ils organisent un Etat en conformité avec leur croyance religieuse. Tel était le cas du Rwanda pré-colonial.

 

Après ces trois réponses d’ordre théorique, c’est le résultat pratique qui constitue la vraie réponse. L’histoire du Rwanda, à travers l’espace et le temps,  donne la réponse que voici : le Rwanda, parmi ses voisins, fut une nation prospère, bien gouvernée et très respectée. Dans tous les pays sub-sahariens, avec le Burundi, il est le seul pays qui n’a pas été créé par la colonisation. Celle-ci l’a plutôt amputé du tiers de son territoire. Il était le seul pays à avoir une  seule langue maternelle pour toute la population.

 

Il était un des rares pays africains à avoir une histoire « écrite » dans la mémoire de ses poètes depuis au plus tard, le 14ème  siècle.   Sa vie religieuse et éthique, référée à la transcendance divine, ne pouvait que pousser la nation au sommet de l’humanisme. Le courage, l’honnêteté, l’abnégation, la sociabilité, furent  les fruits de cette sagesse politique. Ainsi donc, Ubwiru fut une conception et une pratique remarquable pour l’édification d’une nation. Le Rwanda d’aujourd’hui gagnerait à ne pas perdre la mémoire de ce passé si glorieux et d’en faire une source d’inspiration.

 

 

 

CONCLUSION GENERALE

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   Après le parcours de ce long texte d’Ubwiru dont nous venons de citer de larges extraits, voici quelques mots pour boucler la boucle. Il faut dire tout d’abord que ce parcours permet d’écarter le mystère qui planait sur ce Document séculaire et ultra-secret. Nous dirions même qu’il engendre une certaine déception. En effet, les textes de ce Document racontent des actes, des gestes, des formules dont le contenu semble sans valeur pour l’homme d’aujourd’hui. Ils nous situent dans un domaine de pensée qui est aux antipodes de la pensée scientifique.  Car Ils nous placent  sur le plan de la pensée symbolique et sur-naturelle alors que nous sommes actuellement dans la logique de la pensée scientifique et même positiviste.  Il faut dire ensuite que, réflexion faite, on peut retenir quelques leçons que ce Document nous donne. 1°- sur le plan proprement scientifique, certains rites d’Ubwiru sont nuls. 2°- Il faut reconnaître cependant que leur efficacité psychologique est indéniable.

 

En effet, comme on le dit,  ce sont les idées qui mènent le monde. Ce que les gens pensent, croient, même de manière scientifiquement erronée, c’est cela qui guide leurs comportements pratiques. Si ces actes  et comportements sont bons, le résultat est positif et utile. Sur ce dernier plan, nos rites d’Ubwiru ont pu avoir une efficacité indéniable et constructive pour la Nation. 3°- Quant à leur référence à la Transcendance, celle-ci était la plus efficace pour soutenir l’agir des acteurs de ces rites ainsi que de la population tout entière.

 

4°- Pour le Rwandais d’aujourd’hui, une pensée scientifique et même laïque s’impose sans être nécessairement athée ni même laïciste. En effet, la croyance religieuse et la tolérence des croyants ne sont pas anti-scientifiques.  5°- Si la philosophie politique d’Ubwiru a cédé la place à celle de la modernité, ses principales vertus ont une valeur permanente, à savoir le patriotisme, l’harmonie sociale et la référence à la Transcendance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE LEXIQUE

DES RITES D’UBWIRU

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  • Les chiffres de ces notes renvoient aux chiffres des rites.  
  • Inzira ya Rukungugu :
  1. Iyo Rukungugu yateye = Lorsque sévit une grande sécheresse. Par erreur, le texte de référence dit : « Iyo inzira ya Rukungugu yateye ». Pour sûr, le mot Inzira qui est dans le titre de ce rite n’est pas répété au début du texte. Car le sujet du verbe « gutera » = sévir n’est pas Inzira = voie mais Rukungugu = sécheresse. Au sens littéral, Rukungugu désigne un « hamac de poussière ».

 

  1. Kwa-Cyilima ou kwa-Mutara : Ces noms désignent deux quartiers du Palais royal où étaient gardés les tambours dynastiques dans des cases spéciales. Les principaux de ces tambours royaux sont les suivants : Karinga, Cyimumugizi, Kiragutse, Mpatsibihugu. Cyilima et Mutara sont les deux rois des vaches, qui sont aussi alternativement le numéro un des deux cycles de  rois et auxquels incombe le rôle de fixer Umurage w’Ingoma = le testament de succession au trône, chacun pour son  cycle. Ces deux quartiers sont considérés comme les lieux sacrés de la Cour royale. Le monarque régnant devait les visiter chaque matin et rendre hommage à Karinga qui représentait la souveraineté de la Nation.  C’est dans un sanctuaire dédié à l’un de ces deux rois des vaches   que devait être célébré ce rite contre la sécheresse.

 

  1. Mivumbi = Le Faiseur des pluies matinales intarissables. Tel est le nom donné au tambour rituel fabriqué pour mettre fin aux  sécheresses. Il était présenté au roi des vaches défunt pour mettre fin à la  sécheresse.

 

  1. Les noms des pluies saisonnières:

Ndoha = La pluie du mois de Nzeri (fin septembre); elle est appelée également impangukano.

Nyabihe = Nom donné par Mpande-ya-Rusanga à la pluie qui tombe régulièrement pendant le mois de  Kanama (août).

Zina = la pluie qui tombe au début du mois de Mata (avril).

Nyamvura  = la pluie qui tombe au début du mois de Kamena (juin).

Rurenga-mpiso = Nom donné par Mpande-ya-Rusanga à la pluie passagère qui tombe au début du mois de Mutarama (janvier). Le sens littéral symbolise « faire passer les  frontières » entre les saisons  difficiles.

Cette note a l’avantage de nous informer sur l’existence et les noms donnés dans l’Ubwiru à  ces cinq pluies saisonnières. Comme on le voit, parmi ces noms, deux sont donnés par un personnage qui mérite une présentation. Il s’agit du fameux Mpande-ya-Rusanga, nom qui signifie littéralement  « A-côté-de-Rusanga ». Il s’agit d’un enfant que, durant une famine, sa mère a déposé à côté de Rusanga = l’un des taureaux du trône. Recueilli et élevé à la Cour, cet enfant issu  du bas  peuple, devint plus tard un grand personnage qui habitait à Cyotamakara, au Buhanga.

 

  1. Inzira ya Kivu :
  2. Kivu  = Ce nom désigne le lac qui est entre le Rwanda et le Congo Démocratique.  Dans le cas présent, il signifie « la pluie qui abîme la récolte ». Le roi s’adressait à Imana par l’intermédiaire du roi rituel de Nyamweru pour faire cesser ce fléau.

 

  1. Nkima = Le nom d’un personnage du clan des Abakono auquel le roi Cyilima I a concédé le privilège de roi rituel sur l’enclave du mont Nyamweru. Ce privilège fut une récompense pour le rôle joué dans son mariage avec Nyanguge. Les noms dynastiques de cette lignée rituelle sont, de père à fils, les suivants: Nkima, Cyabakanga et Butare. A cet ancien service pour la dynastie s’ajoute pour le pays celui d’éloigner le fléau de l’inondation.
  • La nature du rite contre l’inondation :   Ce rite consistait à trouver un bouc émissaire qui incarne le fléau pour être symboliquement détruit à sa place. Ce bouc émissaire était  constitué, entre autres, par un taureau noir du troupeau appelé « les-Cendrés », d’une chèvre noire, d’une Umutwakazi aux seins non développés ou ménopausés.  

 

  1. Nyira-bwanacyambwe= Le nom d’un sommet de la colline de Kibagabaga, situé dans l’ancienne province du Bwanacyambwe. Le nom de ce sommet est, peut-être, l’origine de celui de toute la région qui fut jadis un royaume clanique des Abongera, annexé à celui du Rwanda par Kigeli I Mukobanya. Cette localité est-elle devenue un haut lieu cultuel parce qu’elle est le sommet le plus élevé de la région ? Ou bien parce qu’elle serait le lieu de naissance de son annexeur Mukobanya, d’après une opinion d’Alexis Kagame ? A ce sujet, celui-ci, donne  deux informations  contradictoires.  En effet, Inganji Karinga II, 1959, p.69, fait naître Mukobanya à Nyirabwanacyambwe, alors que l’Ethno-histoire I, 1972, p.64,  place cet événement à Nyakabanda qui est une vallée entre le mont  Kigali et Kigali-ville. Il faut comprendre que la dernière en date corrige la précédente information.

 

  1. Abarembo = Le nom d’un groupe de ritualistes. Ses effectifs se recrutaient dans la région du Burembo, entourant le massif montagneux du Ndiza, dans  le district actuel de Muhanga. Ce groupe intervenait spécialement dans les rites de conjuration des pluies trop abondantes. En général, ils intervenaient contre toutes les calamités de la Nation.
  • Abaroha = Un groupe de devins descendants de Ndoha chargés d’utiliser Icyuhagiro = l’aspersoir soit pour bénir ou purifier soit pour maudire ou chasser les malheurs du pays.
  • « Imana yeze » = Talisman d’un oracle divinatoire favorable. Selon la croyance traditionnelle, l’oracle divinatoire équivalait l’oracle divin. Ainsi le mot « imana » désigne tantôt l’analogué principal = Dieu, tantôt l’analogué secondaire = les intermédiaires entre Dieu et les hommes.
  • Ces derniers sont nombreux : les restes des oracles divinatoires favorables = imana zeze ; les animaux qui servent dans la divination = taureaux, béliers; arbres de ficus géants = ibimana ; la bonne chance = Kugira Imana ; un homme d’une bonté exceptionnelle = Naka ni Imana y’i Rwanda. Ce dernier exemple indique que Imana est considéré comme le roi suprême du Rwanda. Autrement dit : que le Rwanda est une théocratie.

 

  1. Imitsindo / Imihamuro = la causalité symbolique. Selon la logique normale, un effet est produit par une cause qui en a une nature adéquate, i.e. capable. Selon une certaine logique, une chose peut produire ce qu’elle signifie par la seule vertu de symbolisation. Par exemple : une chèvre noire ou  une vieille femme stérile est un porte-malheur. Dans le contexte théocratique, il faut savoir que cette efficacité symbolique est supposée provenir d’une intervention indirecte d’Imana. Ainsi donc, les Imitsindo = des « Supplications  pour écarter les malheurs », tandis que les Imihamuro = des « supplications pour obtenir des bienfaits.

 

  1. Inzira y’Inzuki :
  2. Urugomo rw’inzuki = le terme « urugomo » qui constitue le thème des rites  3 et 10 signifie : rébellion, compétition pour le pouvoir.  Dans le cas présent, il s’agit de la situation de la naissance d’une nouvelle reine dans une ruche alors que celle-ci ne peut contenir qu’une seule reine.

 

Dès que cette situation se produit, les deux reines se battent. La vaincue est expulsée et va former un nouvel essaim avec ses fidèles. C’est ainsi que l’ordre naturel a prévu la multiplication des ruches. La situation analogue se présente  dans le rite  10 pour le cas des princes en compétition pour le pouvoir royal.

  • Buhanga = Le nom de la plaine située à l’Ouest de la rivière Mukungwa et au Nord de la Nyamutera, dans la région de Ruhengeri. La tradition rapporte que cette région fut la base des domaines de Gihanga.  Il y a peut être un lien entre Gihanga et Buhanga car les deux noms ont, comme on le voit, le même radical : hanga = fonder, créer, initier.    

 

  1. Mirembe = Selon le sens contextuel Mirembe semble avoir été le grand apiculteur de Gihanga. La tradition l’invoque pour implorer la fécondité des ruches auprès d’Imana.

 

  1. Inzira y’Umuhigo :
  2. Abami b’Umushumi = Les rois guerriers : Kigeli et Mibambwe. On sait que le premier sens de ce nom désigne les rois de la période antérieure aux règnes de Ruganzu Bwimba. C’est donc au deuxième sens que cette appellation désigne les rois guerriers.
  • Ubushingo = Un briquet royal semblable à urushingo. Cet dernier est un morceau d’érythrine dans lequel on fixe le bâtonnet urushingati qu’on roule vigoureusement entre les mains jusqu’à produire du feu. L’action de produire du feu de cette manière s’appelle Gushinga. Le roi portait à son cou ubushingo  comme insigne de son autorité royal, signifiant qu’il est porteur du « feu de pérennité » pour le pays. Les fonctionnaires de la Cour chargés de produire du feu par urushingo descendaient d’un ancêtre nommé Bwami.

 

  1. Rugiramusango = Le tambour de la chasse. Il servait à convoquer le peuple aux grandes chasses auxquelles le roi prenait part.
  2. Ntsinz-umusazi = Nom d’une lance attribuée à Kigeli I Mukobanya. Cette lance était gardée à la Cour jusqu’au temps de Yuhi V Musinga puis transférée au Musée de l’évêché de Kabgayi. A ne pas confondre avec Ntsinzabasazi = Tambour d’audience de Ruganzu  II Ndoli.

 

  1. Urukomo = Du verbe gukoma = secouer, ce substantif signifie : le chant des chasseurs pour « la levée du gibier ».

 

  • Inzira ya Muhekenyi :
  • Abacumbi = Une famille du clan des Abasinga, descendants de Mucumbi, dans laquelle se recrutait des ritualistes de la cour dont les conjurateurs des malheurs.
  • Rugwizamigisha = Un nom donné au Tambour antidote des maladies des vaches.
  • Gishamba = Nom commun pour désigner un gouffre marécageux destiné à engloutir les boucs émissaires des malheurs.
  • Urutsiro = Du verbe gutsirika = vacciner ou soigner, ce substantif désigne : un  antidote préventif ou curatif contre des maladies ou toutes sortes de calamités.

 

  1. Inzira y’Ishora :
  • Inganzo-ya-Mushongi = Une carrière de fer située au Bugarura, Byumba, exploitée jadis par les forgerons de la Cour dont le chef du temps de Ruganzu II se nommait Muhinda. A noter aussi que ce nom est soit le dérivé soit l’origine du verbe gushonga = fondre, se dissoudre, se liquéfier.
  • Kubyirura = Battre le fer en forgeant pour produire une ébauche d’instrument (umutege).
  • Gucirira = Faire une entaille dans un tambour.
  • Imiyobora = De petits marteaux  royaux qui étaient placés sous l’oreiller du roi pendant la nuit. Deux d’entre eux étaient portés devant le roi dans ses déplacements pour écarter les maléfices qui pouvaient y être.
  • Rweza-ngoro = Nom d’une fontaine située à Muhima de Kigali.
  • Les eaux de cette source alimentaient  les abreuvoirs rituels lors de plusieurs cérémonies de la Cour.
  • Rugabo = Nom d’un tambour royal qui se trouvait à Gaseke pendant la période où le cadavre boucané d’un roi de vaches  (Cyilima ou Mutara) était  conservé à cet endroit. Lorsque le cadavre était transféré à Rutare, Rugabo  quittait Gaseke pour aller à Musenyi où il restait sous la garde d’un membre de la famille des Abakobwa  jusqu’à l’arrivée à  Gaseke d’un autre roi de vaches. Le nom désigne également un nom  divin : le Tout-puissant.
  • Guterera = Emoucher les vaches.
  1. Ibizinzo = émouchoirs ou chasse- mouches.
  • Abanyatwa = Habitants d’ Ubunyatwa, province devenue successivement. Ubusarasi et finalement Ubumbogo.
  • Igicuba = Gros-pot-en-bois utilisé spécialement pour puiser de l’eau pour remplir l’abreuvoir des vaches.
  • Ibihubi = Le rythme de tambours qui marque le coucher du    roi.
  1. Ibihugu = Le rythme de tambours qui marque le lever du roi.
  2. Kwugurura = Déblayer un terrain.
  3. Inkuyo = Une étrille ou un bouchon en herbe.
  4. Kabuye = Une haute montagne située au Bugarura sur le sommet duquel Gihanga a creusé une source d’eau utilisée depuis lors dans les grandes cérémonies rituelles de la Cour.

 

  1. Umuheka = Un descendant du nommé Mpeka, fils de Njishi, du clan des Abazigaba. Ce Mpeka fut l’Intendant général des Insanga, le troupeau initial de Gihanga,  sous le règne de Cyilima II Rujugira. Le chef patriarcal  de cette famille était  toujours l’intendant de ce troupeau.

Ce fonctionnaire est d’office le grand Mwiru Pasteur, chargé des cérémonies ayant trait à la conservation des vaches au Rwanda.  Ce sont ces cérémonies qui constituent le rite du feu de la pérennité.

 

  1. Umwene-fkati = Un descendant de Fkati, l’ancien menuisier du roi, spécialisé dans la fabrication des gros pots en bois. Le chef patrialical de cette famille était toujours le président d’honneur des menuisiers de tout le pays.

 

  1. Kigali = La capitale du pays depuis le règne de Cyilima I Rugwe. Avant son règne, cette localité et ses environs appartenaient au royaume du Bugesera. Cyilima I la reçu en cadeaux du roi de ce pays et y construit son premier palais au sommet de ce Mont Kigali. C’est au pied de ce massif montagneux, que se célébraient les cérémonies de ce rite. Les sources de la fontaine Rwezangoro utilisées  dans ces célébrations se trouvaient dans la vallée de Muhima.

 

  1. Les marteaux royaux = La tradition donne à penser que Gihanga et ses successeurs étaient des forgerons au sens littéral et au sens culturel. Pour rappeler cette fonction, des marteaux royaux étaient gardés à la Cour. Les principaux sont les suivants : leur doyen était le fameux Nyarushara, supposé à avoir appartenu à Shyerezo, l’ancêtre de la dynastie des Abanyiginya dont parle la légende des Ibimanuka. Viennent ensuite cinq autres dont voici les noms : Nyamigisha = Le porte bonheur ; Mpeteyinka = Je redouble le troupeau ;  Nshinjamahugu = Je condamne la tricherie ;  Nunguyurwanda = J’élargi le Rwanda ;  Nyamvura = Le maître des pluies.

 

  1. Kuribora = S’agissant d’un tambour, il signifie : se fissurer, se fendiller. Lorsqu’il s’agit des personnes, il signifie : avoir des marbrures, des vergetures.

 

  1. Les tambours royaux : La Cour possédait une panoplie de tambour comme insigne de la royauté. Le premier en date fut introduit à la Cour de Gihanga par le fameux Rubunga, le Mwiru de la dynastie des Abarenge. Ce premier se nommait Rwoga = le célèbre qui fut remplacé par le Karinga = Le Gage d’espérance sous le règne de Ruganzu II après la perte de son prédécesseur.

Après le Karinga viennent les suivants : Cyimumugizi = Le pays est gouverné par un capable ;  Mpatsibihugu = Je domine les pays ;  Kiragutse = Le pays est large.

 

  1. Niho bamenya umwana w’umwami uzima = Au point de vue de l’histoire, ce passage de l’unité 690 est important. Il indique le geste révélateur du futur roi à ceux qui savent lire les signes des secrets d’Ubwiru. Nous savons, de par ailleurs, que ce secret est gardé par un fonctionnaire spécial chargé d’Umurage w’ingoma = Testament de succession au trône. Nous savons ensuite que la désignation du roi de façon général, franchit trois étapes : la désignation du clan matri-dynastique, puis la désignation de la futur reine issue de ce clan et enfin la désignation du futur roi par son père si cette reine a plusieurs fils. Le cas ou cette  reine n’aurait qu’un fils, celui-ci est désigne roi par sa naissance. Tout ce processus reste au grand secret à l’unique confidentialité des Abiru  responsables de cette mission, jusqu’au moment de l’enterrement du roi. Même les bénéficiaires de ce privilège doivent tout ignorer jusqu’à la fin.        

 

  1. Gakondo = D’après une information plausible, Gakondo serait le porte-pipe de Gihanga. Ce nom serait devenu, à travers les âges, synonyme de la tradition pour avoir été le confident du fondateur du royaume des Abanyiginya. Dans le présent contexte, il signifie Rubanda = la population.

 

  1. Uburezi : Au sens littéral, le mot signifie : le contenu de la panse d’un taureau sacrifié dans le culte des ancêtres et qui a auguré le bonheur. Au sens culturel, le mot signifie : le bonheur, la bénédiction. Le mot est usité dans le dicton : ujya gutera uburezi arabwibanza = la charité bien ordonnée commence par soi.

 

  • Inzira y’Umuganura :
  • Guturika = Germer, bourgeonner : en perlant de haricots, petits pois, sorgho. Par erreur, le texte de référence a remplacé ce verbe par celui de « guturuka » qui signifie, en réalité, « venir de ».
  • Gusubya = Refaire une deuxième fois pour certains actes.
  • Rugina = La cruche dans laquelle devait être préparée la pâte de sorgho à consommer dans le  rite de la fête des Prémices.
  • Igitenga = Un gros panier en vannerie.
  • Umurorano = La petite fête des Prémices célébrée au mois de Werurwe (Mars). Elle consistait en la manducation de la pâte de l’éleusine et du haricot sénonais. (A.H., p. 17)
  1. Ishyira = La queue de lièvre qu’on portait sur le front dans les célébrations du culte des Imandwa.

 

  • Inzira y’Inteko :
  • Sekera = Une colline dans l’ancienne province du Buyenzi.  Cette région du Sud du pays fut annexée au Rwanda sous le règne de Cyilima II Rujugira. Comprenons implicitement que ce rite date de cette époque si récente.
  • Imana ikamujya imbere = « Le talisman contenant l’oracle divinatoire favorable » est porté devant lui.  Celui-ci est le Commandant en chef des guerriers rwandais sous les drapeaux. Le terme  « imana » = oracle  favorable  représente « Imana-Dieu » dans le contexte  de la théocratie traditionnelle. En termes clairs, on veut dire que les Armées rwandaises ont pour commandant suprême Imana lui-même ; aussi la victoire est assurée  dès l’ouverture des hostilités.
  1. Inzira y’Urugomo
  2. Urugomo rw’Abanyiginya n’ Ibibanda = La rivalité entre les Abanyiginya et les Ibibanda (clans matri-dynastiques). Ce rite montre bien l’origine classique des luttes pour le trône.Le roi étant toujours du clan des Abanyiginya, la compétition venait des Ibibanda qui voulaient introniser leur neveu et sa mère qui était t leur fille.

 

 

  1. Umugabe- kazi ntarasa = La reine-mère ne tire pas à l’arc. La reine-mère prenait un arc et des flèches et tirait pour se faire dire que cet acte lui est interdit. En termes clairs : c’est toi et ta famille qui causez  cette lutte sournoise ; arrêtez-la avant que ce ne soit trop tard.

 

  1. Seka Rujugira = Sois-nous favorable, Rujugira. Cette mention de Rujugira montre que ce rite est postérieur au règne de ce roi. On a l’impression que ce rite a été rendu nécessaire par la double lutte pour le trône par le prince Gatarabuhura. Celui-ci,  fils de Rujugira, a lutté  pour le trône contre  son frère Sentabyo et contre son neveu Gahindiro.
  • Inzira y’Urwihisho :
  • La mort du roi du Burundi : Apparemment, le rite visait le roi du Burundi uniquement. La raison est, sans doute, que c’est ce pays qui constituait une menace sérieuse pour le Rwanda. Ses autres voisins lui étant inférieur en force, la mort de leur monarque ne constituait aucune inquiétude pour le Rwanda.
  • Nyamibande = Le tambour emblème du royaume du Bungwe. Il fut capturé par le roi Mutara I semugeshi en tuant son titulaire Rubuga, fils de Samukende et sa mère Nyagakecuru Benginzage dont la résidence couronnait le Mont Nyakibanda.
  • Ce tambour est invoqué dans ce rite comme protecteur de ceux qui cherchent le refuge dans les vallées. Cette fonction lui est attribuée à cause, sans doute, du sens littéral de son nom car, Nyamibande = Maître-des-vallées.      

 

  1. Kwasira : A ne pas confondre avec Kwasiira. Ce dernier signifie : pousser des cris.
  2. Dans ce rite, il s’agit donc d’un autre verbe qui signifie : être décoré pour avoir tué 7 ou 9 rois ennemis sur le champ de bataille.
  3. Comme on peut le vérifier, le texte de référence a commis l’erreur d’inverser les deux verbes  indiqués ci-dessus. Ce rite consiste à créer un nouveau tambour mémorial de cet exploit qui porte la décoration umuvugo.
  4. Umuvugo: Il s’agit d’un morceau  du bois appelé umuvugo dont le sens littéral signifie : une parole d’autorité.
  5. Dans le cas présent, il s’agit de ce bois qui sert de décoration et qui est porté par le tambour mémorial de cette prouesse.
  6. Inzira y’Ubwimika :
  7. Ndungutse, fils de Nkuna = Ancêtre d’une famille de « spécialistes en tannerie » Abakannyi.
  8. Gitandura, fils de Kingali = Ancêtre de la famille des Abatandura. Ceux-ci avaient le privilège d’imposer le nom aux enfants du roi. Ce privilège vient de cette ancêtre qui a servi de messager au roi Ruganzu I pour imposer à ce nouveau-né le nom de Rugwe.
  9. Nyamigezi, fils de Minyaruko de Nyamikenke = Celui-ci était roitelet du Busigi et grand pluviateur. Il fut l’ancêtre d’une famille des Gardiens du Tambour Karinga. Cette fonction vint de ce Nyamigezi qui a taillé le premier bois de ce Tambour et en a fabriqué le premier exemplaire.
  10. Le bois utilisé se trouvait dans la forêt de Cyungo, au Buberuka et la fabrication du Tambour a été réalisée au Busigi dans la maison de ce personnage sous la direction d’un Mwiru. Ce Nyamigezi en a assuré temporairement la garde.
  11. Nyamiringa = Un instrument de musique qui était une espèce de fifre : urusengo. Ce Nyamiringa et un marteau constituaient ensemble l’insigne de la royauté pour le roi Gihanga avant l’introduction de l’emblème du Tambour Rwoga.
  12. Celui-ci, une fois perdu sous Ndahiro Cyamatare, fut remplacé par le Karinga sous le règne de Ruganzu II Ndoli.
  13. Inzira ya Gicurasi
  14. Gicurasi = Le mois lunaire de mai. Pendant ce mois, la Cour célébrait le deuil national en souvenir de tous les défunts du pays.
  15. Historiquement, avant d’avoir cette dimension collective, ce deuil concernait uniquement la mort du roi Ndahiro Cyamatare, tué par les Abanyabungo. Cette célébration commençait par des gestes de tristesse pour terminer dans une fête de joie. Ce début s’appelait kwirabura et cette fin se nommait kwera.
  16. Gutunga = se taire lorsqu’il s’agit des tambours royaux.
  17. Inzira y’Umuriro
  18. Kubyarira umuriro = Allumer du feu, en parlant du roi.
  19. Ubujyeri = la longévité.

 

ECRITS CITES

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  1. KAGAME Alexis

-Le code ésotérique de la dynastie du Rwanda, in Zaïre, Avril,

1947

-La notion de génération…, Bruxelles, 1959

-Un abrégé de l’ethno-histoire du Rwanda, Butare, 1972

-Un abrégé de l’histoire du Rwanda, de 1853 à 1972 Butare, 1975

 

  1. d’HERTEFELT Marcel et COUPEZ André

-La royauté sacrée de l’ancien Rwanda, Tervuren, 1964

 

  1. MUZUNGU Bernardin

-Histoire du Rwanda pré-colonial, L’Harmattan, 2003

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CAHIER N°- 41 = LE COMBAT ENTRE MUNGU ET IMANA

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PRESENTATION DU NUMERO

 

REDACTION

 

 

 

  1. INTRODUCTION

 

Ce titre a pour équivalent « Le combat entre le Dieu des Etrangers et le Dieu de nos Ancêtres ». Envisagé comme phénomène sociologique, nous lisons ce combat dans le changement des noms des 3 premiers présidents de notre pays : Kayibanda, Habyarimana et Bizimungu. Nous verrons que nos rois, avant le régime républicain et électif, étaient considérés comme des élus de Dieu. Très curieusement, ces 3 présidents en portent le symbolisme en ayant des noms théophores.  Ka-yi-banda = Ce petit- qui Le-supplie. La signification explicite est la suivante : Cet enfant est le suppliant d’Imana. Ha-byar-imana = C’est-Imana-qui procrée. Cela signifie explicitement : Imana est le principal engendreur, les parents humains  sont ses auxiliaires.  Bi-zi-mungu = Cela-seul Mungu-le sait. En termes plus clairs, cela signifie : Cela est connu par Mungu qui est omniscient. Ces noms illustrent le combat nominal et idéologique  que nous allons débattre dans cet article. Le double  titre  que nous en donnons  facilite la saisie de  sa double dimension : niveau littéraire et religieux.

 

Le propos que nous allons tenir  pourrait  intéresser les Rwandais et les Burundais en général mais surtout les chrétiens en particulier. Son exposé va évoluer en trois étapes : La première étape va cerner la question de savoir si  le vrai Dieu était connu ou inconnu jadis dans nos pays. La deuxième étape va indiquer quelques éléments d’une  théologie positive de la religion traditionnelle ou imanisme, attestés par des documents culturels. La troisième et dernière va suggérer les éléments d’une inculturation du christianisme dans l’imanisme.

 

Comme on le voit, ce sujet intéresse principalement  les historiens  de nos pays mais surtout les théologiens et les pasteurs de nos Eglises chrétiennes. Cette question qui était importante pendant la période coloniale, a perdu de son actualité depuis l’indépendance de nos pays dirigés par les autorités civiles et religieuses indigènes. Nous reprenons ce dossier pour insister sur le fait que la question n’a pas été épuisée. En effet, le conflit nominal entre Imana et Mungu est réglé  mais le rapport juste entre la religion traditionnelle et le christianisme n’est pas clairement établi. Pour le moment, nous vivons un syncrétisme religieux faute de n’avoir pas fait une vraie inculturation du christianisme dans l’imanisme. Pourtant, Jésus lui-même nous en a indiqué la méthode lorsqu’il disait : « je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Mt 5,17). En d’autres termes, les chrétiens doivent montrer que le Fondateur des deux Religions est le même. C’est le Verbe de Dieu par qui tout a été fait dans la création et par qui tout a été refait  dans l’Incarnation rédemptrice. Le Christ n’est pas venu abolir la religion de nos ancêtres, dans ce qu’elle a de vrai et de bon mais l’a accomplie par l’éclairage historique contenu dans son message évangélique.

 

Il est bon de rappeler  ici avant tout débat sur le nom Imana, son contexte culturel. Le Rwanda, comme pays  souverain, a été créé par le roi Kigeli I Mukobanya, vers le 15ème siècle de notre ère. Avant cette date, et depuis Gihanga Ngomijana, le Rwanda était une entité politique confédérée avec d’autres royaumes voisins. Depuis Mukobanya, le Kinyarwanda existe comme langue nationale unique. Cette unicité linguistique a servi  à  l’unification du pays progressivement élargi par des conquêtes.

 

C’est depuis Mukobanya au moins que le royaume du Rwanda est une théocratie. Les traditions officielles de cette époque l’attestent. Le mythe fondateur de ce royaume désigne ses fondateurs comme des Ibimanuka =  les Descendus du ciel. C’est depuis ces débuts que le nom Imana existe et qu’on parle d’Imana y’u Rwanda = Imana qui règne sur le Rwanda. Il fallait rappeler ce substrat culturel de l’histoire du Rwanda pour comprendre le débat que nous allons commencer sur le sens premier du terme  « imana ».

 

 

 

 

 

  1. LA CONNAISSANCE DU VRAI DIEU

 

I.1 L’actualité de la question 

 

Cette question était de brûlante actualité. La raison en était que la « religion traditionnelle » des Africains faisait partie des revendications de leur décolonisation. En effet, le colonisateur se présentait comme porteur du bienfait de la civilisation et de la religion au continent noir qui était supposé croupir encore dans les ténèbres de la sauvagerie et de l’idolâtrie.  Dans ce contexte, la question du vrai Dieu prenait forme de lutte pour l’indépendance des pays colonisés. C’est dans ce contexte aussi que se situe le petit livre Des prêtres noirs s’interrogent (Les éditions du Cerf, Paris, 1956). Ce petit livre était   un ensemble d’articles signé par plusieurs prêtres noirs d’Afrique et de Haïti parmi lesquels se trouvent Vincent Mulago du Congo-Kinshasa et notre Alexis Kagame. Ces prêtres s’interrogeaient sur le respect de l’apport de leur culture dans l’évangélisation du monde par l’Eglise universelle. La portée politique de ce document un Manifeste   pour l’indépendance des pays colonisés.

 

Au Rwanda et au Burundi, le colonisateur « en pantalon » avait confié à son compatriote « en soutane » le rôle direct de «civiliser en évangélisant » les indigènes. Au début de cette politique, le roi Yuhi V Musinga, qui ne comprenait pas encore qu’il était devenu  un « sultan barbare et idolâtre », a dû être déposé et envoyé en exil où il a terminé ses jours à Moba dans l’actuelle Congo-Kinshasa.

 

Instruit par cette leçon, son fils et successeur Mutara III Rudahigwa s’est fait baptisé dans l’Eglise catholique et a même consacré son pays au Christ-Roi. Le Rwanda devenait ainsi  « un royaume de Dieu sur la terre ». Ce Dieu n’était plus, bien sûr, l’Imana de nos ancêtres mais le Mungu                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    des nouveaux maîtres de céans. L’histoire du Rwanda  aurait pu continuer dans cette direction si l’Afrique en général et  notre pays en particulier avaient renoncé totalement et définitivement à leur identité authentique pour n’être plus que des peuplades sauvages à humaniser  par le colonisateur.

 

Actuellement, l’aspect politique de la  question de Dieu n’est plus à l’avant-scène. Néanmoins,  son aspect religieux et théologique demeure  actuel.  Les pratiques religieuses ont même été multipliées d’une manière inquiétante. Nous   pratiquons surtout 2 religions importées : le christianisme et l’islam. Il y a également d’autres  Confessions religieuses, des Sectes, des Lieux de prières publiques, des Radios d’obédience religieuse… Le mercantilisme, l’illuminisme, le mysticisme fumeux s’ajoutent et  constituent aujourd’hui un phénomène déroutant. On a l’impression que le Surnaturel est sollicité pour apaiser une société troublée. Ne  sommes-nous  pas dans l’après- génocide, le sida ne ravage-t-il pas le pays ?  Les gens cherchent des solutions-miracle. Mais le Dieu  sorcier n’est pas le vrai Dieu.

 

I.2 Les réponses négatives

 

I.2.1 L’avis des missionnaires catholiques

 

Lorsque les missionnaires sont arrivés au Rwanda et au Burundi, la population de ces pays honorait leur Dieu nommé Imana.  Les missionnaires ont remplacé ce nom par celui de Mungu. Ce nom de langue swahili devait signifier le Dieu des chrétiens. Ils pensaient que le nom Imana ne pouvait pas désigner adéquatement le Dieu de Jésus-Christ. La polysémie de ce vocable semblait justifier cette interprétation. Nous reviendrons longuement sur cette idée qui semble être le pont aux ânes des missionnaires allogènes.

 

Le préjugé colonial selon lequel les noirs n’ont pas de religion digne de ce nom, ne leur facilitait pas les choses. Nous verrons plus loin que tous les missionnaires n’étaient pas victimes de ce préjugé. N’empêche que l’Eglise catholique officielle a opté pour l’introduction du nom Mungu. Les premiers prêtres rwandais n’avaient pas osé refuser cette substitution malvenue. Le peuple rwandais de l’époque acceptait tête baissée tous les enseignements des missionnaires européens. Dans ce contexte, les Rwandais et les Burundais ont accepté de nommer les non chrétiens Abapagani. Ce nom vient du terme latin paganus = campagnard, grossier, rustique. Pire encore, ils ont accepté de les nommer Abasenzi, ce qui signifie, d’après une certaine opinion, les  Hommes singes.

 

I.2.2. L’avis de certains écrivains

 

Nous arrivons au fond de notre problème. Les écrivains que nous allons mentionner se situent dans les années où la question de l’indépendance de nos pays battait son plein. Ils sont revenus à la question de Mungu en essayant de justifier scientifiquement l’inadéquation du nom Imana pour nommer Dieu. Le point de départ de cette opinion se trouve dans  le livre  intitulé La royauté sacrée de l’ancien Rwanda  (Tervuren, 1964), signé par Marcel d’Hertefelt et André Coupez. Cette   opinion est répétée  dans deux livres : le Dictionnaire rundi-français (Tervuren, 1970) de  F.M. Rodegem et les Proverbes du Rwanda (Butare, 1979), de Pierre Crépeau et Simon Bizimana. Nous allons citer les passages-clé de ces 3 livres qui véhiculent cette opinion.

 

Lisons La royauté sacrée: « Ce terme imana se réfère à une qualité puissante, principe dynamique de vie et de fécondité, que les anciens Rwandais cherchaient à s’approprier par des techniques rituelles. Dans certains récits cosmogoniques, cette même force est pensée sous la forme d’une entité consciente et d’une volonté qu’on pourrait appeler Divinité. Mais aucun culte ne s’adresse à cette hypostase anthropomorphique précisément par ce que le terme imana ne désigne pas avant tout un être personnel qu’il faudrait honorer et implorer, mais un fluide diffus qu’il convient de capter.

 

   La qualité d’imana s’attache à une vaste catégorie de personnes et d’objets par le truchement desquels les anciens Rwandais pensaient pouvoir jouir de ses effets. Le ficus et l’érythrine qui s’entrelacent à l’entrée d’un enclos, les arbres plantés à l’endroit où les ossements d’un animal sacrificatoire ont été enterrés ou qui indiquent l’emplacement d’une résidence royale abandonnée ou d’un tombeau de roi, les bosquets où les Abiiru cherchent du bois pour les tambours royaux ou pour des breuvages magiques, les animaux de divination, spécialement le taurillon et le bélier, les charmes qui contiennent une partie de la matière augurale et les objets employés dans le culte de Ryangombe, tous sont supposés posséder de l’imana. Il en est de même des devins, des esprits de défunts du lignage pris collectivement et de Ryangombe. Mais, selon les conceptions des Rwandais, c’est le souverain qui est le suprême détenteur du fluide fécondant imana. Le rituel royal n’est autre chose que la description des techniques qui permettent d’en diriger les effets bénéfiques sur le pays entier » (p. 460).

 

Nous avons mis en exergue les quatre termes par lesquels le vocable « imana » est défini comme une qualité, un principe,  une force, un fluide. Ces 4 termes sont mis en rapport avec les réalités suivantes : des arbres, des animaux, des personnes, en rapport avec la divination et le culte des ancêtres. Ces 3 réalités sont supposées posséder cette qualité de l’imana. Nous reviendrons sur cette interprétation qui contient ce que nous considérons comme l’erreur fondamentale de cette opinion et que vont récidiver les deux livres ci-dessous.

 

Lisons le Dictionnaire Rundi – Français. Celui-ci  définit  « imana » par trois mots: « principe de fécondité, fluide, chance ». Ces 3 mots  sont suivis des exemples situés dans divers contextes.  Il y a lieu de noter que cet auteur ne fait que répéter les analyses ci-dessus indiquées.  Lisons le livre  des Proverbes du Rwanda : Il est dit que « Le concept d’ imana  recouvre un champ sémantique fort dispersé, qui englobe des notions et des êtres aussi divers que la chance, les forces surnaturelles, les matières divinatoires, les hommes, animaux, végétaux et objets rituels. Fondamentalement, le terme imana désigne une force diffuse, principe dynamique de vie et facteur de chance, possédée à des degrés divers par les hommes et les choses, et qu’on peut s’approprier par des techniques rituelles.

 

Peut-on appeler Dieu cette force diffuse anthropomorphe ? La littérature consacrée au système religieux du Rwanda, à quelques exceptions près (d’Hertefelt et Coupez, Rodegem) opte pour l’affirmative. Il ne fait pas de doute que le terme imana signifie actuellement, entre autres, le Dieu personnel des chrétiens, mais cette acception du terme est un emprunt récent. Pour retrouver la notion traditionnelle, il importe de faire abstraction de son calque chrétien. A notre avis, la clef du problème réside dans la distinction entre anthropomorphisme et hypostase ou, si l’on préfère, entre personnification symbolique et personnification réelle. Or la tradition rwandaise ignore cette notion.

 

L’être douée d’intelligence et de volonté est essentiellement l’umuntu, l’être humain. D’autre part, les deux concepts d’imana et d’umuntu sont clairement distincts et dissociés. Imana ne peut donc pas désigner un être personnel, doué de tous les attributs que la philosophie chrétienne reconnaît à son Dieu ».

 

Faisons encore quelques observations. La première est l’aveu de notre auteur  qu’il s’aligne à l’avis des 3 auteurs précédents. Relevons encore une fois dans ce texte  les termes utilisés  pour traduire le vocable imana. C’est « une force, un principe et une chance. Cette définition est complétée par une référence à son usage actuel par les chrétiens. Après ces lectures, l’interdépendance de ses trois citations saute aux yeux. Pour l’essentiel, les deux dernières citations entérinent manifestement la première. Pour ces auteurs, le mot imana, dans son sens traditionnel, ne désigne pas le Dieu créateur de notre univers. Notre point de vue sera indiqué plus tard. En ce moment-là, nous citerons notre interprétation contenue dans le deuxième volume de notre livre Le Dieu de nos pères, à propos d’« Imana » et « des imana ». Avant d’exposer notre propre réponse, nous allons faire intervenir dans cette réflexion des auteurs qui contredisent cette opinion qu’on vient d’entendre.

 

I.3 Les réponses positives

 

I.3.1 L’avis de certains missionnaires

 

Il a été dit plus haut que les premiers missionnaires catholiques, arrivaient au Rwanda et au Burundi, ont introduit le mot swahili Mungu à la place de « Imana ». Le temps est venu de dire que tel n’était pas le point de vue de tous les missionnaires. Nous allons écouter Julien J. Gorju, le premier évêque du Burundi qui écrivait dans une lettre-préface au livre du Père Bernard Zuure Croyances et Pratiques Religieuses des Barundi (1929) ce qui : « Lorsqu’il y a trente ans, nos devanciers vinrent prêcher l’Evangile dans ces montagnes, Imana, en tant que tel, c’est-à-dire en tant que Dieu de la tradition locale, n’y était-il  plus connu qu’aujourd’hui ? Imana fut condamné sans appel et remplacé d’office par un Dieu exotique Mungu. Il est permis de le regretter.

 

Mungu n’est pas le Dieu que connaissent les Barundi et Imana est bien le nôtre en même temps que le leur… En excluant Imana sans l’entendre, on a fait devant le noir figure dédaigneuse d’Européen étranger à ses habitudes les plus légitimes. Le missionnaire instructeur s’est privé de la base solide, toute faite, que la croyance populaire à Imana offrait à sa première leçon de catéchisme. Enfin, chose plus grosse de conséquences, car en dernière analyse, la religion consiste à vivre de Dieu, on a sacrifié ces noms si suggestifs, ces adages, ces souhaits remplis du nom d’Imana qui faisaient de la vie du Murundi « païen » une perpétuelle communion au seul vrai Dieu » (p.5).

 

Ce texte est important à plus d’un titre. Relevons les éléments utiles pour la présente réflexion. D’abord et avant tout remarquons l’autorité de ce personnage. Il est le représentant N°-1 de l’Eglise catholique au Burundi et le premier en date. Il est en effet le premier évêque catholique de ce pays et sa position a été rendue publique en 1929. Cela veut dire que le changement regretté avait commencé au Rwanda sous l’autorité de Mgr. Joseph Hirth en 1900 lors de la fondation de la première Paroisse de Save. Rappelons que  Mgr Hirth avait été, en réalité, le premier évêque du Burundi lorsque ces deux pays voisins faisaient partie d’une seule Circonscription ecclésiastique. Remarquons ensuite que Mgr Gorju attribue l’introduction de Mungu à l’attitude « dédaigneuse d’Européen étranger devant le noir ».

 

Il dit donc bien que cette erreur est en quelque sorte le fruit du mépris de « l’Européen » à l’égard du « noir ».  Le troisième élément à relever concerne la définition du sens traditionnel du vocable imana. Pour les Burundais, il signifie, dit-il, « le Dieu de la tradition locale ». Mungu n’est pas le Dieu que connaissent les Burundais et Imana est notre Dieu  en même temps que le leur ». Quatrièmement, soulignons l’observation, combien importante, concernant le culte que les Burundais rendaient à  Imana et sur lequel des étrangers ont eu une grave méprise.

 

Nous avons déjà lu l’affirmation selon laquelle Imana ne jouissait d’aucun culte de la part de la population. Ceux qui le disent s’attendaient à un culte public qui a des formes semblables à celles de leurs religions, avec temples, réunions publiques, livres des cérémonies, prêtres mandatés, etc. Evidement, la religion d’Imana n’est pas une religion historique fondée par un prophète et imposant des obligations bien précises. La religion traditionnelle de nos pays était une religion naturelle. Et son culte épouse les formes naturelles de la vie individuelle  et sociale. Ecoutons encore une fois ce qu’en dit notre évêque : « …en dernière analyse, la religion consiste à vivre de Dieu. On a sacrifié ces noms si suggestifs, ces adages, ces souhaits, remplis du nom d’Imana qui faisaient de la vie du Murundi « païen » une perpétuelle communion au seul vrai Dieu. On ne peut mieux dire ! De cette manière l’homme de notre religion traditionnelle avait des moyens de vivre en perpétuelle communion avec le seul vrai Dieu. En dernière, analyse conclut Mgr Gorju, la religion consiste à vivre de Dieu. Voilà la  parole d’évêque.

 

Pour ce qui est du Rwanda, nous allons évoquer l’attitude d’un autre évêque et non des moindres. Il s’agit de Mgr Aloys Bigirumwami, premier évêque indigène de toute l’Afrique Belge : l’actuel Congo-Kinshasa, le Rwanda et le Burundi.

 

La position pastorale et théologique de ce nouvel évêque, par rapport à notre problème, c’est déclarée, entre autres, comme président de la Commission Episcopale pour la Liturgie. Il faut rappeler que après le Concile Vatican II, les Eglises locales ont dû introduire l’usage des langues vernaculaires dans la liturgie. Au Rwanda, une Commission Liturgique, présidé par Mgr Bigirumwami fut chargée de mettre en exécution ces décisions du Concile. La première tâche ce cette Commission fut de composer un Missel en Kinyarwanda. A cette occasion le problème « Mungu-Imana » par lequel fallait-il traduire le terme latin Deus ? En plus de son président, la Commission était composée entre autres les abbés Alexis Kagame, Bernardin Muzungu, Alphonse Ntezimana et le père bénédictin Jean Guarbert. Comme j’avais déjà pris position dans mes écrits contre le nom Mungu, l’occasion était belle pour inviter la Commission à faire le choix judicieux sur ce problème. Mgr Bigirumwami a pesé de tout son poids pour la réhabilitation du nom traditionnel Imana. Dans la suite, il composa un Missel pour son Diocèse de Nyundo dans lequel le terme Imana fut automatiquement utilisé à la place de Mungu. Les autres Diocèses furent finalement obligé d’entériner ce changement. Les traductions bibliques adoptèrent également ce changement. Ainsi, la victoire d’Imana fut complète. Le Burundi qui avait suivi le même cheminement, aboutit au même résultat.

 

Après ce changement concernant l’appellation officielle du nom de Dieu, sa justification théologique et littéraire restait à faire. Comme j’avais déjà commencé ce travail, je l’ai achevé par la publication de mon livre Le Dieu de nos pères en 3 volumes (1974, 1975,1981). Cette publication a soulevé une énergique réaction de la part des tenants de la position battue en brèche par ce retour en force du nom Imana dans la langue Ecclésiastique des deux pays.   Les revues Au cœur de l’Afrique et le Dialogue ont enregistré certaines de ces réactions.

 

Citons, par exemple, deux articles bien significatifs: Les Dieux de nos pères (A.C., 1975, p.273-286) par H. Maurier et F.M. Rodegem ; Le Dieu de nos Pères et le Dieu de Jésus-Christ (Dial., 1976, p. 41-53) par Guy Theunis. Tout le chemin que nous venons de faire constitue comme un préambule à l’explication de fond de notre problème. Cette explication comprend deux volets. L’explication théologique de la position officielle de l’Eglise et l’explication littéraire

 

I.3.2  L’avis des théologiens africains

 

Nous arrivons ainsi au traitement de la question de fond de la religion traditionnelle du Rwanda et du Burundi. Nous résolvons ainsi en même temps la question du vrai Dieu qui ne peut qu’être le même que celui de Jésus Christ. Commençons par son aspect proprement théologique pour terminer ensuite par son aspect littéraire.

 

I.3.2.1. Aspect théologique de la question

 

Le point de départ de la question est l’existence de notre univers visible. Ce point de départ, remarquons-le, est proprement métaphysique. Qu’on s’en rende compte explicitement ou non, tout être humain en pleine possession de son intelligence comprend la question que pose l’existence de notre monde contingent, c’est-à-dire fini, limité. Il sait, par exemple,  que tous les vivants naissent et meurent. Cette expérience naturelle n’exige pas une formation philosophique particulière. Il suffit d’avoir l’âge de raison et une intelligence qui fonctionne normalement pour être conscient des premiers principes de la rationalité humaine. Parmi ces principes, il y a celui de la causalité, c’est-à-dire la raison suffisante de l’existence des choses. Ceci étant, chaque homme sait qu’une chose qui n’existe pas par elle-même, existe par l’acte d’un autre.

 

Cet acte qui donne l’existence à un être qui n’existait d’aucune façon, se nomme la création. Nos ancêtres qui étaient des hommes normaux comme tout le monde étaient en possession de cette expérience naturelle de la nécessité d’un Créateur du monde humain et même cosmique.  Ce Créateur, nous le savons déjà, était nommé Imana, qualifié de Rurema et de Rugira. Ces deux attributs vont être explicité dans la suite.

 

Avant de poursuivre notre raisonnement, il faut donc bien saisir ce point de départ. Il n’a rien d’original. Implicitement, tout le monde fait ce raisonnement qui part de notre monde imparfait pour remonter à sa cause efficiente. C’est la démarche naturelle, automatique et spontanée pour l’esprit humain. C’est cette démarche connaturelle qui justifie les religions. En d’autres termes, c’est la religiosité naturelle de l’homme qui permet l’acceptation des religions historiques. Cette base naturelle nous permet de contester les affirmations entendues dans les livres cités ci haut selon lesquels les Noirs en général et les Rwandais en particulier ne pouvaient pas concevoir « une hypostase autre que l’homme » (cfr. P. Crépeau).

 

Et pourquoi pas ? D’abord qu’est-ce une hypostase ? Comme on le sait, l’hypostase ou la personne est un être doué d’intelligence et de volonté.  Par cette même base, nous contestons les affirmations selon lesquelles le vocable Imana ne peut pas désigner une personne réelle. Si les Rwandais et les Burundais ont nommé Imana le Créateur du monde, contenant des personnes humaines réelles, ils signifiaient par là que leur Créateur était doué de trois attributs : la réalité, la personnalité et la divinité. En effet, pour créer un monde réel, des personnes, et à partir de rien, il fallait avoir ces trois attributs. Un être irréel, impersonnel, mythique, ne peut rien produire dans l’existence.  C’est ce raisonnement que nous explicitons ici qui a fondé la réhabilitation du nom Imana par des théologiens de nos pays, débarrassés, du poids colonial de nos premiers missionnaires.

 

Nous avons nommé certains de ces théologiens dont les chefs de file sont les deux évêques Gorju et Bigirumwami. Il nous reste à présent la tâche d’expliciter l’interprétation littéraire du terme  imana.

 

Nous avons la joie d’évoquer ici les travaux du Colloque de Cotonou qui a eu lieu en Août 1970 (in Au Cœur de l’Afrique, N°- 6, 1978, p. 328).  Il réunissait des théologiens de l’Afrique et des autres continents. Le thème du Colloque était justement « la religion traditionnelle africaine ». Avant d’en retenir les éléments directement utiles pour notre réflexion, lisons quelques passages des Actes de ce Colloque : « La religion africaine traditionnelle s’affirme par son unité, fondée sur la croyance en un Dieu unique, un Etre suprême, qui se dévoile par une théogonie… et par les éléments essentiels de la vie  dont l’homme est le microcosme et la communauté. Cette unité dans la diversité tire sa raison de la vitalité, qui est l’un des principes fondamentaux de la religion africaine. L’univers africain, imprégné de Dieu, postule Dieu comme énergie qui le féconde. L’homme, de ce fait, en se réalisant dans ses œuvres, assure la sacralité du monde…».  Nous avons ici une confirmation précise et autorisée pour parler au nom de l’Afrique.

 

Ce que nous disions plus haut à propos de la religion traditionnelle du Rwanda et du Burundi se trouve éloquemment confirmée par ce Colloque. Il faut prendre bonne note de la définition donnée à la religion africaine ancestrale. Retenons les éléments de base de cette définition : 1°- La croyance en un Dieu unique, un Etre suprême. 2°- La voie d’accès à la connaissance de cet Etre suprême et la contemplation de notre monde créé par lui. C’est ce que dit le Colloque en utilisant les termes « théogonie et vie humaine ». En effet, le monde cosmique et humain portent la signature de leur Auteur comme l’effet révèle sa cause.

 

 

3°- Le Colloque dit bien que l’action permanente du Dieu de la religion traditionnelle est conçue comme une énergie qui féconde le monde et le porte à son achèvement. Cette voie des théologiens africains devrait relativiser singulièrement les prétentions de nos auteurs cités ci-dessus qui nous déniaient la capacité de connaître le vrai Dieu.

 

I.3.2.2. Analyse littéraire du vocable imana

 

Nous arrivons enfin à la dernière étape de la présente réflexion. La question qui reste à traiter est l’analyse du vocable imana. Nous nous permettons de référer à mon livre Le Dieu de nos pères, Vol.II (Bujumbura, 1975). Les analyses qu’on va lire visent la question de la polysémie du terme imana qui prête flanc à de multiples interprétations. Prenons notre patience à deux mains pour lire attentivement ces quelques pages qui portent le sous titre Imana et les imana (p.57 et 61). Pour faire court, nous allons reformuler ces textes.

 

Dans le langage courant, le vocable « imana » se retrouve dans plusieurs emplois différents. Dès qu’on dépasse une observation superficielle, il appert que ce mot a un seul sens propre et plusieurs sens dérivés. Pour bien approfondir le rapport entre ces catégories de signification, il est plus simple de partir du sens propre pour aboutir à ses dérivés.

 

Alors, que signifie, au sens propre ou premier, ce vocable imana ? Nous avons déjà répondu à cette question en parlant de son sens théologique. Il désigne l’Auteur de notre monde (= le Dieu créateur). A ce niveau de signification nous écrivons le mot avec la lettre initiale en majuscule : Imana. La tradition populaire ajoute habituellement à ce nom les qualificatifs relatifs soit à sa nature soit à son action sur le monde. Commençons par ces attributs.

 

Ceux-ci sont dans les dénominations suivantes : Rurema = le Créateur et Rugira = le Maître de l’univers. Ces deux qualificatifs précisent le rapport d’Imana avec notre monde cosmique et humain. Quant aux  attributs relatifs à sa nature, citons les plus courants : Iya-mbere = le Premier, le Principe-de-tout ; Iya-kare =  Celui-de-tôt, l’Initial, l’Eternel. C’est par rapport à cette Réalité Suprême que se définissent les référents des sens dérivés et que nous avons nommé les «des imana ». Ces référents secondaires sont principalement de 4 catégories. Les imana-fictifs, imana-matières de divination, imana-chance, imana-hommes. Parlons de chacune de ces catégories de référents secondaires.

 

1°- Imana-fictif : Pour faciliter la compréhension de cette catégorie, voici des exemples.  On parle de Rurema-nkwashi = l’Apprenti-créateur. Ce nom est évoqué pour parler d’une personne de physique à peine dégrossi, dont le créateur ne devrait pas être le vrai Dieu créateur. Ainsi, le nom est une simple injure à l’adresse de la personne en question. Dans le même sens nous avons le nom  Zirema-kwinshi. Ce nom est prononcé lorsqu’on voit une personne peu enviable physiquement ou moralement. Ce nom est donc une forme de dépréciation d’une personne qu’on dirait créée par plusieurs petites divinités mal habiles. Dans le domaine des Récits légendaires, nous avons  un autre exemple. Une légende raconte le cas des filles qui sont allées se faire tailler de belles dents chez Imana. Parmi ces filles, il y avait une orpheline que sa marâtre avait empêchée d’accompagner les autres chez Imana pour avoir elle aussi de belles dents. Pour punir la méchanceté de cette marâtre et pour consoler la pauvre orpheline, Imana vint lui-même chez l’orpheline et la gratifia de dents bien plus belles que celles des autres filles et au plus grand dam de sa méchante marâtre. Ce compte, on le voit bien, rend fictivement visible Imana qui est naturellement invisible.

 

Ces quelques exemples, parmi tant d’autres, suffisent pour faire comprendre ce que sont ces Imana fictifs. Il est important de remarquer que ces cas visent directement mais fictivement ou par imagination Imana au sens premier.  Autres sont les cas que nous allons envisager et qui visent des référents réellement différents de Dieu,  mais à cause de leur rapport avec Lui.

 

2° Imana- matière de divination : Cette catégorie vise la conception traditionnelle selon laquelle le régime monarchique rwandais était une théocratie. Cela signifie que Imana-Rugira était le souverain suprême du pays et que le roi visible était le Lieu-tenant d’Imana. A ce titre, le nom complet était Imaana y’u Rwanda = Imana qui règne sur le Rwanda.

 

Dans ce contexte, le roi visible devait chercher à connaître la volonté du Roi Suprême pour les affaires importantes du pays. C’est ainsi que le recours à la divination devenait nécessaire. C’est ainsi que les oracles divinatoires étaient compris comme des réponses divines. Il devient donc clair que ces matières divinatoires ont un rapport avec Imana-Rugira. Ces oracles divinatoires sont compris comme des messages divins. Ces matières divinatoires portent donc le nom d’ « Imana » en tant qu’elles sont ses messagères. Ces matières qui ont donné un réponse positive supposée venir de Dieu, sont nommées imana-zeze = littéralement : imana blancs, c’est-à-dire favorables. Ces matières sont souvent fabriquées en amulettes et portées comme des talismans. Elles sont parfois aussi enfouies dans des fosses sur lesquelles on plante des arbres qu’on nomme plus tard des Ibimana = littéralement : Imana géants ou puissants.

 

Comme ces matières divinatoires sont prélevées sur les viscères des animaux,  ceux-ci portent également le même nom. Ainsi les animaux qui portent le nom d’imana sont uniquement des poussins et des taurillons qui fournissent justement ces matières divinatoires.Voilà comment les animaux, les arbres, les amulettes utilisés dans la divination sont liés à Imana-Rurema comme des messagers de ces volontés dans sa providence pour le gouvernement du pays.

 

3°- Imana- chance : Il existe dans la langue populaire la formule Kugira Imana. Actuellement, on la traduit par avoir de la chance. Mais est-ce son sens traditionnel ? Le terme de « chance » au sens occidental vient du verbe latin cadere = choir. Il connote les nuances de hasard, fortuité, destin impersonnel.  L’idée de base signifie ce qui arrive sans être voulu intentionnelement par un agent ; ce qui se produit par un cours de circonstances.  Si ces circonstances produisent un effet bénéfique pour quelqu’un, il dira : j’ai eu de la chance. Dans le cas contraire, ce sera de la malchance. Par cette expression, le chanceux veut dire qu’il n’attribue cet effet à aucun agent intentionnel. Il n’a à remercier personne ni à en vouloir à qui que ce soit si c’est un malheur qui est arrivé. Il n’y a pas de doute que ce phénomène existe. Tout événement n’est pas nécessairement voulu par un agent. Par exemple si un homme se trouve sous un arbre au moment même où cet arbre tombe à cause d’un violent coup de vent et qu’il est écrasé, sa mort n’est voulue par personne. C’est du hasard.

 

La question est de savoir si notre expression Kugira Imana a exactement ce sens de hasard. Il n’y a pas de doute qu’actuellement cette expression se traduit en français par avoir de la chance.  Mais, est-ce vraiment son sens traditionnel ? Il est permis d’en douter. Il faut savoir que parmi les attributs d’Imana il y a celui de sa  bonté par nature, au niveau suprême et qui est  source de bonheur et de tout bien.Tout d’abord, et de façon générale, la notion de pur hasard, est assez limitée dans notre mentalité traditionnelle. Derrière tout événement de quelque importance que ce soit, spontanément, les gens voient un agent invisible : un défunt, un sorcier, un empoisonneur, un interdit violé inconsciemment.

 

Pour tout événement heureux, et cela de façon constante, Imana-Rurema est sous-entendu comme agent principal qui oriente le cours des événements. Même derrière des événements malheureux, on peut supposer une action divine qui punit une mauvaise conduite de l’homme. Pour toutes ces raisons, nous ne voyons pas comment on peut exclure la signification théophore dans l’expression « kugira imana ». Nous sommes inclinés à penser que c’est même le sens premier et traditionnel avant d’avoir, il est vrai, le sens vulgaire de hasard, très courant aujourd’hui à cause de l’influence étrangère.

 

4°- Imana- hommes : Les hommes appelés Imana le sont à cause de leurs responsabilités au sein de la société dans laquelle ils sont considérés comme des  Représentants de Dieu, Maître de l’univers (Rugira).  Il nous semble donc tout indiqué de conclure que ce nom leur est appliqué comme des analogués secondaires dans le même sens où Imana-Rurema est l’analogué principal.

 

Voici des exemples pour concrétiser cette affirmation. Dans le livre Le Dieu de nos pères, cité ci-dessus, nous trouvons des poèmes ainsi que  des prières du culte des morts qui montrent que le nom d’Imana est appliqué au roi, au chef des Imandwa (Ryangombe) et au défunt protecteur de la famille (Umukura-mbere nyirigicumbi). Nous pouvons dire que ces hommes portent le nom d’Imana parce qu’ils sont considérés comme ses médiateurs dans l’ordre naturel : social, religieux et familial. Dans les lignes qui suivent, nous allons relater  des textes qui illustrent nos affirmations et fournissent une certaine théologie positive de notre religion traditionnelle.

 

 

 

 

 

 

  1. LA THEOLOGIE POSITIVE DE LA RELIGION TRADITIONNELLE

 

 

Au-delà de cet exposé contradictoire sur la signification du vocable imana, nous allons saisir cette occasion pour présenter des éléments d’une théologie positive de notre religion traditionnelle. Ce faisant, nous aurons donné la réponse à la question de savoir si nos ancêtres connaissaient le vrai Dieu,  qui est le même que celui de Jésus Christ. Celui-ci est, en effet,  pour les deux religions,  le créateur de notre univers. Les limites d’un article nous imposent le choix d’un échantillon succinct.

 

II.1 Les formules cultuelles

 

Nous utilisons l’adjectif « cultuel » pour désigner des formules en usage dans les pratiques de divination, dans le culte des ancêtres et dans celui des Imandwa. Nous allons présenter  les phrases introductoires de ces trois catégories de formules.

 

1°- Dans la divination :

 

Umva mana                                       = Ecoute l’imana…  

Usanze Imana yarakwubatse mu nda,  =  Si tu trouves  le message

que Imana-Rurema

a inscrit dans tes viscères,

Ubitwereke…                                        =  Montre-le nous de

cette manière…

Akira imana (Kanaka)                          = Reçois l’imana (Untel)

Horana Imana                                     =  Imana soit  toujours

avec   toi

Gendana n’Imana                               =  Chemine avec Imana

Tungwa n’Imana                                 =  Sois entretenu par Imana

Ngiyi imana ya Basindi  na Kibanda  =  Voici l’imana de Basindi

et de Kibanda

 

 

Comment comprendre ces formules ? La première exprime les paroles que le devin adresse à l’imana-animal divinatoire avant de le dépecer. Il l’invite à donner la réponse à la question qui va lui être posée. Aussi la formule complète précise de quel imana il s’agit. Il dira par exemple : écoute l’imana du poussin ou du bélier ou du taurillon. Imana en question dans les trois phrases qui suivent est le Dieu Créateur dont on invoque les bienfaits sur le consultant. La dernière phrase est la conclusion de la consultation qui a donné une réponse favorable. Elle concerne les matières divinatoires prêtes à être fabriquées en amulettes. Il faut bien remarquer le passage de l’imana-animal divinatoire à Imana-Dieu. Dans ce culte de divination, les référents du même vocable imana sont confondus. L’auteur du message supposé être inscrit dans les viscères de ces animaux divinatoires et ceux-ci qui sont comme des messagers de cette bonne nouvelle reçoivent la même dénomination. Pour comprendre ce langage, il faut être au courant de cette logique qui identifie l’auteur, le messager et le message. La portée théologique de ces formules est qu’il s’agit de la croyance selon laquelle la divination est un moyen pour connaître la volonté de Dieu sur les événements du pays que les Dirigeants cherchent à connaître pour bien gouverner. L’oracle divinatoire devient ainsi l’oracle divin.

 

2°- Dans le culte des ancêtres:

 

-Seka, Gasani k’i Rwanda  = Sois-nous favorable Maître du

Rwanda.

-Seka gororoka,                  =  Ris, sois-nous favorable

-Tsinda abanzi                    =  Ecarte les ennemis

-Tsinda abarozi                  =  Ecarte les empoisonneurs

-Wumve Mukurambere       = Daigne nous écouter, ô grand père,

Nyirigicumbi                          maître de céans !

– Iyi ni imana yeze               = Voici imana qui a auguré le bonheur

Utsindire abanzi (Naka…)= Ecarte les ennemis d’un (Untel)

 

Cette  formule est une introduction  à une longue prière adressée à l’ancêtre défunt, protecteur de la famille contre les autres défunts revanchards de la famille. La première phrase s’adresse directement au Maître du Rwanda (Imana–Dieu) qui est le vrai destinataire de la prière. La deuxième phrase s’adresse au défunt protecteur (Nyirigicumbi) qui est l’intermédiaire entre Dieu et les membres de la famille.  La troisième phrase est un début de la liste des diverses demandes requêtes.

 

3°- Dans le culte des Imandwa :

 

Gahorane Imana, Ryangombe  =  Imana sois toujours avec toi, ô

Ryangombe

Urampe gutunga                       =  Donne-moi la richesse

Urampe kubyara                       =  Donne-moi la progéniture

Urampe kuramba                      =  Donne-moi une longue vie

 

Cette prière est très simple. L’orant s’adresse à Ryangombe,  le chef des Imandwa. Dans la première phrase il invoque la protection d’Imana-Dieu sur ce Ryangombe, supposé être intermédiaire entre Dieu et les hommes. La suite formule les trois demandes adressées directement à Ryangombe et indirectement à Imana-Dieu lui-même.

 

Il est heureux de constater cette formule facilite la compréhension des deux  précédentes. Le chemin est le même. On passe par les intermédiaires pour aller à Dieu : soit pour connaître sa volonté (la divination), soit pour recevoir des faveurs (cultes des défunts). Nous verrons plus loin à propos de l’eschatologie traditionnelle dans les poèmes, comment certains défunts sont considérés comme des amis de Dieu et intercesseurs auprès de Lui  en faveur des vivants.

 

II.2 Les poèmes théophores 

 

Les poètes traditionnels sont considérés à juste titre comme des témoins officiels de notre passé. La religion ancestrale est l’un des héritages que nos Aèdes ont transmis avec fidélité. Nous allons transcrire quelques extraits de ces poèmes historiographiques. Nous indiquerons dans l’introduction de chaque poème, le témoignage théophore qu’il contient.

 

1°- Abatabazi bagira abatemera = les guerriers ont des éclaireurs

 

     Ce poème fut composé par Ndamira, fils de Muhabura, sous le règne de  Cyilima II Rujugira (1675-1708).   Ce poète atteste la croyance traditionnelle selon laquelle Imana est le Créateur de toutes les réalités de notre univers. Il faut bien noter la date de la composition de ce poème qui est antérieure à l’introduction du christianisme dans notre pays, laquelle introduction  ne date que de 1900.  

 

  1. Uwabonywe n’Imana ahora amaanura!
  2. Nakubwira uko Imana ihita mu batesi
  3. Igatora uwo itabaro rigenderaho
  4. Wowe ukabeshya ngo ngaye abantu !
  5. Ngaye nde se jye ?
  6. Nkubwiye ko ari Yo ibahitamwo,
  7. Iyaremye bose Murema-bintu Iyi

 

  1. Celui qui a été élu par Imana ne cesse de L’imiter.
  2. Je te dis comment Imana choisit parmi les braves
  3. Le martyr qui assure le succès au combat
  4. Et toi, tu inventes que je me moque des guerriers !
  5. De qui me suis-je moqué ?
  6. Je te dis seulement que c’est Lui (Imana) qui choisit parmi

eux un martyr pour la Nation,

  1. Lui qui les a tous créés, ce Créateur de toute chose.

 

 

2°- Riratukuye ishyembe icumita ibindi bihugu = Ensanglantée 

      est la corne qu’il enfonce dans d’autres pays 

 

    Ce poème fut composé par Ruganzu II Ndoli aidé par le poète Rwozi. Plus tard, sous le règne de Cyilima II Rujugira (1675-1708), il fut retouché et complété par Bagorozi du groupe des poètes de Kiruri. Ce poème atteste la croyance traditionnelle selon laquelle le Rwanda est protégé par Rugabo (Dieu-Fort). Rugabo est un attribut d’Imana qui souligne sa toute- puissance. Le poème qui émane d’un roi atteste qu’au dessus de lui, il y a une force toute puissante qui protège son pays et dont il est le représentant visible. N’oublions pas que le Rwanda était conçu comme une monarchie théocratique.      

 

  1. Umugabo ushaka ibyo atungirwa
  2. Yendereza abagabe b’ingoma ngogoma
  3. Ntibahagurukira ubusa bikoze
  4. Abana bari ku ishimwe ry’Imana
  5. Ingoma itabarwa na Rugabo

 

  1. Un homme qui veut prouver sa valeur
  2. Cherche noise aux rois du nord …
  3. Ils ne se dérangent pas pour rien,
  4. Les combattants qui sont sous l’étendard d’Imana
  5. Car le pays est défendu par le Tout-puissant.

 

3°- Umwami si umuntu – I = Le roi n’est pas un

       homme ordinaire  

 

   Ce poème fut composé par Semidogoro, fils de Gasegege, du lignage des Abenegitore, descendant de Kigeli I Mukobanya, sous le règne de Mibambwe III Sentabyo (1741-1746). Ce poème est l’un des meilleurs témoignages de la conception traditionnelle selon laquelle le roi est le représentant d’Imana auprès de la population. C’est lui qui se charge d’obtenir d’Imana ses bienfaits sur le pays.  

 

  1. Henga mbwire umwami aho Imana yubatse:
  2. Narahageze i Zina-wenyine
  3. Imana nyibona mu ijabiro umu.
  4. Nsanga ariwe Mana twambaza
  5. Indi Mana niwe uyizi
  6. Tubona Ngendo twebwe
  7. Uyu niwe mukuru w’abamukurira,
  8. Niwe Mana, Rugabo nguyu.
  9. Niwe Mana dusaba umuriro:
  10. Abajya gutunga tujya gutunda imigisha iwe.
  11. Umukama uyu akamirwa n’Imana
  12. Natwe akadukamira
  13. Amata agakwira i Bwama-ndubaruba

 

  1. Permettez que j’apprenne au roi le lieu où habite Imana :
  2. Je suis arrivé dans sa résidence personnelle
  3. C’est là que j’ai pu contempler Imana.
  4. J’ai compris que le roi est Imana rendu accessible à nos

prières,

  1. Imana invisible, c’est lui qui le connaît
  2. Quant à nous, nous voyons le roi, son représentant.
  3. Celui-ci est le plus grand de ses prédécesseurs
  4. C’est lui Imana, c’est lui Rugabo

 

 

  1. C’est lui Imana auquel nous demandons du feu :
  2. Voulant devenir riches, c’est chez lui que nous allons

chercher les bénédictions.

  1. Le souverain que voici boit le lait trait par Imana,
  2. A son tour, lui aussi trait pour nous,
  3. Ainsi le lait devient abondant dans le pays.

 

 

4°- Imana yabonye inka = Imana qui a prédestiné les vaches

 

   Ce poème fut composé par Rukomo, fils de Bijyugu, sous le règne de Mibambwe III Sentabyo. Il chante la valeur de la vache, symbole de richesse. A cette occasion, ce poème se fait l’écho de la croyance selon laquelle Imana inscrit dans les viscères de la vache, ou plus exactement du taureau divinatoire, des oracles qu’y lisent les devins.  L’oracle divinatoire devient ainsi l’oracle divin. Par cette dérivation, les viscères qui contiennent le message et même le taurillon qui fournit ces entrailles  portent le nom de l’auteur du message, à Savoir Dieu.

 

  1. Murampe uruhushya mbabwire amavu y’inka
  2. Mwebwe bene inka izi…
  3. Ivuga rimwe nyakibyeyi,
  4. Wayishyinguza ijambo ry’Imana
  5. Ukariyisanga mu nda

 

  1. Permettez que je vous apprenne les origines des vaches
  2. O vous, les possesseurs des vaches que voici ! …
  3. La vache a une seule parole, la bonté incarnée.
  4. Si tu lui demandes la parole d’Imana
  5. Tu la trouves dans son sein.

 

 

5°- Mpoze Abarira = Je viens consoler les affligés

 

  Ce poème fut composé par Matari, descendant de Rubyutsa, parent de Bagorozi dont la famille avait déportée au Burundi et à laquelle appartenait ce poète. Il composa ce poème sous le règne de Mutara II Rwogera ( + 1853) pour consoler une des filles du roi burundais Ntare IV Rugamba, mariée depuis quelques semaines et dont l’époux venait être tué dans l’expédition dite Rwagetana, dirigé contre le Rwanda. Ce poème témoigne de la croyance selon laquelle Imana n’est jamais l’Auteur du mal. Voilà pourquoi dans le cas  des grands malheurs les gens inventent un Imana-fictif, responsable de ces maux qui ont la force au dessus des causes ordinaires.

 

  1. Hora Nyirabana ubaye nk’abandi
  2. Abababaye si bake ariko bakiyumanganya…
  3. Nicyo gituma nkunda Imana, nkanga Ruremba,
  4. Yo kuremberana n’abakunzi
  5. Bwacya ikaba ibajyanye
  6. Ntibagaruke ngo baze.

 

  1. Cesse de pleurer, ma fille, tu subi le sort des humains
  2. Ceux qui souffrent sont nombreux, mais maîtrisent leur peine
  3. C’est pourquoi j’aime Imana et déteste Ruremba (le Trépas)
  4. Lui qui part loin avec nos amis
  5. Et ne les ramène pas lendemain.
  6. Puis on ne les voit plus chez les vivants.

 

 

6°- Cyubahiro = O le respectable 

 

    Ce poème fut composé par Rwamakaza, fils de Ntibanyendera, sous le règne de Mutara II Rwogera vers 1853. Ce poème témoigne de la conception selon laquelle Imana est le souverain suprême du pays et le gouverne par la médiation de son représentant, le roi visible.   

 

  1. Nguko uko intwari igabwa
  2. Umwami akanyurwa,
  3. Yaramugabye Imana arayidehukira.
  4. Igasusurutsa umwami, ikamutsindira ahagumye.
  5. Iba ari imbonwa yakunze
  6. Igakenya ibyaro imigisha

 

  1. C’est ainsi qu’un vaillant dirige les combats
  2. Qui réjouissent le roi
  3. Il n’a pas déçu Imana qui l’a placé à la tête de l’armée,
  4. Imana a rendu fier le roi, il l’a tiré de l’impasse.
  5. Il est son protecteur qui favorise ses projets
  6. Et prive les ennemis de son soutien.

 

 

7°- Ubwami bugira ubwoko = La royauté est le privilège d’une

       seule lignée

 

     Ce poème fut composé par Singayimbaga, fils de Nyakayonga, sous le règne de Kigeli IV Rwabugiri (1855-1856). Ce poème atteste la croyance selon laquelle Imana inscrit dans le viscère des animaux divinatoire ses volontés destinées au roi.      

 

  1. Ubwami bugira ubwoko
  2. Bwoko bw’Imana,
  3. Rugira yareze ikumera mu nda.
  4. Imana yagwije inka,
  5. Yabanje kurema abami,
  6. Aho bamariye kwima izi ngizi,
  7. Ibereka imigisha.
  8. Nabonye aho inama y’Imana
  9. Isumba iy’intati
  10. Basimbura ba Mpuga.

 

 

  1. Ucumuriye umwami atubya mwabo
  2. Ntacyo atwara igihugu
  3. Mureherwa bucya yunguka ingoma
  4. Akongera mu ze.
  5. Iyo bajya gupfa
  6. Ntibashishwa n’Imana ituma bapfa,
  7. Bagoma kandi yambika ingoma iteka.

 

  1. La royauté est le privilège d’une seule ligné
  2. O la race d’Imana
  3. Rugira a auguré le bonheur dans ton sein.
  4. Imana qui a multiplié les vaches
  5. A commencé par créer les rois.
  6. Après les avoir intronisés
  7. Il les combla de bénédictions.
  8. J’ai vu comment les desseins d’Imana
  9. Prévalent contre ceux des traîtres,
  10. O vous, les successeurs de Mpuga.
  11. Celui qui pèche contre le roi, appauvrit les siens
  12. Il n’est nullement capable de nuire au pays,
  13. Le roi annexe des territoires
  14. Et les ajoute aux siens
  15. Les traîtres provoquent leur mort
  16. Lorsqu’ils provoquent la colère d’Imana.
  17. Ils se révoltent alors qu’Imana ne cesse d’orner le tambour

par des trophées des rois abattus.

 

 

8°- Umwami wimye atari mwango = Le roi intronisé sans adversaire 

 

     Ce poème fut compose par Muhatsi, sous le règne de Kigeli IV Rwabugili vers 1848. Ce poème témoigne de la conception selon laquelle Imana est le chef suprême du pays et protège le roi son représentant auprès du peuple.         

 

 

  1. Nta kirusha Imana amaboko
  2. Ni yo yakwimitse
  3. Wikura mu mashika.
  4. Tamba ineza washimwe n’Umwami
  5. Muramira waramiye ibyabo
  6. Byatembaga ukabibera Rutangira.

 

  1. Rien n’est plus fort qu’Imana.
  2. C’est lui qui t’a intronisé
  3. Et tu t’es tiré des rivalités.
  4. Réjouis-toi, tu as plu au roi,
  5. Libérateur qui a libéré leur royaume
  6. Tu l’as empêché de tomber, tu es son Sauveur

 

 

9°- None Imana iduhaye kuvuza impundu = Puisqu’ Imana

      nous ménage une occasion de  réjouissance

 

Ce poème fut composé par Nyakayonga, fils de Musare, sous le règne de Kigeli IV Rwabugili en 1875. Ce poème témoigne de la croyance selon laquelle Imana est le chef suprême du pays et le roi visible est son représentant.   

 

 

  1. Mwazimbye abandi bami b’iswa
  2. Murabaruta ntaho bihuriye.
  3. Mubarusha Imana yababonye
  4. Aho mugabye ntimugwabira
  5. Iyo mirimo ubamarira yose rero
  6. Yanyuze abami n’abantu
  7. N’Imana n’ingoma

 

  1. Vous avez triomphé des autres rois du dehors,
  2. Vous n’avez pas de commune mesure avec eux.
  3. Imana qui vous a élus est de votre côté
  4. Vous n’essuyer aucune défaite au combat…

 

  1. Tous ces exploits que tu réalises pour eux
  2. A plu aux rois et aux hommes,
  3. À Imana et aux tambours.

 

 

10°- Nta washobora igihugu nk’umwami =  Personne ne peut

        diriger le pays comme le roi

 

      Ce poème fut composé par Munyanganzo, fils de Barembe, sous le règne de Kigeli IV Rwabugili en 1875. Il témoigne de la croyance selon laquelle le roi, représentant d’Imana peut obtenir de Lui la chute de la pluie en période de sécheresse.

 

  1. Abami nimwe mutwemera rubanda
  2. Ni amaganga y’Imana iduhaye
  3. Muhanyi wa Rusaza arayivubisha.

 

 

  1. Les rois, vous êtes la providence de nous autres, le peuple.
  2. C’est l’ondée de son sein qu’Imana nous donne,
  3. C’est la pluie que tu nous obtiens, ô roi bienfaiteur,

descendant de Cyilima !

 

 

11°- Iturema amagara = Imana nous donne la vie

 

   Ce poème fut composé par Sekarama, fils de Mpumba, sous le règne de Kigeli IV Rwabugili. Il témoigne de la croyance selon laquelle Imana est le Créateur des hommes et l’Auteur de l’ordre social.

 

  1. Iturema amagara Imana
  2. Yaduha amagana ngo dushire amaganya,
  3. Rugira yarujuje irema abantu inda.
  4. Ihanga inka n’abantu
  5. Yagiye kurema ibanza Abami n’abantu.

 

 

  1. Lorsqu’ Imana nous a créé
  2. Nous a doté de milliers de vaches pour assouvir nos besoins vitaux,
  3. Rugira a achevé la création de l’homme en lui donna le ventre.
  4. Il a crée les vaches et les hommes.
  5. En créant, il avait commencé par les rois et les hommes.

 

 

12°- Ndabukire Imana yunamuye u Rwanda = Mes

        remerciements à Imana qui a relevé le Rwanda

 

Ce poème a été composé par Sekarama sous le règne de Mutara III Rudahigwa. Comme le titre le dit, il remercie Imana qui donne au pays ce  nouveau roi pour combler le vide laissé par son père Musinga banni au Congo. Il ajoute un autre témoignage de la croyance traditionnelle concernant l’eschatologie. Mourir, c’est rejoindre la Cour du roi Imana qui règne dans le paradis céleste. Il demande au Mutara Rudahigwa le viatique pour ce long voyage dans l’au-delà.                         

 

  1. Abamenewe amata n’Imana
  2. Ntibayunamuza amaboko
  3. Ubwo ntakiye Imana
  4. Ngize amagiro
  5. Ni wowe Mana i Rwanda,
  6. Urandamize ibiganza byawe byombi
  7. Ndasezeye sinashinze imizi hano
  8. Ucyuye igihe arataha.
  9. Mpa impamba se Mwimanyi
  10. Ngiye gufata igihe
  11. Iyo ntumiwe nditabye
  12. Nzatinda kugaruka.

 

 

  1. Ceux qu’ Imana appauvrit,
  2. Ne peuvent pas devenir riches par leur propre force.
  3. Puisque je supplie Imana
  4. Je suis sûr d’être exaucé.
  5. O Toi Imana qui règne sur le Rwanda,
  6. Fais-moi boire du lait avec à deux mains.
  7. Mes adieux à cette terre, mes racines ne sont pas ici-bas
  8. Car après le service on rentre à la maison.
  9. Donne-moi le viatique, Majesté
  10. Je vais offrir mes services à la Cour de l’au-delà
  11. C’est là que je suis convoqué
  12. Et mon retour n’est pas pour demain.

 

 

13°- Iteka ry’Imana = La décision de Dieu 

 

    Ce poème fut composé par Segacece, fils de Mpogazi sous le règne de Yuhi V Musinga en 1912. Il témoigne de la croyance selon laquelle Imana est le souverain suprême du Rwanda qui prévoit et pourvoit pour son avenir.   

 

  1. Iteka ry’Imana
  2. Ritera igihugu umugisha
  3. Rugira yacanye umuriro
  4. Ukwiza umugisha.
  5. Dore iteka ry’Imana yadusigira
  6. Uri uwa so Samukondo
  7. Watwereje imana z’imponoke
  8. Ati: mpore zaje
  9. Naje ku neza y’Imana duhorana
  10. Ruhingo rwa Mwikozi nkamushyira imihayo.

 

  1. La décision d’Imana
  2. Fait descendre le bonheur sur le pays
  3. La Providence a allumé le feu

 

  1. Qui a multiplié les bienfaits.
  2. Telle est la décision qui nous a léguée

006.O Toi le fils de Samukondo,

007.Qui a auguré le bonheur pour le pays

  1. Et que nous n’avons attendu longtemps.
  2. Je suis le messager d’Imana la Providence du pays
  3. Et j’apporte une bonne nouvelle à Mutabazi, notre roi.

 

 

 

II.3. Les témoignages divers

 

   Dans ces témoignages nous classons trois catégories : une berceuse du Burundi, des salutations que s’adressent les gens en se rejoignant ou en se séparant et des devinettes se joyeux passe-temps. Le langage véhicule les conceptions du peuple. Les témoignages que nous allons citer représentent la croyance du peuple dans son ensemble.

 

 

1°- Une berceuse du Burundi

 

   Ce genre littéraire est pratiqué entre autres par les mamans qui ont des bébés  à leur charge. Cette berceuse est l’expression des sentiments maternels les plus profonds. Nous avons la joie d’en lire une qui a été recueillie par le Père jésuite burundais Jean BUCUMI. 

 

  1. Hora kadashumbushwa
  2. Nk’inaga n’umubindi
  3. Nk’imbuto yo mu cyibo
  4. Imana yakumpaye
  5. Icyompa tugahura
  6. Nopfukama nkayisenga
  7. Nti : urampe inka n’ibibondo
  8. Ibisigaye wuhire
  9. Noyisasira Ruvuzo

 

  1. Nkayorosa Birenzi
  2. Hora se nkonda nyinshi
  3. Kandi zimaze inyota
  4. Igituma nkwinginga
  5. Igicuku n’umurango
  6. Ntiwandaje ku rwahi
  7. Ntiwanyirije ku zuba
  8. Waje ukwezi kwaka
  9. Waje Imana icanye
  10. Iyindi iteze ibiganza

 

  1. Calme-toi cadeau irremplaçable
  2. Comme la marmite et la cruche
  3. Comme la semence dans la corbeille
  4. Imana qui m’a fait cadeau de toi
  5. S’il m’était donné de le rencontrer
  6. A genoux, je lui ferais cette prière :
  7. Fais-moi cadeau de vaches et d’enfants
  8. Complète-les par le flux d’autres biens
  9. Je le ferais reposer sur la peau de Ruvuzo
  10. Et le couvrirais par la peau de Birenzi
  11. Calme-toi baves abondantes
  12. Qui étanchent la soif
  13. Le motif pour lequel
  14. Je te berce nuit et jour
  15. Tu ne m’as pas fait languir

dans les douleurs de l’enfantement

  1. Tu ne m’as pas fait passer la journée sous le soleil brûlant
  2. Tu es venu quand la lune brillait
  3. Tu es venu lorsqu’un Imana faisait le feu
  4. Et l’Autre tendait les mains pour te recevoir

 

Cette berceuse contient un témoignage théophore des plus significatifs. Le thème général est une prière d’action de grâce. La première partie montre l’objet de cette berceuse. C’est Imana qui donne les enfants et les parents sont ses auxiliaires. C’est Lui aussi qui donne la richesse : les vaches et les autres biens. Il les donne gratuitement. Jusque dans l’acte matériel de l’enfantement, Imana est à l’œuvre comme agent principal. La berceuse dédouble la personne d’Imana pour signifier sa double assistance : faire le feu pour la maman qui accouche et tendre les bras pour accueillir le nouveau-né. La maman souhaite rencontrer cet Imana pour Lui exprimer sa gratitude et Lui adresser d’autres demandes. Le souhait est au conditionnel parce qu’Imana est invisible. Ainsi donc, cette berceuse atteste clairement les trois attributs d’Imana. Il est le Dieu adorable mais invisible, Il est le Créateur des vies humaines en utilisant le ministère des parents, Il est la source de tout bien.

 

2°- Les formules de souhaits 

 

   Dans chaque pays, les rapports entre les gens exigent un code de politesse.  Nous allons produire ici quelques exemples de ces formules connues au Rwanda. Comme on va le voir, ces formules contiennent les conceptions du peuple. En voici quelques exemples de la culture rwandaise.  

 

 

  1. Gahorane Imana Kanaka = Imana soit toujours avec toi, Tel
  2. Ni muhorane Imana mwa bagabo mwe = Imana soit toujours

avec vous, ô dignes

hommes

  1. Urakagira Imana = Imana soit avec toi
  2. Uragahorana Imana = Imana soit toujours avec toi
  3. Nyakugira Imana = Soit toujours en bonne grâce auprès d’Imana

 

 

  1. Ku Mana = A-Dieu
  2. Imana ikurinde = Que Dieu te protège
  3. Ubane n’Imana = Reste avec Imana

 

L’idée commune à toutes ces formules est claire. Il s’agit de la protection d’Imana que les gens souhaitent aux autres. Imana est ainsi considéré comme le Transcendant qui ordonne les événements de ce monde pour le bien des humains. Ce rôle d’Imana est résumé dans sa dénomination de Rugira.

 

 

3°- Les devinettes

 

   La devinette est un genre littéraire dont le but principal est un joyeux passe-temps. Il est en même temps un moyen d’initiation à la réflexion. Il apprend aux gens à découvrir des rapports entre les choses. Par un langage symbolique, on apprend à faire découvrir des réalités symbolisées. Dans le Rwanda ancien, avant l’introduction de la lumière électrique, les devinettes étaient utilisées en famille pour passer des longues nuits dans l’obscurité avant de se mettre au lit. Ce faisant, on mêlait l’utile à l’agréable. Ce genre littéraire était une mine d’informations sur les divers aspects de la culture du pays. Dans le domaine de la religion traditionnelle, nous avons des devinettes qui reflètent certains attributs d’Imana. En voici quelques exemples.       

 

  1. Cya rutimba-timba, cya maguru munani, Imana y’abakene ngo

mutahe = Le gros machin, à huit pattes, Imana des pauvres vous

salue.

→ Ikigega = le grenier des vivres 

 

Pour savoir qu’il s’agit d’un grenier, le concurrent doit découvrir, par imagination et l’observation, quelque chose qui est gros, qui a plusieurs pattes ou piliers, qui réalise analogiquement le rapport entre Imana et les pauvres.

 

Du point de vue théophore, cette devinette atteste une croyance socio-culturelle selon laquelle Imana est considéré comme la seule source inépuisable de richesse du pauvre. Le sous-entendu est que le pauvre est un laissé pour compte de la société. Seul Imana s’occupe toujours et de façon préférentielle pour le pauvre. La bonté miséricordieuse d’Imana est ainsi affirmée. Nous avons un proverbe qui exprime la même idée : Imana irema abakene ni Yo ibogosha = Imana qui créée les pauvres c’est Lui qui les rase.

 

2 – Imisozi irashya, imigozi y’Imana ntishya  = Les collines brûlent

mais les cordes d’Imana ne brûlent pas.

→ Inzira = les sentiers

 

Pour savoir qu’il s’agit des sentiers, il faut reconstituer, par l’imagination, les collines en proie aux flammes, spectacle fréquent durant la saison sèche. Le témoignage théophore signifiait de façon symbolique par ces chemins qui restent intactes au milieu des flammes sont toutes les choses protégées par la puissance divine contre tous dangers normalement fatals. Cette devinette véhicule la même idée que le proverbe suivant : Agati gateretswe n’Imana ntigahuhwa n’umuyaga = L’arbuste protégé par Imana n’est pas fouetté par le vent. Cette devinette signifie donc que Imana est le Tout-puissant.

 

3 – Imana y’i Burundi irashoka ntikuka = Imana du Burundi va à

l’abreuvoir et ne le quitte pas.

→ Agahinda = le chagrin

 

Pour savoir qu’il s’agit du chagrin, un effort de réflexion est nécessaire dans cette devinette. L’imagination aidant, le concurrent doit trouver quelque chose qui est loin mais bien connu comme le Burundi. Ce quelque chose doit présenter une analogie avec une vache qui va à l’abreuvoir pour se désaltérer mais n’en finit pas, tellement elle avait soif.

 

L’idée de ce qui est proche et loin en même temps, qui s’éternise comme Imana alors qu’on aimerait qu’il quitte notre abreuvoir fait trouver la solution du chagrin. Cette devinette atteste la croyance selon laquelle Imana est le Tout puissant et que ses décisions sont irrévocables.

 

  1. Imana y’ishyanga irabagira mu ishyamba = Imana des pays

étrangers dépèce dans la forêt.

→ Intimba ku mutima = la peine dans le cœur

 

Pour savoir qu’il s’agit de la peine au cœur, l’imagination doit se représenter une scène atroce, réalisée au fond d’une forêt dans un pays étranger. Cette scène est celle d’un bourreau qui dépèce un être vivant avec une puissance comparable à celle d’Imana et dans des conditions telles qu’aucun secours n’est possible pour la victime. Cette mise en scène fait alors penser à la peine dans le cœur d’un homme qui souffre sans que personne, même ses amis, puisse le soulager. La mention d’Imana concerne sa toute-puissance dont les décisions sont irrésistibles. Cette devinette est synonyme de la précédente.

 

  1. Mpuye n’Imana yikoreye inyama = Je viens de rencontrer un

Imana portant de la viande sur sa  tête

→ Isunzu rya Rusake = la crête du coq

 

Pour savoir qu’il s’agit de la crête du coq, le rapport de similitude entre Imana et un coq n’est pas difficile à établir.

 

Il faut chercher quelque chose qui a le rôle de chef dans son monde, qui porte quelque chose de rouge sur sa tête. Le coq est, de fait, maître dans sa basse-cour comme Imana dans sa création. Cette comparaison entre Imana et le coq révèle la croyance selon laquelle Imana est considéré comme maître et protecteur du monde. Il est ainsi attesté qu’Imana est le roi de l’univers. Nous retrouvons ici l’attribut de Rugira expliqué ci-dessus.

 

 

4°- Les proverbes

 

     Dans les témoignages théophores divers que nous sommes entré d’examiner, on ne peut pas oublier les proverbes. Ils sont présentés dans le livre Le Dieu de nos pères, vol.I,  p.45-60. La longueur de cette documentation interdit leur transcription intégrale dans ce numéro. Cette référence permet ainsi la consultation de cette documentation. Somme toute, ces proverbes sont très connus et nous venons d’en citer 2 aux devinettes N°-1, N°-2. Par acquis de conscience, en voici cinq exemples :

 

  1. Imana itera amapfa itegeka n’aho bazahaha = Imana envoie une

disette tout en prévoyant où l’on ira chercher des vivres.

 

En clair, Imana n’est jamais la cause des malheurs mais intervient toujours pour réparer les méfaits produits par d’autres causes. Les rwandais de jadis savaient qu’il y a des maux causés par les éléments de la nature cosmique et par les hommes. Ils imaginaient également que les défunts ou quelques agents invisibles peuvent être les auteurs de nos maux.

 

Ils ont admis aussi que Imana peut envoyer des malheurs pour corriger le mauvais comportement des humains.  Toujours est-il que l’idée d’une méchanceté gratuite d’Imana n’a jamais germé dans le cerveau des rwandais.

 

  1. Agahanga k’umugabo gahangurwa n’uwakaremye = La petite

tête d’un homme est brisée  par celui qui l’a créée

 

Ce proverbe utilise un jeu d’assonance : agahanga-gahangurwa. Ce procédé est fréquent dans la formulation des sentences pour en faciliter la mémoire. Le proverbe veut montrer la valeur d’un homme au maximum de ses forces. Pour un tel homme seul Imana, est plus fort. Ce proverbe atteste ainsi deux attributs d’Imana : Il est le Créateur de l’homme et Il est aussi le Tout-puissant.

 

  1. Agaseke k’Imana ntigatwara umwasama = Le petit panier

d’Imana n’est pas porté par un  « va-bouche béante »

 

   Agaseke est un petit panier de vannerie qui sert à transporter des objets qu’on ne veut pas exposer aux regards des curieux. Dès lors, un homme qui veut garder cette discrétion ne confie pas ce panier à un étourdi qui va l’ouvrir à tout venant.   Les secrets d’Imana sont les choses les plus précieuses. Le proverbe veut dire que le gérant des mystères de Dieu doit s’en acquitter de la façon la plus parfaite possible. Ce proverbe indique ainsi que Imana est le Roi de l’univers et que les autorités humaines sont ses gérants, gravement responsables de l’ordre social qui leur incombe.

 

  1. Imana ihoora ihoze = Imana venge sans coup férir

 

Les rwandais de jadis étaient convaincus qu’Imana ne peut pas laisser impuni un méchant, un coupable. Ils pensaient cependant que cette punition était implicite au cours des événements ordinaires. Le proverbe atteste ainsi qu’Imana est juge du comportement moral des hommes.

 

  1. Imana irafashwa = Imana se fait aider

 

Le proverbe ne veut pas dire qu’Imana a besoin de l’aide mais que pour bénéficier de ses bienfaits, l’homme doit remplir au préalable certaines conditions.  Il doit faire quelque chose pour se rendre digne des bienfaits d’Imana. Le proverbe atteste ainsi qu’Imana est notre souverain bienfaiteur mais qu’Il  n’encourage pas l’irresponsabilité des bénéficiaires de ses bienfaits.

 

 

5°-  Les légendes

 

Dans le livre ci-dessus indiqué à propos des proverbes, nous avons une collection de légendes « imanaphores ».

 

Il s’agit de récits fictifs dont la structure stéréotypée comprend trois étapes : l’introduction, le récit d’une histoire, une leçon à tirer de cette histoire.  C’est dans cette histoire que nous trouvons les conceptions des acteurs de ce conte au sujet d’Imana. La longueur de ces récits interdit la transcription de ces légendes dans ce numéro. Le livre ci-dessus indiqué en contient 16 du Rwanda et 3 du Burundi (p.70-121). Nous allons en donner un seul exemple mais bien significatif.

 

    Kera Imana yajyaga igenderera abantu. Icyo yakundaga cyane ni ukuza gusimbagiza abana b’ibitambambuga ngo bakure bajye ejuru.

 

    Umunsi umwe, Imana iraza isanga aho umwana ari, arira. Nyina yari ahugiye mu milimo yo mu rugo. Imana iramuhoza iramukinisha. Sinzi uko se avuye mu muhigo n’umuheto n’imyambi mu ntoke. Ayikubise amaso agirango ni umurozi. Agirango iryo simbagiza ni ukugirango umwana amire amarozi amaze kumutamika, atayacira. Ndetse agirango nicyo cyarizaga umwana. Ntiyagisha imbizi aratamika ayikubita umwambi. Umwambi uranduruka ntiwayikora. Imana iti : mbese ni aho byageze. Ndaguha umwana, nkaza kumusimbagiza ngo akure none ungize umurozi. Iti : niwongera kumbona aha uzanyivune.

 

   Nguko  ukwo Imana itongeye kugaruka kwigaragaza mu bantu.

 

 

Jadis Imana visitait les hommes. Son plus grand plaisir était de bercer les petits enfants pour les faire grandir.

 

Un beau jour, Imana rendit visite à une famille. Il y trouva un enfant qui pleurait tandis que sa mère était occupée dans les travaux du ménage. Imana le caressa et lui fit oublier ses pleurs. Sur ces entrefaites, le père arriva de la chasse, arcs et flèches en mains. Quelle surprise ! Il crut à l’empoisonneur. N’était-ce pas le motif des pleurs de son enfant ?

 

Il pensa que ces caresses n’étaient rien d’autre qu’une manière d’empêcher l’enfant de cracher le poison. Sans hésitation, il décocha une flèche qui alla se perdre au loin sans toucher Imana. Imana dit : Ah, c’est comme ça ! Je te donne un enfant, je viens le caresser pour le faire grandir, et tu me traites d’empoisonneur ! Eh bien, dit Imana : fais-moi tout ce que tu voudras si tu me vois encore ici.

 

  Depuis lors, Imana ne revint plus chez les humains.         

 

Le message théphore de ce récit est très facile à comprendre. Imana est Créateur des hommes par le moyen de l’engendrement dont les parents sont les auxiliaires. En tant que légende, ce récit essaie d’expliquer pourquoi Imana est invisible. La faute de l’homme est présentée comme le motif. En clair, l’homme doit collaborer avec Imana dans l’éducation de son enfant. Un proverbe exprime cette même idée : Habyara Imana abantu bakarera = Imana engendre et les hommes éduquent.

 

 

Récapitulation

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Dans cette récapitulation, nous voulons colliger les informations contenues dans tout ce qui vient d’être dit sur le mot et le référent du nom Imana.

 

Dans la première partie de cette réflexion, il a été longuement question du débat sur le sens du terme et de la réalité du nom Imana dans la pratique de l’Eglise Catholique et de certains Ecrivains.

 

Dans la deuxième partie qui relate la littérature traditionnelle sur la religion ancestrale, nous venons d’indiquer les données de base de la théologie positive de cette religion. Ces informations contenues dans les formules cultuelles, les extraits poétiques, les témoignages divers vont être complété par des éléments contextuels pour présenter un résumé de cette théologie positive de la religion traditionnelle. Cette théologie se présente sous la forme de dénominations et d’attributions d’Imana considéré d’abord et avant tout comme la Réalité suprême, Auteur de notre monde cosmique et humain. Ces attributs ou qualités se divisent en deux catégories. Les uns qualifient son être, les autres se réfèrent à son agir.

 

 

1°- Les attributs de son être

 

-IMANA

 

Cette dénomination est le nom officiel de la réalité suprême invisible, transcendante mais aussi immanente en tant que faisant subsister le monde par son action créatrice.Dans un sens  particulier, le vocable Imana signifie l’être doué d’une bonté naturelle, infinie, auteur du bien et jamais cause des malheurs. Dans ce sens-ci, ce nom est attribué à certaines personnes qui manifestent une bonté exceptionnelle. On dira, par exemple, Untel est Imana ou Imana y’i Rwanda pour signifier que sa bonté n’est comparable qu’à celle d’Imana.

 

-IYA-MBERE ET IYA-KARE

 

Ces deux dénominations sont presque synonymes. Iya-mbere signifie littéralement le Premier, dans tous les ordres de considération. Cela revient à dire qu’Imana  est le Transcendant ou l’Etre suprême. Iya-kare signifie littéralement Celui de tôt. Cela veut dire que l’être antérieur à tous les autres est celui qui n’a pas de commencement et donc qui est l’Eternel.  Nous découvrons ainsi que l’être  possédant les  qualités de transcendance et  d’éternité  ne peut être autre que l’Etre suprême.

 

-INDAVYI

  

   Cette dénomination utilisée spécialement en Kirundi, signifie littéralement  Celui qui regarde, c’est-à-dire Celui qui voit tout ou l’Omniscient. Le nom est utilisé en particulier pour désigner  qu’Imana  est Celui qui joue le rôle de voir, prévoir et  pourvoir, pour le bon déroulement des événements de ce monde. Ce terme Indavyi correspond donc à celui de la  Providence divine. Cette providence d’Imana consiste précisément à tout mettre en ordre à l’avance, à préparer le chemin existentiel de l’homme, à conduire le monde selon un dessein arrêté.

 

-RUGABO 

 

   Cette dénomination utilisée surtout en poésie, est déduite du radical –gabo que nous trouvons dans les noms umu-gabo, ubu-gabo, in-gabo.

 

Ce radical désigne la qualité de force, de puissance, de maturité, des réalités ainsi qualifiées. Précédé par le préfixe Ru, -gabo, signifie le Fort, le Tout–puissant. Nous avons ainsi un attribut qui désigne la toute puissance divine. Nous le trouvons dans certains anthroponymes comme les suivants : Ntirushwamaboko = Rien n’est plus fort qu’Imana; Nyarugabo = le Fort ou Imana Tout-puissant.

 

-SEBANTU

 

Ce nom signifie littéralement Se w’abantu = le Père des hommes.  Nous trouvons aussi le nom NYIRABANTU (Nyiri abantu) = le Propriétaire des hommes. En pratique, ces deux noms sont synonymes et désigne Imana, considéré comme l’origine de la vie humaine. Nous avons un anthroponyme qui précise cette idée: Habyarimana = A vrai dire, c’est Imana qui procrée.  Ainsi donc, à la croyance selon laquelle Imana est créateur des hommes, ce nom ajoute la nuance qu’Il est leur père. C’est-à-dire que les hommes sont des créatures les plus dignes, les plus favoris du Créateur.

 

2°- Les attributs de son agir

 

Les dénominations que nous allons voir se réfèrent à Imana en tant qu’il est en rapport avec ses créatures. Elles  disent ce qu’Il est par rapport à elles ou ce qu’Il fait pour elles. Cette distinction reflète notre langage anthropomorphique, car en réalité, Imana est simple. Cela veut dire que son être et son agir sont une et même chose. Nous venons de le voir déjà dans la dénomination d’Indavyi = l’Omniscient et de l’attribut de sa Bonté. Son omniscience qui qualifie son être, qualifie également son agir en tant que Providence pour ses créatures. C’est également le cas pour son attribut de Bonté qui qualifie sa nature en même temps que l’attribut de son agir en tant qu’Il est Amour pour ses créatures. Voici maintenant des attributs qui qualifient plus explicitement l’agir d’Imana.

 

– RUREMA 

 

Cette dénomination vient du verbe ku-rema. En général, il signifie faire exister. Dans un sens superficiel, il signifie, façonner, modeler, fabriquer, en utilisant des choses préexistantes. Dans un sens fort, il signifie faire exister une chose qui n’existait d’aucune manière. En philosophie, ce mode de production se nomme la création ex nihilo (de rien).

 

En clair, cela veut dire que Imana-Dieu a le pouvoir de faire exister des choses sans utiliser des matériaux préexistants. Pour désigner ce pouvoir, nous le savons déjà, il porte la dénomination de Ru-gabo = le Tout puissant. Le nom de Rurema joue un rôle spécial dans cette théologie positive de la religion traditionnelle. Elle est la preuve que nos ancêtres connaissaient le vrai Dieu. Cette preuve consiste à attester que notre univers visible est une chose faite, un effet d’une cause efficiente, un objet sorti des mains divines. Ce témoignage que l’univers visible rend à son auteur invisible se trouve dans sa nature contingente, finie.

 

En le regardant, l’homme, par son intelligence, se rend compte  qu’il n’a pas pu exister tout seul, et que donc il doit y avoir un être qui lui a donné son existence. Par cette considération de nature philosophique, nos ancêtres ont été capables de nouer une relation de culte religieux avec leur Créateur. Ce culte constitue une vraie religion naturelle ou créationniste que nous pouvons nommer imanisme. La révélation naturelle, commune à tous les hommes, se trouve ainsi indiquée.

 

C’est cette voie que les théologiens nomment la révélation naturelle. Elle est opposée à la révélation historique, celle qui est transmise par un Envoyé de Dieu ou Prophète. Cette religion naturelle est pratiquée dans des formes émanant des rythmes naturels de la vie. Elle n’a pas de pratiques positives qui dépendent habituellement des instructions d’un fondateur historique. C’est cette absence de culte visible, publique, positif, qui pousse certains à dénier le caractère religieux à cette religion naturelle dont l’auteur est le Créateur lui-même qui l’a inscrite dans le cœur de l’homme.

 

Nous avons signalé ci- haut que ceux qui prétendaient que notre religion ancestrale n’est pas une vraie religion se basaient sur ce faite qu’elle n’a ni temples, ni ministres, ni cultes publiques. Pour eux, la croyance et les comportements vitaux ne constituent pas des actes religieux. C’est là qu’ils ont tort car la religion est essentiellement la référence de l’homme à son Créateur, sa communion vitale avec lui.

 

 

– RUGIRA

 

Cette dénomination qui vient du verbe ku-gira = faire subsister, signifie que Imana, non seulement a crée mais aussi qu’il continue de maintenir dans l’existence ses créatures en pourvoyant à tous leurs besoins. C’est le nom qui indique qu’Imana est considéré comme le roi suprême dont le roi visible est son intendant. Voici un anthroponyme qui précise cette idée : Habarugira = Seul importe Rugira c’est-à-dire Pour vivre, seul Rugira est nécessaire.

 

– RUGABA

 

Du verbe ku-gaba = donner, enrichir, cette dénomination attribue à Imana la qualité d’être la source de toutes les richesses dont jouissent les humains. Serugaba est l’un des anthroponymes qui attestent cet attribut d’Imana.

 

 

 

 

 

III. L’inculturation du christianisme dans l’imanisme

       

 

Inculturation est un terme qui s’est imposé depuis le concile Vatican II. Utilisé spécialement dans le document de la constitution Gaudium et Spes, l’inculturation signifie l’expression du message révélé dans les catégories des cultures des nations. La vérité  qui sous-tend cette inculturation est que les hommes comprennent mieux la révélation exprimée  dans leurs cultures particulières. Cette explication donnée, reste à savoir comment la révélation chrétienne doit être inculturée à la culture religieuse rwandaise. Pour ce faire, il faut découvrir les points d’accueil de notre « imanisme » ou religion traditionnelle. Voici les principaux parmi ces points d’ancrage :

 

 

 

 

1°-  Le même fondateur

 

Le premier point d’ancrage entre les deux religions est leur référence au même fondateur. La Bible nous affirme que Dieu a créé le monde par sa Parole (Gn 1 et Jn 1). De plus, l’homme a été créé « à l’image et à la ressemblance de  Dieu » (Gn 2). C’est cette nature, semblable à celle de Dieu, qui constitue l’homme un être religieux.  La religion naturelle n’est rien d’autre que cette disposition connaturelle. Cette disposition l’oriente vers Dieu sa fin ultime.  Saint Augustin le disait en ces termes : « Fecisti nos ad Te » (Conf.1). L’« imanisme» ou la religion traditionnelle du Rwanda est la topicalisation  de cette religion naturelle dans  notre culture. La Parole de Dieu, par qui tout a été  fait, est venue dans le monde et a fondé le christianisme. Ainsi donc un imaniste qui devient chrétien ne change pas de religion mais accède à une révélation plus complète et au salut d’une manière plus sûre. Le Jésus de  Nazareth et la Parole par laquelle le monde a été ainsi fait sont la même personne. Voila le pilier de l’inculturation dont nous parlons ici. Les chrétiens l’ont-ils effectuée ?

 

Ils aurait pu mieux faire. En réhabilitant le nom Imana, ils auraient dû affirmer plus explicitement le monothéisme de la religion traditionnelle et éviter les appellations des Abapagani = Païens ou Abasenzi = Hommes-singes. Aux non chrétiens, on aurait pu donner le nom de Abemera-mana = Imanistes. On aurait pu souligner, par contre, que le monothéisme traditionnel n’est pas trinitaire comme celui des chrétiens. Conçu selon le modèle traditionnel, Dieu le Père a sa place. Dieu le Fils a la place d’un enfant de nature semblable à celle de son  père mais pas unique, ni égale ni identique. L’hérésie du subordianisme est latente dans cette inculturation erronée. Bien pire est la place laissée au Saint-Esprit, c’est-à-dire nulle. La foi est restée nominale. Par exemple, dans les noms théophores, nous avons  Habyarimana = C’est Dieu (le Père) qui engendre. Aucun anthroponyme ne se réfère  au Fils ni au Saint-Esprit. Nous avons des références à Jésus en tant que homme. Il est inculturé dans le cadre de roi qui était le représentant de Dieu. Par exemple : Hitayezu = C’est Jésus qui donne le nom.  Concernant le Saint-Esprit, rien ! Par contre, la mère de Jésus  est inculturée dans le cadre de la Reine-Mère. Par exemple : Muja-wa-Maria = La Servante- de-Marie. Une catéchèse adaptée aurait pu insister sur cette difficulté pour l’atténuer.

 

Il faut se réjouir cependant  que la connaissance de l’existence de Dieu selon le témoignage de la création soit enseignée explicitement. Ce faisant, on rejoint la Religion traditionnelle. Dans le catéchisme que j’ai appris on disait, en effet: « Twamenye ko Mungu abaho, kuko tubona ijuru n’isi, tukamenya ko bitiremye.  Hagomba kubaho ufite ubwenge n’ububasha, wabiremye akabitunganya, niwe twita Mungu » = Nous savons que Dieu existe en regardant le ciel et la terre et en nous rendant compte qu’ils ne se sont pas créés. Nous tirons la conclusion qu’il doit y avoir quelqu’un, doué d’intelligence et de puissance, qui les a créés et organisés. C’est celui-là que nous nommons Mungu (Dieu). Nos ancêtres ont mieux fait: celui-là, ils l’ont nommé  Rurema = le Créateur.

 

2°- La  bonté est la nature d’Imana

 

Les chrétiens et les « imanistes » ont en commun la même conviction que  la nature d’Imana est la bonté ou l’amour. Voila pourquoi son agir consiste toujours à faire du bien. Aucun mal ou malheur ne lui est jamais attribué. Le travail d’inculturation aurait pu souligner cette identité de vue  et en faire la base de l’éthique des deux religions. C’est cette nature qui explique l’application de ce nom aux divers référents que nous avons vus ci-dessus. Imana étant invisible, tout ce qui sert d’intermédiaire pour transmettre ses bienfaits, reçoit ce même nom. Ces messagers des bienfaits d’Imana sont les incarnations d’Imana rendu visible à nos yeux. Voilà ce que n’ont pas compris les étrangers vus plus haut.

 

3°- Le Créateur

 

Imana, en tant que cause efficiente de notre existence, a le nom traditionnel de Ru-rema = Le Créateur. Les chrétiens ont inventé le leur : Umu-remyi.  Ils ont ainsi raté l’occasion de manifester  leur accord avec les imanistes  sur le dogme le plus incontestable. Nous l’avons dit plus haut, cet attribut  est la meilleure preuve que nos ancêtres connaissaient le vrai Dieu. Aujourd’hui nous avons les anthroponymes Haba-rurema et Hab-umuremyi, qui attestent ce parallélisme nominal.

 

4°- La famille

 

La société  rwandaise traditionnelle était une famille à 4 niveaux : urugo = le foyer, inzu = le lignage, ubwoko = le  clan, igihugu = le pays.  Dans cette situation, le chef du pays est  en même temps le père biologique, l’ancêtre patriarcal. Dans le  langage religieux, ce patriarche  se nomme Umukurambere Nyirigicumbi. Dans le cadre de l’inculturation,   le Christ, tête du corps mystique, aurait trouvé là sa place providentiellement tout indiquée. Par le baptême, toute l’humanité rachetée par son sang, constitue une famille : la communion des saints. Si les chrétiens, majoritaires au Rwanda, avaient compris ce lien fraternel, le génocide des Tutsi aurait été impossible. L’inculturation ne se limite pas à cet aspect dogmatique qui vient d’être relevé. Elle concerne également les aspects liturgiques, catéchétiques et autres. Nous ne pouvons pas cependant dire d’avantage dans ce numéro d’une Revue.

 

 

 

 

 

UNE ANNONCE

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http://www.dominicains.ca/Nyirarumaga/poesie.html

NYIRARUMAGA – Poèmes du Rwanda

 

[ Les Rwandais seront heureux de lire sur ce site Internet les Poèmes Historiographiques Traditionnels (Ibisigo) de nos Aèdes sous le nom de Nyirarumaga, notre Hérodote. Ce personnage est l’illustre reine-mère Nyiraruganzu II Nyirarumaga (1510-1543) qui a créé l’Historiographie du Rwanda. Elle a joué ce rôle en inventant un genre de poème spécifique, nommé Impakanizi, pour la transmission orale de l’Histoire du Rwanda et en instituant une Académie des Poètes, chargés de perpétuer l’histoire du pays durant ses siècles d’analphabétisme.

Il existe plusieurs Collections de ces poèmes. La plus longue de celles-ci a été réalisée par Alexis KAGAME. Celui-ci a publié la liste des poèmes de sa collection ainsi que leur brève présentation dans son livre La poésie dynastique au Rwanda (Bruxelles, 1951). Malheureusement, cet auteur est mort sans avoir pu publier le résultat définitif de cette recherche qui totalisait 176 poèmes. Notre contribution consiste à compléter cette œuvre de notre Aîné. Ce complément comprend trois éléments : Alexis Kagame et moi, Bernardin MUZUNGU, sommes du même clan des Abasinga, principaux auteurs de cette littérature. Ainsi,Kagame et moi sommes cohéritiers de ce commun patrimoine de nos ancêtres. Ma première contribution consiste donc à publier ces poèmes que le grand Aîné a laissé inédits. Dans son travail de collection, Kagame avait enregistré plusieurs versions des mêmes poèmes de la bouche de divers Déclamateurs. Sur ce point, ma contribution consiste à comparer les diverses versions de Kagame lui-même avec les miennes propres et avec celles des autres collectionneurs, pour en sortir une version critique. Ce travail a été réalisé dans ma Revue Cahiers Lumière et Société (Centre Saint- Dominique, Kacyiru, en 8 numéros). Voilà mon deuxième complément qui permet de vérifier la qualité de ma version par rapport aux autres. Ma troisième contribution consiste à ajouter à la liste de Kagame 12 nouveaux poèmes, publiés principalement sous le titre Les Poètes de Buhoro, N°-39.

Le résultat de ce travail fait l’objet des numéros : 21, 24, 26-32, 39 de ma Revue. Ces poèmes sont regroupés et numérotés par clan et par lignage de leurs Auteurs. Le total donne les répartitions suivantes : le clan des Ababanda a produit 11 poèmes, celui des Abanyiginya 27, celui des Abasinga 113, tandis que les divers Inconnus ont composé 39 poèmes. Le total est ainsi le suivant : 190 unités. Ces chiffres montrent à l’évidence que l’art poétique est l’apanage du clan des Abasinga. Les autres sont leurs imitateurs. En effet, les 4 du clan Ababanda appartiennent à la même famille de Muhabura lequel a été initié à cet art par le grand Bagorozi du groupe de Kiruri.

Quant aux 10 des Abanyiginya, il est bien clair qu’ils ont appris l’art poétique par les Abasinga qui déclamaient leurs poèmes à la Cour Royale de la dynastie des Abanyiginya. Pour une raison méthodologique, cette littérature va être présentée en deux étapes. Dans un premier temps (Dossier I), nous donnons les textes poétiques dans la langue originale avec une présentation sommaire. Ce faisant, l’on peut comparer notre version avec celles des autres Collections. Dans un deuxième temps (Dossier II), nous reproduirons les textes de ces poèmes avec leur contexte historique et culturel. Ce deuxième dossier, publié dans les numéros de notre Revue ci-dessus indiqués, permet d’avoir une compréhension plus approfondie de ces poèmes rédigés dans une langue quasi impénétrable par les non initiés aux arcanes de cette littérature.

Pour accéder aux documents cliquez sur les liens ci-dessous:

  • DOSSIER I – NYIRARUMAGA

LES POETES DU CLAN DES ABASINGA

ABANUKAMISHYO

LES POETES DU CLAN DES ABANYIGINYA

  • DOSSIER II LES CAHIERS

Ce second Dossier nommé « LES CAHIERS » vient compléter le premier nommé « NYIRARUMAGA » en indiquant son contexte historique et culturel. Ce complément se trouve dans notre Revue « Les Cahiers  Lumière et Société » : Abasinga (N°-21, 24, 26, 39, 29, 30), Abanyiginya (N°- 27), Ababanda (N°-28), Anonymes (N°-31, 32).

 

 

ABASINGA-ABASANGWABUTAKA

Jusqu’à la nomination de Kandt comme Résident du Rwanda, l’occupation du pays avait  été purement militaire. Le quartier principal des Troupes se trouvait à Usumbura. Les détachements tenaientt garnison à Gisenyi et à Shangi ; puis, plus tard à Cyangugu.

 

En 1907, les Services Administratifs du Rwanda sont transférés d’Usumbura à Kigali.

-Le programme du Résident prévoit une première période d’étude et d’installation d’une durée de 10 ans. Protégé par des postes militaires, le service civil doit accomplir les tâches suivantes :

1°- Dresser la carte du Rwanda, 2°-Etudier scientifiquement le pays, ses coutumes et ses mœurs.

 

 

3°-  Introduire la civilisation et encourager l’œuvre missionnaire ainsi que  l’expansion commerciale. 4°-  Jeter les bases de l’organisation administrative du pays, 5°- Effectuer les premières expériences de recensement, 6°-Procéder à la première levée d’impôt = Umusoro, 7°- Créer  une police.

 

-A l’issue de cette phase de prise de contact, l’Administration européenne s’implanta effectivement. La gestion du Résident Kandt  est marquée par un perpétuel tiraillement avec les autorités militaires. Celles-ci préconisent l’emploi des moyens énergiques de pénétration et d’administration, alors que Kandt entend faire triompher ses théories humanitaires et pacifiques, conformes d’ailleurs à l’esprit anti-colonial de l’Allemagne de cette époque.

 

-Le Dr Kandt, pendant son congé, est remplacé par le Capitaine Wintgens que la guerre trouve à Kigali, et qui se révèle, durant les campagnes de l’East Africa, comme un officier de grande valeur militaire. Pendant toute la durée de l’occupation allemande, les domaines politique et judiciaire sont laissés à la responsabilité   du roi  et des grands du royaume. Le roi  Yuhi V Musinga, est confirmé dans son droit traditionnel de vie et de mort sur ses sujets. Toute tentative de révolte, tout mouvement d’insubordination est réprimé.

 

-A l’arrivée des Belges, le bilan de l’occupation allemande se limite à quelques mesures de pacification et de sécurité ainsi qu’à une ébauche de documentation. Les Allemands ont obtenu le respect des autochtones pour les Européens et leurs protégés. La sécurité des caravanes et la liberté pour les Missions d’accomplir leur œuvre sont assurées. Des commerçants, pour la plupart Arabes et Swahili, se sont installés dans le pays. Le commerce des esclaves a été officiellement interdit, mais n’a pas pu être totalement évité. A l’actif de l’Administration allemande, citons encore l’établissement d’une carte du Rwanda à grande échelle, et l’exécution de quelques pistes de caravane.

 

-A partir de 1913, l’Administration fait plusieurs tentatives de levée d’impôt. La taxe d’une roupie est imposée à  chaque homme adulte et valide. Le rendement est presque nul.

 

1916-1918

Les Belges, possédant une expérience coloniale dépassant de loin celle des Allemands, imposent d’emblée un système d’Administration comprenant les éléments suivants : 1°- Les fonctions de Résident sont maintenues. 2°- Le Rwanda est divisé en trois Secteurs, ayant à leur tête un Administrateur, chef de secteur. 3°- Chaque Secteur est divisé en Territoires dirigés par un chef de poste. Les premiers chefs de postes sont recrutés parmi les Officiers des Troupes. Beaucoup passeront ensuite au Service Territorial à la fin de la première guerre mondiale. 4°-L’Administration belge commence de lever l’impôt de capitation à partir de 1917. Le montant est de 5 francs par chef de famille.

 

Le roi Yuhi V Musinga est dépossédé de son droit de vie et de mort sur ses sujets. L’Administration se réserve la justice pénale. L’étude des mœurs et des coutumes est entreprise dans le but de redresser et d’abolir les pratiques contraires à l’ordre public. Les Notables peuvent être  démis par le chef de chefferies, par le roi, plus rarement par l’Administrateur du Territoire. Les chefs de chefferie perdent petit à petit ce droit qui est réservé au roi. Plus tard, les destitutions de Notables sont proposées par l’Administrateur au Résident qui décide, le roi entendu. La politique suivie tend à alléger les charges qui pèsent sur le petit peuple, à le protéger contre l’arbitraire des autorités indigènes. La Lettre 791/A/53 de 1917, du Résident du Rwanda, introduit les Réformes suivantes: 1°- Un éleveur de bovidés, dépouillant un cultivateur de ses récoltes, les lui rendra en double. 2°- Un éleveur de bovidés,  envoyant paître son bétail dans les plantations d’un cultivateur paiera à ce dernier le double des dégâts causés.

 

 

3°-Défense aux Notables d’exiger des prestations non prévues par la coutume. Notons que l’auteur de cette lettre de Réformes si importantes n’est pas nommé. En cette année le Résident du Rwanda était le Major Declerck. Il fut remplacé en 1919 par le Résidant Georges Mortehan. Même si l’auteur de cette lettre peut être le Résident en fonction pour cette année, à savoir le Major Declerck, l’opinion générale attribue l’application de ces Réformes au Résident Mortehan. Celui-ci domine cette période comme Résident du pays durant les années 1919-1923, 1926-1928, 1929.  Nous allons voir quelques unes de ces Réformes dans les lignes qui suivent.

 

1923

L’organisation Administrative fut de plus en plus approfondie. Les recensements des hommes et du bétail furent entrepris. L’organisation de la justice lança la création des tribunaux indigènes et le contrôle de leur fonctionnement. L’administration imposa progressivement le respect de la vie humaine et du droit  de propriété. Elle  abolit la vieille loi du talion = Guhora.

 

1926

En cette année, il y eut plusieurs reformes administratives opérées par  le Résident Georges Mortehan. En voici les principales.

 

1°- La reforme du triple pouvoir traditionnel, à savoir : Umutware w’Ingabo = le Chef de l’Armée Sociale, Umutware w’Ubutaka = le Chef du Sol, Umutware w’Umukenke = le Chef des Pâturages. Après cette suppression, chaque entité géographique est gouvernée par une seule autorité. Il faut bien noter ici que cette suppression fut la plus radicale à l’égard de  l’administration pré-coloniale du pays.

 

Ce faisant, Georges Mortehan a commis l’erreur de confondre le pouvoir politico-administratif avec la gestion de deux secteurs économiques. En effet, le Chef d’une Armée Sociale était une autorité relevant directement du roi et concernait toute la population du pays en matière de la socialisation, de l’administration, et du service militaire. Par contre, le Chef des Terres et le Chef des Pâturages ne concernaient que les propriétaires de ces biens économiques. Ce qui signifie que ces propriétaires, eux aussi, faisaient partie de l’organisation des Armées Sociales. En d’autres termes, chaque Rwandais était sujet d’un Chef d’une Armée Sociale alors que chaque Rwandais n’était pas nécessairement sujet d’un Chef des Pâturages ni sujet d’un Chef des Terres. Ce Résident Georges Mortehan serait l’auteur d’une initiative prégnante de graves conséquences. Malheureusement, cette initiative n’est pas explicitement signalée ici. De quelle initiative s’agit-il ? Il s’agissait de déterminer le critère de différenciation entre les trois groupes sociaux du pays,  à savoir : Abatutsi, Abahutu, Abatwa. Cette initiative décida que le critère de cette différenciation  était le nombre de vaches. Un Rwandais qui a plus de dix vaches appartient au premier groupe, celui qui a moins de dix vaches appartient au deuxième groupe et celui qui n’en a aucune appartient au troisième groupe. Cette répartition fut rendue figée par son inscription dans les carnets d’identité des porteurs.

 

Après cette reforme administrative, il y eut également une réorganisation judiciaire concerna les  Tribunaux Indigènes. La Lettre n° 86 / Org. du 5.11.1926 du Résident du Rwanda établissait  ce qui suit : 2°- La reforme des tribunaux. Il fut créé deux Instances de tribunaux.  Le premier est un Tribunal  Itinérant créé au chef-lieu de chaque Territoire.  Le deuxième est un Tribunal d’Appel institué à Nyanza ; il est présidé par le roi.La composition de chaque tribunal de Territoire comprend les officiels suivants : Un juge, cinq assesseurs, un greffier.

 

Le Résident, le Résident-Ajoint, l’Administrateur Territorial, sont d’office habilités à juger dans tous les Tribunaux indigènes. En dehors du chef-lieu du Territoire, un Administrateur pouvait trancher un procès sur place dans sa tournée administrative.  La compétence de ces tribunaux indigènes concerne les contestations entre les Rwandais et les habitants des pays voisins. Les peines prévues sont au nombre de trois :

– Un mois de servitude pénale ;

– 200 francs d’amende ;

– 7 jours de servitude pénale au maximum.

La destination des amendes. Les amandes financières sont versées au fond – Musinga.

 

1927

La réduction de l’ancienne semaine de corvée. Celle-ci, qui comptait deux jours sur cinq de la semaine coutumière due par les cultivateurs à leurs Notables, est réduite à un jour sur sept de la semaine moderne.

 

1929

– La suppression des fiefs de pâturages =   Ibikingi. Des petits fiefs qui ne comptent que 25 contribuables sont supprimés. Le but est d’arriver à la constitution des sous-chefferies habitées par un maximum de 100 contribuables. Ce chiffre sera plus tard porté à 300 contribuables.

– La peine de la détention. Celle-ci est  retirée de la compétence des Tribunaux indigènes.

 

1930 

La politique du Gouverneur Voisin pour le territoire du Rwanda-Urundi, à partir du 25.9.1930. 1°- Le respect et le renforcement de l’autorité autochtone dans la mesure où elle s’exerce suivant les directives de la civilisation.

 

2°- La surveillance étroite pour empêcher les abus en matière de prestations et de corvées coutumières. Les habitants doivent prendre conscience de leurs droits. 3°- La destitution et le remplacement des chefs incapables par les candidats désignés d’accord avec le roi. Le regroupement des chefferies de façon à supprimer la dispersion des fiefs et rendre l’administration plus aisée et plus efficace. Le personnel de l’Administration européenne doit s’imprégner de l’idée que, sans la collaboration des autorités indigènes, le pouvoir occupant se trouverait impuissant et créerait de l’anarchie. Pour administrer et diriger les indigènes, il faut mériter leur confiance et s’en montrer digne.

 

1931

A l’avénement du roi Mutara III Rudahigwa, un certain nombre de prestations traditionnelles furent supprimées. Certaines furent annoncées dans l’allocution qu’il a prononcée dès son investiture. La première fut celle qui concernait les prestations en nature et en travail que la population fournissait à la Cour royale. Celles-ci furent  remplacées par un impôt d’un franc, à verser au roi annuellement par le contribuable. Le lendemain, au cours d’une séance solennelle qui réunissait le Résident  et les grands chefs, le roi annonça la deuxième réforme qui consistait à supprimer les fournitures coutumières de vaches laitières que les grands chefs devaient envoyer régulièrement à la Cour royale de Nyanza. Le Résident, en compensation de ce geste, proposa de constituer par des dons volontaires un important troupeau pour le roi. Les grands chefs acceptèrent cette proposition. Plus de 800 vaches furent ainsi offertes par les chefs présents. Celles-ci furent l’origine des vaches personnelles du roi, qu’il ne faut pas confondre avec les Inyambo qui étaient l’apanage exclusif de la royauté.

 

-Le programme café. A partir de cette année, il fut décidé que : chaque Chef doit planter  1000 plants de caféiers ; chaque Sous-chef 250, chaque Cultivateur 54.

 

 

-L’extension des cultures vivrières et le reboisement.

– Le début du recensement systématique par la création des fiches de la population.

– L’introduction de l’impôt des polygames.

 

1932

La réforme du régime des prestations indigènes. Furent supprimées successivement les prestations suivantes. La première concernant  a dîme sur Ibihunikwa que les cultivateurs devaient payer aux chefs et sous-chefs. La deuxième concernait les journées de corvées nommées Uburetwa. La troisième concernait le bétail de boucherie que les grands chefs devaient fournir au Palais royal.

 

1933

Le rachat des prestations en vivres est fixé pour chaque contribuable de la façon suivantes : Un  franc pour le chef de chefferie, deux francs pour le Sous-chef de colline.

 

1934

Les prestations supprimées par les Réformes qui viennent d’être nommées furent remplacées par le tribut en monnaie. Les dîmes sur les récoltes furent fixées à 0,70 pour le roi, à 1,50 francs pour le chef et à 3 francs pour le sous-chef. Le pouvoir disciplinaire des Notables est réglementé de la façon suivante. Les chefs de chefferies et les sous-chefs conservent le droit coutumier de sanctionner leurs ordres et règlement par la peine du fouet, qui est limitée à huit coups. Le fouet est interdit : aux vieillards, aux infirmes, aux  femmes et aux enfants. L’impôt sur une tête du gros bétail, est fixé à 0,10 franc au profit du Sous-chef.

 

1936

La réorganisation de la justice indigène. L’ordonnance du roi n°-3 prévoit l’organisation des Tribunaux de Chefferie, appelés Tribunaux de Province et de Tribunaux de Territoire.

 

Le Chef est de droit président du Tribunal de Chefferie. Le Tribunal de Territoire est composé d’un juge et d’un nombre pair d’assesseurs choisis par le roi parmi les chefs. Pour le juge et pour chaque assesseur, le roi désigne un où deux suppléants choisis parmi les notables. Le juge, les assesseurs et les suppléants doivent être proposés par l’Administrateur Territorial et agrées par le Résident. La compétence de ces tribunaux porte uniquement sur les contestations entre les Indigènes. Les décisions des tribunaux sont sanctionnées, en cas de non exécution, de peines d’un mois de prison, de 100 francs d’amande au maximum ou de huit coups de fouet.

 

– Les recettes des tribunaux de chefferie sont versées aux caisses de chefferie. Celles des tribunaux de Territoire reviennent au fonds Mutara / Musinga.

– Le roi peut siéger comme juge dans tous les tribunaux indigènes du Rwanda. Il peut même réviser d’office toutes les sentences prononcées par eux dans un délai de trois mois de leur prononcé.

– L’ordonnance n°-4 du roi crée les caisses de chefferie et organise les fonds Mutara / Musinga.

– Les ressources des Caisses de chefferie sont alimentées par les recettes judiciaires et par les centimes additionnels aux impôts indigènes.

– Le fonds Mutara est alimenté par les amendes disciplinaires infligées aux Sous-chefs et Chefs ainsi que  les recettes judiciaires des Tribunaux de Territoire.

– Les Chefs, assistés par quatre sous-chefs agrées par l’Administrateur, ont la gestion des caisses de chefferie. Mais, vu l’inexpérience de ces autorités, cette gestion est assurée provisoirement par l’Administrateur Territorial avec la collaboration de l’autorité indigène.

 

1939

Le rachat de corvée = Uburetwa est autorisé pour certaines catégories d’individus que voici : Les travailleurs engagés par contrat, les grands éleveurs, les catéchistes, les personnes qui ont été absentes de leurs collines de résidence pendant au moins 9 mois.

 

1945

Le rachat de la corvée = Uburetwa est facultatif pour tous les contribuables. La pratique du rachat est d’emblée générale.  Il deviendra obligatoire en 1949.

 

1947

La punition disciplinaire du fouet par les Chefs et les Sous-chefs est abolie. Elle le saura également dans les Tribunaux en 1951.

 

 

 

IIème Partie : L’HISTORE DE CHAQUE TERRITOIRE

 

Dans cette partie de notre étude, il va être question des informations brutes fournies principalement par les Administrateurs coloniaux,  informations recueillies sur le terrain durant leurs sorties de charge. A ces informations, nous ajouterons des correctifs éventuels et des compléments. Nous allons passer en revue la liste des territoires du dernier découpage de cette période coloniale qui sont au nombre de 9 : Kibungo, Kigali, Nyanza, Astrida, Cyangugu, Kibuye, Gisenyi, Ruhengeli et Byumba. Depuis lors, les modifications de noms et de découpages ne se sont jamais arrêtées. Pour l’histoire, il faut rappeler que sous les deux premières Républiques, le pays était divisé en Préfectures, Communes, Secteurs et Cellules. Sous la troisième République, les modifications de noms et de découpages ont de nouveau changé. Nous allons les présenter dans leur dernier état. Le territoire rwandais comprend aujourd’hui en 2009: La Ville de Kigali et 4 Provinces (Intara) divisées en 30 Districts (Uturere). Ceux-ci se sebdivisent en Secteurs (Imirenge), en Cellules (Utugari) et en Villages (Imidugugudu) dont le nombre et les dénominations sont cités dans le N°-45 du Jourrnal Officiel de la Republique du Rwanda. Concernant chaque territoire, nous allons parler de trois points : l’Historique, les Chefferies, les Principeaux évenements.

 

 

  1. KIBUNGO

 

  1. L’Historique

 

A sa création, le Territoire de Kibungo englobait les trois provinces de l’ancien royaume du Gisaka, à savoir : le Gihunya, le Mirenge, le Migongo ainsi que la région naturelle du Buganza et l’ancien royaume du Mubari.

 

  1. Les Chefferies  

 

1°-Buganza-Sud

 

A la mort du roi Kigeli IV Rwabugili, cette chefferie fut morcelée en d’innombrables fiefs.  Le Buganza était considéré depuis les temps les plus anciens, comme la terre d’élection de l’élevage, et chaque famille influente s’efforçait d’obtenir du roi une portion de ces pâturages de choix. Les membres du clan des Abega, qui étaient  alors tout-puissants, s’y taillèrent la part du lion. A l’arrivée des Belges, le Buganza-Sud offrait l’aspect d’un parfait damier politique. Voici la liste de ces chefs qui se partageaient des fiefs, constitués par un ensemble de collines : Sharangabo, fils de Kigeli IV Rwabugili, commandait à Rundu, Rugwaga, Rurenge, une partie de Cyinzovu, Rutara, Rugambira, Cyema, Rutonde, Rwamagana, Nkungu et une partie de Zinga. Nyantabana, fils de Kabare, umwega,  possédait les collines Nyamirama, Shyogo, Kabarondo, Rusera,  Busindu, une partie de Ruramira, Kabare, Rubira et une partie de Kavumu. Le chef Muligo et avant lui son père Mpetamacumu, umwega-umwaruranga, possédait une partie de Mukarange, Kitazigurwa, la moitié de Gishari et Bicumbi. Le Chef Kanuma, fils de Mpabuka, descendant de Mutara I Semugeshi,  possédait les collines Nkamba et Rukira. Le Chef Kayondo, fils de Mbanzabigwi, umwega,  possédait les collines Gikaya et Giti.

 

 

Le chef Rwangeyo, fils de Nyirindekwe, umunyiginya-umuhindiro, possédait la colline Karambi, une partie de Nkungu-Murambi et Kayonza. Le chef Cyitatire, fils de Kigeli IV Rwabugili,  possédait une partie de Kayonza. Le chef Paul Nturo, fils Nyirimigabo, umunyiginya-umunana,  possédait une partie de Kayonza, de Kavumu, la colline de Mburabuturo et une partie de Cyinzovu. Le chef Bushaku, fils de Rutambuka, descendant de Cyilima II Rujugira, possédait la colline Nyarusange. Le chef Rwubusisi, fils de Cyigenza, umwega-umwakagara, possédait Sovu. Le chef Zimurinda, possédait Kugasi. Le chef Mafene, fils de Semihare, descendant de Cyilima II Rujugira, possédait la colline Munyaga. Le chef Nyagasaza, fils de Kavumvuri, descendant de Yuhi IV Ghindiro, possédait une partie de Kavumu et Ruhunda. Le chef Nkwaya, fils de Senyamisange, umutsobe-umubona, possédait une partie de Gishari, Rugendabari, Gasogi, Rukoma et Ntsinda. A Sharangabo, décédé en 1926, succédèrent ses fils Ntwaza (1926-1928) puis  Senyamisange  (1928-1931). Rwabutogo, fils de Kabare qui commandait un groupe de collines du Buganza et possédait en outre des fiefs éparpillés par tout, procéda en 1928 et 1929 à de nombreux échanges afin d’agrandir ses possessions du Buganza-Sud. Son fils pierre Hitiyise lui succéda de 1945 à 1954, date de sa destitution. A cette date, Modeste Segikwiye, fils de Ntampuhwe, umunyiginya-umuhindiro,  sous-chef de Buhoro, territoire de Cyangugu, fut nommé chef du Buganza-Sud.

 

2°- Buganza -Nord

 

Le Buganza-Nord, à l’exception d’une ligne de collines situées au Nord de Kiziguro qui appartenaient au royaume du Ndorwa, fut une province du Gisaka, jusqu’à la fin du 18ème siècle. Le roi Rwabugili  le circonscrit dans les limites de la province de Rwamagana. A l’arrivée des Belges, le Buganza-Nord présentait le même morcellement politique que les autres chefferies de cette région.

 

Le principal possesseur de terres était le chef Nyagasaza, qui avait succédé vers 1914 à son père Kavunvuri. Commandaient également au Buganza-Nord les chefs Rwubusisi, Paul Nturo et Muligo, fils de Rusekampunzi, umugesera, qui fut remplacé par son frère Ryumugabe. Nyagasaza fut démis en 1929. Son frère Kalisa lui succéda à la tête du Buganza unifié. Le Buganza-Nord, qui avait fait partie du Territoire de Gatsibo jusqu’en 1931, puis du Territoire de Gabiro jusqu’en 1936, fut englobé dans le Territoire de Kibungo et augmenté des sous-chefferies Gabiro et Lyabega, détachées de la chefferie du Mutara.

 

3°- Buganza-Ouest 

 

Les collines Gitaburaza, Nyabisindu, Gashya, Gituza, Nyamiyaga appartenaient à Rwakagara. Les collines Kiziguro, Murambi, Kabweja, appartenaient à Rwabutogo. Les collines Bibare et Gasange appartenaient également à Rukarakamba, fils de Rusekampunzi, umugesera. Seules les collines Kiramuruzi, Ntete, Rwankuba, et Gacuba appartenaient à Cyitatire, fils de Kigeli IV Rwabugili. La chefferie du Buganza-Ouest fut organisée en 1935 dans ses limites récentes. Le chef J. Berchmans Gashikazi, fils de Nziramuhindo, umunyiginya-umuhondogo, en reçut le commandement.

 

4°- Mubari  

 

La population du Mubari vit sur les bords marécageux de l’Akagera. Le pays est chaud et malsain. La tradition rapporte que c’est par le Mubari que les membres du clan des Abanyiginya ont pénétré au Rwanda.  Le pays était alors occupé par les membres du clan des  Abazigaba. Plus tard, le Mubari fut annexé au royaume du Gisaka jusqu’à l’annexion de celui-ci par le Rwanda vers 1850.

 

L’histoire des chefs locaux du clan des Abazigaba n’est pas connue. Peu après l’annexion du Mubari au Rwanda, les membres du clan des Abanyambo, émigrant du Karagwe, y supplantèrent les Abazigaba. Les Abanyambo, parlent le runyambo, langue apparentée au Gihima de l’Ankole. Ce peuple est composé de deux groupes sociaux : les Abahima, pasteurs, de même souche que les Tutsi du Rwanda, et les Abayiru  qui sont les frères des Hutu du Rwanda. Abahima et Abayiru s’occupaient, jusqu’à l’arrivée des Belges,  exclusivement de l’élevage du gros bétail. Le premier chef umunyambo installé au Mubali fut Rwigira, du lignage royal des Abahinda. Il fut remplacé successivement par les chefs suivants : Murwano ; Kanyeganja exécuté en 1915 par les Allemands ; Kayinamura (1916-1924). Lors du départ des Anglais Kayinamura les suivit au Karagwe ;  Rwakanyuguli, umucyaba (1926-1927) ;  Kahuka, umwungura, (1927-1941) ; Gataka (1941-1944). Celui-ci abandonna son commandement pour retourner au Karagwe ;  Rwabazingo, umuhinda, (1944).

 

5°- Migongo

 

Cette chefferie était l’une des trois provinces de l’ancien royaume du Gisaka. Son ancienne Armée se nommait Abadahigwa. Les chefs successifs de cette chefferie furent les suivants : Le premier chef rwandais de cette région fut le prince Nkoronko, fils de Yuhi IV Gahindiro et frère de Mutara II Rwogera (1853-1867) ; le second fut Nkundukozera, fils de Butare, umusinga-umucumbi (1867-1975) qui fut tué par Rwabugili ; Nzigiye, fils de Rwishyura, umushambo (1875-1885) ; Gihana, fils de Gacinya, umuhindiro (1887-1887) ; Runyange, umuhutu, favori de Rwabugili (1887-1889) ; Mugugu, fils de Shumbusho, umushambo ; Rukangirashyamba, fils de Kanyamuhungu, umutsobe (1896-1922), chef aussi du Bumbogo, investi par Mibambwe IV Rutarindwa ; Gashamura, fils du précèdent ;

 

 

Simon Nyiringondo, fils de Mpfukuye, umwega-umulejuru ; Ferdinand Kabagema, fils de Rubunge, umusinga, fut chef du Migongo jusqu’à son annexion au Gihunya en 1951.

 

6°-Gihunya

 

Guhunya, l’autre région du Gisaka, fut commandé par les chefs suivants : Nyamwesa, fils de Mutara II Rwogera (1853-1857), avant sa fuite au Burundi avec son frère le prince Nyamahe et leur crevaison des yeux par Nyirakigeli IV Murorunkwere; Nkundukozera, fils de Butare, umusinga-umucumbi  (1867-1975) ; Kabaka, umusita (1875-1889), ancien Commandant du prince Ntamwete du Gisaka,  exécuté sous l’ordre du roi  Rwabugili ; Mugugu, fils de Shumbusho, umushambo (1889-1895) ; Rutishereka, fils de Sentama, umunyiginya-umwenegitore (1895-1897) ;  Ruhinankiko, fils de Rwakagara,  umwega, fut tué par Rutishereka (1897-1908) ; Kanuma,  fils de Byabagabo, umunyiginya-umugunga, chef jusqu’en 1916.  Il fut remplacé par son fils Rukara jusqu’en 1934 ; Faustin Gacinya, fils de Nyirinkwaya, celui-ci fils aîné de Kanuma, chef depuis 1935.

 

 

7°-Mirenge

 

Mirenge, 3ème région du Gisaka, eut pour chefs les noms suivants : Gacinya, fils de Rwabika et petit fils de Yuhi IV Gahindiro (1855-1867) ;  Nkundukozera, fils de Butare (1867-1875) ; Gacinya, fils de Rwabika  (1875-1880) ;  Rwatangabo, fils de Nzigiye, umushambo (1885-1916). Il était également chef du Ndorwa II, du Mutara ;  Mpetamacumu, fils de Karuranga, umwega (1916-1922). Il fut chef aussi du Mutara et du Ndorwa II en remplacement de Rwatangabo en même temps qu’au Mirenge ; Muligo, fils du précèdent  fut  son remplaçant sur ses trois commandements (1922-1923) ; Rukarakamba, fils de Rusekampunzi, umugesera (1924-1931).

 

 

Il fut aussi chef du Mutara. Destitué comme chef, il fut nommé sous-chef de Gorwe au Nyaruguru. Il mourut en 1949 ; Gervais Lyumugabe, son frère, le remplaça dans ses deux commandements (1931-1932) ;  Albert Mpiga, fils de Sharamanzi, umushambo (1932-1947). Il démissionna en faveur de son fils Antoine Kanyangira (octobre 1947).

 

  1. Les Principaux événements

 

La documentation qui a servi à la rédaction de cette rubrique provient en majeure partie des historiques conservés en Territoire de Kibungo et d’une transcription du Diaire de Zaza qui figure dans un rapport de sortie de charge des Admnistrateurs de ce territoire.

 

1885

Le roi Rwabugili vient habiter à Sakara et remplace au Migongo le Chef Nzigiye par le chef  Rwatangabo.

1894

Le comte von Götzen franchit la Rusumo.

 

1901

-Le passage à la mission de Zaza de Von Gravern, officier allemand qui vient prendre le commandement du Rwanda.

-Deux traitants d’esclaves Rukara et Rurambaya, traversent le Gisaka en amenant un groupe de quinze femmes, originaires du Bugoyi, pour les placer au Kiziba.

 

1904

-La caravane apportant de la côte de l’Afrique de l’Est le ravitaillement de la Mission de Zaza est attaquée à la colline Kansana. Le porteur de tête est tué net d’une flèche. Ce que voyant, les autres porteurs jettent leurs charges et détalent au plus vite. Dix charges d’étoffes disparaissent ainsi, le reste est récupéré, fusil à la main, par les Missionnaires. Le roi Musinga est avisé de la chose. Les allemands envoient un détachement militaire, qui, reçu à coups de flèches, ouvre le feu sur la colline de l’attentat. Une dizaine d’habitants  est tuée, puis deux ballots d’étoffes sont retrouvés. Le roi Musinga donne en propriété aux Pères de la Mission de Zaza la bananeraie environnant le terrain où s’est déroulée l’attaque.

 

-Le courrier venant de Bukoba est attaqué près de Rukira. Les porteurs ne seront jamais retrouvés.

 

 

1905

Le Dr Kandt, explorateur, visite le Gisaka.

 

1907

-Trois cents porteurs traversent le Gisaka. Ils sont destinés à l’expédition du Grand Duc de Mecklembourg. L’explorateur se trouve alors au Mpororo et se propose de pénétrer au Rwanda.

-L’ornithologue autrichien Craner, suivi à quelques jours par le Docteur Czekanowsky, ethnologue  de l’expédition du Grand Duc de Mecklembourg, étudient le pays à leur passage au Gisaka.

-Les pasteurs Johansen, et Ruckius, s’installent à Zinga dans le Buganza. Cet endroit leur a été désigné par Musinga, d’accord avec Von Gravern. Ils auraient voulu s’installer plus au Nord vers le Muhazi, mais Musinga a refusé.

– Le passage au Gisaka de M. Kargaratos. Il se rend à Kigali où il compte s’installer comme commerçant.

 

1909

-Le roi Musinga ordonne la mobilisation clandestine et générale de tous les Tutsi. Il craint que Von Langern ne vienne à Nyanza  pour l’arrêter. Comme rien ne se passe, les esprits se calment.

-Monsieur Bauwer, fonctionnaire allemand, venant de Bukoba, passe au Gisaka. Il assure que l’occupation militaire touche à sa fin. Un cadre d’Administrateurs civils entrera prochainement en fonction.

 

 

-Le  Lieutenant  Gudovius explore le cours de l’Akagera jusqu’à la Rusumo. A la sortie du lac Sake,  son embarcation est attaquée par les hippopotames et endommagée.

 

1911

Une épidémie de variole s’abat sur le Gisaka et se propage dans tout le Rwanda.

 

1913

Le chef Rukamba, père de Mgr Aloys Bigirumwami et le chef Nyilingondo, entreprennent la  première plantation du café. Il n’en fallait pas plus pour qu’ils soient accusés de trahison. Ils cherchent, dit-on, à faire manger le pays par les Européens. On ne s’en libérera plus. Ils voudront  certainement rester s’ils trouvent des choses qui leur sont agréables.

 

1914

-Le Gouvernement décide de lever l’impôt. Le taux en fut une roupie par homme marié. Le paiement fut nul.

-Les chefs Kanuma, Rugambarara, Rukara, sont convoqués à Kigali en vue de créer un Corps de militaires tutsi appelé  Indugaruga.

 

1915

Profitant du fait que les Allemands sont en guerre, les Traitants d’esclaves redoublent d’activité. Plusieurs caravanes traversent le Gisaka. Kanyeganja, chef des Abanyambo du Mubari, est fusillé par les Allemands. Il est accusé d’avoir envoyé dans l’Akagera- Nord, toutes les pirogues disponibles de sa chefferie pour aider l’offensive des troupes anglo-belges. C’est le Capitaine anglais Philips qui aurait poussé le chef  Kanyeganja à cette manœuvre.

-Une mission allemande commandée par l’ingénieur Richly campe aux chutes de la Rusumo.  Elle étudie le tracé du chemin de fer.

 

1916

-L’Agent du Gouvernement Weiss arrive à Gahororo pour lever l’impôt indigène. A défaut d’une roupie, on peut fournir l’équivalent en petit bétail, beurre, haricots, farine de manioc, sorgho. Cent œufs ou 10 poules valent une roupie.

-Trois Pelotons belges sous le commandement du lieutenant Declerc et des sous officiers Savane et Clerc, viennent occuper le Gisaka.

 

-Le Major Bataille, commandant le 3ème  régiment (Brigade – Nord), le major  Brouwer, le commandant Cayen, les Capitaines Clyanants et Hoier, lieutenants Lebrun et Levie, font leur entrée à la Mission de Zaza.

-Le sous-lieutenant Carlier vient prendre le commandement du Gisaka dont il est nommé Administrateur. Le poste de transit installé d’abord à la Mission de Zaza est transféré à la Mission protestante abandonnée de Rukira, qui deviendra chef-lieu du nouveau Territoire. M. Lucas est ensuite adjoint au sous-lieutenant Carlier.

– Un nouveau cas de Variole éclate au Mirenge.

 

1917

-Le sous-lieutenant Carlier rentre en Europe. Il est remplacé par le lieutenant Petutzi. Le passage du comte Renaud de Briey, auteur du « Sphynx noir », et de M. Georges Mortehan, Inspecteur de l’Agriculture. Ils se rendent en Urundi.

-Le roi Musinga fait signifier à Rugondo, chef du Mirenge, la démobilisation des Indengabaganizi.

-La méningite cérébro-spinale. Le Dr G. Latine ordonne la fermeture du Gisaka et la création d’un cordon sanitaire.

 

1918

– La création du Secteur-Est englobant le Territoire de Rukira et de Gatsibo.

 

L’Administrateur Territorial Petutzi est nommé chef de ce Secteur. Un impôt unique de 5 francs est levé sur les propriétaires de gros bétail.

-M. Georges Mortehan est nommé Chef du Secteur-Est. M. Petutzi est nommé à Kigali.

-M. Lucas est désigné comme Administrateur Territorial, chef de poste à Rukira. M. Delforterie lui est adjoint.

-Un vaste essaim de sauterelles survole le Mirenge.

– La fondation de la Mission catholique de Rwamagana.

-Les Hommes Adultes et Valides, au service personnel des Européens doivent payer un impôt annuel de 5 francs.

 

1919

L’autorité belge décide la fermeture momentanée de Rukira, chef-lieu du Territoire.

 

1920

L’Adjudant Bertrand réoccupe Rukira. Il abandonne l’ancien emplacement de la Mission protestante et construit un nouveau poste au sommet de la colline.

 

1921

Le major anglais Bains et le Capitaine Alsopps arrivent à Rukira pour prendre contact avec l’autorité belge pour les formalités de reprise au Gisaka.

 

1922

-La détermination de la nouvelle frontière entre le Rwanda et le Gisaka par Messieurs Georges Mortehan et Douce, Bains et Alsopps. Les Belges et les Anglais ne sont pas d’accord sur les droits de souveraineté du roi Musinga. Les Anglais veulent un royaume indigène autonome, totalement indépendant du roi du Rwanda tandis que les Belges sont contre.

 

– Les Belges évacuent le Gisaka. M. Alsopps, assisté d’un officier de Police, dirige le district de Rukira.

 

1923

– Les Anglais construisent « un bungalow » destiné à servir d’habitation au « Political Officier ». Ils commencent les fondations d’une deuxième habitation, mais n’auront pas le temps de l’achever. Les bureaux sont abrités dans un hangar en pisé. Les Anglais entament l’aménagement d’une piste moto cyclable, destinée à relier Rukira, Birenga et Zaza d’une part, Kayonza d’autre part. Ils poussent au développement de la culture du bananier. L’impôt indigène est fixé à trois shillings.

 

-L’Union Jack est solennellement descendue du pavillon en présence des MM. Dawkins, Mac Pherson, Coubeau, Borgers, Gors et Tolkowsky. L’occupation a pris fin.

 

1924

  1. Gors rentre en fonction comme Administrateur du Territoire de Rukira.

 

1925

La fondation de la Mission C.M.S de Gahini.

 

1926

L’ouverture de l’exploitation minière de Minétain à Rugarama.

 

1931

L’invasion de sauterelles au Buganza.

 

1933

La visite officielle du Prince Léopold à Gabiro et à  Rwamagana.

La création du dispensaire médical de Kibungo.

 

1935

L’introduction de tilapias dans le Lac Muhazi par M.M. Verhust et Holmes.

 

1940

L’ouverture de l’exploitation minière de la Géorwanda à Rwinkwavu.

 

1951

L’ouverture de l’hôpital de Rwamagana.

 

1953

-Le roi Mutara III Rudahigwa procède, au paysannat de Ntete, au partage du bétail.

 

  1. KIGALI

 

  1. L’Historique

 

Le Territoire de Kigali englobe les provinces du Rwanda ancien et du royaume du Bugesera. Les régions voisines du Lac Muhazi constituent le berceau du royaume du Rwanda. Les vallées herbeuses, les longues collines du Buganza, virent l’éclosion et le développement de la puissance du clan des Abanyiginya et de ses alliés, lesquels allaient réaliser à leur profit, l’unification de toutes les terres du Rwanda. La conquête commença sous le règne du roi Kigeli Mukobanya (1378-1411) par les régions montagneuses du Buriza-Bumbogo. Kigeli installa sa résidence sur le mont Kigali, qui avait été cédé à son père par le roi du Bugesera Nsoro I Bihembe. Son successeur Mibambwe I Sekarongoro Mutabazi annexa ce royaume du Bugesera qui comprenait la région naturelle de ce nom et le Bwanacyambwe-sud.

 

 

Les possessions des Abanyiginya avaient ainsi atteint à l’Ouest le cours de la Nyabarongo. Au-delà s’étendaient les royaumes du Marangara et du Nduga. A la fin du 16ème siècle, le grand conquérant Ruganzu Ndoli porta les limites du royaume aux rives du Kivu. C’est ainsi que cette  province  de Kigali est devenu le centre politique du Rwanda avec sa capitale Kigali qui fut confirmé dans cette préséance par la colonisation et le régime  républicain. Le premier palais royal se trouvait sur le sommet du mont Kigali. Plus tard, en 1908, le Dr Kandt, Résident du Rwanda à l’époque de la colonisation allemande, construisit les premiers bâtiments de cette capitale sur le flanc de Nyarugenge.

 

  1. Les Chefferies

 

Le Territoire de Kigali fut crée en 1916. En ces débuts de sa fondation, il reprenait la liste des chefferies du temps du roi Kigeli IV Rwabugili. Ces chefferies étaient les suivantes : 1°- Bumbogo : A la date de la rédaction de notre Document de référence, cette chefferie était commandé par  le chef Edouard Rwampungu, fils de Gashamura, umutsobe. Cette chefferie comprenait 19 sous-chefferies.  2°- Bwanacyambwe : chef Basomingera, fils de Ndongozi, umucyaba. Cette chefferie avait 20 sous-chefferies. 3°- Buriza : chef Rwubusisi, fils de Cyigenza, umwega ; avec 16 sous-chefferies. 4°- Bugesera : cette région comprenait 3 chefferies. La première était commandée par Ibambasi, fils de Bitukwihene, umushambo, avec 4 sous-chefferies. La deuxième était commandée par Gérard Ndoli, fils de Gihana, umunyiginya-umumanuka, avec 4 sous-chefferies. La troisième était commandée par Kanyemera, fils de Kananga, umunyiginya-umuhindiro, avec 2 sous-chefferies. 5°- Rukaryi : chef Munyeragwe, fils de Rwanyabugigira, umunyiginya-umunyemina, avec 4 sous-chefferies. 6°- Buganza-Sud : chef Rwubusisi, avec 7 sous-chefferies. 7°- Buganza-Est : chef Rutsinga, fils de Rwizibukira, umwega-umwaruranga, avec 13 sous-chefferies. 8°- Buganza-Nord : chef Médard Kanubana, fils de Rwubusisi, avec 10 sous-chefferies.        

 

 

  1. Les Principaux événements

 

1895

Le corps du roi Kigeli IV Rwabugili est enseveli au cimetière royal de Rutare.

 

1907

Le Dr Kandt est désigné en qualité de Résident du Rwanda et s’installe à Kigali. La maison de sa résidence est aujourd’hui considérée comme un monument national dont le jubilé de 100 ans a été célébré en 2008 comme jubilé de la capitale.

 

1909

La fondation de la Mission Catholique de Rurindo.

1911

Kandt rentre en Europe et fut remplacé par le Lieutenant Gudowius (Bwana Lazima).

 

1912

La construction de la Mission Catholique de Kigali qui sera occupée en 1913, et abandonnée en Janvier 1921 pour être rouverte en novembre 1922.

 

1913

Kandt rentre d’Europe, revient à Kigali, commence à lever l’impôt pour la première fois dans le voisinage de Kigali. Le résultat fut nul.

1914

Kandt est reparti vers l’Europe, il est remplacé par le Capitaine Wingens (Tembasi) qui exerce des foncions de Résident au moment où la guerre éclate.

 

1927

Le roi Musinga franchit, pour la première fois, la Nyabarongo en visite officielle à Kigali.

 

1930

Le grand chef Rwidegembya, fils de Rwakagara, umwega, décède à Kigali.

 

1933

-La reine-mère Nyirayuhi V Kanjogera est enterrée au cimetière royal de Rutare après son exil de Kamembe. Ce fut le dernier ensevelissement à cet endroit.

-L’ouverture des chantiers miniers de la Somuki à Rutongo.

 

1937

– L’ouverture des chantiers miniers de la Minétain à Musha.

– La fondation de la Mission Catholique de Rwankuba.

– La fondation du couvent des Dames Bernardines à Kigali.

– La construction du dispensaire vétérinaire de Nyamata.

 

1945

L’occupation du Bureau du Territoire sur le plateau de la ville.

 

 

III. NYANZA

 

  1. L’Historique

 

Il faut se rappeler que le roi Yuhi V Musinga a fixé sa Capitale à Nyanza, dans la province du Busanza en 1899. De ce fait, Nyanza était appelé à devenir le chef-lieu administratif de cette région. Il le fut effectivement dès le début de l’occupation belge.  Ce Territoire de Nyanza était composé de trois régions naturelles, qui se succèdent de l’Est à l’Ouest  de la façon suivante: 1°- La savane du Mayaga et du Rukoma-Est, 2°- les plateaux du Marangara, du Nduga et du Rukoma central auxquels se rattache l’éperon du Ndiza, 3°- les montagnes du Bunyambiriri, qui appartiennent au versant Est de la crête Congo-Nil.

 

 

La tradition rapporte que le clan des  Abasinga fut le premier à  peupler les régions comprises dans l’actuel Territoire de Nyanza. Le courant général d’immigration du Nord-Est aurait ensuite amené les membres du clan des Ababanda. Au Kabagali, les Ababanda passent pour avoir été devancés par un groupe des Abazigaba, tandis que les Abongera occupèrent les premiers les régions du Ndiza, à la rive de la Nyabarongo. Il est vraisemblable que les membres de ces clans, peu nombreux à l’origine, vécurent groupés en famille, dans la forêt  et la savane boisée qui couvraient alors le pays. Les rois du clan des Abanyiginya du 15ème siècle, à partir de Mibambwe Sekarongoro Mutabazi, occupèrent le plateau central Rwandais après avoir brisé la résistance des groupes des Ababanda, politiquement les mieux organisés au Nduga et au Marangara.

 

L’un des épisodes les plus connus de l’histoire retrace les péripéties de la lutte du chef magicien Mashira avec ce roi Mibambwe 1er. Par contre, ce n’est qu’au siècle suivant sous le roi Ruganzu II Ndoli, que les rois Abanyiginya purent imposer leur domination politique aux Abasinga qui peuplaient les montagnes du Bunyambiriri, dont l’un des sous-groupes le plus puissant était les Abasinga-Bagwabiro, habitants à Suti près de Banega. Si les bords du lac Muhazi furent le berceau du Rwanda ancien, les collines doucement vallonnées de Nyanza, virent l’éclosion du Rwanda classique. Les rois du clan des Abanyiginya du 17ème au 19ème, se fixèrent dans ce pays riche de sa population d’agriculteurs et d’éleveurs de bovidés. Les boqueteaux qui subsistèrent longtemps à de nombreux endroits, marquaient l’emplacement des résidences des rois Yuhi III Mazimpaka, Cyilima II Rujugira, Kigeli III Ndabarasa, Yuhi IV Gahindiro, Mutara II Rwogera, etc. L’histoire de chaque colline rappelle les noms célèbres des femmes, des mères et des favoris des rois qui ont possédé ces apanages. Les milieux de la Cour eurent une influence capitale sur le comportement, le savoir vivre, l’habillement, la culture, la poésie des populations du plateau central.

 

  1. Les Chefferies

 

Le Territoire de Nyanza fut créé, venons-nous de le dire, dès l’arrivée des belges au Rwanda. Les archives, depuis la création du Territoire jusqu’en 1921, font défaut. Le chef-lieu de la résidence du Rwanda fut successivement Kigali puis Nyanza jusqu’en 1921, et à nouveau à Kigali pour de bon. Le Territoire de Nyanza comprenait la région dite de l’Akanyaru, qui fut érigée en décembre 1923 en territoire séparé sous le nom de territoire d’Astrida. Avant le règne de Yuhi V Musinga, la région de Nyanza était confiée à d’innombrables autorités locales.  Chaque famille influente tenait à occuper une colline dans cette terre d’élection de la royauté. La réforme administrative réduisit ces fiefs indigènes en chefferies administratives. Nous allons en donner la liste ainsi que les noms de leurs chefs successifs.

 

1°- Busanza-Nord

 

Léopold Kayondo, fils de Mbanzabigwi, umwega-umwakagara (1918-1940); Kambanda, fils de Sebashi, umunyiginya-umuryinyonza (1941), muté du Bunyambiriri; Michel Rutaremara, fils de Kayondo (1942-1943) ; François Rusagara, fils de Nyagasaza, umunyiginya-umuhindiro ( 1943-1946) ;  Albert Rugigana, fils de Seruhuga, umwega-umuhenda (1946-1950) ; Christophe Ruhara, fils de Serukenyinkware, umusinga-umucumbi (1950-).

 

2°- Bunyambiriri 

 

Segore, fils de Nshizirungu, umunyiginya-umukobwa (+1916) ;  Vincent Munyanshongore, fils du précèdent (1916-1924) ; Nyirinkindi, fils de Segore (1924-1928) ; Jean Berchmans Manzi, fils de Segore (1928-1931) ; Kambanda, fils de Sebashi (1931-1940) ; Léonard Birasa, fils de Kanyemera, umunyiginya-umuhindiro (1940-).

 

3°- Kabagari 

 

Paul Nturo, fils de Nyirimigabo, umunyiginya-umunana (1919-1943) ; Alexandre Kayumba, fils de Rwampungu, umutsobe (1943-1945) ; Prosper Bwanakweli, fils de Nturo (1945-1955) ; Canisio Bisarinkumi, fils de Mukama,  umunyiginya-umuhindiro.

 

4°- Marangara

 

Nshozamihigo, fils de Kigeli IV Rwabugili, chef avant l’occupation belge, destitué  en 1943 ;

 

Nyirimbirima, fils du  précédent  (1916-1919) ; Rwasabahizi, fils de Muyenzi, umunyigiynya-umuryinyonza (1919-1925) ; Mugemangango, fils du précédent (1925-1929) ; Rudahigwa (1929-1942) ; Ladislas Haguma, fils de Munyangondo, umuzigaba (1942-).

 

5°- Ndiza

 

Nshozamihigo, fils de Kigeli IV Rwabugili, chef avant l’occupation belge, destitué en 1915 et décédé de variole en 1916 ; Gakwandi, fils de Runiga, umwega (1915-1928) ; Kaberuka, fils du précédent,  (1928-1945) ; Alexandre Kayumba, fils de Rwampungu, umutsobe (1945-).

 

6°- Rukoma

 

Mbanzabugabo, chef avant l’occupation belge, déposé en 1916 ; Gakwavu, fils de Kanyabujinja, umwega-umuhenda (1916-1926) ; Rukungu, fils du précédent,  (1926-1932) ; Ntagozera, fils de Birasa, umwega-umulejuru (1932-1940) ; Alphonse Mpfizi, fils de Karegeya, umunyiginya-umwaka (1940-).

 

7°-Nduga  

 

Nyirindekwe, fils de Yuhi IV Gahindiro, chef avant l’occupation belge ; Rwangeyo, fils du précédent (-1927) ; Cyitatire, également fils du précèdent (1926-1932) ; Rudahigwa (1932-1942) ;  Athanase Kanimba, fils de Mugemangango, umunyiginya-umuryinyonza (1942-).

 

 

 

 

8°-Mayaga 

 

Karara, fils de Kigeli IV Rwabugili, chef avant l’occupation belge, tué lors du coup d’Etat de Rucunshu  en 1896 ; Rukangamiheto, fils de Mutara II Rwogera (1987-1908) ; Rutebuka, fils de Katabirora, umuskete (1908-1941) ; Buzizi, fils du précèdent (1917-1941) ; Mukarage, fils de Ruyonza, umuskete (1941-1943) ; Ubald Kimonyo, fils de Munyampundu, umunyiginya-umwenemunyiga (1943-).

 

  1. Les principaux événements

 

1899

Le roi Yuhi V Musinga fixe sa capitale à Nyanza après avoir résidé successivement à Rwamiko au Marangara, à Runda et à Kamonyi au Rukoma.

 

1900

La visite  au  roi Musinga de Monseigneur Hirth.

1905

La visite au roi Musinga du Lieutenant von Nordeck.

 

1906

La fondation de la Mission de Kabgayi, siège épiscopal de l’Eglise Catholique du Rwanda.

 

1907

– La visite du Duc de Macklembourg au roi Yuhi IV Musinga.

 

 

– La fondation de l’école des fils de chefs à Nyanza. Il faut bien noter ici que cette école est le premier modèle de scolarisation de type européen. C’était une espèce d’école technique ou professionnelle. C’est plus tard que l’introduction du système de scolarisation complète sera installé, comprenant 4 niveaux : le primaire, le secondaire, le professionnel et l’université.

 

1911

Le décès du Grand chef Kabare à Nyanza.

 

1932

L’ouverture de l’ancien dispensaire médical de Rugobagoba au Nduga.

 

1933

La fondation de la Mission Catholique de Kaduha au Bunyambiriri.

 

 

1934

– La construction du pont de la Mwogo entre le Kabagali et le Bunyambiriri.

– La laiterie de Nyanza, créée par le roi Charles Mutara III Rudahigwa .

 

1935

– La fondation de la Mission Catholique de Nyanza.

– La fondation de la Mission Catholique de Muyunzwe au Kabagali.

– Les prospections minières de Shaki-Rugendabari-Kirwa au Ndiza.

 

1936

Le transfert du grand Séminaire de Kabgayi à Nyakibanda.

 

1937

La construction du pont de la Nyabarongo à Gatumba au Ndiza.

 

1938

– La fondation de la Mission Catholique de Kamonyi au Rukoma.

– La fondation de la Mission Catholique de Kanyanza au Ndiza.

 

1942

Le mariage religieux du roi  Mutara III  Rudahigwa avec Rosalie Gicanda.

 

1943

– Le Sacre de Monseigneur Déprimoz à Kabgayi.

– Le Baptême du roi Charles Léon-Pierre Mutara III Rudahigwa et de sa mère Nyiramavugo III Radegonde Kankaze.

 

1944

– La fondation de la Mission protestante C.M.S. de Shyogwe au Marangara.

-Le fondation de la Mission Catholique de Byimana au Marangara.

 

1945

-Le décès de Monseigneur Classe.

– La construction du camp militaire de Rwesero à Nyanza.

– La construction du pont de Kayumbu au Nduga.

La consécration du Rwanda au Christ-Roi et la procession du Tambour dynastique  Karinga ainsi que sa suite.

 

1947

-La décoration du roi Mutara III Rudahigwa par le Saint Père le Pape.

-La proclamation de Monseigneur Dellepiane, le Délégué Apostolique, comme citoyen du Rwanda.

– Le passage de S.A.R. Charles, Prince Régent.

– La décoration du roi Mutara Rudahigwa par le Ministre des colonies  P.Wigny.

 

1948

La mise en service de la nouvelle prison de Nyanza.

 

1949

– Le voyage du Roi du Rwanda en Belgique.

-La création des centres de négoce de Kaduha au Bunyambiriri,  Karambi au Kabagali, Remera au Ndiza et Gacurabwenge au Rukoma.

 

1950

– La construction du Centre Administratif de Rwesero à Nyanza.

 

  1. ASTRIDA

 

  1. L’Historique

 

Cette dénomination imposée par la colonisation belge, en l’honneur de la reine belge Astrid, correspondait à l’ancien Butare qui reprit cette dénomination plut tard. Ce Territoire d’Astrida, présente la même configuration physique que le Territoire de Nyanza. La savane du Buhanga-Ndara qui prend naissance au bord de l’Akanyaru s’étend jusqu’aux collines du Busanza, du Mvejuru, du Nyaruguru, du Bashumba, du Nyakare, dont le relief s’élève   au fur et à mesure que l’on avance vers l’Ouest et le Nord-Ouest. A la limite de cette région, les montagnes du Bufundu et du Buyenzi grimpent  jusqu’à la crête Congo-Nil.

 

Le Busanza et le Nord-Est du Bufundu, vécurent dans la sphère d’influence du Territoire de Nyanza. Les collines étaient divisées en fiefs et apanages dépendant directement de la Cour royale. Les autres régions du Territoire se signalaient, au contraire, par une exceptionnelle homogénéité de commandement. La région ne fut conquise que petit à petit sur le Burundi par des Formations guerrières, pour la plupart organisées sous le règne de Cyilima Rujugira (1675-1708). Ces Milices étaient les suivantes : les Mvejuru, Nyakare, Bashumba et Nyaruguru qui donnèrent leur nom aux régions qu’ils occupèrent. L’organisation guerrière se confondait avec l’organisation territoriale. Le chef commandait sa province avec l’intermédiaire d’un cadre de sous-chefs. Le commandement de la plupart des chefferies du Territoire fut exceptionnellement stable. Les chefferies du Ndara et du Bashumba, par exemple, comptèrent ce qui est rare au Rwanda, six représentants qui se succédèrent par voie héréditaire.

 

  1. Les Chefferies

 

Le Territoire d’Astrida fut créé le 01 décembre 1923. Avant cette date la région dite de l’Akanyaru fit partie du Territoire de Nyanza. Le premier poste d’occupation fut bâti à Tumba au Mvejuru. Un poste adjoint fut créé à Rango. M. Matton y séjourna environ un an. Il y construisit ces bâtiments  comprenant une maison de résidence en paille et une prison. M. l’Administrateur Defawe à l’époque était le délégué du Résident de Nyanza. C’est sous l’Administration de M Defawe surnommé « Sebiziga » que les premiers impôts furent collectés. La première année, le taux de l’impôt fut de 5 francs. Il était perçu contre remise d’un ticket (Ibarate). Le deuxième poste d’administration fut créé en 1923 à la Mission de Save par M. l’Agent Territorial Dardenne. L’impôt indigène fut perçu au poste même au taux de 7 francs. Le troisième poste fut celui de Butare.

 

Il fut construit en 1925 par M. Dardenne, à l’emplacement de l’actuelle ville de Butare. Indiquons maintenant les noms des chefferies que comprenait au départ ce Territoire d’Astrida.

 

1°- Bufundu

 

L’histoire des chefs du Bufundu se confond avec celle de la Formation guerrière Abadahemuka, formée par le roi rituel des Abatsobe, nommé Rusimbi, sous le règne du roi Cyilima Rujugira. Rubona succéda à son père Rusimbi. La Formation était recrutée dans les fiefs de cette famille des Abatsobe, au Bukonya, au Kibari (Territoire de Ruhengeri), au Mutara (Territoire de Byumba), à la colline Kibonwa (Bunyambiriri-Territoire de Nyanza), et aux collines de Kibingo, Giseke, Kivu, Sekera (Bufundu-Nyaruguru et Buyenzi au Territoire d’Astrida). Rubona fut le lieutenant de Gihana, fils du roi Cyilima Rujugira, au cours de sa campagne contre le Burundi. Celui-ci mourut en martyr pour la Nation. Son fils Rwambali lui succéda sous le règne de Yuhi IV Gahindiro et mourut lui-même martyr pour le pays au Ndorwa. Les descendants de Rwambali conservèrent le fief conquis au Bufundu sur le Burundi ainsi que les possessions dispersées dans le royaume. L’ordre de succession des chefs du Bufundu fut le suivant : De père en fils, Rubona, Rwambali, Semuzigura, Ruvuzacyuma. Après cette série des Abatsobe, la chefferie passa à d’autres mains. Le premier fut Kanyonyomba qui reçut ce commandement par Kigeli IV Rwabugili. Il fut destitué et tué par le roi Yuhi V Musinga;  Ruyundo, fils de Kajeje, umutsobe-umubona,  qui fut destitué aussi par Musinga;  Segore, fils de Nshizirungu, umunyiginya-umukobwa. Il fut tué à Nyanza lors de l’entrée des Belges dans la résidence royale de Musinga (1916) ; Munyanshongore, fils du précèdent qui commanda à la fois le Bufundu et le Bunyambiriri ;

 

Nyirinkindi, lui aussi, fils de Segore ; Jean Berchmans Manzi, son frère, lui succéda; Rugambarara, fils de Busyete et petit fils de Segore ; Michel  Rutaremara, fils de Kayondo umwega–umwakagara (1943).

 

2°- Nyaruguru

 

La chefferie de Nyaruguru fut commandée dès l’origine par les chefs de Formation guerrière du même nom. Elle comprend la région du Buyenzi qui fut longtemps recouverte en grande partie par la forêt. En 1935, le Buyenzi fut érigé en chefferie séparée. Voici la liste  des Chefs du Nyaruguru : Rwamahe, fils de Cyilima II Rujugira; Senyamudigi, fils de Bideri, umunyiginya-umwaya, nommé par Gahindiro puis dépossédé par lui ; Nyarwaya Nyamutezi, fils de Mbyayingabo, umunyiginya-umusigaye et de Nyiramuhanda, la mère du bébé Rubanzangabo, tué à la place du bébé Yuhi IV Gahindiro par les émissaires du prince Gatarabuhura; Nyantaba, fils du précèdent ; Karama, fils de Birahira, frère de la reine mère Nyirakigeli IV Murorunkwere, umukono; Encore Nyantaba ;  Kinigamazi, fils de Kabatende, umunyiginya-umwaka Shankumba, fils de Nyamurwana, umunyiginya-umwaya ; Muhigirwa, fils de Rwabugili, mort lors du coup d’Etat de Rucunshu; Kampayana, fils de Nyantaba ;  Kayijuka, frère du précédent; Rwamanywa, fils de Mirimo, umwega-umuhenda ;  Joseph Sebagangari, fils de Runanira, umunyiginya-umuhindiro ; Oswald Sendashonga, fils du précédent ;  Michel  Kayihura, fils de J.Berchmans Manzi ; Hormisdas Mbanda, fils de Senyamisange, umunyiginyaumuhindiro (1954-). Il fut le premier chef interné à  la prison de Ruhengeri lors des événements de 1959 et en sorti des années après l’Indépendance du pays.

 

 

3°- Buyenzi

 

Le Buyenzi fut le dernier Territoire conquis sur le Burundi, sous le règne de Cyilima Rujugira.  Jusqu’en 1935, cette région fit partie de la chefferie du Nyaruguru. En 1935 le Buyenzi, dans ses limites actuelles, fut séparé du Nyaruguru et placé sous le commandement du chef Léopold Ruhanamilindi, fils de Sebagangari. Ruhanamilindi fut destitué en 1940. Louis Rwitsibagura, fils de Mushi, umunyiginya-umwaya, lui succéda.

 

4°- Bashumba

 

La région du Bashumba est une marche militaire frontière qui tire son nom de la Formation guerrière Abashumba. Le prince Kimanuka, fils du roi Kigeri III Ndabarasa reçut ce fief de son père. En ce temps-là, le Bashumba était attenant à la forêt. Voici la liste des chefs de cette province qui se succédèrent de père en fils : Kimanuka, Mabano, Ruhezamihigo, Rugagaza, Kabera, Joseph Rutamu qui démissionna en 1946. En 1946, le Bashumba fut  réuni au Nyakare, sous le commandement du chef Elie Gitambaro, fils de Rukara, umunyiginya-umugunga.

 

5°-Nyakare

 

La petite chefferie de Nyakare constituait un fief militaire semblable au Bashumba. Elle fut donnée en dot, par le roi Ruganzu Ndoli, à sa fille Nyirantebe, lors de son mariage avec l’éleveur étranger Buguzi, du clan des Abashingwe du Ndorwa. La suite des chefs du Nyakare est la suivante : Buguzi, du clan des Abashingwe du Ndorwa qui fut remplacé par ses trois descendants : Mpaka, Sebukangaga, Sebushanga ; Après ces 4 chefs de la même famille s’intercale un étranger du nom de Sengorore.

 

Après celui-ci, nous avons de nouveau 3 chefs de la même famille des Abashingwe. Il y a d’abord Kibunda, fils de Sebushanga; Rugimbana, neveu du précédent ;  Rukoba, oncle de Rugimbana. Après ceux-ci, il y eut des chefs issus d’autres familles. Le premier fut Bicundamabano, fils de Mutara II Rwogera ; Munyuzangabo, fils du précèdent; Ntabwoba, fils de Rukoba, de la famille des Abashingwe qui revient; Bigirimana, fils de Birahira, umukono; Kanyangemwe, fils de Mutara II Rwogera ; Sezikeye, fils de Nturo, umunyiginya-umwaka ; Ildefonse Mutembe, fils du précédent (1946). Le Nyakare fut ensuite uni au Bashumba sous le commandement du chef Gitambaro.

 

6°- Ndara

 

Le Ndara fut à diverses époques placé sous le même commandement  que le Buhanga. La chronologie de ses chefs est la suivante : Les 5 premiers sont, de père en fils,  Mukungu, fils de Yuhi III Mazimpaka,  Rwasamanzi, Ringuyeneza, Rukungira et  Karara. Viennent ensuite Ruhingika, fils de Kanyankore et petit-fils de Cyilima II Rujugira; Bigotwa, fils de Rwamiheto; Kaningu; Rwasamanzi, fils de Ntizimira, umwega-umuhenda; Wilfrid Bucyanayandi, fils de Rwidegembya, umwega-umuhenda (1940).

 

7°-Buhanga

 

La province qui porte ce nom du Buhanga est connue depuis Yuhi III Mazimpaka qui la confia à son fils Mukungu. Celui-ci eut pour successeurs immédiats ses 4 descendants que nous venons de voir dans la chefferie du Ndara, à savoir : Rwasamanzi, Linguyeneza, Rukungira, Karara. Après ces 5 princes, la province fut commandée par les chefs suivants : Ngoronka, Ndangamyambi, fils du précédent ;  Nyamwasa, fils de Kibindi, umunyiginya-umwaya ;

 

Mbanzabugabo, surnommé Bigotwa, fils de Rwamiheto, umuhutu, grand guerrier du Bugarura, fut promu à la dignité de chef par Kigeli IV Rwabugili ; Rugerinyange, fils de Nkoronko, celui-ci fils de Yuhi IV Gahindiro ; Senyamambara, fils du précédent ; Léopold Kayondo, fils de Mbanzabigwi, umwega-umwakagara ; Kimonyo, fils du précédent ; Justin Gashugi, fils de Muyogoro, umushambo (1938).

 

8°-Mvejuru

 

Cette province fut mise sous le commandement de la milice Invejuru par Kigeli III Ndabarasa après sa séparation avec la milice Abakemba. Elle fut confiée  au chef  Byavu, fils de Buhura, umwega-umuhenda, lorsqu’il lui accorda la main de sa propre fille, Nyiraburo. C’est en ce moment-là que cette milice Invejuru donna son nom à la province qui le porta et qui occupa la zone frontière Sud-Est du Rwanda. Il mourut en guerre au  Burundi dans l’expédition dite ku-Muharuro;  Il eut pour successeur son fils Nyarwaya-Urutesi ; Rubanzangabo succéda à son père Nyarwaya ; Rutezi, fils de Mitali, père de la nouvelle reine mère Nyirakigeli IV Murorunkwere; Mbonyuwontuma, fils de Murengezi, celui-ci, fils de Kiyange, une servante de la Cour, qui fut tuée à la place de la reine mère Nyirayuhi IV Nyiratunga, dans l’affaire de Gatarabuhura qui voulait tuer le bébé –monarque, Yuhi IV Gahindiro ; Rubibi, fils de Kayiru ;  Biyenzi, fils de Rubilima, umwega-umwavu ; Mushikazi, fils de Runigamugabo, de Rugereka, umwega-umuhenda ; Cyitatire, fils adoptif de Kigeli IV Rwabugili,  fils naturel de Bicundamabano, celui-ci, fils de Mutara II Rwogera. Cyitatire mourut foudroyé à Butare en 1929 ; Aloys Semutwa, fils et successeur du précédent ; François Rusagara, fils de Nyagasaza, umunyiginya-umuhindiro (1940-).

 

 

9°- Busanza-Sud

 

Cette chefferie couvre une partie de l’ancienne province du Busanza très connue comme fief du prince Binama, fils de Yuhi II Gahima. Il y fut remplacé par son fils  Mugombwa. Longtemps plus tard,  nous la trouvons dirigée par le prince Rwamahe, fils de Cyilima II Rujugira. Après celui-ci, s’y succèdent les chefs suivants : Senyamudigi, fils de Bideri, umunyiginya-umwaya ; Nyantaba, fils de Nyarwaya-Nyamutezi, umunyiginya-umusiyaye ; Giharamagara, fils de Rwakagara, umwega ; Karama, fils de Birahira, umukono,  frère de la reine mère Nyirakigeli IV Murorunkwere;  Kinigamazi,  fils de Kabatende, umunyiginya-umwaka ; Shankumba, fils de Nyamurwana, umunyiginya-umwaya ; Mugabwambere, fils de Nyamutera, umutsobe ; Mbanzabigwi, fils de Rwakagara, umwega ; Léopold Kayondo, fils et successeur du précédent ; François Nzaramba, fils de Rutamu, umuzigaba (1936-).     

 

  1. Les Principaux Evénements

 

1900

La fondation de la Mission de Save.

 

1901

Le Dr Kandt s’installe à la colline Mutunda au Busanza-Sud.

 

1910

La fondation de la Mission de Kansi.

 

1912

La fondation du Petit Séminaire de Kansi par le Père Knoll.

 

1916

Les Troupes belges entrent en Territoire de Nyanza venant d’Astrida. Le 3ème bataillon loge à Save.

 

1917

La fondation d’un poste militaire à Rango, prés d’Astrida.

1925

La fondation du Poste d’Astrida.

 

1927

L’installation de la Station Agronomique de Rubona au Busanza.

 

1928

La fondation de la Mission d’Astrida.

 

1929

La première rencontre du roi Musinga et du roi Mwambutsa IV Bangiricenge à Butare.

 

1923

Comme dit plus haut à propos de la création du Territoire de Nyanza, le Busanza-Sud est séparé du Busanza-Nord.

Celui-ci fait partie du territoire de Nyanza et eut pour premier chef Léopold Kayondo.

 

1931

La construction de l’hôpital C.M.S de Kigeme au Bufundu.

 

1934

La fondation de la Mission de Kibeho au Nyaruguru.

 

1935

La fondation du Grand Séminaire de Nyakibanda au Nyaruguru.

 

1938

– La fondation de la Mission de Mugombwa au Buhanga-Ndara.

– La construction  du Tribunal de Riba et à Nyagisozi au Bashumba-Nyakare.

 

1940

– La construction du Dispensaire médical de  Coko au Nyaruguru.

 

1943

– La création du centre commercial de Kirehe au Bufundu.

– La création de la cité indigène de Ngoma.

1945

– La fondation de la Mission de Nyumba au Nyaruguru.

– La fondation de la Mission de Gisagara au Buhanga-Ndara

 

1947

La construction du Tribunal de Gisagara au Buhanga-Ndara.

 

1948

La création du Centre de négoce de Ndago au Nyaruguru.

 

1950

– Le Jubilé de cinquante ans de l’Eglise Catholique du Rwanda à Astrida.

– La première visite officielle au Rwanda de Mgr Sigismondi, deuxième Délégué

Apostolique après Mgr Dellepiane.

– La construction du Tribunal à Munini au Buyenzi.

 

1951

– Le commencement des travaux de construction du centre épiscopale de Kigembe au  Mvejuru.

 

1952

– La construction du pont de l’Akavuguto entre Cyahinda au Bashumba et Ruko au Nyaruguru.

– La construction du dispensaire médical de Nyamagabe au Bufundu.

– La création du centre de négoce de Ruhashya au Busanza.

 

 

  1. CYANGUGU

 

  1. L’Historique

 

Avant sa conquête par le roi Ruganzu II Ndoli (1510-1543), la région du Kinyaga était occupée par des peuples venus du Burundi et de la cote ouest du lac Kivu, dans l’actuelle Congo démocratique. Ils étaient gouvernés par des roitelets nommés Abahinza. C’est sous le règne de Kigeli III Ndabarasa (1708-1741), que le Kinyaga fut administré complètement par l’autorité centrale du Rwanda. La région fut divisée en deux provinces, l’Impara dirigé par Rwanteli, chef de l’armée Impara qui a donné le nom à cette province et le Biru, dirigé par Rukoro, chef de l’Armée Abiru qui a donné le nom à cette province. Le Kinyaga fut visité et occupé par les Belges avant l’évacuation des Allemands. Le lieutenant Sandrart arriva au Kinyaga en 1896 et construisit son camp à Shangi. Il y battit  les troupes du roi  Mibambwe IV Rutarindwa, commandées par le chef Bisangwa, qui y fut tué. En 1897, les Belges s’installèrent à Nyamasheke. Vers 1901, la Commission des Nations Unies pour la délimitation des frontières entre le Congo belge et le Rwanda, séjourna à Mubumbano mais ses travaux ne furent finalisés qu’en 1910. Le lac Kivu et la Rusizi furent choisis comme la frontière des Colonies belges et allemandes. Les Belges continuèrent à résider à Cyangugu, en tant que position de protestation, tandis que les Allemands s’occupaient de l’Administration générale du pays.

 

Vers 1912, les Belges quittèrent le pays pour y revenir en mai 1916. Sous l’administration allemande, l’occupation de la région du Kinyaga fut superficielle. L’administration  du pays était laissée aux mains du Roi.  Au cours de la dernière guerre mondiale,  les Allemands enrôlèrent des Tutsi dans leur armée. Ceux-ci voyant leurs maîtres battre en retraite, désertèrent, sur l’ordre de leur commandant Rwagataraka et vinrent se ranger aux côtés des nouveaux arrivants. Le poste européen fut construit dans la presqu’île de Cyangugu en 1916. En 1930, le chef-lieu fut déplacé de  Kamembe pour revenir à Cyangugu le 19 novembre 1934.

 

  1. Les Chefferies

 

1°- Impara

 

La chefferie du Mpara, nous venons de le dire, eut pour premier chef, Rwanteli, fils de Biragara, celui-ci, fils de Makara,  umwega, qui commanda la chefferie sous Kigeli III Ndabarasa et mourut de vieillesse encore en fonction ; Sekadegede, fils du précédant  mort sous le règne du même Kigeli III Nbabarasa ; Serutabura, fils de Mureganshuro, celui-ci fils de Yuhi III Mazimpaka, reçut le commandement de Kigeli III Ndabarasa et fut dépossédé par le fils de celui-ci : Mibambwe III Sentabyo ; Mpuga fut nommé et déposé par Mibambwe III Sentabyo ; Serutabura revient au pouvoir sous Mibambwe Sentabyo ; Mashaza, fils de Yuhi IV Gahindiro fut nommé par celui-ci et dégommé par son fils Mutara II Rwogera ; Nyamwesa, fils de Mutara Rwogera est déposé par son frère Rwabugili, puis réfugié au Burundi et à son retour du pays eut les yeux crevés sous les ordres de la reine mère Nyirakigeli IV Murorunkwere ; Nzirumbanje, fils de Mitari, umukono, frère de la reine mère Nyirakigeli IV Murorunkwere, fut nommé et tué par Kigeli IV Rwabugili ; Rwakageyo, umunyiginya, fut nommé et tué par Kigeli IV Rwabugili ;

 

 

Ntizimira,  fils de Musuhuke, umwega-umuhenda, fut nommé et tué par Kigeli IV Rwabugili ; Rwabigwi, fils de Mukuyangando, umuha, fut nommé et tué par Kigeli IV Rwabugili ; Rwidegembya, fils de Cyigenza, umwega-umwakagara ; Léon Rwagataraka, fils du précédent ; Joseph Bideli, fils de Kanyemera, umunyiginya-umuhindiro, nommé en février 1942.

 

2°- Cyesha 

 

Le région de Cyesha fut détachée de d’Impara pour devenir une chefferie indépendante en 1935. Elle fut gouvernée successivement par les chefs suivants : Sylvestre Munyakayanza,  fils de Mushikazi, umwega-umwavu ; Ntaganda, fils de Rwagataraka, umwega ; Ambroise Gakoko, fils de Shamurenzi, umunyiginya-umunana.

 

3°-Bukunzi

 

Depuis Kigeli III Ndabarasa, la région du Bukunzi fut détachée de la chefferie de l’Impara pour devenir un royaume de Pluviateurs jusqu’à sa création comme chefferie confié à Léon Rwagataraka, fils de Rwidegembya, umwega. Celui-ci y fut représenté par François  Kigwira, fils Kamanzi,  umugesera,  ensuite par Népomucène Kanuni, fils de Bishavu, umusinga, jusqu’en 1942, date du regroupement du Bukunzi-Busozo-Bugarama en une seule chefferie.

 

4°-Busozo

 

Depuis le règne de Ruganzu II Ndoli, le Busozo fut un royaume satellite du Rwanda jusqu’à sa création comme chefferie sous l’autorité de Rwagataraka. Il eut pour successeur le chef Rukoro, fils de Gisazi, umushambo, en 1928.

 

Celui-ci fut remplacé par Jean Chrysostome Bagirishya, fils de Muhamyanjunga, umushambo, jusqu’à la constitution de la chefferie du Bukunzi-Busozo-Bugarama en février 1942.

 

5°- Bugarama

 

Bugarama est la plaine qui s’étend au sud de la région du Kinyaga et touche la région du Burundi nommée Cibitoke. Elle eut pour premier chef Ruboneka, un pasteur burundais  qui s’était  réfugié au Rwanda avec ses nombreux troupeaux de vaches sous le règne de Kigeli IV Rwabugili. Ruboneka eut pour successeurs les chefs suivants : Rwabishugi, un burundais lui aussi; Rwabirinda, fils de Mutara II Rwogera, dirigea cette chefferie par ses représentants jusqu’en 1942; Etienne Gitefana, fils de Nyamwasa, umunyiginya-umwaya jusqu’ en 1949 ;  Michel Rwiyamirira, fils de Basomingera, umucyaba.

 

6°- Biru

 

Sous le règne du roi Kigeli III Ndabarasa, Rukoro, fils de Ngaruyinka, umunyiginya-umukobwa. Avec ses guerriers Abiru, il s’empara de cette chefferie. Il fut remplacé successivement par les chefs suivants : Nyarindi, frère du précédent, sous Yuhi IV Gahindiro ; Rubuga, fils de Senyamisange, umutsobe ; Rwata, fils de Buhake, umuha, sous le règne de Kigeli IV Rwabugili ; Rubuga, fils de Senyamisange, revient au pouvoir sous le règne de Rwabugili ; Nyamuhenda, fils de Kajeje, umutsobe, sous le règne de Yuhi V Musinga ; Rubago, fils de Nyamashara, petit fils de Yuhi IV Gahindiro ;  Birasinyeri, fils Serutabura, arrière petit-fils de Yuhi III Mazimpaka ; Ntumwa, umushi ; Léonidas Biniga, fils de Rwampfizi, umwega-umuhanya, investi en 1931. En 1937,  le Biru-Nord et le Biru-Sud furent réunis sous l’autorité de ce même Biniga.

 

  1. Les principaux événements

 

1897-1898

Les Belges séjournent un an à Nyamasheke. Rwabirinda, chef de l’Impara s’installe à Butambara.

 

1899

-La fondation du poste administratif allemand de Shangi.

-Le séjour du Dr. Kandt (Kanayoge) à Shangi.

1902

Le séjour à Mubumbano de la Commission belge de délimitation.

 

1903

La fondation de la Mission catholique  de Mibirizi.

1905

Le chef Rwidegembya reçoit du roi  Yuhi V Musinga la chefferie Impara à la place de Rwabilinda destitué.

 

1908

Mugenzi, chef du Bugarama est exécuté à Nyanza.

 

1912

Léon Rwagataraka devient chef de l’Impara à la place de son père Rwidegembya.

 

1916

Les Belges occupent le Rwanda en chassant les Allemands et fixent  leur camp à Shangi. Le poste de l’administration coloniale fut construit dans la presqu’île de Cyangugu.

 

1903-1923

La mort de Ndagano : un faiseur de pluie du Bukunzi.

 

1904 -1925

L’occupation militaire du Bukunzi par les troupes belges.

 

1925 -1926

L’occupation militaire du Busozo par les troupes belges.

 

1926

La fondation de la Mission catholique de Nyamasheke.

 

1930

Le chef-lieu du Territoire est déplacé à Kamembe.

 

1931

Le roi Musinga est relégué à Kamembe.

 

1933

La reine-mère Nyirayuhi V Kanjogera meurt à Kamembe.

 

1935

-Le chef –lieu du Territoire est réinstallé à Cyangugu.

– La construction du dispensaire médical de Cyangugu.

1936

L’ouverture des mines d’or de Nyungwe.

 

1937

La construction d’un pont sur la Ruzizi.

 

1940

La fondation de la Mission catholique de Shangi.

-Le roi Musinga est relégué à Moba sur le lac Kivu, dans l’actuelle Congo Démocratique.

 

1941

– Le début des Travaux de construction de la route Cyangugu-

Butare.

 

 

– La mort du grand chef Rwagataraka.

 

1942

– La fondation de la Mission Libre Méthodiste de Kibogora.

 

1944

La fondation de la Mission catholique de Mwezi.

 

1952

La construction d’un pont sur la Ruzizi à Bugarama.

 

1953

L’inauguration de la route Cyanguyu- Butare à travers la forêt de Nyungwe.

 

  1. KIBUYE

 

  1. L’Historique

 

Le territoire de Kibuye est constitué par les versants Est et Ouest de la chaîne Congo-Nil. Le Bwishaza, le Rusenyi et l’Itabire s’étendent des bords du lac Kivu à la ligne de partage des eaux de la crête Congo-Nil. Le Nyantango et le Budaha sont deux massifs montagneux situés sur le versant Est de cette crête qui se prolongent jusqu’à la Nyabarongo. Les chefferies du Territoire de Kibuye, qui furent réunis pour la facilité de l’Administration, n’ont pas d’histoire commune. L’historique de chacune d’elles sera exposé séparément.La principale piste d’accès du cœur du Rwanda vers le Kivu traverse d’Est en Ouest le Territoire de Kibuye. Historiquement, le col de Rugabano, situé à la limite du Nyantango, du Budaha et du Bwishaza, a toujours constitué la principale passe pour les voyageurs et les expéditions franchissant la crête Congo- Nil.

 

Sur le versant du Kivu, cette piste aboutit à Rubengera et se prolonge jusqu’à Musaho au bout du Kivu, à l’embouchure de la Muregeya. Sur le versant Est, elle descend le long de la Mashyiga, passe la Nyabarongo au pied de Kirinda et se dirige vers Nyanza. Le roi Rwabugili l’emprunta à plusieurs reprises lors de ses expéditions au Kivu. C’est à Bugonde, baie voisine de Musaho, que s’embarqua l’Armée qui s’empara de l’île d’Ijwi. L’Administration allemande comprit très tôt l’importance de cette voie de communication et plus particulièrement, le Docteur Kandt qui, avant d’être à Kigali, explora la région et y séjourna au bord de la Mashyiga et au pied de Nzaratsi. En 1915-1916 Rubengera hébergea quelque temps une Garnison sous le commandement de Wintgens. Cette Troupe se replia à Nyanza par le col de Rugabano. Les Troupes belges occupèrent Rubengera de 1916-1925. Cette Mission protestante de Rubengera servait également de poste territorial et militaire. Les sous-officiers Douce, Erdekens, Matton, le lieutenant Keyser, les Agents Territoriaux Phillipar Back et Montenez, s’y succédèrent. C’est en 1925 que M. Montenez, à qui on avait demandé de libérer définitivement les terrains de la mission, choisit l’emplacement de Musaho pour y fixer le poste de l’Administration du Territoire. L’emplacement de Musaho, suffisant pour jouer le rôle d’embarcadère de la région de Rubengera, se révéla rapidement beaucoup trop étroit pour l’installation d’un poste territorial. En 1928, l’Administrateur Fiolle, à la recherche d’un emplacement en bordure du  Lac, trouva la baie de Kibuye  et décida d’y transporter le poste.

 

 

 

 

 

 

 

  1. Les chefferies

 

1°- Bwishaza

 

Sous le règne du roi  Kigeli IV Rwabugili, le Bwishaza englobait le Rusenyi et l’Itabire. Avant l’organisation politique que Rwabugili instaura, le pays était commandé par de petits chefs Hutu nommés Abahinza (guhinza /guhindisha = tonner, faire tomber la pluie). Quelques groupes de pasteurs Tutsi vivaient dans les herbages de la haute montagne et du bord du lac en marge des groupements d’agriculteurs. Vers 1879, le roi Kigeli IV Rwabugili, au retour de l’expédition de Butembo, décida de créer un fief  avec une résidence à Rubengera. Alors que l’armée se trouvait à Muremo, au Gishari, dans l’actuelle Congo Démocratique, Rwabugili  donna cet apanage de Rubengera à deux chefs : le commandement du sol à Bisangwa et celui de l’herbe à Ntizimira. Les Territoires rattachés à la résidence de Rubengera englobaient le Rusenyi-Itabire,  le Bwishaza,  le Kanage et le Bugoyi. La servante Nyirancurucumbe fut chargée de l’entretien de ce Palais royal. Le chef Ntizimira tomba en disgrâce quelques années plus tard.

 

Apprenant que Rwabugili envoyait une expédition conduite par Bigwabishinze pour le saisir, il s’échappa en pirogue de Murama, sa résidence, et débarqua à la côte du Cyesha où il fut rejoint dans la forêt de cette région par les gens de Bigwabishinze, qui le tuèrent. Contrairement aux autres chefferies vues jusqu’ici, le Bwishaza est dirigé concomitamment par deux chefs, celui des pâturages = Umutware w’umukenke et celui des cultures = Umutware w’ubutaka. Voici la chronologie des chefs des pâturages : Ntizimira, fils de Musuhuke, umwega-umuhenda ;  Cyigenza, fils de Rwakagara, umwega ; Rwidegembya,  fils du précédent. Quant aux chefs des cultures, voici leur chronologie : Bisangwa, fils de Rugombituri ; Bushaku, fils de Rutambuka, descendant de Cyilima II Rujugira ; Ildephonse Mureganshuro, fils de Rwabagira, umunyiginya-umuhabanyi ; Basomingera, fils de Ndongozi, umucyaba. Au 1er juin 1931, Raphaël Serukenyikware, fils Mushyo, umusinga-umucumbi, assuma les deux commandements des cultures et des pâturages ; Jean Népomucène Seruvumba, fils du précédent.

 

2°-Rusenyi-Itabire

 

Avant le règne du roi  Rwabugili, l’organisation politique du Rusenyi-Itabire reposait sur la formation de l’Armée Abazimya, créée sous le règne de Yuhi IV Gahindiro, Armée composée de cultivateurs et d’éleveurs. Rugagi, fils de Rutabana, umwega, frère de Nyiratunga, mère de Gahindiro, fut le premier chef de Rusenyi-Itabire et Commandant de la Milice Abazimya. Celui-ci laissa sa terre et sa Milice à son fils Nyandekwe ; Gihinira, fils du précédent. Entre temps Rwabugili avait installé sa résidence à Rubengera. A cette résidence de Rubengera furent rattaché les deux chefferies de Rubengera et de Rusenyi-Itabire. Rwidegembya, fils de Cyigenza, reçut le commandement unifié de Rubengera-Rusenyi-Itabire. En 1927, Rwidegembya eut pour successeurs deux chefs : Ndakebuka, son petit-fils et fils de Rwagataraka, pour le commandement de l’herbe et  Basomingera, fils de Ndongozi, umucyaba, pour la terre. En 1929, les deux commandements de l’herbe et de la terre furent réunis sous le commandement d’un seul chef : Ndakebuka.  En 1940, celui-ci fut remplacé par le chef Projet Fundi, fils de Rwagataraka.

 

 

 

 

3° -Nyantango

 

Le Nyantango est une région dont nous avons peu d’informations. Le Document de référence dont nous tirons ces informations manque une page sur ce passage. Le peu qui reste manque fatalement la succession des événements. Voici ce qui nous en reste.  Le Nyantango est une  petite chefferie, coupée du côté Est par la Nyabarongo et entourée sur ses autres côtés par une couronne de montagnes. Il a vécu jusqu’ à la fin du 19ème siècle à l’écart de l’influence centralisatrice des rois du Rwanda. Les principaux souvenirs historiques de la région sont attachés au passage des Armées rwandaises qui, par la voie de pénétration du Nyantango, gagnaient le Kivu pour y mener des guerres de conquête.

 

L’histoire de cette région, que nous connaissons avec précision, commence sous le règne de Musinga. C’est en 1909 que la localité de Nzaratsi de Nyantango fut confiée par ce monarque au chef  Rutindamateme. Cette nomination consacra l’autorité royale sur cette région. En 1928, le chef Ndakebuka succéda à Rutindamateme, ajoutant ainsi ce commandement à celui de Rusenyi-Itabire. Au mois d’août 1937, Projet Fundi, fils de Léon Rwagataraka, remplaça le chef Ndakebuka à tête de Nyanyango. Mais ce Ndakebuka garda sa chefferie de Rusenyi-Itabire. Le 17 juin 1940, le chef Déogratias Muterahejuru, fils de Ruzige, umunyiginya-umugunga, remplaça le chef Fundi au Nyantango. Cependant, ce chef Fundi alla remplacer Ndakebuka à la chefferie de Rusenyi-Itabire. La situation de ces deux chefferies resta dans cet état jusqu’à l’avènement de la République.

 

4°- Budaha

 

Les premiers habitants  cultivateurs de cette région appartenaient  aux clans des Abagesera. Jomo, fut d’après la tradition, le premier chef de la région. Ce clan d’Abagesera y trouva celui des Abazigaba qui, tous les deux, s’y établirent en coupant la forêt en bordure de la Nyabarongo. Les membres du clan des Ababanda les y rejoignirent sous la direction de leur chef Ngombo.  L’installation de ces trois clans dans cette région, semble avoir eu lieu sous le règne de Mibambwe II Gisanura (1609-1642). Les familles des éleveurs, qui s’y établirent furent celles du clan Abega sous le règne de Cyilima II Rujugira (1675-1708).  Leurs troupeaux pâturaient dans les endroits défrichés principalement aux bords de la Nyabarongo où ils s’approprièrent des domaines pastoraux =  Ibikingi. L’Histoire du Budaha se confond avec celle de la formation des Milices Abadaha et Abatanyagwa dont les membres appartenaient exclusivement aux familles des cultivateurs.

 

Le monarque Cyilima Rujugira donna le commandement du Budaha à sa fille Mitunga avec son mari, le chef Rugege.  Rugege fut le premier chef tutsi du Budaha. La généalogie des chefs du Budaha révèle une exceptionnelle continuité. Rugege, fils de Semuhima, umwega-umuhenda, après avoir créé la Milice Abadaha, mourut tôt après son mariage avec Mitunga. Il fut remplacé par 6 chefs de la même descendance. Ils se succédèrent dans l’ordre suivant : Rugege ; son frère Mashyendegeri ; Ruhubira, fils du précédent ; Mparaye,  fils du précédent ; Milimo, fils du précédent ;  Rwamanywa, fils du précédent ; Seruhuga, frère du précédent ; Charles Rubayiza, fils de Gihinira, umwega-umugagi.

 

 

 

 

  1. Les principaux événements

 

1906

La fondation de la Mission Protestante de Kirinda par le pasteur Johansen, ethnographe, docteur en théologie honoris causa de l’ Université de Munster et son collaborateur E. Van der Heyden.

 

1908

La fondation de la Mission Protestante de Rubengera par le pasteur Rohl linguiste, auteur d’une Grammaire en langue Shambala et traducteur des Evangiles en Kinyarwanda et en Kiswahili.

 

1913

Un bateau à moteur est monté à Musaho par l’Assistant-missionnaire Giese.

 

1914

Un Détachement allemand s’empare de l’île Ijwi. Les Administrateurs belges Flament et Manet sont faits prisonniers.

 

1916

-Les Troupes belges s’emparent du Rwanda.

-Le Pasteur Johensen, restait à la Mission de Kirinda, est fait prisonnier par les Belges.

 

1916-1925

-Rubengera sert de poste d’occupation à l’Administration belge par l’installation d’un camp militaire qui y est installé.

– Le Pasteur Durand, de la Mission Protestante Belge, occupe le Mission de Rubengera.

 

1925

– L’arrivée du prince Léopold à Musaho où il est reçu par le Résident Géorges Mortehan et l’Administrateur Montenez. Le Prince part ensuite à cheval à la rencontre de Musinga à Nyabitare au Marangara. De là, il se rend à Kabgayi et se rembarque à Musaho.

 

1934

La fondation de la Mission catholique de Mubuga par le Révérend Père Deneweth

 

1935

– La fondation de la Mission Adventiste de Ngoma par Monsieur Matter.

 

1936

Le Territoire de Kibuye est supprimé.

 

1942

– L’ouverture du Centre Commercial de Rugabano.

 

 

 

 

 

VII. GISENYI

 

  1. L’Historique

 

Le Territoire de Gisenyi est composé de deux régions naturelles : La première est le Bugoyi-Kanage qui, limité au Nord par le Bwishaza, s’étend jusqu’à la crête Congo-Nil et aux volcans. La deuxième est le Kingogo-Bushiru, un massif montagneux qui constitue un tronçon de la chaîne Congo-Nil et de ses contreforts. Ces 4 régions essentiellement peuplées de paysans cultivateurs vivaient, à l’arrivée des Européens, sous un régime de protectorat du gouvernement central du pays. Les régions les moins accessibles du Kingogo et du Bushiru avaient même conservé une quasi autonomie. Le rôle des Allemands se borna à occuper militairement le Territoire de Gisenyi. Ce fut l’Administration Belge qui imposa un cadre de représentants politiques Tutsi dans ce Territoire. L’installation des Allemands à Gisenyi remonterait à 1901-1902, sous forme d’une occupation passagère de la région par un sergent et quelques soldats, mais qui devint permanente vers

 

Le petit poste militaire qui tint garnison à Gisenyi avait reçu un Corps de police, suite à une entente verbale, au cours d’une rencontre au Sud du Lac, entre deux officiers; le Belge Van Eck et l’Allemand Von Bethe. Par la suite, afin de défendre ses droits devant la politique d’empiétement de sa voisine, la Belgique fut amenée à la fondation de poste de Goma à ¾  d’heures à peine de Gisenyi, sur les bords du Lac Kivu également. Une Commission de délimitation, ayant à sa tête, de part et d’autre, le Capitaine Von Grawert et le Commandant Mercier, avait en effet mais sans aucun succès, essayé de déterminer les droits respectifs des deux Puissances.

 

Ce but ne fut atteint qu’en 1912 par une seconde commission belgo- allemande, conduite par le major Schlobage et le Commandant Bastin, Gendarme cartographe. La frontière entre l’Etat indépendant du Congo et l’Afrique Orientale Allemande était fixée par une ligne théorique qui joignait l’extrémité du lac Tanganyika à l’embouchure de la Rusizi, à l’intersection du méridien 30’ et du parallèle 1° 20’. Le tiers Ouest du Rwanda, se trouvait ainsi théoriquement rattaché à l’Etat indépendant du Congo. La Commission belge de 1904-1905, voulant fixer ses frontières sur le terrain, se heurta à l’opposition des Allemands qui avaient pris pied dans le pays. La fondation des postes belges de Cyangugu, Kamembe, Goma ainsi que l’occupation passagère du lac Karago et du Rwankeri, revêtirent un caractère pacifique, puisque les Allemands conservèrent l’Administration des régions contestées.

 

Un accord de principe, intervenu préalablement entre les parties de la Commission de délimitation, fixait les règles de base des travaux.

 

1°- Le respect de la  différence des ethnies, des affinités de langues et des mœurs des populations.

 

2°- La conformité aussi complète que possible entre les limites à établir et les frontières  naturelles ou physiques.

3°- Le maintien au Territoire du Congo d’un port au Nord du Lac Kivu, permettant des relations directes par eau entre l’Ituri-Bukavu-Uvira. 

 

   En pratique, cette délimitation eut pour conséquence de mettre au Congo le centre de Goma ainsi que les chefferies rwandaises de Bwishya et de Jomba en prenant le Mont Hehu comme frontière. Les volcans actifs Nyamuragira et Nyiragongo passèrent définitivement au Congo Belge.

 

 

La possession de l’île Ijwi donna lieu à la contestation entre Allemands pour le Rwanda et Belges pour le Congo. Les Allemands la revendiquaient en présentant deux arguments.  Le premier consistait à rappeler que l’île Ijwi faisait partie du royaume du Rwanda. Le second consistait à rappeler également que la langue et l’origine de ses habitants sont rwandaises. Malheureusement pour eux, la Commission Belge n’était pas sans savoir que le Docteur Kandt, dans son livre Caput Nil qui avait fait sensation à l’époque de sa publication, se montrait très affirmatif au sujet de la race et de la langue des habitants d’Ijwi qui étaient celles des Abanyabungo. La tradition rwandaise contredit cette affirmation de Kandt en affirmant que l’île Ijwi fut conquise par le monarque rwandais Ruganzu II Ndoli au 15ème siècle.  Elle fut cependant rattachée à l’administration rwandaise sous le règne de Kigeli IV Rwabugili. Malheureusement, les Allemands, ignorant cette tradition rwandaise acceptèrent cette argumentation des Belges pour rattacher définitivement l’île au Congo. Les Allemands conservèrent donc seulement la petite île Iwawa. L’accord de 1912 fixa définitivement la frontière entre le Rwanda et le Kivu. Il faut noter ici les informations contenues dans le livre d’Alexis Kagame, intitulé Un abrégé de l’Ethno-Histoire, selon lesquelles la tradition rwandaise affirme à propos des conquêtes du roi Kigeli II Nyamuheshera. Les armés de Kigeli II Nyamuheshera « traversèrent la Rusizi, au sud du Bunyabungo, et soumirent le Bishugi. Les Chefs de cette région furent cependant laissés en place et furent simplement obligés de reconnaître, par tribus annuels, la suzeraineté du Rwanda. Complétant les conquêtes de son grand-père, au-delà des volcans, Kigeli II conquit le Kamuronsi, le Gishari, et la zone appelée Tongo : région de Masisi. Il avait atteint la forêt considérée par nos ancêtres comme la limite du monde habité. Ce fut à l’époque de ces expéditions que le Buhunde et le Buzi à la rive Nord-occidentale du lac Kivu furent nominalement annexés, leurs roitelets devant reconnaître la suzeraineté du Rwanda par les tributs en principe annuels.

 

En réalité cependant, ces régions ne faisaient que sporadiquement honneur à leurs engagements et, au cours des générations suivantes, elles furent l’objet de maintes expéditions dites punitives. Se tournant vers le Nord, Kigeli II soumit les régions autour du lac Rwicanzige (Edouard) et il fixa définitivement la limite du Rwanda à l’escarpement de Kabasha. Au-delà de cette localité commençait la zone du Gitara, patrie de Ryangombe, et il était tabou pour les Rwandais d’aller plus loin que ce rocher dit de Kabasha » (E.H.p.119). Terminons cette citation en rappelant que c’est cette Commission coloniale de délimitation qui constitue, comme une bombe de retardement, la nature des problèmes actuels en 2008 concernant l’identité des populations de ces anciens Rwandais se trouvant actuellement sur le territoire du Congo Démocratique actuel. Beaucoup ignorent que ces habitants ne sont pas des immigrants mais des natifs séparés de leur pays d’origine, le Rwanda, par cette délimitation coloniale de 1912. Ils sont sur la terre de leurs ancêtres, ils en parlent la langue, et doivent être respectés dans leur nouvelle nationalité devenue congolaise.

 

A la fin de ce livre, nous signalons la situation géographique de ces régions, anciennement rwandaises et aujourd’hui  congolaises, par deux Cartes. La première indique les limites du Rwanda sous le règne de Kigeli II Nyamuheshera. La seconde montre ces limites après le découpage colonial de 1912, limites arbitraires et contraires aux règles énoncées ci-dessus que les acteurs de la Délimitation avaient prétendu observer. En 1915, les Troupes belges occupèrent la colline Rubavu, au Bugoyi, située à deux kilomètres à peine au Nord de Gisenyi. Les Allemands s’étaient retranchés sur un massif, faisant face par le Sud aux positions belges, sur les monts Nengo, Nkama et Kinigi. C’est là que le Capitaine Wintgens, commandant du groupe, avait établi son quartier principal. Après plusieurs combats meurtriers, la situation devint inquiétante pour les Troupes allemandes qui, pour éviter l’encerclement, se décidèrent à la retraite et quittèrent assez précipitamment le Bugoyi vers mars-avril 1916.

 

En 1921, l’Administrateur Hemeleers fondait Kabaya, poste dépendant de Ruhengeri. Kabaya fut successivement poste-adjoint, poste d’occupation, territoire indépendant, et enfin poste dépendant du Territoire de Gisenyi. On trouvera plus loin la liste des Européens qui y commandèrent.

 

  1. Les chefferies

 

 1°- Bugoyi

 

L’histoire et la légende rapportent que les premiers habitants de cette région furent les cultivateurs du clan Abasinga, dont le chef de famille fut Mugwabiro. Le chef Macumu obtint du roi Cyilima Rujugira le commandement de la région. De très nombreux clans et lignages, dit A. Pages, dans son livre Un royaume hamite au centre de l’Afrique, 1957, vinrent coloniser ensuite la plaine fertile du Bugoyi. La plupart n’obtinrent cette autorisation que contre paiement d’un tribut aux Abagwabiro. Certains clans qui réclamaient le privilège d’être sujets directs du roi du Rwanda étaient dispensés de ce tribut. Quoi qu’il en soit Macumu et ses descendants furent les véritables chefs politiques de la région. Le règne de Rwabugili marqua un progrès décisif dans la centralisation des institutions du royaume aux dépens des autonomies locales. Les premiers Tutsi qui passent pour s’être installés au Bugoyi sont les Abashara, descendants de Rushara, fils de Yuhi III Mazimpaka. Les familles tutsi qui s’établirent plus tard aux Bugoyi, sont loin de pouvoir se prévaloir d’une aussi noble ascendance. Il s’agit des Tutsi de familles modestes, qu’ y envoya le chef Bushaku, fils de Rutambuka, descendant de Cyilima II Rujugira. Certains devinrent riches et purent maintenir leurs possessions de pères en fils. Le temps consacra cette situation  et leur en conféra le titre de propriété. La plaine de laves en bordures des volcans, les plateaux de Bigogwe, les lisières de la forêt du Rwankeri, du Bushiru, et Kingogo, sont depuis des siècles, l’habitat des éleveurs des clans Abakono et Abanyiginya.

 

Le clan des Abakono avait pour chef, en 1950, Antoine Gashango, fils de Mbyegeri. Pour le clan des Abanyiginya, du lignage des Abacocori, descendants de Ndahiro Cyamatare, à cette même époque, leur chef était Denys Nzamuye, fils de Mikura. Les anciens rapportent que Mucocori, fils du roi Ndahiro II Cyamatare suite à un différend avec ses frères, avait quitté le Nduga avec sa famille et ses troupeaux. Il avait comme compagnon Bigirimana, du clan des Abakono, qui était un vassal de son père Ndahiro Cyamatare. Les deux familles, depuis cette époque, restèrent unies et vécurent en étroite alliance, prenant femme l’une chez l’autre. Mucocori vécut d’abord à Mukono au  Murera. Il en fut chassé par les habitants et s’enfonça plus avant dans la région des cultivateurs.  Il trouva enfin un refuge dans la forêt qui s’étend au pied des volcans.  Il conclut des alliances avec les clans hutu du voisinage. La situation de ce groupe de Tutsi, isolés au milieu de populations d’agriculteurs frustes et batailleurs, les incita à beaucoup de prudence, de modération, de diplomatie. Ces deux familles tutsi demeurèrent longtemps indépendants de tout lien politique. C’est le  roi Mutara II Rwogera qui les a, finalement, placé sous le commandement du grand chef Rwakagara. Celui-ci les intégra dans sa milice Uruyange.

 

Les Batutsi du Bigogwe appartiennent à ces deux clans d’Abakono et Abanyiginya du lignage Abacocori. Quant aux habitants de Kinunu et des collines de Mukondo et de Vumbi, ils  dépendaient directement de la Couronne. Ajoutons que les chefs de ces trois localités qui étaient des sorciers, avaient reçus ce pouvoir  comme  récompense de leurs bons offices. Avant le règne de Rwabugili, le commandement territorial du Bugoyi avait été exercé par les chefs des clans hutu. Ceux-ci reconnaissaient l’autorité du roi du Rwanda et lui versaient le tribut. Ce tribut guerrier était perçu par les chefs de la formation des Bakemba qui prélevaient leur part et en assuraient l’acheminement vers la Cour royale.

 

Voici la liste chronologique des  grands chefs du Bugoyi : Sharangabo, fils de Cyilima II Rujugira ; Ruzamba, fils de Sharangabo, petit-fils de Kigeli IV Rwabugili ; Nkusi, fils de Yuhi IV Gahindiro ; Kabaka, fils de Kavotwa, descendant de Cyilima II Rujugira ; Rwihimba, fils du précédent ; Rutebuka, fils du précédent ; Ndagiyihangu, frère du précédent ; Buki, fils de Muhabwa,  du clan des Abasinga-Abagahe.  Depuis 1931, le Bugoyi fut divisé en 4 chefferies. 1/ Bigogwe : Gashi, fils de Marembo, umushambo (1927-1938). 2/ Bugoyi-Nord : Augustin Gacu, fils de Gashugi, umugesera-umuzirankende (1930-1936) ; Nyirimbirima, fils de Nshozamihigo, petit-fils de Kigeli IV Rwabugili, (1936-1938) ;  Godefroid Kamuzinzi, fils de Rusagara, umunyiginya-umunana (1938 -1954) ; Michel Kayihura, fils de Jean Berchmans Manzi, umunyiginya-umukobwa (1954). 3/ Bugoyi central : Kanyarubira, umunyiginya (1932-1934) ; Wenceslas Gasherebuka, fils de Segaciro, umugesera-umuzirankende (1934-1938). 4/ Bugoyi-Sud : Pierre-Claver Mukimbiri, fils de Rukangarajoro, umwega-umukongori (1932-1936) ; Denys Mbaraga, fils de Mwikarago, umwega-umwakagara (1936).

 

2°- Kanage

 

Cette petite chefferie, constituée par l’ancienne colline de Gihango du Bwishaza, eut pour titulaires les chefs suivants : Mukimbiri, Pierre-Claver Mukimbiri, fils de Rukangarajoro, umwega-umukongori et Mbaraga Denys Mbaraga, fils de Mwikarago, umwega-umwakagara.

 

3°- Bushiru

 

La tradition rapporte que les premiers défricheurs, qui s’attaquèrent à la forêt couvrant les montagnes du Bushiru, appartenaient au clan des Abagesera commandés par Gasiga. Au Bushiru et au Bwanamwali, les petits chefs politiques et religieux = abahinza, conservèrent la plupart de leurs attributions jusqu’à la colonisation belge. Cette région est un model de l’organisation sociale des régions habitées exclusivement par des populations de cultivateurs. La tradition nous  a renseigné sur la personnalité de ces fameux Abahinza. Le terme  umuhinza  vient du verbe guhinza devenu guhindisha (imvura) = faire tonner la pluie. Les Abahinza  avaient droit à ifuro c’est-à-dire une prestation de miel, de bière et des produits de la terre. Ils exerçaient un pouvoir judiciaire, administratif et guerrier. Ils étaient considérés comme des Faiseurs de pluies (Abavubyi) et des Protecteurs de récoltes contre les insectes dévastateurs (Abahoryo). Auparavant, ces Abahinza étaient totalement indépendants du roi du Rwanda, mais dans la suite, ils lui furent assujettis. Les récalcitrants furent chassés ou tués et les soumis acceptèrent l’autorité de la Cour du Rwanda. Les relations entre les Abahinza et les rois du Rwanda restèrent toutefois assez lâches. Les Abahinza possédaient leurs tambours dynastiques. A la mort d’un umuhinza, ses obsèques ressemblaient à celles des monarques rwandais. Voici la généalogie des Abahinza du Bushiru-Bwanamwali :  

 

-Bushiru : Gasiga Ngwabije, umugesera ; Kibogora I Syirambere ; Nyamakwa I Mudende; Nyarwanga Ngumije; Sangano Burondwe ; Nyamakwa II Bweramunda ; Nyamakwa III Nditunze, décédé en 1938.

 

-Bwanamwali : Muhima I Gicuki, originaire du Bunyabungo ; Mbonyumugenzi I Ndabarinzi ;  Matare Nsekuye ; Kabanga Byandagara ; Muhima II Ndaziboneye ; Nyarujogo I Mbonyuwontuma ; Mbonyumugenzi II Rwamucyo ; Nyabujogo II Semabumba ou Rukaburacumu, décédé en 1933. Après le décès de ce dernier umuhinza, la Colonisation imposa la structure des chefferies communes à tout le pays.

 

Après les tentatives infructueuses  pour imposer Biganda et son fils, de la famille des Abaskete, la Colonisation et la Cour du Rwanda imposèrent de force le premier chef tutsi,  en la personne de François Nyangezi en 1925. Celui-ci était fils  de Nyamugusha, du clan des Abaha.

 

4°- Kingogo 

 

Cette chefferie qui continue la région de haute altitude du Bushiru, connut également l’organisation des Abahinza. Mais la région étant plus ouverte et d’accès plus aisé, les Tutsi la soumirent assez tôt à un régime de protectorat. Le Kingogo est renommé pour la performance de ses forgerons, qui transmettaient leur art de père en fils. Ceux-ci seraient originaires du Buberuka. Cette chefferie du Kingogo est célèbre par deux événements d’une importance considérable pour l’histoire du Rwanda. Le premier fut la mort de Ndahiro Cyamatare, tué par les armés du Bunyabungo avec la collaboration de celle du roi local du Bugara sur la colline de Gitarama dans le plateau du Ruganda. Le deuxième événement fut la visite du Compte von Gotzen, le premier représentant de la puissance coloniale au roi Kigeli IV Rwabugili, à sa résidence de Kageyo, en date du 30.5.1894. Voici la liste des titulaires successifs de la chefferie du Kingogo : Ndabukiye, hutu ; Semisuniko, hutu ; Seruteganya, fils de Kivura. Ce personnage, chef sous le règne de Mutara Rwogera, et grand fonctionnaire de la Cour sous le règne suivant,  fut tristement célèbre dans le conflit qui opposa Kigeli IV Rwabugili contre  sa mère, Nyirakigeri IV Murorunkwere. Celle-ci a été accusée faussement d’être enceintée par ce Seruteganya; Rutishereka, fils de Sentama, umunyiginya-umwenegitore ; Ruhinankiko, fils de Rwakagara, umwega ; Rwangampuhwe, fils de Nkangura, umukono ;  Nyiriminega, fils de Rukesha, umwega-umukiza ; Ruvuzandekwe, fils du précédent ;  Willibrord Rwamuningi, fils du précédent.

 

 

  1. Les principaux événements

 

1901

La fondation de la Mission catholique de Nyundo au Bugoyi.

 

1912

La fondation de la Mission catholique de Murunda au Kanage.

 

1914

La fondation de la Mission catholique de Rambura au Bushiru.

 

1916

La bataille de Gisenyi. Le premier régiment de la Brigade Nord des Troupes belges force le détachement allemand commandé par le capitaine Wintgens à battre en retraite.

 

1917

La famine de Rumanura

 

1918

L’épidémie de variole = ubushita, au Bugoyi.

 

1920

L’épidémie de variole = ubushita, au Kanage.

 

1922

L’épidémie de méningite cérébro-spinale =  mugiga,  au Kanage.

 

1926

L’ouverture des exploitations minières de la minétain à Gatumba au Kingogo.

 

1928

La création du dispensaire médical de Gisenyi.

 

1931

– La fondation de la Mission protestante de la Church Missionary Society (CMS) de Shyira au Bushiru.

 

1933

La création d’un dispensaire médical de Kabaya au Bushiru.

 

1944

– L’épidémie de dysenterie bacillaire = macinya.

– La peste bovine = muryamo, suite à un mauvais vaccin.

 

1945

L’épidémie de variole = ibihara.

 

1948

– La fondation d’un hôpital à Muhororo au Kingogo.

– La création de l’évêché de Nyundo, confié au premier évêque rwandais,  au Bugoyi.

 

 

 

 

 

 

VIII. RUHENGERI 

 

  1. L’Historique

 

Le Territoire de Ruhengeri est composé de deux régions de haute altitude, habitées par une population presque exclusivement de cultivateurs, à savoir le Murera et le Rwankeri. Le groupe d’éleveurs des clans des Abanyiginya- Abacocori et du clan des Abakono, fut le premier à s’installer dans cette région à la fin du 16ème siècle. C’est à la fin du 18ème siècle, que les éleveurs du clan des Abanyiginya Abatsobe franchirent la Nyabarongo et se rendirent maîtres de la région du Bukonya.  Le roi Kigeli IV Rwabugili fit construire ses résidences à Kigarama, à Rugeshi et à Mabungo au Bufumbira, d’où il lança ses campagnes vers le Ndorwa et l’Ankole.

 

Il installa dans ces résidences ses femmes Nyambibi et Nyiranshongore, son fils Nyindo, sa fille Berabose, et affermit le commandement direct sur ces régions par son fils le chef Nshozamihigo et le chef  Buki.  L’année 1911 fut marquée par la présence de la mission de délimitation des frontières entre l’Uganda et le Rwanda.

 

Le 21 novembre 1903, les Pères Classe, Dufays et le frère Hermenegilde, des Pères Blancs, fondèrent la Paroisse de Rwaza. Leurs premières constructions en herbes et en pisé furent incendiées par la population avoisinante. Après l’incendie des constructions en herbes, on commença à construire en briques, mais il fallut avoir les fusils à portée de la main sur les échafaudages. La nuit, l’un ou l’autre Missionnaire montait la garde prêt à repousser toute attaque. Les vols et les tentatives de vols furent, pour ainsi dire, quotidiens. Le premier avril 1910, le Père Loupias fut assassiné à Gahunga, à proximité de la Mission de Rwaza, par Rukara. Dans l’opinion des Pères de la Mission de Rwaza, Rukara tua le Père Loupias parce qu’il croyait que celui ci était venu à Gahunga, dans le but de l’arrêter pour le  livrer au roi Yuhi V Musinga qui le considérait comme un rebelle. Après le meurtre du Père Loupias, les Allemands firent une expédition militaire à Gahunga, tuant habitants et incendiant quelques maisons, mais Rukara parvint à se réfugier au Bufumbira. Par après, il rejoignit Ndungutse dans le Buberuka, et fit partie de sa bande de révoltés. Mais Ndungutse, tenait à ménager les Allemands et les Missionnaires et voulait montrer qu’il était en révolte contre le roi Musinga et non contre les Européens. Ainsi fit-il livrer Rukara aux Allemands. Celui-ci fut pendu à Ruhengeri. Le Twa Basebya, fidèle à Mibambwe IV Rutarindwa, contestait toujours la légalité du roi Yuhi V Musinga. Il avait pris comme prétexte l’assassinat de son maître Rukara pour se révolter lui aussi contre Musinga.

 

Basebya envahit le Buberuka et massacra tous ceux qui ne se soumettaient pas à son autorité. Il y eut un combat sérieux à la colline Mwerere entre, d’un coté, les Twa et les Hutu fidèles à Basebya et, de l’autre coté, les Tutsi commandés par le chef Ruhararamanzi, fils de Ruvuzandekwe, umwega-umukiza. Basebya dut prendre la fuite et se réfugia dans la forêt du Ndorwa. Ruhararamanzi, au lieu de faire occuper le pays par ses gens, alla au Nduga faire sa Cour au roi Musinga et lui présenter le bétail razzié au Buberuka. Basebya en profita pour sortir de sa retraite et recommencer ses pillages au Buberuka. Les Hutu, désireux de vivre en paix, firent leur soumission à Basebya, espérant ainsi échapper au pillage de leurs biens. Il fallut trois expéditions armées pour venir à bout des bandes de Basebya, auxquelles se joignirent plus tard les partisans de Ndungutse. D’après le témoignage du chef Rwubusisi, fils de Rwakagara, umwega,  qui dirigea deux de ces opérations, le Twa Basebya terrorisa la région de Buberuka et réussi à échapper à ces guerriers. A la fin, Basebya reconnut l’autorité du prétendant successeur de Mibambwe IV Rutarindwa, en la personne de Ndungutse. Il mit à sa disposition ses bandes pour leur combat commun. Le roi Musinga alarmé, demanda l’intervention des Allemands. Le Lieutenant Gudowius prit le commandement de l’opération, assisté par le chef Rwubusisi.

 

Celui-ci, disposait d’une importante armée qui comprenait les Milices : Uruyange, Imbanzamihigo, Ingangurarugo, Abakemba. Rwubusisi réussit à introduire auprès de Basebya, Bigenimana et Rusingizandekwe, frères du chef Mafene, lesquels se mêlèrent aux partisans de Ndungutse qui s’étaient attachés à la fortune de ce Twa.

 

Lorsque Rwubusisi apprit de ses espions que Basebya et Ndungutse séjournaient à la colline Ngoma au Buberuka, il avertit, le Lieutenant Gudowius qui était à Kigali. Celui-ci, en deux étapes de nuit, parvint à Ngoma où il cerna le logement des rebelles.

 

Gudowius lui-même abattit de son propre revolver un Tutsi qui tentait de fuir. Son cadavre fut identifié à celui de Ndungutse. Plus tard, il fut connu que le vrai Ndungutse avait réussi à s’échapper et avait gagné l’Uganda où les autorités britanniques l’avait interné. Encore que certains objectent que le vrai Ndungutse était bel et bien celui qui était tué. Toujours est il que deux autres individus prétendirent répondre au nom de l’authentique Ndungutse. Le plus connu fut Ndungutse Semaraso, qui se disait être fils du roi Kigeli IV Rwabugili et de son épouse Nyiragahumuza. Plus tard, cet individu fomenta une rébellion au Ndorwa de Byumba en 1928.

 

Le Lieutenant Gudowius, sur les instances de Musinga, se rendit alors au Murera, au Kibari et au Bugarura pour y mater les habitants. Les guerriers du chef Rwubusisi demeurèrent à Rusarabuye au Kibali. C’est alors que Mihayo, représentant de Rwidegembya au Buberuka-Est, avertit le chef Rwubusisi que le Hutu Nyemera, lieutenant de Basebya était disposé à trahir celui-ci. Rwubusisi chargea Nyemera de circonvenir Basebya en lui faisant croire que le Roi voulait lui faire cadeau de vaches et de l’élever au rang de ses serviteurs. Rwubusisi, en temps que chef des Ibijabura, demanda que Basebya et ses hommes viennent le saluer. Basebya fit répondre à Rwubusisi qu’il acceptait de le rencontrer à Kabona dans la forêt. Il posait comme conditions que Rwubusisi ne devait se faire accompagner que de trois Tutsi, lui-même viendrait avec trente Twa. Il demandait encore qu’on lui apportât de la bière et une grande quantité d’arcs et de flèches ainsi que les vaches, cadeau du roi.  Les pourparlers en étaient là lorsque le Lieutenant Gudowius revint à la tête d’un important cheptel de vaches qu’il avait enlevé aux habitants des régions visitées.

 

Rwubusisi alla dans sa rencontre à Kivuruga. Gudowius fut satisfait de l’initiative de Rwubisisi et mit à sa disposition quatre militaires armés de fusils. Rwubusisi établit alors son camp à la colline Ngoma pour inspirer confiance à Basebya et renvoya la plupart de ses troupes.

 

Au jour fixé, il forma sa caravane qui comprenait trois Tutsi conduisant les vaches, quatre Hutu portant la bière, les arcs et les flèches, cadeaux destinés à Basebya. Les quatre soldats, dissimulant les fusils sous leurs vêtements, portaient des cruches vides sur leurs têtes. Le groupe s’engagea dans la forêt et atteignit la clairière du rendez-vous de Kabona. Basebya arriva peu après, entouré d’un groupe de ses hommes. Il fit tout d’abord montre de la plus grande circonspection. Et pendant que Rwubusisi faisait servir de la bière, il se tenait à l’écart à quelques mètres de lui, entouré de ses gens. Ce fut le fils de Basebya, qui le premier, vint s’asseoir au milieu des Tutsi. Rwubusisi présenta alors à Basebya les vaches qu’il lui avait amenées et lui remit les arcs et les flèches ainsi que deux pièces d’étoffes. La distribution de la bière continua et les Twa se mêlèrent aux étrangers. Les quatre soldats demeuraient en arrière. Rwubusisi demanda alors à Basebya d’écarter ses gens, car il désirait lui communiquer en tête à tête le message du roi. Basebya qui avait déjà absorbé une grande quantité de bière forte, mélange de miel et de sorgho, y consentit. Rwabusisi blâma alors Basebya pour avoir cesser de faire la cour au roi et l’invita à reprendre le chemin de la Capitale, ce que Basebya refusa. Pendant ce temps, Rwubusisi observait la progression des soldats qui, se glissant de buisson en buisson, vinrent se tapir à proximité, tenant en joue le groupe de Twa. Lorsqu’il vit qu’un des askaris était parvenu à quelques mètres derrière lui, Rwubusisi se jeta sur Basebya et lui immobilisa les bras, pendant que le soldat lui passait les menottes. Les autres soldats ouvrirent le feu, tuant plusieurs Twa et les autres prirent la fuite. Rwubusisi aurait voulu ramener Basebya enchaîné à Nyanza pour le livrer au roi, mais le Lieutenant Gudowius déclara qu’il devait être châtié sur les lieux mêmes de ses méfaits. Le 12 mai 1912, à la colline Kajwi au Kibari, Basebya fut lié à un arbre les yeux bandés et fusillé.  Son corps est laissé sur place. Les Hutu des environs, dont les parents avaient été massacrés par les Twa, le dépecèrent pour en offrir les morceaux aux esprits de leurs morts.

 

  1. Les chefferies

 

1°- Murera

 

La région naturelle que les indigènes désignent sous le nom du Murera est beaucoup plus vaste que la chefferie actuelle de ce nom. Elle comprend : le Bushiru, le Rwankeri, le Bufumbira, le Murera actuel, le Kivuruga, le Buberuka Ouest, le Bugarura, le Ndorwa et le Bukamba. A la fin du 16ème siècle, le groupe Tutsi des Abanyiginya – Abacocori et des Abakono, dont il a été question dans la partie générale de l’historique, s’établit à Ruhondo. Plus tard il gagna les abords des volcans et de la grande forêt. Il n’exerça aucune influence politique sur la région. Il envoya le tribut de soumission guerrière au roi quelques taurillons et les herbes qui servaient au tannage des peaux dont s’habillaient alors le roi et les chefs. Sous le règne de Gahindiro, milieu du 18ème siècle, la pénétration tutsi fut esquissée. Le grand chef Rugaju reçut le Murera en fief. Qui était ce Rujagu ? D’après Alexis Kagame (E.H., p. 182-183), il était fils de Mutimbo, de Senkunda, de Kagubwa, du clan des Abasinga-Abagahe, venus au Rwanda sous le règne de Kigeli II Nyamuheshera. Il obtint l’obéissance d’un certain nombre de chefs de clans, qu’il força à payer le tribut royal. A la mort de Yuhi IV Gahindiro, Rugaju qui, d’après l’opinion populaire, était devenu si puissant, porta ombrage au nouveau roi, qui l’accusait d’avoir empoisonné son père et le fit tuer.

 

Le roi    Mutara II  Rwogera céda le fief du Murera à son oncle Rwakagara. Celui-ci ne vint jamais au Murera. Il nomma son vassal Sekaryongo comme son représentant à la tête de cet immense domaine. Mais les Hutu refusèrent de se soumettre aux Tutsi. Le roi Rwogera envoya alors au Murera une expédition militaire commandé par son fils Rwabika, qui mit le Murera à sac et ramena au Nduga le bétail razzié.

 

 

Après cette opération, Sekaryongo reprit son commandement. Ce fut le premier Tutsi qui réussit à soumettre les clans du plateau central du Murera et du Bukamba au paiement d’un tribut composé de taurillons et de cruches de miel. Sekaryongo engroba les habitants du Murera dans la formation  de la Milice Imvuzarubango, qui sont un sous groupe de la grande Milice Uruyange du clan des Abega. A la mort de Rwakagara, son fils Nyamushanja lui succéda. Celui-ci, non plus, ne résida pas en Territoire de Ruhengeri et il confirma Sekaryongo dans ses fonctions.

 

Jusqu’au règne de Rwabugili, la région demeura sous le régime de protectorat militaire. Rwabugili s’installa sérieusement dans la chefferie du Murera, d’où il lança ses opérations guerrières contre le Ndorwa-Ankole. Il destitua Nyamushanja et Sekaryongo et construisit sa résidence à Kigarama. Les clans hutu de la région furent matés et soumis au tribut foncier et à la corvée. L’emprise des Tutsi s’affirma surtout dans la région de l’actuelle chefferie du Murera et du Bukamba. Le hutu Muhozi fut chargé de constructions de la résidence royale de Kigarama tandis que le tutsi Bigwabishinze fut nommé responsable de la rentrée des prestations vivrières = ikoro et de la garde du bétail. Nyambibi, la femme du roi, habitait à Rugeshi, la colline voisine de Kigarama. Pendant une des absences de Rwabigili, alors en guerre contre les Abanyabungo du Kivu, les Hutu de Kirehe et de Bugarura se révoltèrent. Nyambibi ordonna leur répression par le chef  tutsi Mushakamba. A son retour, Rwabugili fit mettre à mort Bigwabishinze et sa famille et destitua le hutu Muhozi. Il rendait ainsi ces deux chefs responsables de la révolte des habitants qu’ils commandaient auparavant. Il confia le commandement à Rukaburacumu en remplacement de Nshozamihigo, son fils qu’il avait eu avec sa femme Nyambibi. Devenu majeur, Nshozamihigo assuma lui-même la direction du Murera.

 

 

Il fixa son domicile près de celui de sa mère Nyambibi, à Rugeshi et un autre au Bukamba. Nshozamihigo se retira vers 1910, son fils Nyirimbirima lui succéda. Après beaucoup de mésententes avec le roi Yuhi V Musinga, celui-ci se réfugia en Uganda et fut remplacé par le chef Gakwavu. Celui-ci s’installa provisoirement à Gashunga où se trouvait le poste administratif. A son arrivée au Murera, Gakwavu laissa les sous-chefs dans les commandements qu’ils détenaient avant la fuite de Nyirimbirima. Il se contenta de déplacer ceux qui s’étaient enfuis avec ce dernier. Gakwavu était loin de posséder le prestige et l’autorité de Nyirimbirima et surtout de Nshozamihigo, père de celui-ci. En 1931, au moment de l’organisation des chefferies et du remaniement qui s’en suivit, Gakwavu se vit enlever tout ses commandements et il ne lui resta que la chefferie du Murera. Par contre, par ses qualités d’honnêteté et de douceur, par ses allures un peu distantes de grand seigneur, Gakwavu parvint petit à petit à acquérir le respect si pas l’obéissance des habitants du Murera.

 

Voici la liste chronologiques des chefs : Rugaju, fils de Mutimbo, umusinga – umugahe ;  Rwakagara, fils de Gaga, umwega ; Nyamushanja, fils du précédent ;  Nshozamihigo, fils de Kigeli IV Rwabugili ; Nyirimbirima, fils du précédent ; Gakwavu, fils de Gacinya, umunyiginya-umuhindiro ; Crépin Kamari, fils du précédent, chef depuis 1940.

 

2°- Bukamba – Ndorwa

 

Le Bukamba fit partie du Murera jusqu’en 1931 et n’a pas d’histoire propre. Par contre le Ndorwa qui lui est superposé, a une histoire propre et spéciale. Cette histoire vient du culte de Nyabingi, pratiqué dans cette région. La secte de Nyabingi est venue dans cette contrée à  partir du Bufumbira sous le règne de Rwogera.

 

Il fut introduit par une femme nommée Rutagirakijune surnommée Kanzarira ou Biheko. Cette femme s’était installée à la colline Musana au Ndorwa. Elle prétendait être envoyée par Imana qui parlait par sa bouche. Les habitants allaient la consulter pour lui demander une guérison, une naissance, la puissance et la force, pour les débarrasser de leurs ennemis ou les protéger contre ceux-ci. La prophétesse, cachée derrière un paravent, prétendait entrer en communication avec l’esprit de Nyabingi et dictait aux visiteurs ses conseils, ses ordres et ses honoraires. Pour gagner la faveur de l’esprit, les habitants lui faisaient don de vivres, de petit et gros bétail et même de jeunes filles qui devenaient les servantes de Nyabingi. L’importance politique de cette prophétesse devenant trop gênante, elle fut tuée sous les ordres de Rwabugili. Elle fut remplacé par son fils Gatondwe, par son petit fils Ruhara et même par son arrière petit fils Mafene. Celui-ci fut accusé auprès des Allemands de se livrer à des exactions envers des habitants et fut exécuté. Le premier chef tutsi connu au Ndorwa est Buki, fils de Muhabwa, umusingaumugahe.  Il reçut de Rwogera le commandement du Bufumbira et du Ndorwa. Par contre, il ne réussit pas à imposer son autorité sur la population hutu et à lui faire payer le tribut royal. Rwabugili destitua Buki.

 

Kigeli IV Rwabugili fit du Bufumbira une base militaire pour ses campagnes contre le royaume du  Ndorwa. Il fixa son domicile à Mabungo, dans l’actuel district de Kigezi. Il confia ce domicile et ses domaines à son fils Nyindo et à sa fille Berabose. Kabare eu la responsabilité du commandement sur cet apanage en s’y faisant représenté par Nyirinkwaya et ensuite par Muvunandinda. Sous le règne de Musinga, Nyindo exerça en personne le commandement de son fief. Après l’occupation allemande, la Mission de délimitation des frontières du Rwanda, Uganda, Congo Belge, détacha la chefferie du Bufumbira du Rwanda et l’incorpora à l’Uganda. Le chef Nyindo qui commandait le Ndorwa et le Bufumbira continua à résider au Bufumbira et pendant plusieurs années le Ndorwa de Ruhengeri resta sans chef effectif.

 

Nyindo continua cependant à fournir l’ikoro du Bufumbira à la Cour du Rwanda malgré la défense formelle des autorités anglaises. C’étaient d’ailleurs les chefs de clan eux-mêmes qui allaient le lui porter en cachette, les habitants du Bufumbira ne tenant aucun compte de l’accord entre les autorités européennes, Anglo-Allemandes, et continuaient à se considérer comme des sujets du roi du Rwanda. Cependant, en 1917, les autorités britanniques finirent par reléguer Nyindo à Mbarara où il finit ses jours. En 1937, le Ndorwa fut réuni au Bukamba sous le commandement de Rubangura, de Bisamaza ensuite. Voici la liste chronologique des chefs : Buki, fils de Muhabwa, umusinga-umugahe ; Nyindo, fils de Kigeli IV Rwabugili ; Quintilin Kamuzinzi, fils de Ndekezi, umutsobe ; Rubangura, fils de Ruhashyampunzi ; Quintilin Bisamaza, fils de Mukama, umunyiginya-umuhindiro.

 

3°- Buberuka 

 

Le Buberuka est un pays de hautes montagnes, coupé de marais souvent infranchissables en saison des pluies. Le caractère des habitants est à l’image de l’âpreté du pays. La région naturelle du Buberuka est actuellement divisée entre les chefferies de ce nom du Territoire de Ruhengeri et de Byumba. Le Buberuka de Ruhengeri fut longtemps divisé en deux massifs géographiques, séparés dans le sens Nord-Sud par la rivière Nyamushanza de sa source à son embouchure dans le lac Burera. La partie ouest du Buberuka, ainsi scindé, fut dirigée par les chefs de la résidence royale de Kigarama et du Murera. La partie est demeura pratiquement indépendante jusqu’au règne du roi  Rwabugili. Il y existait néanmoins une corporation de forgerons nommée  Abavugusi. Ils forgeaient des houes connues sous le nom d’Amaberuka. Ce groupement fut fondé par Hozi,  sous le règne du roi  Cyilima I Rugwe aux environs du 14ème siècle. Longtemps plus tard, un chef de ce groupe, nommé Mubumbyi, fut élevé au rang des chefs.

 

 

Celui-ci reçut le commandement de la Milice Abagina et le gratifia du commandement d’un grand nombre de collines du Buberuka. Mubumbyi fut tué aux côtés de son maître Mibambwe IV Rutarindwa. Son fils Rusangiza ne conserva que le massif de Mushongi au Buberuka de Byumba où se trouvait le centre de leur métier de forge.

 

Sous le règne du roi Yuhi V Musinga, le grand chef Rwidegembya, fils de Rwakagara,  commandait au Buberuka-Est la formation de la Milice Abaruru et celle des Twa dit Ibijabura, tandis que Rukangirashyamba, était le collecteur des prestations vivrières = Amakoro pour la Cour Royale.

 

 En 1924, Gashamura, qui avait succédé à son père Rukangirashyamba, fut destitué. Kayitakibwa, son neveu, lui succéda. Celui-ci fut assassiné en 1931 par un de ses sujets, le hutu Gahinyuza. Le chef Murego, fils de Ruhanga, umunyiginya-umucocori, fut ensuite investi du commandement de la chefferie du Buberuka-Est à la place de Rwidegembya. Voici la liste chronologique des chefs : La partie Ouest fut gouverné par les chefs suivants : Nshozamihigo, fils de Kigeli IV Rwabugili ; Nyimbirima, fils du précédent ; Gakwavu, fils de Gacinya, umunyiginya-umuhindiro. La partie Est fut gouverné par les chefs suivants : Rukangirashyamba, fils Kanyamuhungu, umutsobe ; Gashamura, fils du précédent ; Kayitakibwa, neveu du précédent ; Murego, umunyiginya.

 

4°- Kibali

 

La tradition rapporte que le premier Tutsi qui s’est fixé au Kibali est Kagurano, qui, sous le règne du roi Mutara II Rwogera, vint au Buberuka, à la recherche de pâturages pour son bétail. Il s’installa avec ses serviteurs à la colline de Mataba sur des terres vacantes que les hutu lui avaient cédées.

 

 

A l’avènement de Rwabugiri, Rutishereka, fils de Sentama, umunyiginya-umwenegitore,  commandait la formation des Abashakamba. Celui-ci s’efforça sans  grand succès de lever le tribut royal sur le Kibari. Il perdit bientôt la faveur du Roi et fut remplacé par Kabare, qui se fit représenter sur place par Sembaraga, dont la principale mission fut de lever le tribut en vivres, miel, bétail, bière au profit de la résidence royale de Kigarama, et de recruter les porteurs pour les expéditions militaires contre l’Ankole. A la même époque, Sharangabo, fils de Rwabugili, commandait au Kibari une formation militaire de hutu appelé Abaseso. Mais l’autorité des chefs tutsi ne put s’imposer de façon effective sur le Kibari, à l’exception du massif de Mataba. Cette région demeura pratiquement indépendante sous le règne de Rwabugili. Après la mort de Kabare, le roi Musinga, confia le commandement de la colline Mataba à un de ses serviteurs, le Hutu Ruvuzabigembe. Il crut probablement en agissant de la sorte, éveiller moins facilement la méfiance des habitants du Kibali. Dès que les autorités allemandes s’établirent, le roi Musinga profita de leur présence et de l’appui possible de leur force armée, pour ordonner à Ruvuzabigembe d’étendre son influence sur toute la chefferie du Kibali, et d’exiger des habitants le paiement des prestations vivrières. Ruvuzabigembe ne réussit qu’à moitié à exécuter des ordres du Roi et mourut peu après. Il fut remplacé par son fils Gahutu, qui, lui non plus, ne parvint pas à s’imposer et fut destitué quelques mois plus tard. Sa succession échut à Banungu, un autre Hutu, serviteur de Musinga, mais originaire du Nduga. Musinga destitua  ensuite Banungu et le remplaça par un autre Hutu Mushenyi  qui mourut peu après. L’autorité de ces représentants ne porta que sur la partie ouest et centrale de l’actuel Kibali, tandis que le Mwiru Mwijuka, hutu lui aussi, commandait le massif de Kabuye. A Kabuye existait une source d’eau, réputée rendre productives les abeilles. Ce fief religieux appartenait à une famille de devins depuis les temps les plus anciens.

 

A la mort de Mushenyi, le roi Musinga désigna le Tutsi Munyakigeri pour le remplacer. Plus tard, la partie est de Kibali, comprenant les collines Munini, Mataba, Tandagara, Munyinya et Duhunga, fut érigée en fief indépendant au profit du tutsi Burengero. Munyakigeri conservait le Kibari central depuis la rivière Kabarashira jusqu’à la Kinoni et son affluent, la Musange. Gashamura obtint le commandement sur le massif de Kabuye. Lorsque les Belges prirent en mains l’administration du pays, Munyakigeri et son représentant Rucamihigo étaient rentrés au Buliza et Burengero avait rejoint le Nduga. Le Kibali n’était plus commandé que par deux autorités : Gashamura, auquel succéda en 1925 son neveu Kayitakibwa, qui était titulaire du massif-nord, et Senyakazana qui dirigeait le reste au nom de son frère Serukenyinkware. Senyakazana s’était fait suivre d’un grand nombre de ses serviteurs venus du Buriza, du Marangara, du Mayaga et du Nduga. C’était un chef énergique et intègre. Il commença par partager les collines de sa chefferie entre ses vassaux. Si tous n’étaient pas des gens de valeur, du moins le commandement fut-il assuré d’une manière plus effective et le Kibari eut une occupation tutsi plus solide. Un peu plus tard, les gens de Gako, appartenant presque tous à la famille des Abaseso, tentèrent de se révolter et de se libérer de leur chef de famille Sekanyambo. Senyakazana s’en plaignit à M. Borgers, Administrateur Territorial de Ruhengeli.  Celui-ci, avec ce chef, mena une opération à Gako, infligea une leçon salutaire, non seulement aux Abaseso mais aussi aux autres habitants du Kibari qui suivaient l’exemple des Abaseso. En fait, ce fut M. Borgers, aidé de Senyakazana, qui fut le premier à faire régner un peu d’ordre et de discipline au Kibari. En 1924, le chef Senyakazana, fils de Mushyo, umusinga-umucumbi, reçut le commandement de la chefferie du Buhoma et abandonna celui du Kibari, à son neveu Karima, fils de Serukenyinkware, qui en 1931, à la mort de Kayitakibwa, commanda tout le Kibari. En 1938, le Buberuka fut joint au Kibari sous le commandement du même chef.

 

Le Kibali fut administré selon l’antique système qui sur le même territoire distinguait le commandement sur la population Hutu (umutware w’ubutaka) et celui sur la population Tutsi (umutware w’umukenke). La population hutu eut pour chefs les suivants : Ruvuzabigembe, Gahutu, Banungu, Mushenyi. La population tutsi fut regroupée en trois zones : le Kibali-ouest eut pour chef Burengero. Le Kibali central eut le chef Munyakigeli. Le Kibari est eut le chef Gashamura, fils de Rukangirashyamba, umutsobe. Par après, cette zone fut regroupé en deux zones seulement : la zone est garda son chef Gashamura qui fut remplacé par son neveu Kayitakibwa. Tandis que la zone centrale et ouest redevint une seule entité administrative sous l’autorité du chef Raphaël Serukenyinkware, fils de Mushyo, umusinga-umucumbi. Après la mort de Kayitakibwa, qui commandait le Kibali, Epaphrodite Kalima, fils de Serukenyinkware, le remplaça sur cette chefferie du Kibali. Il lui ajouta celle du Buberuka à partir de 1938 en remplacement du chef Godfroid Kamuzinzi, fils de Rusagara, umunyiginyaumunana, muté pour le Territoire de Gisenyi.   

 

5°- Bukonya

 

    Le premier Tutsi qui aurait pénétré au Bukonya serait Rusimbi, fils de Bwaca, umutsobe, qui venait de Ndiza à la recherche de pâturages pour son bétail. Il s’installa de l’autre côté de la Nyabarongo. Rusimbi était parvenu à se faire reconnaître par les Hutu de la région. Il  demanda au roi Cyilima II Rujugira de lui accorder le commandement de la partie du Bukonya qu’il occupait.  Le roi Rujugira lui ayant donné satisfaction, Rusimbi ne se contenta bientôt plus des pâturages, mais voulut augmenter son bétail en faisant des prélèvements sur les troupeaux des Hutu. Dans l’intension de faire sa cour au roi, il voulut également  imposer aux habitants le paiement d’un tribut de cruches de miel. Les Hutu refusèrent de s’exécuter, puis se révoltèrent.

 

Le hutu Nsoro de la famille des Abanyanguzo, habitant Gatonde, se mit à leur tête pour mener campagne contre les Tutsi. Rusimbi demanda l’appui du roi Rujugira. La troupe des Pages royaux contourna le Bukonya et voulut y pénétrer par le Murera et le Bugarura. Pendant ce temps, des  bandes de guerriers, venus du Ndiza et du Nduga, pénétrèrent au Bukonya en traversant la Nyabarongo et le Kibali. Les habitants du Bukonya ne purent pas résister et tous ceux qui ne parvinrent pas à s’enfuir furent massacrés. Les Tutsi profitèrent de cette pénétration en force, et s’installèrent définitivement au Bukonya qui resta commandé par Rusimbi. Rubona, son fils, lui succéda et fut élevé au rang de chef par le roi Cyilima Rujugira. Le chef Rubona organisa une puissante Milice guerrière nommée Abadahemuka, Milice héritée de son père, à partir des éléments de ses nombreux fiefs du Kibari, du Mutara, du Bunyambiriri, du Bufundu et du Nyaruguru. Rubona fut le Lieutenant de Gihana, fils du roi Cyilima II Rujugira au cours de sa campagne contre le Burundi. Il mourut martyr pour le Rwanda dans ce pays à la suite de son maître Gihana. Son fils Rwambari lui succéda sous le règne de Yuhi IV Gahindiro. Celui-ci fut également martyr pour son pays au Ndorwa. Il eut pour successeur son fils Semuzigura. Le roi Mutara II Rwogera lui enleva un groupe de collines au Sud du Bukonya et les confia au notable du nom de Mupfumu.  Kigeli IV Rwabugili détacha la partie ouest et centrale de cette chefferie qui fut englobée dans l’apanage de Kigarama pour le bénéfice de son fils Nshozamihigo. Semuzigura eut pour successeur son fils Ruvuzacyuma. A la mort de celui-ci, le morcellement s’accentua encore. Les 3 fils de Ruvuzacyuma, à savoir Micoco, Njyanjyari, Ngaboyisonga, se partagèrent son fief. Son 4ème fils, Rukikanshuro, reprenait le commandement de trois collines que son père commandait pour Nshozamihigo. En 1923, Gahima qui commandait le Massif de Mbogo au Bugarura-nord-est pour le compte de son frère Munyuzangabo, reçut  la direction d’une partie importante du Bukonya et du Kivuruga, dont Gakwavu était chef.

 

 

Le Bukonya sud continua à dépendre de Rwihandagaza, également représentant de Gakwavu. Macari, le 5ème fils de Ruvuzacyuma ainsi que ses frères Njyanjyari et Micoco, dépendirent de Gakwavu pour certaines de leurs collines et reçurent d’autres directement du roi Musinga. En 1931, le Bukonya fut unifié sous le commandement de Gahima. En 1936, le chef Gahima se tua à Gatonde dans un accident d’auto. Le chef Canisius Bisalinkumi, fils de Mpamarugamba, umunyiginya-umuhindiro, lui succéda.

 

6°- Buhoma

  

Les débuts de l’histoire de cette chefferie nous sont mal connus. Une des raisons de cette méconnaissance est le fait que notre Document de référence principale a perdu la page qui nous en informait. Les habitants de cette région ont mis du temps à accepter le pouvoir central du Rwanda ainsi que celui des Autorités allemandes. D’après la liste des chefs qui nous a été communiquée, les premiers chefs de cette région furent les descendants du célèbre Buskete, un Twa anobli par le roi Cyilima II Rujugira. Le dernier représentant de cette lignée fut le chef Biganda. Celui-ci fut remplacé, en 1931, par le chef Senyakazana, du clan des Abasinga. En1938, son fils Jean Népomuscène Rwaburindi prit sa succession.

 

Voici la liste chronologique des chefs du Buhoma. Les six premiers connus se succèdent de père en fils dans l’ordre suivant : Buskete, Semakamba, Rugira, Gatabirora, Rwamahungu, Biganda. A ces chefs de la famille des Abaskete, succèdent deux du clan des Abasinga : Senyakazana puis son fils Jean Népomuscène Rwaburindi.    

 

 

7°- Rwankeri 

 

   Rwankeri n’a pas d’histoire propre. De tout temps, il a fait partie du Murera.

 

C’est à partir  de 1931 que le Rwankeri connut une réorganisation qui la mit sous l’autorité de ses chefs propres que voici : Le premier fut Sebatwa ; le second fut Georges Gasasira, fils de Gacuraguzi, umusinga-umucumbi. En 1939, le Rwankeri fut réuni au Buhoma-Buhanga sous l’autorité de Jean Népomuscène Rwaburindi, fils de Senyakazana, umusinga-umucumbi.

 

8°- Bugarura

 

    Jusqu’au milieu du 19ème siècle le Bugarura fut intégré dans la région naturelle du Murera et obéit aux mêmes chefs. Cette petite chefferie était divisée  en trois groupements de collines : le Bugarura nord-ouest, comprenant les collines Rwaza, Kiganda, Sayo, Jomba, Bushoko, Muramba et Kamisave, était commandé par les chefs du Murera à savoir : Nyamushanja, Nshozamihigo, Nyirimbirima, Gakwavu. Le Bugarura sud-ouest comprenant les collines Rutare, Mataba, Kavumu, Burembo, Gitwa, Nyundo et Rukoro, resta toujours réfractaires au pouvoir central du pays. Aux environs de1923, après une longue succession de chefs instables, le chef Rubaduka, fils de Kayijamahe, fut imposé par l’administration coloniale. Le Bugarura nord-est, comprenant les collines Remera, Mbogo et Bugaragara, fut administré par une succession de chefs et de représentants, investis, destitués ou mis à mort selon les fluctuations de la politique du moment. Cette période, politiquement tourmentée, va du règne de Mutara II Rwogera à celui de Yuhi V Musinga. C’est en 1931 que l’histoire du Bugarura devient saisissable sous le règne de Mutara III Rudahigwa. A ce moment-là, le chef Rwabukamba fut investi du commandement de cette chefferie.

 

Voici la liste chronologique des chefs du Bugarura, répartie en trois zones. La zone nord ouest était commandé par les chefs du Murera et de Kigarama. La zone sud ouest était commandée par Mbanzabigwi, fils de Rwakagara, umwega, puis son fils Léopold Kayondo. La zone nord est était commandée par les chefs suivants : Le prince Nkoronko, fils de Yuhi IV Gahindiro ;  Shwaguri ; Mugugu, fils de Shumbusho, umushambo ; Rutishereka, fils de Sentama, umunyiginya-umwenegitore ; Sebuharara, fils de Rwampembwe, umunyiginya-umuhindiro ; Rwangeyo, fils Nyirindekwe, umunyiginya-umuhindiro ; Cyitatire, fils du précédent; Rwagakiga, fils aussi du précédent. En 1931, toutes les zones furent unifiées sous le commandement de J. Berchmans Rwabukamba, fils de Sake, umunyiginya-umugunga.

 

 

 

 

 

 

  1. Les Principaux événements

 

1903

La fondation de la Mission catholique de Rwaza.

 

1907

La bataille du marais de Rugezi entre Basebya et les guerriers de Ruhararamanzi.

 

1910

-L’assassinat du Père Loupias

-L’exécution de Rukara, meurtrier du Père Loupias, à Ruhengeli.

 

1916

-La fondation du poste administratif de Gihinga au Kibari.

-La variole = ubushita

 

1920

La création du Territoire de Ruhengeri au Murera.

 

1928-1929

Les premières prospections minières.

 

1934-1935

La fondation de la Mission adventiste du 7ème jour à Rwankeri.

 

1935

– La fondation de la Mission catholique de Nemba au Kibari.

 

1936

– L’ouverture du dispensaire de Gitare au Bukamba.

-La peste bovine = muryamo

 

1939

L’ouverture de l’hôpital rural de Ruhengeri

 

1940

– La mise en exploitation de la mine Marchall de Gifurwe.

 

1945-1946

-La petite variole = ibihara

– La dysenterie bacillaire = macinya

1947

L’ouverture du dispensaire rural de Murambi au Kibari.

 

1950

L’ouverture du dispensaire rural de  Gatonde au Bukonya.

 

1952

-La fondation de la Mission catholique de Murama au Buhoma.

-La fondation du Petit Séminaire de Murama au Buhoma.

 

 

  1. BYUMBA

 

  1. L’Historique

 

Le Territoire de Byumba est composé de régions fort différentes: Les montagnes du Buberuka et la savane du Mutara que joint la zone de transition du Ndorwa et du Buyaga. La même opposition se manifeste dans la population. Le Rukiga et le Buberuka, apparentés aux chefferies voisines du territoire de Ruhengeri, sont des régions essentiellement peuplées de cultivateurs. Les premières expéditions guerrières des pasteurs  remontent au roi Ruganzu Ndoli, elles n’eurent pas d’influences durable sur l’organisation politique des communautés hutu qui continuèrent à être dirigées par leurs chefs Abahinza.  C’est le roi Kigeli IV Rwabugili qui imposa les premiers chefs tutsi à la région.

 

Le pourcentage des Tutsi resta néanmoins extrêmement faible puisque les premiers recensements complets effectués vers 1935 accusent les pourcentages de 8% et de 5% de Tutsi, par rapport à la population totale dans les chefferies du Rukiga et du Buberuka. Le Ndorwa, Mutara, Buyaga, de basse ou moyenne altitude, sont issues du démembrement de l’ancien royaume du Ndorwa-Nkore. La guerre, les razzias dirigées contre le royaume du Ndorwa, les tentatives de soulèvement des provinces occupées, implacablement réprimées, se succédèrent jusqu’à la fin du 19ème siècle. Ce fut le roi Rwabugili, grand guerrier, grand administrateur, qui rattacha définitivement les régions du Mutara, du Ndorwa, du Buyaga au Rwanda. Ce monarque conquit aussi une partie importante de l’actuel district de Kigezi qui fut plus tard rattachée à l’Uganda. Le Buyaga, une partie du Mutara et du Ndorwa, furent englobées dans les apanages royaux de Gatsibo et de Gabiro. L’influence pastorale est beaucoup plus forte dans les anciennes chefferies du Ndorwa et d’Ankole.

 

 

Ndorwa  compte 10% de pasteurs tandis que Buyaga en compte 22%.  Ce n’est que vers 1903 que les premiers Européens parcoururent le la région. Encore que leur pénétration ne dépassa guère la vallée de la Bahimba. C’est seulement quelques années plus tard que les populations locales surent que les Européens protégeaient le roi Musinga et son royaume contre les fauteurs de troubles. En 1909, les Pères Blancs fondèrent la Mission catholique de Rurindo.

 

Au point de vue administratif, la région dépendait du poste de Kigali jusqu’à l’installation du poste administratif de Gatsibo en 1918. Deux événements importants marquèrent les quinze premières années de l’occupation belge :

 

– En 1928, il y eut l’occupation militaire du Ndorwa provoquée par les agissements séditieux d’un certain Semaraso. Cet individu se faisait passer pour être le fils du roi Rwabugili et de Nyiragahumuza, au nom de Ndungutse. Et, contrairement à l’opinion publique, il avait échappé à l’opération militaire des Allemands. Il reprenait les armes, dans l’intention de chasser Musinga qu’il considérait comme usurpateur. Les naïves et crédules populations du Rukiga-Ndorwa, constituèrent immédiatement l’armée nécessaire pour sa besogne. Une fusillade les reçut dans la localité de Kaniga et une cinquantaine de personnes y laissa sa vie. Semaraso parvint à s’enfuir en territoire anglais, mais y fut arrêté et livré aux autorités belges. Placé en détention à Kigali, il parvint à s’échapper mais il fut arrêté à nouveau en 1931, alors qu’il venait de brûler l’habitation du chef Kagonyera, père du chef Katabarwa, du Ndorwa. Plus tard, il parvint une nouvelle fois à prendre la fuite.

 

La convention Orts-Miller, signée à  Paris le 28 mai 1919, obligea les Belges à remettre aux Britanniques une bande de terrain du Rwanda, destinée à l’extension de la ligne de chemin de fer de Tabora.

 

Une partie de la province du Mutara fut ainsi évacuée par les Belges au mois de mars 1922. Les Autorités britanniques de Bukoba se bornèrent à visiter  Gabiro et à y installer  un chef du Nkole britannique. Ce dernier y résida jusqu’en 1923. Le Mutara fut rétrocédé au Rwanda le 31 décembre 1923.

 

  1. Les chefferies

 

1°- Rukiga

 

  La chefferie du Rukiga comprend le massif de Kayenzi, le massif de Byumba, le Busigi, les collines voisines de la Cyohoha, et le massif de Nemba. Les premiers occupants du sol furent les membres des clans des Abazigaba et des Abasinga. Ils furent rejoint dans la suite par les membres des clans d’Abagesera, Abacyaba, Abasigi et Abungura. La pénétration initiale des armées de la Cour royale dans cette région semble s’être réalisée sous le règne du roi Ruganzu II Ndoli. A cette époque, le Busigi était commandé par un muhinza  nommé Nyamikenke, un grand pluviateur,  qui avait sa résidence à la colline de Karama. Le souvenir de Nyamikenke est resté vivace au Rukiga à cause de sa fonction de grand pluviateur. Sa sépulture à la colline Tumba fut longtemps honorée. Parmi ses descendants, le plus célèbre fut son fils Minyaruko, qui fut l’un des alliés du roi Ndahiro II Cyamatare, en faveur de la légitimité royal de son fils Ndoli. Le premier chef pasteur  de cette région fut Kanyonyomba, nommé par le roi Kigeli IV Rwabugili. De nombreux chefs y possédaient une colline ou une partie de colline en qualité de fief de pâturages = ibikingi. La localité de l’ancien royaume du Busigi était commandée par le chef Kanyonyomba. Le massif de Kayenzi, engobant les collines Kayenzi, Rukore, Bukinga, Kigamba, Buramira, et les collines Byumba et Muranzi, étaient des fiefs du chef Rukangirashyamba, auquel succédèrent son fils Gashamura et son petit fils Rwampungu.

 

 

Le massif voisin de la rivière Cyohoha, depuis la colline Busura jusqu’à la colline Burenga, appartenait à Ruhararamanzi. Kanyonyomba fut remplacé par Biganda, comme chef de la terre du Busigi, et par Rwubusisi comme chef de l’herbe, tandis que le chef Kayondo recevait les troupeaux dont Kanyonyomba avait été dépossédé  par le roi Musinga. Biganda fut ensuite remplacé par son fils Kayihura, tandis que Rwubusisi restait en fonction jusqu’en 1929.

 

En 1929, le prince Etienne Rwigemera reçut le commandement des collines de Cyanya, Mwiri, Karama, Tumba, Gihenge et Ruvumba du Busigi. En janvier 1931, le Territoire de Byumba fut créé par le groupement des massifs du Busigi, Kayenzi, Nyabisiga, et des collines Zoko, Musenyi, Kavumu, Mutandi, Rubona, qui faisaient auparavant partie de la chefferie du Buriza appartenant au Territoire de Kigali. En 1935, le massif du Nemba  fut détaché de la chefferie du Ndorwa au profit du Rukiga.

 

Voici la liste chronologique des chefs du Rukiga. Le secteur du Busigi eut pour premier chef Kanyonyomba. Il fut remplacé par Biganda, fils de Rwamuhungu, umuskete,  puis de son fils Kayihura comme chefs de terre. Pour le commandement de l’herbe, il fut remplacé par le chef Rwubusisi, fils de Cyigenza, umwega. Le secteur de Kayenzi fut commandé, de père en fils, par les chefs du clan des Abatsobe : Rukangirashyamba, Gashamura, Edouard Rwampungu. Le secteur de Cyohoha fut commandé par le chef Ruhararamanzi, fils de Ruvuzandekwe, umwega-umukiza.

 

2°-Buberuka

 

Le Buberuka tirerait sa dénomination d’une petite colline nommée Beruka, habitée par des grands forgerons. Les houes fabriquées à cet endroit se nommaient Amaberuka.

 

 

La célébrité de ces forgerons vient d’une légende selon laquelle le fameux roi Ruganzu Ndoli y aurait séjourné et appris ce métier de forgeron. Cette renommée se rependit sur les régions d’alentours qui devinrent un véritable centre métallurgique. Ces forgerons furent plus tard intégrés dans la Milice Abavugusi (Abacuzi) qui était une corporation fondée sous le règne de Cyilima Rugwe (1345-1378) et dont le premier chef fut Hozi. Le roi Ruganzu Ndoli tua Suti, l’umuhinza  du Buberuka. Il soumis les familles autochtones au paiement du tribut royal.

 

Néanmoins ceux-ci demeurèrent pratiquement indépendants jusqu’au règne de Mutara II Rwogera (+1853). Ce roi installa les premiers chefs tutsi dans la région. Le premier fut le nommé Byoguruyange. Son fils Rubanzabigwi lui succéda. Celui-ci fut exécuté par le roi Rwabugili et fut remplacé par Ndangali du clan des Abungura. A la même époque Mubumbyi, chef des forgerons Abavugusi, vassal du roi Rwabugili, possédait quelques collines dans la partie nord du Buberuka. A Ndangali, succéda Ruhararamanzi. Celui-ci fut remplacé par son fils Sendashonga. Ce dernier exerça le commandement jusqu’en 1924, date où il fut démis par l’administration belge qui nomma à sa place son fils Thomas Karyabwite. Sous le règne de Musinga, une lutte intestine mit aux prises les familles des clans Abatsobe et Abashambo. Après la mort du mutwa Basebya qui s’était emparé du Buberuka, le Mutsobe Gashamura obtint du roi Musinga le commandement du massif Mushongi. C’est à cet endroit, que se trouvaient, comme on vient de le dire, les forgerons des houes Amaberuka dont les ateliers se situaient sur la colline Beruka. En 1913, une querelle de limite opposa les membres des familles des clans Abatsobe et Abashambo. Le dernier chef connu après ces luttes fut Thomas Karyabwite du clan des Abashambo. Voici la liste chronologique des chefs du Buberuka : Byoguruyange, umutsobe ; Rubanzabigwi, fils du précédent ; Ndangali, umwungura ; Ruhararamanzi, fils de Shumbusho, umushambo ; Sendashonga, fils du précédent ; Thomas Karyabwite, fils du précédent.

 

 

 

 

 

 

3°- Ndorwa

 

    La partie du Ndorwa relevant du Territoire actuel de Byumba est un lambeau de l’ancien royaume dirigé par les rois de l’Ankole. Ce royaume subit des modifications constantes de frontières. Ces modifications se produisaient soit par les guerres que se livraient les deux royaumes voisins (Rwanda et Ankole), soit par les délimitations imposées par les Autorités coloniales en 1910. Le Ndorwa fut tantôt rattaché à Rukiga, tantôt rattaché à Buyaga. Les récits traditionnels mélangent les légendes et les faits historiques. Les diverses versions précises commencent sous le règne du Roi Ruganzu-Ndoli, à la fin du 16ème siècle. C’est lui qui, le premier, aurait mené campagne dans le Nord-Est du Rwanda. Deux siècles plus tard, les rois Cyilima II Rujugira et son fils Kigali III Ndabarasa s’efforcèrent d’annexer les provinces sud du Ndorwa du royaume de Nkole. Ils n’y parvinrent qu’en partie. La lutte continua jusqu’à la victoire finale que le roi Rwabugili remportera sur le roi de Nkole vers 1892. C’est après cette victoire que le Ndorwa fut définitivement rattaché au Rwanda. Les campagnes du roi Rwabugili au Ndorwa-Nkole, semblent pouvoir se situer en 1877, 1889 et 1892. Ce sont les ancêtres du chef Nturo et qui furent les  généraux  de ses campagnes. On cite les exploits de Marara, grand père de Nturo, qui y fut  le  général en chef sous le règne de Yuhi Gahindiro. Il y obtint une grande chefferie qui s’étendait sur une partie du Ndorwa de Byumba et du Ndorwa de l’Uganda actuel. Plus tard, Nturo lui-même, fils de Nyirimigabo, fut le général en chefs de la campagne de 1892. En 1910, une partie du royaume du Ndorwa-Nkole fut  définitivement détachée du Rwanda par une convention des Puissances coloniales.  On y signale toutefois une dernière campagne ordonnée par Musinga en 1911.

 

Il s’agissait de réprimer une révolte fomentée par la femme Nyiragahumuza, épouse du roi Rwabugili. Les Troupes du roi Musinga étaient commandées encore une fois par le chef Nturo. La bataille eut lieu près de Rutobo, dans l’ Uganda actuel.

 

Les combattants de Nturo y remportèrent la victoire. La femme Nyiragahumuza fut amenée par Nturo et placée sous surveillance. Au moment de la réorganisation administrative, le Ndorwa comprenait quatre chefferies, qui toutes, avaient une frontière commune avec l’Uganda. Il s’agit des provinces suivantes :

 

1/ Le Ndorwa-Ouest, commandé par le chef Rukeratabaro,

2/ Le Ndorwa-central, commandé par le chef  Rutayashwaga,

3/ Le Ndorwa-Est, commandé par le chef Katabarwa,

4/ Le Ndorwa-Extrême-Est commandé par le chef Gahizi.

 

Au début de 1935, une première organisation réduisit à trois le nombre des chefferies : Le Ndorwa I, II, III. En 1939, ces trois chefferies furent ramenées au nombre de deux : Le Ndorwa I à l’Ouest et  le Ndorwa II à l’Est.Cette petite région du Ndorwa était divisée en quatre massifs :  l’Ouest, le Centre, l’ Est, l’Extrême-Est. Voici la liste chronologique des chefs du Ndorwa :

 

1/ Ndorwa-Ouest : Vuningoma, fils de Nyarwaya-Karuretwa,  umunyiginya, fut chef sous le règne du roi Yuhi IV Gahindiro et mourut en 1840 ; Lyamugema, fils de Rudakemwa, descendant de Yuhi I Musindi; Muyenzi, fils de Muzigura, umunyiginya; Rukeratabaro, fils de Lyamugema, umunyiginya; Théodore Mureganshuro, fils de Ruhararamanzi, umushambo, chef depuis 1935 ; Pierre Mungarurire, fils du précédent, chef depuis 1952.

 

2/  Ndorwa -Centre : Biganda, fils de Rwamuhungu, umuskete.

 

3/ Ndorwa-Est : Kamari, fils de Nkangabishe, umwega-umwakagara ; Muyango, fils du précédent ; Nyirimpeta, fils du précédent; Kamangu, fils de Muyango;  Murindwa, fils du précédent ; Rukubita, frère du précédent ; Kanyabinja, petit fils de Muyango ; Nyagashi, cousin de Kanyabinja ; Kagonyera, fils du précédent ; Chrysostome Katabarwa, fils du précédent. En 1952, sa chefferie fut jointe à celle de l’Ouest sous le commandement du chef Pierre Mungarurire.

 

4/ Ndorwa-Extrême-Est : Marara, fils de Munana, umunyiginya, chef en 1850 sous le règne de Yuhi IV Gahindiro ; Nyirimigabo, fils du précédent ; Paul Nturo, fils du précédent ; Déogratias Rwamurinda, fils du précédent, destitué en 1929 ; Déogratias Gahitsi, fils de Rwakageyo, umusinga.  A partir de 1929, cette chefferie  fut jointe à celle du Mutara.

 

4°- Mutara

 

Le Mutara est une savane chaude, sèche, peu peuplée. Les habitants de cette région ont mené une existence semi-nomade. Le Mutara fit partie du royaume du Ndorwa-Mpororo-Nkole jusqu’en son annexion au Rwanda vers le milieu du 18ème siècle. Nous connaissons peu de choses de son histoire sous le règne de la dynastie des Abashambo du Ndorwa-Nkole. Les habitants de cette région appartenaient aux clans  suivants : les cultivateurs Abagesera et Abazigaba et les pasteurs Abashambo, Abashingo et Abahinda. L’association politique des cultivateurs et des éleveurs ne parait pas avoir été réalisée comme dans les autres régions du pays. Les  cultivateurs étaient commandés par les chefs de leurs clans et payaient les prestations vivrières à la Cour royale. Quant aux éleveurs, ils menaient la vie pastorale nomade. La famille et le clan demeuraient la base de l’organisation politique et sociale. En cas de mobilisation militaire, celle-ci se faisait par famille.

 

La colline de Gatsibo, dans le Mutara-Sud, est un lieu légendaire. On y voit l’emplacement de la maison de Gihanga, le fondateur de la dynastie du royaume des Abanyiginya. Le roi Ruganzu-Ndoli y avait passé quelques jours à son retour d’exil du Karagwe. C’est là qu’il a été intronisé en même temps que la reine mère adoptive Nyirarumaga. Le roi Yuhi III Mazimpaka, fuyant ses frères, s’y serait établi ensuite et y aurait constitué l’armée qui lui assura le pouvoir royal. En fin, C’est le roi Kigeli III Ndabarasa qui a conquis le Mutara et en fit une marche frontière. Le région fut divisée en fiefs dont un certain nombre fut donné aux formations guerrières qui y tenaient garnison : Abatanguha, Intaganzwa, Ababito. Plus tard, sous les règnes des rois Yuhi IV Gahindiro et son fils Mutara II Rwogera, il y eut les formations suivantes : Abashakamba, Abashumba et Uruyange. Il y avait aussi une milice locale créée par le chef Ndabarinzi qui possédait un certain nombre de collines au Mutara et au Ndorwa-Est.

 

Vers le milieu du 19ème siècle, le chef Nzigiye du clan des Abashambo, fut titulaire d’un groupe de collines au Mutara-Nord. Son fils Rwatangabo fut chef de l’apanage royal de Gatsibo. Le roi Kigeli IV Rwabugili, vers 1880, se fit construire une résidence à Gatsibo qui lui servait de base militaire pour ses expéditions contre le royaume de l’Ankole. Le territoire de cet apanage était formé par les régions suivantes : le Sud du Mutara, la moitié du Buyaga et quelques collines du Ndorwa.

 

Voici la liste chronologique des chefs du Mutara sous le règne du roi Rwabugili: Kanyamulinja, fils de Rugira, umuskete,   destitué par Rwabugili ; Rwanuma, destitué par Rwabugili ; Rumenerangabo, umunyiginya-umwaya, destitué et mis à mort par Rwabugili ; Rwatangabo, fils de Nzigiye, umushambo. Voici la suite chronologique des chefs après sa subdivision en zone Nord et en zone Sud sous le règne de Yuhi V Musinga.

 

Au Nord : Rwamwaga, umwungura, 1905-1908 ; Rutaha, fils du précédent, 1908-1912. Au Sud : Mpetamacumu, fils de Karuranga, umwega, 1905-1912 ; Murigo, fils du précédent ; Rukarakamba, fils de Rusekampunzi, umugesera, destitué en 1929 ; Gervais Lyumugabe, frère du précédent.

 

5°-Buyaga

 

Le Buyaga constitue la transition entre les plaines basses du Mutara et les régions accidentées du Nord. Cette ancienne région du Ndorwa-Nkole, sous la domination de la dynastie des Abashambo du Nkole, subit dans ses limites et dans son existence territoriale le sort des autres chefferies détachées du Ndorwa. La population formée de cultivateurs mit du temps pour reconnaître l’autorité de la Cour du Rwanda. L’occupation du Buyaga fut réalisée par les formations militaires Inzirabwoba et Abadahemuka sous le règne de Mutara II Rwogera qui lui imposa un chef unique, le bien nommé Mucyo. Les derniers chefs de cette région sont les suivants : Médard Munyaneza, fils de Kanyamugwiti, umutsobe, 1935-1951 ; Ildefonse Nyamucenshera, fils de Rubimbura, umunyiginya-umuhindiro, 1951.

 

  1. Les principaux événements

 

1889

En cette année- là, il y eu la bataille de Gikore, dans le Territoire du Ndorwa de l’Uganda actuel. Cette bataille mettait aux prises les Armées du roi Rwabugili et du roi Ntare de l’Ankole. La lutte fut sans résultat  positif pour le Rwanda.

 

1892

L’invasion de la région du Ndorwa par le roi Ntare. Celui-ci fut poursuivit par Rwabugili et battu à Mbarara.

 

1909

-La bataille entre les Twa du rebelle Basebya et les Milices du chef Ruhararamanzi.

-La fondation de la Mission de Rurindo.

 

1911-1912

L’intervention militaire des Autorités allemandes et du chef Rwubusisi contre le rebelle Basebya et le prétendant prince Ndungutse.

 

1913

La bataille des familles des clans Abatsobe et Abashambo à Mushongi. Il y eut la mort du mutsobe, Rwamwa.

 

1916

L’occupation belge et  la bataille de Gatsibo.

 

1917

Une nouvelle rencontre des membres des familles Abatsobe  et Abashambo à Kinihira.

 

1924

Le chef Ruhararamanzi est destitué.

 

1925

Le départ du chef Buzizi du Rukiga pour le Muyaga.

 

1928

Le combat d’un détachement de la Force publique et des guerriers de Semaraso à Kiniga au Ndorwa.

 

1931

-L’ouverture du dispensaire médical de Byumba.

-L’ouverture du dispensaire médical de Gabiro.

 

1938

La fondation de la Mission catholique de Nemba au Rukiga.

 

1939

-L’ouverture du dispensaire de Kagitumba au Mutara.

-L’ouverture du dispensaire vétérinaire de Gatsibo.

-L’ouverture du dispensaire médical de Kimiryi au Buberuka.

 

1940

-L’ouverture du dispensaire médical de Buyoga au Rukiga.

-L’ouverture du dispensaire vétérinaire de Nyagatare au Mutara.

1942

L’ouverture du dispensaire vétérinaire de Buyaga au Rukiga.

 

1946

La fondation de la Mission catholique de Nyagahanga au Buyaga.

 

1948

L’ouverture du dispensaire médical de Ngarama au Mutara.

 

1949

L’ouverture du dispensaire médical de Miyove au Buberuka.

 

1950

L’ouverture du dispensaire médical de Karehe au Buyaga.

 

1951

L’ouverture du dispensaire médical de Cyumba au Ndorwa.

– La fondation de la Mission catholique de Rushashi au Ndorwa.

1953

La construction de l’hôpital de Byumba.

 

 

 

 

 

 

 

 

INDEX

 

   Cet index donne la liste aphabétique des noms, mots et expressions employés dans le texte dont les chiffres renvoient à la page de son utilisation.

 

  1. BIGIRUMWAMI : Mgr Aloys Bigirumwami fut le premier évêque rwandais et premier évêque du Diocèse de Nyundo, dont le sacre épiscopal eut lieu en la fête de la Pentecôte, le 01 juin 1952. Il fut le 1er évêque noir de l’Afrique belge et le 2ème de tous les évêques noirs de l’Afrique après Joseph Kiwanuka, évêque de Rubaga en Uganda, sacré en 1939. Bigirumwami a joué un rôle religieux et politique important à l’époque où le Rwanda traversait une période politique extrêmement délicate. Il en fut victime, lui et son Diocèse. En effet, il a dû démissionner de sa charge d’évêque avant l’échéance légale. De plus, le clergé de son Diocèse a eu le plus grand pourcentage des prêtres assassinés durant le génocide des Tutsi de 1994. Au point de vue de l’histoire du Rwanda, il a laissé le plus grand nombre d’Ecrits dans le domaine des coutumes et de la religion traditionnelle. A sa mort, il fut honoré d’un deuil national et mourut en vénération de tout le pays, y compris ses adversaires politiques. : 18

 

  1. BWIMBA : le roi Ruganzu I Bwimba (1312-1345), le 8ème de la dynastie des Abanyiginya, le 1er roi historique, mourut martyr au Gisaka. : 3

 

  1. Café : la plante du caféier fut introduite dans le pays en 1913. L’honneur de cet enrichissement revient au chef Joseph Rukamba, père de Mgr Aloys Bigirumwami et grand-père de Mgr Philippe Rukamba, du clan des Abagesera-Abazirankende et du chef Simon Nyilingondo, fils Mpfukuye, du clan des Abega-Abalejuru. Les graines utilisées étaient achetées probablement au Karagwe ou apportées par des commerçants de l’Afrique de l’Est. : 28

 

  1. Carte d’identité : la création de la carte d’identité individuelle représente l’aboutissement d’une évolution. Résumons le processus global de cette évolution qui dépasse le seul droit à la carte d’identité et vise spécialement l’émancipation des femmes. 1°- La société traditionnelle était conçue comme une grande famille fondée sur l’ensemble des familles nucléaires et patrilinéaires. Dans chacune de celles-ci, le propriétaire était le chef biologique des enfants, le chef juridique et économique de sa femme et de leurs enfants. Ainsi, tout le pays était constitué par un ensemble pyramidal de familles claniques dont la tête était le patriarche le plus important dénommé umwami (du verbe kwama-kwamamara = être célèbre). Dans cette conception, le chef de la famille représentait toute sa famille devant l’Etat et aucun autre membre de sa famille n’était directement sujet de droit et de devoir devant les pouvoirs publics. 2°- Durant la période coloniale, un progrès fut opéré : la carté d’identité fut donnée à tous les individus de sexe masculin adultes et valides (H.A.V.). 3°- Durant les deux premières Républiques, la carte d’identité fut donnée à toutes les personnes adultes et valides, sans considération de leur sexe. 4°- Cette évolution de l’égalité des citoyens fut achevée sous la troisième république. En effet, c’est sous ce régime que le droit de succession aux biens familiaux fut accordé aux enfants des deux sexes et concernant les biens des deux parents. Ainsi, aujourd’hui, tous les citoyens adultes et valides jouissent de l’égalité des droits et des devoirs devant les pouvoirs publics. : 8

 

  1. Les chefferies : la liste des chefferies retenue dans cette ouvrage est celle transmise par notre Document de référence.

 

Mais les noms de ces chefs ont été complétés, chaque fois que c’était possible,  par la généalogie de chacun. Le livre de L. Délmas, Généalogies de la noblesse du Rwanda, Kabgayi, 1900-1950, nous a été d’un grand adjuvant pour ce complément. Des informations orales ont complétés cette documentation. De cette manière, il a apparu que la majorité de ces dirigeants se recrutait auprès des grandes familles de l’ancienne aristocratie pré-coloniale. Ainsi la grosse majorité de ces chefs appartenait au clan des Abanyiginya et Abega. : 24

 

  1. Chronologie de l’histoire du Rwanda : pour éviter un malentendu sur la datation des événements que nous allons lire dans cet ouvrage, signalons la chronologie que nous avons privilégiée parmi d’autres. Etant donné que l’histoire du Rwanda pré-colonial relevait de la tradition orale, c’est-à-dire sans la datation écrite des événements, étant donné d’autre part que nos historiens n’ont pas réussi à s’entendre sur une datation commune, nous avons dû choisir une d’entre elles. Le fondement de ce choix est basé sur les découvertes archéologiques qui font remonter notre histoire au moins au 6ème siècle av. J.C.. La chronologie d’Alexis Kagame qui donne plus de durée à notre histoire respecte mieux cette longue durée supposée par les fouilles archéologiques. C’est ainsi que les datations fournies par les auteurs de notre Document de base seront automatiquement converties en datation d’A. Kagame. : 58
  2. Conférence de Berlin : elle fut «l’organisation et la collaboration européenne pour le partage et la division de l’Afrique. Cette conférence débuta le 15 novembre 1884 à Berlin et finit le 26 février 1885. À l’initiative du chancelier allemand Bismarck, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède-Norvège et la Turquie ainsi que les États-Unis d’Amerique y participèrent ».

C’est cette conférence qui est à la base de l’hisoire présentée dans cette ourage : le Rwanda sous la colonisation. : 9

  1. La Conférence de Bruxelles : c’est cette conférence qui, en 1910, fixa la frontière entre le Rwanda, le Congo belge et l’Ouganda, par les représentants de l’Allemagne, de l’Angleterre et de la Belgique. Il s’agit des limites actuelles. Le Rwanda perdait ainsi les provinces suivantes : Le Bufumbira, au profit de l’Uganda, le Bwishya, le Gishari et  l’île Ijwi, au profit du Congo belge. Alexis Kagame a dressé une carte  antérieure à cette délimitation qui représente le Rwanda dans sa plus grande extension sous le règne de Kigeli II Nyamuheshera (1576-1609). Cette carte montre que le Rwanda actuelle a perdu par cette délimitation coloniale un tiers de son étendue. : 15

 

  1. DELMAS Léon, Généalogies de la Noblesse du Rwanda, Kabgayi, 1950. C’est dans cet ouvrage que sont puisées de nombreuses informations conernant la généalogie des grands chefs gouvrnaient le pays pendant la période coloniale. : 3

 

  1. Première école officielle à Nyanza : elle fut fondée en 1907 par les autorités allemandes pour former les fils des chefs, issus des grandes familles tutsi, futurs cadres des autorités indigènes. Elle représente la première discrimination introduite au Rwanda par la colonisation. Antérieurement, toutes les institutions de formation destinées à la jeunesse, comme les Amatorero, étaient ouvertes à toute la jeunesse du pays sans le moindre tri fondé sur l’origine familiale des enfants. Cette discrimination sera plus tard tournée contre eux sous les deux premières républiques et prendra le nom de l’équilibre ethnique. : 51
  2. Von GÖTZEN: il fut le premier représentant du monde colonial reçu par le roi Kigeli IV Rwabugili à Kageyo, le 4 mai 1894. : Avant lui, en 1876, un autre européen du nom de Stanley, avait essayé de pénétrer au Rwanda à partir du Karagwe mais il avait été refoulé à la frontière par les habitants du Gisaka.

Quelques années plus tard, en 1892, un autre blanc le Dr Oscar Baumann avait séjourné au Sud du Rwanda. Après ce voyage, il avait rédigé un rapport sur le pays visité qui fut le premier écrit sur le Rwanda de cette époque de la tradition orale. : 82

  1. HIRTH : Mgr Jean-Joseph Hirth, premier évêque catholique du Rwanda visite le roi Yuhi V Musinga à Nyanza, le 02.02 1900. : 13

 

  1. Historique et Chronologie du Rwanda (polycopié, Kabgayi, 1956). C’est cet écrit constitué par des rapports des admnistrateurs coloniaux qui est utilisé dans cet ouvrage comme Document de référence principale. : 120

 

  1. KAGAME Alexis : Ce personnage est le principal témoin de la tradition rwandaise et auteur de nombreux ouvrages. Nous en citons les trois suivants :

–  Un abrégé de l’ethno-histoire du Rwanda (E.H.), Butare, 1972  

– Un abrégé de l’histoire du Rwanda (A.H.), Butare, 1975

Le code des institutions politiques du Rwanda précolonial,

  Bruxelles, 1952 : 2

 

  1. MORTEHAN Georges : Résident du Rwanda depuis 1919. A ce haut Fonctionnaire de la Tutelle belge est attribuée une Réforme administrative qui date des années 1926-1935. Cette Réforme portait en germe toute la tourmente de l’histoire du Rwanda de 1959 à 1994. En effet, elle monopolisait le pouvoir politique des autorités indigènes, auxiliaires de l’Administration belge, dans les mains des membres de quelques familles tutsi, en excluant les Hutu et les Twa. En témoignent les citations qui suivent. Dans une lettre datée du 21 septembre 1927, le Chanoine Louis de Lacger écrivait au Résident du Rwanda Georges Mortehan: ” Si nous voulons être pratiques et défendre l’intérêt réel du pays, nous trouverons un élément remarquable de progrès en la personne des jeunes Tutsi. Demandez aux Hutu s’ils préfèrent recevoir des ordres de personnes frustes ou de la bouche de nobles et la réponse sera claire : ils préféreront les Tutsi, et avec raison. Chefs nés, ils sont faits pour commander. Voilà le secret qui leur a permis de s’implanter dans ce pays et de le tenir sous leur emprise “. Face à ce qu’il considère comme des ” hésitations et des atermoiements de l’Administration coloniale concernant l’hégémonie traditionnelle des Tutsi bien-nés, Mgr Léon Classe, évêque de Kabgayi, lui adressait, en 1930, une mise en garde sévère rédigée en ces termes : ” Le plus grand tort que le gouvernement pourrait se causer à lui-même et infliger au pays serait de supprimer la caste tutsi. Une telle révolution conduirait le pays tout droit à l’anarchie et à un communisme vicieusement anti-européen. Loin d’être un vecteur de progrès, ceci annihilerait toute action du gouvernement dès lors que ce dernier serait privé d’auxiliaires capables de compréhension et d’obéissance de par leur naissance. Nous ne saurions avoir de chefs meilleurs, plus intelligents, plus actifs, plus capables de comprendre l’idée du progrès et plus susceptibles d’être acceptés par la population que les Tutsi ” (Georges Mortehan in Internet). Lors de l’Indépendance du Rwanda, cette Tutelle belge a prôné le contraire de cette Réforme de Mortehan au profit des hutu. Cette politique contradictoire de la politique coloniale belge a transformé les trois groupes sociaux traditionnels en races différentes et antagonistes. Le fruit le plus amère de cette politique fut, nous le savons, le génocide des Tutsi de 1994. : 3

 

  1. MUSINGA : le roi Yuhi V Musinga a re rendu sa première visite à Kigali en 1927. Depuis les temps immémoriaux, il était interdit aux rois du nom de Yuhi de franchir la Nyabarongo pour se rendre à l’Est de cette rivière. Le roi Musinga, pour obéir au dictat de l’autorité coloniale, fut obligé de violer cet interdit jadis sacro-saint.

 

Ce précédent malheureux portait dans ces germes sa déposition et son bannissement qui l’obligera à franchir une autre rivière, celle de la Rusizi, pour aller vivre et mourir en exil à Moba au Congo belge. 46

  1. MUSINGA : le 12 novembre 1931, le roi Yuhi V Musinga a été déposé et banni par l’autorité coloniale. Le 16 du même mois et de la même année, son fils Rudahigwa fut désigné pour sa succession à la tête de la hiérarchie des autorités indigènes. Les Gardiens de la tradition lui ont imposé le nom dynastique de Mutara III. Selon les règles de la succession royale, il aurait dû s’appeler Cyilima III car les noms de Mutara et de Cyilima doivent alterner à la tête des deux cycles royaux traditionnels.

Or entre ce Mutara III et son précédent Mutara II, il n’y pas de roi du nom Cyilima. Cette règle de succession a été outrepassée pour que ce dernier Mutara puisse enterrer la momie de Cyilima II Rujugira que Mutara II devait enterrer et qui n’avait pas pu le faire à cause de sa mort précipitée. Du reste, il faut préciser que Rudahigwa lui-même n’a pas enterré la momie de ce Cyilima II Rujugira parce que l’Administration coloniale l’a emportée et transférée au Musée de Tervuren en Belgique. Une partie du corps de cette momie se trouve actuellement au Musée National du Rwanda à Butare. Il est bon de noter   que Rudahigwa a eu successivement deux épouses : Nyiramakomali, du clan des Abagesera et Rosalie Gicanda, fille de Martin Gatsinzi, descendant du roi Kigeli III Ndabarasa. Selon les règles de la tradition, ce dernier mariage était interdit parce que le roi et la reine ne devaient pas avoir la même généalogie patrilinéaire. Gicanda est morte sans enfant, assassinée pendant le génocide en 1994. Quant à son époux  Mutara III Rudahigwa, celui-ci a terminé ses jours, non moins dramatiquement, à Bujumbura en 1959, d’une mort dont les causes ne sont pas encore suffisamment identifiées. : 9

  1. MUZUNGU Bernardin : de cet auteur, deux ouvrages sont cités : 2

– Histoire du Rwanda pré-colonial, L’Harmattan, 2003

Cahiers Lumière et Société, un périodique, depuis 1995.

 

 

  1. Partis politiques : l’Indépendance du Rwanda a été préparé par la création des Partis politiques multiples. Les deux principeaux furent l’Union Nationale Rwandaise (UNAR) et le Parti du Mouvement pour l’Emmancipation des Hutu (PARMEHUTU). L’UNAR fut identifié aux Tutsi monarchistes et fut éliminé dès l’abolition de la monarchie. Quant au PARMEHUTU, qui ne demmandait pas l’Independance immédiate, il fut soutenu par les autorités coloniales qui lui donnèrent finalement le pouvoir dans un régime républicain. Le programme de ce parti politique reprit par son successeur le Mouvement Républicain National pour le Développement (MRND) fut à l’origine de la tragédie rwandaise. Celle-ci débuta officiellement en 1959 pour atteindre son paroxysme en 1994.

 

  1. Rutare : le massif de ce nom, surplombant le lac Muhazi, est le cimetière le plus officiel des monarques rwandais. En fait, il héberge les rois Kigeli, Mutara et Cyilima. Ce qui est dit des rois concerne aussi leurs reines-mères respectives. Le dernier ensevelissement à cet endroit en 1933 fut celui de la Reine-mère Nyirayuhi V Kanjogera, mère de Yuhi V Musinga. Son corps fut transféré à cet endroit après son décès survenu à Kamembe où elle était en exil depuis 1931. : 12

 

  1. RWABUGILI : Kigeli IV Rwabugili fut le 28ème roi de la dynastie nyiginya (1853-1895). Il fut le dernier de la liste des rois du Rwanda précolonial. Il mourut en 1895 sans savoir qu’il était, en principe, détrône à la conférence de Berlin en 1885. Il a décédé sur le lac Kivu en rentrant d’une expédition militaire du Bushi. : 15

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CAHIER NO42 =

LE PROBLEME DES RACES

AU RWANDA

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IKIBAZO CY’AMOKO MU RWANDA

 

 

Ijambo ry’ibanze

 

Iyi numero ya 42 y’iyi Gazeti iributsa ibyo twanditse kugeza ubu. Turongeraho intambwe ya nyuma tugiye gutera. Kubera ko gahunda y’iyi Gazeti iriho irangira, tugiye kwibutsa intambwe z’ingenzi eshatu tumaze gutera. Iya mbere yatewe mu numero 20 z’ibanze. Umugambi wazo wari uwo gufatanya n’Abayobora iki gihugu mu byerekeye politiki, iyobokamana n’imibaniye y’Abanyarwanda. Iya kabiri yatewe mu numero 13 zerekeye Ibisigo byigisha Ururimi n’Amateka y’igihugu. Kuri izo numero twongeyeho izindi 6 zisobanura Umuco n’Amateka bikubiye muri ibyo Bisigo. Intambwe ya gatatu tuyiteye muri iyi numero ya 42, ije gukosora Amateka y’u Rwanda yagoretswe n’Abakoloni. Urugero ihereyeho ni urwerekeye ikibazo cy’amoko mu Rwanda, igaragaza ko cyahimbwe n’Abakoloni. Iyi ikurikira iya 41, twerekanyemwo ukuntu abo Bakoloni bagoretse idini yacu gakondo bazana izina rya Mungu mu mwanya w’iry’Imana.  Inumero ya 40 twayivuzemwo ibyerekeye ya mihango y’i Bwami yitwaga Ubwiru. Imvugo y’ubwo Bwiru yari yaranditswe na Marcel d’Hertefelt hamwe na André Coupez, mu cyitwa  La Royauté sacrée (Tervuren, 1964). Abo banditsi bari bavuze ko iyo nyandiko yabo itandukanye n’iya Alexis Kagame. Abari bazi iby’i Rwanda bahise bumva ko icyo ari ikinyoma cyambaye ubusa. Bari bazi neza ko Ubwiru nyabwo, Abiru bari barabubwiye  Alexis Kagame wenyine, ku mategeko y’Umwami Mutara III Rudahigwa, mu mwaka w’1945.

 

Abasomyi b’icyo gitabo bibazaga agaciro kacyo igihe gihamya ko ibyo kivuga bifite indi soko itari iya Alexis Kagame. Ibyo bikongeraho ko uwabahishuriye iryo banga yasaga nk’uje gutamba ineza kuko yabivuze hashize iminsi 15 gusa ingoma y’Ubwami ihiritswe.  Icyiza ni uko nyuma y’imyaka 4 icyo gitabo gisohotse, abacyanditse baje kudushirikira ikinyoma bandika mu kanyamakuru kabo kitwa Africa-Tervuren (XIV, 4, p.117 et p.119) ko wa mwiru wabo yari yarabibibiye kwa Kagame.

 

Muri iyo numero twavuze ko Ubwiru ari agaseke karimwo « imyumvire ya politiki » y’abayoboye uru Rwanda ku ngoma z’Abami. Twasesenguyemwo ibintu bibiri. Icya mbere cyabaye kubwira abatabimenye ko ba bazungu noneho bemeye kuvugisha ukuri bahamya ko Ubwiru nyabwo ari ubwanditswe na Alexis Kagame. Uko kwivuguruza kwatumye amakenga twari dufitiye icyo gitabo cyabo ashira kuko twamenye ko ari Ubwiru bw’ukuri bari baranditse n’ubwo bavugaga ko ari ubwo bakuye ahandi. Igisigaye ku muntu usoma Ubwiru bwanditse muri icyo gitabo ni ukumenya ko harimwo ibyo abo banditsi b’abanyamahanga batashoboye kwumva.  Icya kabiri kwari ugukosora nyine ayo makosa y’imyumvire ari muri icyo gitabo. Ikibabaje ni uko tudafite izo nyandiko za Alexis Kagame ngo tuzigereranye n’iziri muri icyo gitabo kugirango bitume tumenya ukuri kwuzuye. Twizere ko izo nyandiko za Alexis Kagame zizatinda zikaboneka kuko abo bazungu bahamya ko bazibonye ndetse bakemeza ko hari aho zidahuje n’ibyo banditse.

 

Iyi numuro turangirijeho rero irasoza uyu mugambi wo gukosora zimwe mu nyandiko zagoretse amateka y’igihugu cyacu. Ikosa rya nyuma turangirijeho dukosora ni iryerekeye ikibazo cy’amoko mu Rwanda cyadukanywe n’Abakoloni kandi kikaba cyaradusize iheruheru. Nk’uko tubizi cyatangiye ku mugaragaro mu 1959 cyuzura mu 1994. Na n’ubu  imizi y’icyo kinyoma ntiraranduka burundu muri benshi bakemera amateka y’u Rwanda nk’uko yanditswe n’Abavaburayi. Aho bigeze ubu, Abanyarwanda bose bakwiye guhagurukira icyarimwe, bagahamya ko u Rwanda rutuwe n’ubwoko bumwe. Uko kuri twaguhishuriwe n’Abakurambere bacu bavuga ko twese turi bene Kanyarwanda. Ndetse n’abanyabwenge bakurikirana ibisigarataka by’ aka karere  kaje kwitwa u Rwanda n’u Burundi, bahamya ko bahasanze ibimenyetso byerekana ko kuva mu kinyejana cya 7 mbere y’ivuka rya Yezu,  hari hatuwe n’abantu batunzwe n’imyuga itatu. Hari aborozi hari abahinzi hari n’ababumbyi. Ayo matsinda uko ari atatu y’abanyamyuga niyo yaje kwitwa Abatutsi, Abahutu n’Abatwa.  Abo Banyarwanda bose bakabana mu miryango n’amoko atandukanye, nk’aya yitwa : Abagesera, Abega, Abasinga, Abanyiginya, n’ayandi.  Ubwoko bw’Abanyarwanda bivuga ayo moko nyine tumaze kwerekanira izo ngero. Iyi nyandiko tuyishyize mu ndimi eshatu zivugwa mu Rwanda kuri iki gihe kugirango Abanyarwanda bose bashobore kuyisomera. Kubera ko iyi Gazeti isanzwe yandikwa mu Gifaransa, amagambo rusange y’ibanze twayarekeye muri urwo rurimi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. INTERURO

 

Icyo kibazo cyaburiwe igisubizo kubera ko kirimwo imyunvire ya politiki. Icyo kibazo ubwacyo ntikiruhije. Imiruhirize yacyo n’uko buri gisubizo kigira abatagishaka. Hari amatsinda abiri y’abantu agifitiye ibisubizo binyuranye. Kubera inyungu zabo, itsinda rimwe rivuga ko abanyarwanda bose bari mu bwoko bumwe bwitwa Abanyarwanda.  Irindi rikavuga ko bari mu moko atatu, ariyo yitwa Abatwa, Abahutu, Abatutsi. Kuri iki gihe, hari umugambi wo kwandika amateka y’u Rwanda atagoretse kandi ajyanye  n’igihe tugezemwo. Kubera iyo mpamvu, cya kibazo cy’amoko nta kukirengagiza  bigishobotse. Muri iyi nyandiko dutangiye, tugiye kugerageza gusubiza uko tubyumva, twifuza ko abandi bazatwunganira bagorora cyangwa buzuza uko tugiye kubigerageza.  Iki gitekerezo tugiye kukivuga mu ntera eshatu. Mu ntera ya mbere, turasuzuma amagambo akoreshwa muri icyo kibazo. Mu ntera ya kabiri, turaza kwibaza icyo ijambo ubwoko rivuga iyo baryerekeza ku Banyarwanda. Mu ntera ya gatatu, turasobanura ukuntu icyo kibazo ari icya politiki.

 

  1. DUSUZUME AMAGAMBO AKORESHWA KURI ICYO KIBAZO

 

Kuri icyo kibazo, ingorane ya mbere ituruka ku magambo akoreshwa, ari ay’Ikinyarwanda cyangwa se ari ay’Indimi z’amahanga, cyane ay’Igifaransa. Kenshi na kenshi usanga ayo magambo muri izo ndimi nayo atera ikindi kibazo. Niyo mpamvu tugiye kuyasesengura by’umwihariko mu Kinyarwanda no mu Gifaransa.

 

I.1 Amagambo y’Ikinyarwanda

 

Ijambo ry’ikinyarwanda ubwoko, mu Gifaransa baryita la race. Iryo jambo rikaba rivuga kamere y’ikintu uko cyaremwe ku buryo gitandukanye n’ibindi. Dore ingero z’izo kamere zitandukanye: igiti cy’icunga, inyamaswa y’intare, umuntu w’umushinwa. Ikimenyetso kigaragaza ku buryo bworoshye imitandukanire y’izo kamere ni uko zishobora kubyarana. Ibisangiye kamere birabyarana, ibitayisangiye ntibishobore. Dore urugero: intama ebyiri zidahuje igitsina, zibyarana indi ntama. Ni nako bigenda ku bantu babiri badahuje igitsina, abo ari bo bose. Nyamara ariko ihene n’intama ntacyo zishobora kubyarana. Nitugera hirya, turerekana ukuntu iryo jambo risobanurwa ku bundi buryo iyo baryerekeza ku bantu.

 

1.2 Amagambo y’Igifaransa

 

Igifaransa n’izindi ndimi z’I Burayi bifite amagambo menshi ajya kwitiranwa kandi yose avuga iryo jambo ubwoko. Urugero ni nk’iryitwa ethnie naryo rikaba ryitwa ubwoko mu Kinyarwanda. Urwo rugero dutanze twarutoranije kuko iryo jambo ethnie ryakoreshejwe mu Rwanda kugirango rise nk’aho ryoroshya iryitwa race. Birumvikana rero ko aya magambo yombi y’igifaransa atavuga kimwe ku buryo bwuzuye. Ijambo ubwoko duhindura mu gifaransa turyita race rivuga abantu basangiye kamere y’amaraso naho rya jambo ethnie rivuga abantu basangiye umuco gakondo.

 

Inkoranyamagambo yitwa Petit Larousse  ivuga ko ethnie ari  “itsinda ry’abantu basangiye ururimi n’umuco gakondo”. Biragaragara ko ijambo ethnie ritavuga ubumwe bw’amaraso. Birumvikana ko kurikoresha uvuga Abanyarwanda byari ikosa kuko Abanyarwanda bose basangiye ururimi n’umuco gakondo.

 

Turi buze kubona ko n’iryo jambo race naryo rikosheje nk’uko tumaze kubyerekana mu rugero tumaze gutanga. Impamvu n’uko abantu bose basangiye ubwoko bw’amaraso bakomora ku mubyeyi umwe wa mbere. Ni nacyo gituma n’abaturage b’igihugu kimwe bagomba kuba basangiye ubwo bwoko bw’igisekuruza cya mbere.

 

 

  1. IJAMBO UBWOKO RIVUGA IKI IYO TURYEREJE KU BANYARWANDA?

 

Muri iki gihe, iryo jambo rivuga ibintu bibiri binyuranye bitewe n’abarikoresha bari mu matsinda abiri. Itsinda rya mbere ni iry’Abanyarwanda bakurikije imyumvire gakondo. Itsinda rya kabiri ni iry’Abakoroni bahaye iryo jambo imyumvire idasanzwe. Reka tubisobanure ku buryo bwuzuye.

 

II.1 Iryo jambo rivuga iki mu Kinyarwanda gisanzwe?

 

Mu mvugo isanzwe, iryo jambo rivuga abantu bakomoka ku mukurambere umwe. Mu gitabo cye kitwa Les clans du Rwanda ancien (Tervuren, 1971), Marcel d’Hertefelt yakoze ubushakashatsi ku moko y’Abanyarwanda asanga ari 18. Mu by’ukuri aba yaranditse ko ari 16. Ikosa n’uko ubwoko bw’Abanyiginya yabubaze gatatu kuko yatandukanyije amazu atatu abugize ariyo y’Abanyiginya n’Abasindi n’Abatsobe. Ku buryo busanzwe, ubajije Umunyarwanda uti ubwoko bwawe ni ubuhe, igisubizo kirumvikana. Azakubwira ko ubwoko bwe uri ubwa bumwe muri ayo 16. Ntawe uzatekereza kugusubiza ko ari Umutwa cyangwa Umuhutu cyangwa Umututsi.

 

II.2 Iryo jambo ubwoko risobanura iki mu mvugo y’Abakoloni?

 

Mu mvugo y’Abakoloni, nk’uko tumaze kubibona, iryo jambo ryahawe imyumvire mishya. Abo banyamahanga babitewe n’uko batari bazi icyo risanzwe risobanura cyangwa se barigoreka nkana.

 

Barihaye imyumvire ivuga ubwoko bw’amaraso kandi bayerekeza kuri ya matsinda atatu y’Abanyarwanda. Usomye ibitabo bya mbere byanditswe n’Abanyamahanga ku mateka y’u Rwanda, usanga byose bihamya ko mu Rwanda hari amoko atatu kuri bwa buryo bw’amoko adasangiye amaraso. Byaratinze ariko bumva ko rya jambo race baryerekeza ku Banyarwanda basanga ko rikabije gukosama barisimbuza iryitwa ethnie. Iryo kosora ntacyo ryamaze kuko ikosa barikosoje irindi. Ibyo tubivuze kuko iryo jambo ethnie rivuga abantu basangiye ururimi n’umuco kandi ibyo byombi Abanyarwanda bose babisangiye, bikaba  bivuze ko bose ari ubwoko bumwe ukurikije igisobanuro cy’iryo jambo.

 

II.3 Mu by’ukuri ya mazina atatu y’Abavukarwanda avuga iki?

 

Mbere yo kubisesengura tugire icyo duheraho kitumvikana. Ururimi rw’Ikinyarwanda ntirugira izina rusange rivuga ayo matsinda y’Abavukarwanda uko ari atatu. Izina basangiye ni iry’ubwenegihugu bw’Abanya-rwanda. Kuba hatabaho izina rivugira hamwe ayo matsinda uko ari atatu, nk’uko mu gifaransa bayita race cyangwa ethnie, bifite icyo bitwereka. Birumvisha ko ayo mazina uko ari atatu, Abatwa, Abahutu, Abatutsi, atavuga kamere y’abo bantu, ahubwo akaba avuga imibereho yabo. Abazi amateka y’u Rwanda bazi ko avuga imyuga y’abantu bari muri ayo matsinda. Bazi ko zina Abatwa rivuga Ababumbyi, iry’Abahutu rikavuga Abahinzi, iry’Abatutsi rikavuga Aborozi. Kubera akamaro iyo myuga yari ifite mu gihe cyo ha mbere, ayo mazina yerekana ubukire buri tsinda ryari rifite. Nicyo gituma kwitwa umututsi byavugaga ko ari umukire kuko yari atunze inka kandi aribwo bukire bwariho icyo gihe. Abahutu bari  rubanda rw’abahinzi b’abakene ni nabo bari bagize umubare munini w’Abanyarwanda. Abatwa bari agatsiko gato kagizwe n’ababumbyi bakennye kurusha abandi Banyarwanda. Ku babizi, gushyirwa muri ayo matsinda kera byashoboraga guhinduka bitewe n’uko umuntu ashobora kurushaho gukira cyangwa gukena.

 

Urugero ni nk’umuntu uvuka mu muryango w’Abahutu hanyuma agatunga inka nyinshi bikamuha umwanya mu bakire b’igihugu maze agahinduka umututsi. Ni uko umututsi yashoboraga guhinduka umuhutu byabagaho. Urugero ni nk’umututsi wakenaga, hanyuma agashaka mu habutu, amaherezo abamukomokaho bakitwa abahutu. Abakoloni bamaze kwiyibagiza ibyo bari barahimbye yuko ya mazina atatu y’Abanyarwanda avuga ubwoko bw’amaraso, barivuguruje igihe bashakaga gushyiraho indangamuntu. Nk’uko tubizi, bashyize Abanyarwanda muri ayo matsinda uko ari atatu bakurikije umubare w’inka batunze, batitaye ku miryango bavukamwo.

 

 

III. IKIBAZO CY’AMOKO MU RWANDA KIVA KURI

       POLITIKI

 

Nk’uko tubizi, ibihugu byinshi bituwemwo n’amoko menshi. Nyamara ubwo bwinshi bw’amoko nta mpagarara butera. Ndetse ahubwo bufite n’akamaro k’ubwuzuzanye n’ubwisungane. Tumaze kubona ko mu Rwanda habayeho amatsinda atatu y’abantu ashingiye ku myuga bari bafite. Kera kose mbere y’umwaduko w’abazungu mu Rwanda, ayo matsinda nta kibazo yigeze atera. Yaje kuba ikibazo bitewe n’abakoloni. Bayahinduye ikibazo kubera impamvu eshatu. Iya mbere yari ishingiye ku butegetsi bw’Abakoloni bifashisha Abanyarwanda. Iya kabiri yari uko Abanyarwanda bashakaga gusubirana ubwigenge bwabo. Iya gatatu yaturutse ku bakoloni bahindutse abategetsi b’Abatutsi bari barifashishije mbere hose n’ingaruka zabyo zabaye kuri Repubulika za mbere zombi.

 

III.1 Ubutegetsi bw’Abakoloni buziguye  

 

Ubwo butegetsi bw’Abakoloni bwitwaga ko buziguye kuko bwategekaga igihugu bwifashisha Abanyarwanda. Kugirango bishoboke, batoranyije mu Banyarwanda abavuka mu miryango yari isanzwe mu butegetsi bw’igihugu. Ni iryo tsinda ry’Abantu bake bahariye ubutegetsi bwose. Byatumye banyaga Abategetsi bose bari basanzweho: ari abakomoka mu miryango ry’Abatutsi b’abakene n’Abahutu bose ndetse n’Abatwa kuko babagaho icyo gihe. Alexis Kagame, wabajije neza amateka y’u Rwanda, yatumenyesheje ko icyo gihe abakoloni banyaze Abasushefu b’Abatwa mirongo ine (A.H., Butare, 1975, p.187). Kubera ko kuri ubu abenshi batemera ko Abatwa bigeze gutwara, dore urutonde rw’abo Basushef babo:

 

  1. Mahenehene 11. Mvuzarubango 21. Nyiragatunt      31. Mpisuka
  2. Rubango 12. Nyirakinazi 22. Buyenge           32. Bageshi
  3. Kabare 13. Muhunyeri 23. Gicunatiro        33. Nyaminani
  4. Cyizihira 14. Sebishwi 24. Rukaburacumu 34. Sembuba
  5. Buskyete 15. Rwasimitana 25.  Mitsindo         35. Gashambara
  6. Ntacyabukura 16. Ntundabusheke 26. Gashi 36. Kanyamakwe
  7. Karibushi 17. Semutungo 27. Ntacyabukura   37. Nturo
  8. Bikumbura 18. Ntama 28. Rwangiyehe      38. Rwabineza
  9. Nyiramugore 19. Gatuka 29. Kanyamuhango 39. Semukama
  10. Kanyana 20. Gasirabo 30. Ruhigira             40. Mutoni

 

Iyo mihindukire y’ubutegetsi, yitiriwe Resida Mortehan, yatangiye mwaka wa 1926. Ni nacyo gihe ubutegetsi bw’abakoloni bwashyizeho indangamuntu igenewe umuntu, w’umugabo, w’amagara mazima (H.A.V.). Ako gatabo k’indangamuntu kagombaga kugaragaza ubwoko bwa nyirako aribwo Twa, Hutu, Tutsi.

 

 

III. 2 Abategetsi b’Abanyarwanda bashaka ubwigenge 

 

Imibanire myiza y’Abategetsi b’Abakoloni na ba bafasha babo b’Abatutsi yashoboraga kugumya kubaho ntamakemwa igihe cyose. Ibyaribyo byose Africa yaratinze yibuka kwiyaka abakoloni. U Rwanda ntirwatinze kwitabira uwo mugambi. Icyo gihe Umwami Rudahigwa afata iya mbere, na ba bategetsi b’Abanyarwanda bose baramukurikira. Abakoloni babibonye batyo barumirwa. Ni ko kwibwira bati: ay’ubusa ntituzabatanga kuva muri iki gihugu kuko Abatutsi namwe muri Abakoloni kandi twarahabasanze. Kugirango badatirimuka muri iki gihugu, Abakoloni bibutse kwitwaza za mvugo ebyiri. Iya mbere yavugagaga ubusumbane bw’amoko, iya kabiri yavugaga ko Abahutu n’Abatutsi ari ba kavamahanga. Twibuke ko iyo ya nyuma yahimbwe na wa mwongereza John-Hanning Speke.

 

III.2.1 Imigenekerereze y’amoko   

 

Tubanze tuvuge ibyerekeye amoko muri rusange. Kera kose, amahanga yo ha mbere yatekerezaga ko abantu bose barimwo amoko atatu: Abirabura, Abumuhundo n’Abera. Ndetse na cya gitabo gitagatifu cya Bibiliya gisa nk’aho kibyemeza kibyerekeza kuri ba bahungu batatu ba Nohe. Kami, wahemukiye se niwe bitirira kuba umukurambere w’Abirabura. Semi, wa muhungu wa kabiri wa Nohe, yitiriwe kuba umukurambere w’abantu b’Umuhondo. Yafeti, wa muhungu wa gatatu yitirirwa kuba umukurambere w’Abera. Ayo matsinda uko ari atatu yitwa ko asumbana. Abasumba abandi babise imfura. Abakunze gukuririza ubusumbane bw’amoko, bahamya ko ubwo bw’infura ari ubw’abera bakomoka kuri Yafeti. Ku rwego rwo hagati hashyirwa ba bantu b’umuhondo bitwa ko bakomoka kuri Semi, ubupfura bwabo bukaba buri hagati na hagati. Ku rwego rwo hasi rw’ubumuntu hagashyirwa Abirabura bitwa ko bakomoka kuri Kami. Iryo tsinda rikaba ryitwa ko ari abantu bari ku rwego rukurikirana n’urw’ubunyamaswa. Iyo ngengabitekerezo y’amako niyo abakoloni bazanye iwacu mu Rwanda. Abatutsi babita imfura, Abahutu babita abaturage, Abatwa babita abanyeshyamba. Ubu twarabyumvise. Iyo ngengabitekerezo y’amoko n’ubusumbane bwayo niyo yadukozeho iteranya Abavukarwanda. Ikibabaje n’uko Abanyarwanda bemeye icyo kinyoma cyambaye ubusa nta guhigima. Abatutsi kibatera ishema, Abahutu kibatera ikimwaro. Ibyo tuvuze si ibihimbano. Utabyemera natege amatwi bamwe muri abo banyakinyoma uko babyivugira.

 

– Ku byerekeye Abatwa, dore uko Louis de Lacger abivuga mu gitabo cye kitwa Le Rwanda ancien ( Kabgayi, 1959, urup.45) : “Umutwa afite igihagararo cya metero 1,59. Afite umutwe mugufi, afite izuru ricimbuye kandi ribwataraye, iminwa minini kandi itendera, urwasaya rusatuye cyane, intugu z’impande enye zireshya, amaboko n’amaguru bikwanjitse ku gihimba, igituza cyuzuye  ubwoya, isura mbi kandi ikocamye”.

 

-Ku byerekeye Abahutu, dore uko uwo mugabo avuga muri icyo gitabo (urup.49): “Umuhutu, muri rusange, afite igihagararo kigera kuri metero 1, 67. Afite isura rusange y’abirabura. Afite uruhu rwirabura cyane, afite imisatsi y’injwiri, afite umutwe mugufi n’urwasaya rurerure, afite izuru ribwataraye n’iminwa minini, afite amaboko n’amaguru bikwiranye n’umubyimba ».

 

– Ku byerekeye Abatutsi, dore nabo uko abavuga (urup.56): “Umututsi ni muremure, afite metero 1,79 ariko hari abageza no kuri metero 2, afite uruti ruto, afite amaboko n’amaguru maremare kandi matoya, afite mu maso harambuye, afite igihagararo cyiza, agira mu maso hafite isheja n’igitsure ».

 

Uyu mwanditsi atubwiye neza uko abakoloni batekerezaga uko amoko asumbana n’uko babyadukanye mu Rwanda. Léon Délmas yabivuze ku buryo bwatuye ubwo yandikaga igitabo yise Généalogies de la noblesse (les Batutsi) du Rwanda, (Kabgayi, 1900-1950). Iyo nyito y’igitabo tuyihinduye mu Kinyarwanda twabyitwa : Ibisekuruza by’amoko y’imfura z’Abatutsi bo mu Rwanda. Iyo mvugo y’impimbano iduhamya ayo moko niyo yabaye igisasu cyatinze kikaduturikana kigasenya ubumwe bw’Abanyarwanda.

 

III.2.2 Uko Abahutu n’Abatutsi biswe abimukira

 

Tugere kuri cya kinyoma cyahimbye na John Hanning Speke.   Uwo mugabo niwe wavuze bwa mbere ibyerekeye inkomoko za ya matsinda atatu y’Abanyarwanda. Yanagize neza atumenyesha ko iby’izo nkomoko ariwe wabihimbye nta handi abikuye uretse ko wenda yanagereranyaga n’abaturage b’ibindi bihugu yari amaze gusura. Ikibabaje n’uko icyo kinyoma cye cyemewe n’abantu bose nta guhigima. Cyemeje ko Abatwa ari cyimeza mu ishyamba ryahoze muri iki gihugu. Bikaba bivuga rero ko aribo Banyarwanda b’ukuri, b’Abasangwabutaka. Abahutu, avuga ko bakomotse muri za Cadi na Kameruni mu bihe bya kera cyane. Nabo Abatutsi, avuga ko aribo bageze ino bwa nyuma, baturuka Etiyopiya. Agahamya ko aho bagereye mu Rwanda, bashoboye kwemeza Abahutu n’Abatwa kuyoboka ubutegetsi bwabo.

 

III.2.3 Uko abakoloni bakoresheje  icyo kinyoma cya Speke

 

Icyo kinyoma cya Speke, kubera amahano cyateye n’ukuntu abantu benshi bakemeye badahigima, gikeneye kuvuguruzwa ku buryo budasubirwaho. Tugiye kukivuguruza tubaza nyiracyo uko yagihimbye. Ibyo turabisanga mu gitabo kitwa Sociéte culture et histoire du Rwanda, T.II (Tervuren, 1987, urup.1534) cyanditswe na Marcel d’Hertefelt. Dore uko uyu mugabo abitubwira: « Mu mutwe wa cyenda w’igitabo cye kivuga uko yavumbuye isoko y’uruzi rwa Nili, Speke yivugira ko ariwe wahimbye imvugo yerekeye inkomoko y’Abahima. Abo bantu bakaba ubwoko bw’akataraboneka busangiye amaraso n’abandi bitwa Ababito, Abahinda n’Abatutsi. Abo Bahima bafite inkomoko imwe n’abitwa Abagala baturutse muri Etiyopiya. Abo bose tumaze kuvuga bakaba ari ikivange cy’amoko y’abitwa Abahamite bakomoka kuri Kami n’Abasemite bakomoka kuri Semi, ba bahungu ba Nohe.

 

Aho baviriye muri Etiyopiya baremye ingoma y’igihugu kinini cyane kitwa Kitara, cyaje kubyara utundi duhugu duto. Abo bantu barushaga ubwenge n’ubutwari rubanda rwari muri utwo duhugu bategekaga, rukabayoboka nta ngingimira ». Ku itariki ya 27 z’ukwezi kwa 4 1860, John-Hanning Speke yatangiye urungendo rwe rwa gatatu rwo gusura Afurika. Ageze i Karagwe, abona imisozi miremire ijimije mu bicu by’u Rwanda. Akubutse muri urwo rugendo, nibwo yanditse cya gitabo kerekeye isoko y’uruzi rwa Nili. Mu mutwe wa 9 w’icyo gitabo niwo wahinduwe mu gifaransa uba igitabo kihariye, kitwa Les sources du Nil (Paris, Hachette, 1864). Nk’uko tumaze kubyumva, Marcel d’Hertefelt amaze kutumenyesha ko ya mvugo y’uko Abatutsi bakomoka mu mahanga, yahimbwe na Speke. Ikibabaje n’uko Abakoloni bose bigijije nkana bagasa n’ababyemera hanyuma bakabikwiza ku isi hose. Ngukwo ukwo ihame ryemejwe ko Abatutsi ari Abanyetiyopiya kandi bakaba bamaze mu Rwanda igihe gito. Icyo bari bagamije kwari ukugirango babone uko nabo babita Abakoloni no kubima ubwigenge bw’u Rwanda. Icyo kinyoma Abakoloni bacyakiriye neza kuko cyabashyiraga igorora. Igitangaje n’uko batakemeye cyose, bakagumana agace kacyo kabashimisha, ibitabashimisha bakabyirengagiza. Ngukwo ukwo birengagije Abatwa muri ibyo bitekerezo byabo. Ni nako biyibagije ko Abahutu nabo bari barabise ba kavamahanga. Icyo bari bakeneye kwari uguhamya ko Abatutsi atari Abanyarwanda ko ahubwo nabo ari Abakoloni. Ngiyo intwaro babonye yo kwihimura Abategetsi b’Abatutsi bashakaga kubirukana mu gihugu. Mbere yo kugira icyo twongera ku byo tumaze kuvuga, twibutse ko icyo gitekerezo cy’uko hari udutsiko tw’Abanyarwanda baturutse hanze ntaho tubisanga mu mateka y’u Rwanda. Icyo tuzi twese n’uko muri Afurika yose, abaturage baho bagiye bimuka bajya mu mpande zose bashaka aharusha ahandi amaronko. Ku byerekeye u Rwanda, abimukira baho benshi, bahaje baturuka mu karere ka ruguru.

 

Urugero ni nk’iyo bavuga Abanyiginya. Mu mugani w’ibimanuka, havugwa ko baturutse ku ijuru. Uwo mugani utwumvisha ko mu by’ukuri baje baturuka mu karere ko haruguru y’u Rwanda. Ariko ku byerekeye abimukira ba kure cyane bitwa ko bavuye muri Cadi no muri Etiyopiya, icyo gitekerezo nta ho tugisanga mu mateka y’u Rwanda emwe habe no mu migani nk’iyo y’Ibimanuka. Naho iyo hageze igihe cyo gusobanura imitandukanire ya matsinda atatu y’Abavukarwanda, hari imigani yahimbiwe kubisonanura ibyerekeza ku bakurambere akomokaho. Muri iyo migani, tugiye kwibutsa umwe muri yo tubivuga mu magambo magufi.

 

Kera habayeho umugabo akagira abahungu batatu bitwa Gatwa, Gahutu na Gatutsi.

 

Umunsi umwe, Imana ishaka kumenya uwo izaha ubutware bw’uwo muryango. Iha buri mwana inkongoro yuzuye amata ibabwira Iti ejo mu gitondo nzaza kubabaza amata yanjye. Imana igitirimuka aho, Gatwa anywa ya mata, inkongoro ariranguza. Gahutu agumana amata ye ayafashe neza. Igicuku kinishye, ibitotsi biramuganza, icyansi kiramucika amata arameneka. Gatutsi afatira inkongoro ye mu mavi yombi yumana na yo. Mu gitondo Imana iza kureba amata yayo. Gatutsi wenyine ashyikiriza Imana ya mata icyansi kicyuzuye. Imana Iti urubanza murarwiciriye.

 

– Ngukwo ukwo Gatutsi yagizwe umutware wa bene nyina. Gatwa ategekwa na bene nyina bombi kubera ubusambo bwe. Nawe Gahutu kubera ubutwari buke bwo kunesha ibitotsi, ahabwa umwanya uri hagati ya bene nyina bombi.

 

     Birumvikana ko uwo mugani wahimbiwe kugirango ugaragaze aho ubusumwa bw’abo bavandimwe bwaturutse. Abanyarwanda ba kera ntibashakaga rero kumenya imitandikanire  y’ayo matsinda uko ari atatu mu nkomoko yabo y’ibihugu baturutsemwo cyangwa se abakurambere bakomokaho. Kubera ko bari bazi ko bava inda imwe, imitandukanire yabo biyumvishije ko ikomoka ku myifatire yabo.

 

 

 

III.2.4 Mu by’ukuri ayo matsinda y’Abanyarwanda

            atandukaniye he?

 

Ku Banyamahanga batazi neza Abanyarwanda, bashobora kubona ko hari amatsinda atatu adasa. Ibyo aribyo byose icyabatandukanya nticyaba mu rwego rw’ubwoko bwa kamere. Ntawe utazi ko igitandukanya abantu gishingiye ku mpamvu nyinshi. Zimwe ni izi:  Iya mbere ni  ibiribwa n’ibinyobwa byabareze, iya kabiri ni inkomoko y’igisekuru, iya gatatu ni imirimo bakora, iya kane ni akarere babamwo, n’ibindi. Mu Rwanda, kubera amata y’inka banywaga, Abatutsi bashoboraga kugira amagufwa y’amaboko n’ay’amaguru maremare. Nabo Abahutu, kubera ko birirwaga bahagaze bahinga, bashoboraga kugira amaguru n’amaboko bigufi kandi bibyibushye. Naho ibyerekeye inkomoko y’igisekuru, tuzi ko Abanyarwanda bose bakomoka mu miryango imwe. Nkuko tubizi kandi muri iyo miryango yose harimwo Abatwa, Abahutu, Abatutsi. Mu gitabo cye twavuze, Marcel d’Hertefelt arabitwereka neza. Dore igishushanyo mbonera kitwereka ukuntu imiryango yose y’Abanyarwanda ifite ya matsinda uko ari atatu ukuyemwo atagira Abatwa.

Izina ry’ubwoko    Abaturage       Hutu           Tutsi            Twa

01. Abanyiginya   25,09              23,02        36,58            15,54

  1. Abasinga 14,60 15,08         12,49               06,30
  2. Abazigaba 11,46 12,86          04,41              09,24
  3. Abagesera 11,04 11,94         06,36               24,79
  4. Abega 08,00 07,49         10,74                11,76
  5. Ababanda 06,69 07,64          01,65               18,48
  6. Abacyaba 06,46 06,64          05,74               02,52
  7. Abungura 05,84 06,84          00,76               03,36
  8. Abashambo 03,94 02,99           09,00               03,36

 

TOTAL              100,00              100,00        100,00           100,00

 

 

Iki gishushanyo mbonera cyakozwe n’umukoloni kigomba kuba kigaragaza ukuri kuko cyerekana ibyo Abakoloni basanzwe bahakana. Kirerekana uko Abanyarwanda ba kera bemezaga ko bakomoka ku bakurambere bamwe. Bikaba byerekana ko ya matsinda uko ari atatu atari amoko y’amaraso ahubwo ashingiye ku bukire bw’abayarimo. Ubu bushakashatsi rero buravuguruza cya kinyoma cyabaye ihame mu mvugo y’Abakoloni. Ku bazi amateka y’u Rwanda rwa kera, ayo moko yari ay’ubwenegihugu bw’abaturage bakomoka ku mukurambere umwe. Muri ayo moko ubwo tuzi neza kurusha ayandi ni ubw’Abanyiginya. Iki gishushanyo mbonera kiratugaragariza neza ko ubu bwoko bw’Abanyiginya aribwo bufite umubare munini kurusha ayandi. Tuzi kandi ko aribwo bwaremye ingoma ya nyuma bise u Rwanda ruhereye ku mwami warwo wa mbere witwaga Gihanga Ngomijana. Kuva kuri Kigeli I Mukobanya niho icyo gihugu cy’Abanyiginya cyatangiye kwigarurira ingoma z’amoko byari bituranye.  Andi moko yari afite ibihugu twibuka ni aya : 1°-Abasinga : Ubwo bwoko bukomoka ku mukurambere witwaga GASINGA bwari bufite igihugu muri aka karere kacu kirushije ubunini u Rwanda rw’ubu. Umwami wacyo wa mbere yitwaga Rurenge.

 

2°- Abazigaba: Ubwo bwoko bukomoka ku mukurambere witwaga KAZIGABA, bwategekaga igihugu kitwa Umubari cyari ahari ubu Icyanya cy’Akagera. 3°- Abagesera: Ubwo bwoko bukomoka ku mukurambere witwaga KAGESERA, bwategekaga igihugu n’ubu kikitwa Igisaka. 4°- Ababanda : Ubwo bwoko bukomoka ku mukurambere witwaga KIBANDA, bwategekaga igihugu kitwaga Nduga cyari mu gice cyo hagati y’u Rwanda rw’ubu. 5°-Abashambo: Ubwo bwoko bukomoka ku mukurambere witwaga MUSHAMBO, bwategekaga igihugu kitwaga Ndorwa cyari mu majyaruguru y’u Rwanda rw’ubu. Kwibutsa amateka y’ibyo bihugu byategekwaga n’amoko bidufasha kumva ukuntu buri bwoko bwabaga burimwo abakire n’abakene kandi bose bava indi imwe. Uko kutareshya kw’abavandimwe gushingiye ku bukire nibyo byabyaye ya mazina y’Abatwa n’Abahutu n’Abatutsi.

 

III.3 Impinduka y’Abakoloni

 

Aho abategetsi b’Abanyarwanda bibukiye gusaba ubwigenge bw’igihugu cyabo, Abakoloni nabo bibutse cya gitekerezo cy’uko Abatutsi ari Abavamahanga. Nibwo bagize bati reka tubereke uko intama zambarwa! Nibwo babafatiye ibyemezo bibiri bikaze. Icya mbere kiba icyo gutsimbura Abatutsi ku butegetsi bakabasimbuza Abategetsi b’Abahutu. Icyemezo cya kabiri kiba icyo kurema umutwe wa politiki y’ivangurabwoko bagirango izazane amacakubiri mu Banyarwanda.

 

III.3.1 Umugambi wo kwirukana Abatutsi  mu gihugu

 

   Bamaze kumvisha ko Abatutsi ari Abakoloni baje mu Rwanda mbere yabo, Abategetsi b’Ababirigi bafashe umugambi wo kubirukana mu gihugu mbere y’uko baha Abahutu ubwigenge bw’u Rwanda. Kugirango uwo mugambi ushoboke, bazanye umutegetsi w’akataraboneka bamugira Resida w’u Rwanda. Uwo mutegetsi w’icyaduka aba colonel Guy Logiest. Uwo mugabo, mu mezi make, yari amaze kunyaga Abategetsi b’Abatutsi bose no kubasimbuza Abategetsi b’Abahutu. Ibyo ndetse byateye umwuka mubi mu gihugu bituma imiryango myinshi y’Abatutsi ihungira mu mahanga. Mbere yo gukomeza iki gitekerezo reka tubanze twumve uko uwo mugabo Logiest abyivugira mu gitabo yise Mission au Rwanda (Bruxelles, 1988).  “Kugirango twumve ukuntu u Rwanda rwaje kuba u rw’Abahutu, ni ngombwa kumenya uko Colonel Logiest yari ameze (urup.6).

 

Kuva ku itariki ya 17 Ugushyingo 1959, uwo mutegetsi w’icyaduka akoranya ba Adiministrateri ba za teritwari zose abumvisha ko agiye guhindagura ubutegetsi bw’igihugu bari bamenyereye. Abamenyesha ko agiye kunyaga Abashefu n’Abasushefu b’Abatutsi bose akabasimbuza ab’Abahutu (urup.3). Umunsi umwe nagiye kwa Musenyeri Perraudin anyakirana ikinyabupfura cyinshi. Tumaze gushyikirana, anyumvisha ko bikenewe gukuraho akarengane kokamye rubanda rw’Abahutu no guhindura ubutegetsi bw’iki gihugu (urup.50). Icyo gihe hari hamaze no kuba umwuka mwiza ubereye Abahutu. Impamvu n’uko ubutegetsi bw’ababirigi n’ubwa Kiliziya Gaturika bwari bumaze kumva ko hageze ko ubutegetsi bw’igihugu bujya mu maboko y’Abahutu (urup.104). Muri Teritwari ya Gitarama niho imyivumbagatanyo y’Abahutu yatangiriye. Impamvu n’uko ariho byari biboroheye kuko hari muri Vikariyati ya Kabgayi ya Musenyeri Parraudin wari warumvise neza akarengane k’Abahutu (urup.107). Muri icyo gihe cy’invururu yakongeje, Resida Logiest anyaga Abategetsi b’Abatutsi bari basigaye, hafi ya bose (urup.108)”.

 

Ntako bisa kumva uyu mutegetsi w’ubukoloni atwibwirira ubwe ko ibyabaye mu 1959 muri iki gihugu ari igikorwa cye n’abamutumye. Birumvikana ko muri iri hindagurika ry’ubutegetsi bw’Ababiligi muri iki gihugu aribyo byatumye Abatutsi baba ibitambo by’ubwo butegetsi bwabo bubi. Twibuke ko Abategetsi b’Ababiligi bakiza, ubutegetsi bwari busangiwe n’Abanyarwanda bo mu miryango yose hanyuma bakabuharira abakomoka mu miryango mike y’Abatutsi. Aho abo batutsi bakiye ubwigenge bw’igihugu cyabo, nibwo bahinduwe ba nyirabayazana ya bwa butegetsi bubi bari barabageretseho. Biragaragara kandi ko iyo mihindagurikire y’Abakoloni atari impuhwe n’urukundo rw’Abahutu bibutse, ahubwo ko ari amayeri yo kwimana ubwigenge bw’igihugu. Abategetsi bashya b’Abahutu bakiranye amaboko yombi ubwo butegetsi bahawe n’abakoloni kandi bumva neza icyo babubahereye. Bahise bababwira ko ubwigenge bw’igihugu atari bwo basonzeye, ko icy’ibanze ari ukuronka demokarasi ibakiza ubutegetsi bw’Abatutsi. Ni nako byagenze kuko kuri Leta ya mbere yakurikiye ubwo bucuti bushyashya, Abazungu n’Abahutu bari bayifitemo imyamya ingana.

 

III.3.2 Ishingwa rya Parmehutu

 

Kugirango ubwo bucuti bw’Abahutu n’Abakoloni buzahoreho iteka, Abategetsi b’Ababiligi baremye ishyaka rya politiki ryitwa Parmehutu. Nkuko iyo nyito ibivuga, ryari rigenewe kwiharira ubutegetsi no kwinjirwamwo n’Abahutu gusa. Abategetsi b’Abakoloni barishinze Gerigori Kayibanda, mwene Rwamanywa rwa Rwabanyiga, wari waraje gutura mu Rwanda avuye iwabo I Bushi ho muri Congo y’ubu. Uwo Rwamanywa aho agereye mu Rwanda, yabaye umugaragu w’umutware Kanyemera bituma we n’umuryango we babona umwanya muri iki gihugu.  Kayibanda yari yararezwe mu iseminali. Aho ahaviriye aba umukarani wa Musenyeri Perraudin, umwepisikopi wa Diyosezi ya Kabgayi.  Ni naho ubucuti bw’abo bagabo bombi bwaviriye bwo gusangira gahunda yo kurenganura Abahutu. Iryo shyaka rya Parmehutu n’iryarisimbuye ariryo MRND, niyo yashinzwe umugambi wo guca Abanyarwanda mwo amoko abiri yitwa ko bamwe ari Abenegihugu abandi ari Abimukira. Ku batabizi, Juvenali Habyarimana nawe nka Kayibanda, yari Kavamahanga kuko ise Jean Batiste Ntibazirikana yakomokaga mu Bufumbira ho muri Uganda y’ubu. Aza mu Rwanda ari umuboyi w’Abapadiri baje gushinga Misiyoni ya Rwaza. Abo biswe amoko abiri azirana bari Abahutu n’Abatutsi. Nabo Abatwa, kubera umubare wabo muto n’intege nke zabo bamera nk’abatabaho. Ingaruka y’indengakamere yavuye muri iyo politiki y’amacakubiri ni rya shyano ryatuguyeho mu mwaka w’1994.

 

 

Nk’uko tubizi iryo shyano ryari ryaraje ryitoratoza kuva mu 1959. Abaribyaye bo bari bararyise ukwibohoza kw’Abahutu. Inyuma y’ayo mahano, Abakoloni b’ababirigi basubiye iwabo ariko imbuto y’inzangano basize babibye mu Rwanda iracyahari. Ikibabaje n’uko Abahutu n’Abatutsi bagipfa ikinyoma batamitswe n’umwanzi wabo bombi witwa umukoloni kandi ko batarumva ko ikibafitiye akamaro bose ari ukumenya ko ari bene Mugabumwe. Ubwo buvandimwe kandi, iyo urebye mu mateka y’igihugu, nta kintu na kimwe kibuvuguruza, kigaragaza ko Abanyarwanda ba kera bigeze bapfa ikintu cyerekeye amoko. Kuva ku mateka y’u Rwanda ahera mu kinyejana cya karindwi mbere y’ivuka rya Yezu, nk’uko ubushakashatsi bwerekeye “ibisigara-taka” bubitumenyesha, Abaturarwanda bose ari ababumbyi ari abahinzi ari n’aborozi babanye mu mahoro n’umutekano bitagira kidobya.  Amahane tuzi yabayeho yateranyaga abantu cyangwa imiryango yabaga ashingiye ku nyungu zabo bwite. Ku ngoma z’Abami, intambara y’Abahutu n’Abatutsi ntiyashobokaga kuko bose bari “rubanda rw’umwami” bivuga ko umwami yari umubyeyi wa bose.

 

 

 

 

 

 

  1. UMUSAYUKO

 

Muri ibyo byose tumaze kuvuga, dukuremwo imyanzuro ikurikira:

 

1°- Icy’ibanze ni ukwibutsa ibyo twamenyeshejwe n’ubushakashatsi bwerekeye ibyavumbuwe mu butaka bw’ibi bihugu by’u Rwanda n’u Burundi. Ubwo bushakashatsi bwerekana ko aka karere kacu gatuwe n’abantu kuva mu kinyejana cya 7 mbere y’ivuga rya Yezu. Bwerekana kandi ko kuva icyo gihe abaturage bako bari batunzwe ahanini n’imyuga itatu. Umwuga w’ubworozi bw’inka, ubuhinzi n’ububumbyi. Uretse iyo myuga uko ari itatu, bari bazi n’uw’ubucuzi bw’ibikoresho bari bakeneye mu mibereho yabo ya buri munsi. “Dukurikije ibyo tumenyeshwa n’ubwo bushakashatsi, bisa nk’aho ubwo bumenyi bwerekeye umwuga w’ubucuzi, n’ubwo bashobora kuba barabukuye ahandi, hari ibimenyetso byinshi byerekana ko aribo babwihangiye”. Ikigaragara n’uko byatinze hanyuma abatungwaga na ya myuga uko ari itatu bagahabwa ya mazina tuzi:  aborozi bakitwa Abatutsi, Abahinzi bakitwa  Abahutu, Ababumbyi bakitwa Abatwa. Aya mateka yavumbuwe mu butaka bwacu nta hantu ahuriye na bya bigenekerezo bya Speke by’uko Abanyarwanda bakomoka mu mahanga ukuyemwo Abatwa. Ubyitondeye ahubwo wasanga aborozi baratanze abahinzi muri iki gihugu maze inka zabo zikahatamurura ishyamba ryahahoze ziririsha (cf. Marie-Claude van Grunderbeek, et al., in Le premier âge du fer…, Butare, 1983, urup.46).

 

2°- Kuva ku iteka rya Resida Mortehan ryo mu mwaka w’1926 rishyiraho akarangamuntu niho ikimenyetso gihoraho cy’ubwoko bw’Abanyarwanda cyadutse.  Muri ako gatabo ka mbere kitwaga Ibuku kahawe “umunyarwanda w’umugabo, ufite amagara mazima”. Ntitwibagirwe ko icyarangaga ayo moko ari umubare w’inka cumi buri muntu yari atunze  cyangwa atagira. Mbere y’ako karangamuntu, umuntu wakomokaga mu Batutsi yashobaraga guhinduka umuhutu bitewe n’uko umuryango we wakennye. N’uwahoze ari umuhutu nawe yakira, abamukomokaho bakazaba Abatutsi. Icyo ni kimwe mu bimenyetso cyerekana ko ya matsinda atatu y’Abanyarwanda atari ubwoko bwa kamere ahubwo ari imvugo yadukanywe n’Abakoloni. Ikibabaje ariko ni uko Abanyarwanda hafi ya bose, ndetse n’abitwa ko bajijutse, bacyemera kandi bacyemeza icyo kinyoma cy’Abakoloni. Reka dutange urugero rw’abantu babiri b’ibirangirire ndetse umwe ari umututsi undi ari umuhutu. Uwa mbere ni Alexis Kagame, tuziho kuba umunyarwanda urusha abandi bose kumenya amateka gakondo y’u Rwanda. Nawe ariko yemeye nta shiti bya binyoma bibiri by’Abazungu. Icya mbere, nawe yemeza ko u Rwanda rutuwemwo n’amoko atatu ya kamere kandi atandukanye.

 

 

Icya kabiri, nanone yemeza ko Abatutsi bakomoka muri Etiyopiya. Igitangaza ni uko mu gihe cy’Abakoloni, abantu bose bari bararwaye ubwo buhumyi bw’amateka y’u Rwanda. Urugero rwa kabiri n’urw’amagambo ya Minisitiri Anastase Makuza yabwiye umunyamakuru wo muri Senema yitwa “Une République devenue folle”.

 

Ayo magambo ni aya: Kuva u Rwanda rukiba Rwanda, rutuwemwo n’abantu b’amoko atatu atandukanye. Hari Abahutu bangana na 85%, hakaba Abatutsi b’Abahamite bagera kuri 14% n’Abatwab’impunyu bagera kuri 1%. Uko amateka yacu atubwira, nyamuke y’Abatutsi igera kuri 14% gusa, yakolonije nyamwinshi y’Abahutu ari nabo, mu by’ukuri, twakwita Abanyarwanda nyakuri. Abo Batutsi bageretse ku Bahutu umuzigo w’ubukoloni bwabo urushije uburemere uw’i Burayi bwo gihe cy’Abami. Hashize igihe gike ariko Rubanda rw’Abahutu, rurangajwe imbere n’abasore babo bakutse amashuri ya Gikirisitu, rwabadutse nk’umuntu umwe maze rutangira intambara yo kwipakurura ubutegetsi bw’Abatutsi. Iyo ntambara niyo twe twise intambara ntagatifu”.   

 

3°- Kuva kuri Repubulika za mbere zombi zitegeka iki gihugu, ziyobowe na Parmehutu na MRND, zagenderaga kuri gahunda y’Abakoloni, Abahutu n’Abatutsi bahinduwe amoko atandukanye kandi azirana. Inkurikizi y’ibyo yabaye umugambi wo gukura Abatutsi bose kuri iyi si. Kugirango bigerweho, Abatutsi biswe inyangarwanda. Abayobozi b’Abahutu barabihagurukiye bakwiza imvugo n’ingiro ibitoza abaturage. Dore ingero zimwe z’abo Bashyushya-rugamba. Nimwumve amagambo Musenyeri Phocas Nikwigize, wahoze ari umwepisikopi wa Diyosezi ya Ruhengeli. Yayabwiye umunyamakuru w’umubiligi witwa Els de Temmermen, wandika mu kinyamakuru cy’Abafurama kitwa De Volkskrant, muri numero yo kuwa 26 Kamena 1995: “Umututsi ni indyadya, ni umunyakinyoma, mbese ni umugome muri kamere ye”.

 

Indi mvugo isa n’iyo, ni iya mwarimu Léon Mugesera yavugiye muri mitingi ya politiki yabereye ku Kabaya ku itariki ya 22 Ugushyingo 1992. Nimwiyumvire namwe : “Mperutse kubwira umututsi wari unyiraseho nti: ikosa twakoze muri 1959, ni uko twabaretse mugasohoka. Mubaza niba atarumvise inkuru y’aba-Falasha basubiye iwabo muri Israyeli bavuye muri Etiyopiya, ambwira ko atayizi. Jyewe ndakumeyesha ko iwanyu ari muri Etiyopiya. Kandi ndakumenyesha ko tuzabahasubiza tubanyujije mu nzira y’ubusamo ariyo Nyabarongo maze mukagerayo bwangu”.

 

4°- Kuva aho iyi Repubulika ya 3 yunamuriye iki igihugu, igakangura igicaniro cy’ubumwe bw’Abanyarwanda, tugomba kwibagirwa ya mateka y’u Rwanda yacuzwe n’Abakoloni, nk’uwibagirwa inzozi mbi yarose. Bitinde bitebuke, kandi Imana y’u Rwanda turi kumwe, Abanyarwanda tuzashyira dufatane urunana tureba mu cyoko kimwe maze uru Rwanda rwacu ruzongere rube igihugu gitemba amata n’ubuki.

 

 

Imana yabonye inka

 

Iki gisigo cyahimbwe n’umusizi Rukomo ku ngoma ya Mibambwe III Sentabyo mu kinyejana cya 18. Kirerekana ku buryo bwumvikana ko gutunga inka aribyo biha umuntu kuba umututsi.

 

  1. Zitera abantu ubwoko,
  2. Uwazitunze akaba Umututsi.
  3. Zironkwa n’Umuhutu,
  4. Akaba yabaye Umwega mu Rwanda,
  5. N’uwamunenaga akamutura umugeni.
  6. Nta mubi wazitunze,
  7. Zimara abantu impiza.

 

 

 

 

 

 

 

 

LE PROBLEME DES RACES AU RWANDA

 

 

Présentation

 

Ce 42ème numéro de notre revue présente une sorte de bilan. Nous allons signaler le chemin déjà parcouru pour ajouter ensuite une réflexion propre à ce numéro. En pressentant la fin du programme assigné à cette revue, nous voulons rappeler les trois étapes parcourues. La première étape comprend les 20 premiers numéros. Ces numéros visent la collaboration avec les principaux acteurs de la vie sociale, politique et religieuse de ce pays. La seconde étape comprend 13 numéros qui ciblent l’étude et la publication des poèmes historiographiques nommés Ibisigo. A ce groupe, s’ajoutent 6 numéros portant sur l’histoire et la culture du Rwanda dégagées de cet héritage poétique. La troisième étape à laquelle nous sommes parvenus essaie de faire une relecture critique de notre histoire manipulée par des écrivains du monde colonial. A ce propos, nous sommes présentement à la question du problème des races au Rwanda qui est l’un des points majeurs de cette manipulation. Dans le numéro précédent, nous avons porté notre critique sur la manipulation de notre héritage religieux à propos du changement du nom traditionnel d’Imana par celui de Mungu, nom exotique. Le numéro précédent ce dernier a présenté le document historique nommé Ubwiru = Rituel Royal. Le texte de ce document avait été publié par Marcel d’Hertefelt et André Coupez dans le livre intitulé la Royauté sacrée (Tervuren, 1964).

 

 

Ces auteurs avaient affirmé que leur texte était différent de celui d’Alexis Kagame. Cette affirmation était erronée aux yeux de tous ceux qui savaient bien que le texte officiel de ce document sacro-saint de la royauté n’était détenu que par Alexis Kagame. En effet, c’est sur les ordres du roi Mutara III Rudahigwa que les Détenteurs officiels de ce texte avaient été obligé de le lui dicter. Les lecteurs de ce livre se posaient alors la question de la valeur de cette version prétendue différente de celle d’Alexis Kagame connue comme l’unique originale. L’étonnement était d’autant plus grand que cette nouvelle version était découverte « miraculeusement 15 jours après la suppression de la monarchie du Rwanda ». Heureusement, en 1968, 4 ans après la publication de leur livre, ces auteurs avouent, pour des raisons que nous ignorons dans Africa-Tervuren (XIV, 4, p.117 et p.119) que leur version n’était rien moins qu’une copie du texte d’Alexis Kagame.

 

Dans notre numéro 40, intitulé Ubwiru comme philosophie politique, notre relecture critique portait sur deux points. Le premier consistait à faire connaître au grand public cette reconnaissance que le texte original est l’unique texte détenu par Alexis Kagame. Beaucoup ignoraient cet aveu. Ils restaient sur le choc produit par cette sorte de « vandalisme ». En effet, dire que ce texte leur a été transmis exactement 15 jours après l’abolition de la monarchie et que ce soit fait par un informateur tenu secret, cela semblait confirmer la rumeur selon laquelle ce texte avait été volé au palais royal de Nyanza par un Agent de la colonisation. Après la publication de cet aveu, l’authenticité de ce texte est assurée pour son contenu global. Quant à l’authenticité textuelle, elle constituait l’objectif de notre intervention critique. En effet, ce que les auteurs qualifient d’« écarts » consistent entre autres dans des  erreurs de compréhension et de traduction de bien des passages de ce texte. Notre contribution a consisté aussi dans une critique interne du texte en y introduisant des corrections de certains passages qui nous paraissaient erronés. La valeur de ces correctifs peut être appréciée par celui qui possède la version originale de Kagame. Malheureusement, nous ne l’avons toujours pas.

 

Le présent numéro garde et achève cette relecture critique des écrits sur l’histoire du Rwanda. Son objet précis est le problème des races au Rwanda. Nous allons essayer de montrer que ce problème est une pure création des écrivains occidentaux à la solde de l’administration coloniale. Nous montrerons que cette manipulation de notre histoire est la cause principale des malheurs qui nous sont advenus depuis 1959 pour atteindre leur sommet en 1994. A l’heure actuelle, dans un effort de redressement national, il faut dénoncer le mensonge politique qui se couvre d’une apparence scientifique de l’histoire du Rwanda made in europe. Il faut que les Rwandais refusent la tribalisation de leur peuple et réaffirment que le Rwanda est habité, au moins depuis le 7ème siècle avant Jésus Christ, par une seule race dont les membres vivaient principalement d’élevage, de culture et de céramique. Leur nom commun était Abanyarwanda réparti en 16 clans = amoko.

 

Etant donné que le Rwanda actuel a opté pour l’usage de trois langues officielles, cet article présente son texte en ces trois langues. Cette disposition facilite l’accès de tous les Rwandais à son message. Cependant, étant donné que le texte original est en français, nous rédigeons dans cette langue, tous les éléments qui ne font pas partis du contenu interne de cette réflexion. Il s’agit, par exemple, de la présentation générale de cet article ainsi que des éléments introductoires et conclusifs du numéro.

 

 

  1. INTRODUCTION

 

Cette question est devenue quasi insoluble à cause de sa dimension politique. En elle même, la question est simple. Elle devient problématique parce que aucune réponse ne plait à tout le monde. En effet, deux catégories de gens se situent face à face par rapport à cette question. Pour des intérêts politiques divergents, certains affirment qu’il n’y a qu’une seule race : celle des Rwandais. D’autres affirment qu’il y en a trois nommées Abatwa, Abahutu, Abatutsi. Actuellement, il existe un projet d’enseigner l’histoire du Rwanda corrigée et adaptée aux réalités présentes. La question des races devient alors un problème qu’on ne peut plus esquiver. Dans cette réflexion, nous allons tenter une réponse qui appelle tout naturellement des correctifs et des compléments. Nous allons développer ce sujet en 3 étapes.  Dans la première, nous parlerons du vocabulaire utilisé pour exprimer les éléments de cette question. Dans la deuxième étape, nous analyserons le sens du terme ubwoko appliqué à la population rwandaise. Dans la troisième étape, nous présenterons la dimension politique de ce problème des races au Rwanda.

 

 

  1. LE PROBLEME DU VOCABULAIRE

 

A propos de ce problème des races au Rwanda, une première difficulté provient du vocabulaire utilisé, aussi bien en Kinyarwanda qu’en langues étrangères, notamment le Français. La correspondance terminologique entre ces langues cause, en effet, un problème supplémentaire. Aussi, allons-nous examiner distinctement ce problème de vocabulaire dans ces deux langues.

 

 

 

I.1 Le vocabulaire en Kinyarwanda

 

Ubwoko est le terme rwandais qui correspond au vocable français  race. Ce sens exprime l’idée d’une nature spécifique. Voici quelques exemples selon différentes natures spécifiques : une orange, un lion, un chinois. Le critère de vérification de la différence des natures le plus simple est la reproduction. Les unités de même nature se reproduisent entre elles et non le contraire. Par exemple, deux moutons de sexe opposé engendrent un autre mouton. De la même façon, tous les humains de sexe opposé se reproduisent entre eux. Par contre, une chèvre et un mouton ne peuvent rien engendrer. Ultérieurement, nous verrons comment ce terme ubwoko acquiert une seconde signification lorsqu’il est appliqué à la population rwandaise.

 

I.2 Le vocabulaire en Français

 

La langue française ainsi que les autres langues européennes possèdent plusieurs vocables plus ou moins synonymes du terme race. Par exemple le mot ethnie. C’est à dessein que nous choisissons cet exemple du mot « ethnie » par ce qu’il a été utilisé au Rwanda comme l’équivalent du terme race à propos de la population rwandaise. Il faut noter que les deux termes ne sont pas équivalents. Le terme race désigne avant tout des individus de même espèce biologique alors que le mot ethnie indique des individus de même communauté culturelle. Le Dictionnaire Petit Larousse définit, en effet, l’ethnie comme: « un groupement humain dont l’unité repose sur une communauté de langue et de culture ». On voit bien que le terme ethnie ne désigne pas la communauté biologique. A propos de son usage au sujet de la population rwandaise, il était totalement inadéquat de parler de trois ethnies car tous les rwandais appartiennent à une même ethnie puisqu’ils ont une même culture et parlent la même langue. Nous verrons ultérieurement que le terme race est lui-même inadéquat comme nous venons de le suggérer par l’exemple donné ci-dessus. En effet, tous les humains appartiennent à une même race. Il en est ainsi, à forte raison, à propos des habitants d’un même pays.

 

  1. LE TERME UBWOKO APPLIQUE A LA POPULATION RWANDAISE

 

L’usage de ce terme appliqué à la population rwandaise se réfère actuellement à deux catégories d’utilisateurs. La première catégorie d’utilisateur est le peuple rwandais lui-même dans son usage traditionnel. La deuxième catégorie sont les Colonisateurs qui lui ont donné une nouvelle acception inventée. Expliquons-nous davantage.

 

II.1 Le sens traditionnel

 

Pour ce qui est du sens traditionnel, les Rwandais utilisaient ce terme pour désigner le groupe de personnes descendant d’un même ancêtre patrilinéaire ou plus simplement un agnat. Dans son livre Les clans du Rwanda ancien (Tervuren, 1971), Marcel d’Hertefelt en a inventorié 18. En réalité, il aurait dû se limiter au nombre de 16. En effet, le clan des Abanyiginya a été multiplié par 3 en comptant séparément 3 groupes qui le composent, à savoir : Abanyiginya, Abasindi, Abatsobe. Si l’on pose la question à un Rwandais qui est au courant de la tradition, quel est ton « ubwoko », la réponse sera la référence à l’un ou à l’autre de ces groupes agnatiques. Personne ne pensera à dire : je suis Twa, Hutu ou Tutsi.

 

 

II.2 La terminologie coloniale

 

Pour ce qui est de l’usage colonial de ce terme, nous venons de dire que ce terme ubwoko a reçu un sens inventé par ces Etrangers qui ignoraient ou déformaient volontairement le sens traditionnel. Ils lui ont donné purement et simplement le sens de race en l’appliquant aux trois groupes sociaux de Rwandais.  C’est ainsi que tous les premiers ouvrages écrits par les Etrangers sur l’histoire du Rwanda commencent par l’affirmation que le Rwanda est habité par trois races. Vers la fin de la colonisation, ce mot race a été remplacé par celui de l’ethnie, sans doute pour atténuer la rudesse du premier. Cependant, malgré le sens obvie de ce dernier terme, qui est purement culturel, on l’a fait synonyme de race en lui donnant une dimension biologique.

 

II.3 Que signifie au juste les trois noms de la population

rwandaise ?

 

Une première observation s’impose. Le Kinyarwanda ne possède pas un nom commun pour désigner les trois groupes. La seule dénomination générale est qu’ils sont tous nommés Abanya-Rwanda. Cette absence de nom spécifique commun signifie sûrement quelque chose. Il indique que les trois noms ne visent pas une catégorie biologique mais plutôt un état ou un conditionnement social mobile. Ceux qui sont au courant de la tradition savent que ces trois noms désignent des catégories professionnelles. Les Hutu étaient le groupe des cultivateurs =  Abahinzi, les Tutsi étaient le groupe des éleveurs de bovidés = Aborozi,  les Twa étaient le groupe des céramistes = Ababumbyi. Vu l’importance considérable de ces métiers dans le Rwanda ancien, ces noms indiquaient les trois catégories sociales par rapport à la richesse. Ainsi, les Tutsi étaient la classe des riches parce que la vache constituait la grande richesse du pays. Les Hutu constituaient la classe moyenne quant à la richesse, c’est pourquoi elle est la plus nombreuse.

 

Quant aux Twa, ils formaient la classe des pauvres. Bien entendu, la ligne de démarcation entre ces trois groupes était perméable en ce sens que les individus pouvaient l’affranchir dans un sens comme dans l’autre selon que la fortune les souriait ou les abandonnait. Par exemple, un descendant d’une famille de Hutu pouvait devenir tutsi après avoir acquis un grand nombre de vaches et occupé une place importante dans la hiérarchie sociale. L’inverse était possible aussi. Par exemple les descendants d’un Tutsi appauvri se mariaient dans des familles de Hutu et devenaient eux-mêmes hutu. Oubliant la théorie coloniale selon laquelle ces trois groupes sont des races biologiquement différentes, l’Administration coloniale s’est contredite lorsqu’il s’agissait de créer le carnet d’identité des citoyens.  En effet, comme nous allons le voir, elle s’est basée sur le critère  de possession de vaches.

 

III. LA DIMENSION POLITIQUE DU PROBLEME DES

       RACES AU RWANDA  

 

Beaucoup de pays sont habités par plusieurs races. Cette pluralité ne constitue aucun problème. Bien au contraire, elle est une richesse de complémentarité. Au Rwanda il existe trois groupes sociaux professionnels dont on vient de citer les noms. La coexistence de ces trois groupes n’a manifesté aucun problème particulier durant les siècles de la période pré-coloniale. Elle est devenue problématique à cause de sa manipulation politique par la colonisation belge. Cette manipulation vient de trois causes : le gouvernement indirect de l’administration coloniale, la revendication de l’indépendance du Rwanda par les autorités indigènes, le changement d’alliances de l’administration coloniale avec les autorités indigènes et ses conséquences sous les deux premières Républiques.

 

 III.1 Le gouvernement indirect   

 

Le système de gouvernement tutélaire belge était Indirect en ce sens que les Autorités coloniales entendaient diriger le pays par les Autorités indigènes interposées. Pour ce faire, elles ont choisi les membres de quelques grandes familles de Tutsi habitués à l’exercice du pouvoir traditionnel. A ce petit groupe, elles ont confiés le monopole du pouvoir des Agents auxiliaires des Autorités belges. Malheureusement, à cette occasion, elles ont supprimés toutes les autres structures du pouvoir traditionnel. C’est ainsi qu’ont été déposées toutes les Autorités issues des familles des Tutsi modestes, toutes les autorités hutu et twa. Alexis Kagame, notre grand témoin de la tradition,  rapporte qu’à cette occasion, 40 sous-chefs Twa ont été déposés (A.H., Butare, 1975, p.187).

 

Comme beaucoup actuellement risque de mettre en doute cette information, voici cette liste :

 

  1. Mahenehene 11. Mvuzarubango 21. Nyiragatuntu            31. Mpisuka
  2. Rubango 12. Nyirakinazi 22. Buyenge                  32. Bageshi
  3. Kabare 13. Muhunyeri       23. Gicunatiro                33. Nyaminani
  4. Cyizihira 14. Sebishwi 24. Rukaburacumu        34. Sembuba
  5. Buskete 15. Rwasimitana 25.  Mitsindo                 35. Gashambara
  6. Ntacyabukura 16. Ntundabusheke 26. Gashi 36. Kanyamakwe
  7. Karibushi 17. Semutungo 27. Ntacyabukura           37. Nturo
  8. Bikumbura 18. Ntama 28. Rwangiyehe              38. Rwabineza
  9. Nyiramugore 19. Gatuka   29. Kanyamuhango        39. Semukama
  10. Kanyana 20. Gasirabo 30. Ruhigira                    40. Mutoni

 

Cette réforme administrative attribuée au Résident Mortehan, a été effectuée à partir de 1926. C’est après celle-ci que l’administration a imposé à chaque homme adulte et valide le port d’un livret d’identité individuel. Ce carnet d’identité devait mentionner la race du porteur : Hutu, Tutsi, Twa.

 

III.2 La revendication de l’indépendance du Rwanda par les autorités indigènes

 

La collaboration entre les autorités coloniales et le petit groupe de Tutsi auraient pu  continuer indéfiniment. Malheureusement, l’heure de la décolonisation des pays africains a fini par sonner. Le Rwanda n’est pas resté les bras croisés.

 

A sa tête, le Mwami Mutara III Rudahigwa, appuyé  par les autorités indigènes, a revendiqué haut et fort le Recouvrement de la souveraineté de son pays. Ce que voyant, les autorités coloniales ont crié à l’ingratitude. Elles se sont dit : nous ne partirons pas de ce pays avant vous car entre colonisateurs, vous étés arrivés avant nous. Décidée à ne pas se laisser faire, l’autorité belge a eu le recours à deux  théories : la vieille théorie de l’inégalité des races et la nouvelle théorie de l’extranéité des deux grands groupes d’habitants, théorie inventée par l’explorateur britannique John-Hanning SPEKE.

 

 

III.2.1 La théorie des races

 

Parlons d’abord de cette théorie des races en général. Dans les anciennes cultures des nations, il existait une conception selon laquelle toute l’humanité est subdivisée en trois races : les Noirs, les Jaunes et les Blancs.  Dans la Bible, l’histoire des trois fils de Noé semble se référer à cette théorie. Cham, qui a péché contre son père, serait l’ancêtre des Noirs Sem, le deuxième fils de Noé, serait l’ancêtre des Jaunes. Japhet, le troisième, serait l’ancêtre des Blancs. Ces trois catégories sont classées sur une échelle de valeur. A l’échelon supérieur est située la classe des nobles. Dans les doctrines racistes d’inspiration nazie, cette race des nobles désignait « la  race blanche », des descendants de Japhet. A l’échelon intermédiaire est située la classe de la noblesse moyenne ou des roturiers désignant la race des Jaunes, descendants de Sem. Au bas de l’échelle est située la  race des Noirs, qui seraient les descendants de Cham, signifiant une classe d’une « humanité à peine dégrossie » ou sauvage. C’est cette théorie que les Colonialistes ont transportée au Rwanda et appliquée à nos trois groupes sociaux, faisant ainsi des Tutsi les nobles, des Hutu les roturiers et des Twa les sauvages.

 

 

Il est évident que l’application de cette théorie de l’inégalité des races à notre population constitue le fond de la zizanie actuelle entre les Rwandais. Ceux-ci ont malheureusement acceptés et assimilés cette théorie qui leur a été inculquée, les Tutsi avec fierté, les Hutu avec humiliation. Voici maintenant quelques citations qui appliquent cette théorie de l’inégalité à notre  population.

 

-Du Twa, Louis de Lacger écrit : « le Mutwa atteint, en moyenne, 1,59 m. Il est de tête courte, nez plat et écrasé, lèvres épaisses et proéminentes, bouche largement fendue, épaules carrées, membres mal proportionnés au tronc, poitrine velue, aspect général disgracieux et vulgaire » (Le Rwanda ancien, Kabgayi, 1959, p.45).

 

-Du Hutu, le même Auteur écrit : « le Muhutu, atteint, en moyenne, 1,67m.  Il est le type le plus commun et le plus général du noir. Il est de coloration très foncée de la peau, à des cheveux frisés, il est brachycéphale et prognathe, a un nez écrasé et des lèvres épaisses, a une belle proportion des membres » (Ibidem, p.49).

 

– Du Tutsi, Idem écrit : « le Mututsi est de haute taille, atteignant la moyenne de 1,79 m et dépassant de deux mètres chez quelques géants, minces de corps, aux membres longs et grêles, de traits réguliers, de port noble, graves et hautains » (Ibidem, p. 56).

 

Cet Auteur montre à souhait la conception du monde colonial en appliquant la théorie de l’inégalité des races à notre population. Léon Délmas est plus explicite encore lorsqu’il intitule son livre les Généalogies de la noblesse (les Batutsi) du Rwanda, Kabgayi, 1900-1950. Ce credo colonial imposait à nos populations est la bombe à retardement qui a cassé progressivement l’unité nationale.

 

III.2.2  La théorie de l’extranéité  

 

Arrivons maintenant à la théorie inventée par Speke. Cet explorateur est le premier pour parler de l’origine des Tutsi. Il a avoué lui-même qu’il est le créateur de cette théorie, sans doute en comparant la population rwandaise à celle des pays visités. Toujours est il que la théorie de l’extranéité des deux grands groupes, acceptée presque par tout le monde, assigne à nos populations les origines suivantes : Les Twa seraient une création spontanée de la forêt qui, naguère, couvrait cette région où se trouve le Rwanda. Ils sont donc les vrais indigènes du pays (Abasangwabutaka). Les Hutu seraient venus des régions du Tchad et du Cameroun à des périodes très lointaines. Les Tutsi seraient, enfin, les derniers à s’installer au Rwanda à partir de leurs origines éthiopiennes. Arrivés au Rwanda, ils auraient réussi à imposer leur hégémonie aux deux groupes trouvés sur les lieux.

 

III.2.3 L’application de la théorie de l’extranéité à la 

            population rwandaise par la Tutelle belge

 

Cette référence à cette théorie coloniale, vu ses conséquences catastrophiques et sa naïve acceptation par les Rwandais, mérite une information supplémentaire et autorisée qui en constitue un démenti.  Pour ce faire, nous allons citer le Livre Société culture et histoire du Rwanda, T.II (Tervuren, 1987, p.1534), par M.d’Hertefelt. Voici le passage qui concerne notre propos. Cet Auteur nous dit : « Speke consacre le neuvième chapitre de son ouvrage Journal of the discovery of the source of the Nile (1863) à une théorie personnelle sur l’origine des Hima, race remarquable à laquelle il rattache aussi les Bito, les Hinda et les Tutsi. Les Hima partagent avec les Galla une origine éthiopienne commune, mi-sémitique, mi-hamitique ; s’étant détachés de la souche éthiopienne, ils ont fondé le royaume de Kitara, maintenant morcelé en une série d’autres Etats ; supérieurs quant à leur courage et à leur intelligence aux populations conquises, ils les dominent facilement » (citations et références d’après la traduction française, 3e édition, 1881).

 

Le 27 avril 1860, John-Hanning Speke a entrepris sa troisième expédition en Afrique. Arrivé au Karagwe, il aperçut de hautes cimes coniques (Ibirunga) situées dans le Rwanda. C’est après ce voyage qu’il a rédigé son journal sur la source du Nil. C’est donc le chapitre neuf de ce Journal qui a été publié en Français sous le titre  Les sources du Nil (Paris, Hachette, 1864). Marcel d’Hertefelt vient de nous signaler, à juste titre, que l’origine étrangère des Tutsi de notre pays est une théorie personnelle inventée par Speke. Il fut le premier à avancer cette théorie et il fut, malheureusement, cru et répété par tous les auteurs du monde colonial. C’est cette invention, devenue une vérité  dogmatique, qui fut utilisé par la Tutelle belge pour affirmer que les Tutsi sont venus de l’Ethiopie à une date récente aux fins de les traiter de colonisateurs et de leur refuser l’Indépendance du Rwanda.

 

Cette théorie fut donc la bienvenue pour les Autorités belges. Toutefois, elles ont gardé de celle-ci, ce qui les intéressait et oubliait ce qui gênait leurs projets. C’est ainsi qu’elles ont ignoré totalement l’existence du groupe des Twa. C’est ainsi également qu’elles ont oublié ce qu’elles avaient affirmé concernant l’origine étrangère des Hutu. Le but final était d’affirmer que seuls les Tutsi sont d’origine étrangère et donc colonisateurs. C’est l’argument massue que l’administration belge adressait aux Autorités tutsi qui voulaient les chasser du pays. Avant de poursuivre notre réflexion, faisons remarquer que cette théorie de l’extranéité de ces deux groupes est totalement ignorée par la tradition rwandaise. Une chose sûr est que les mouvements migratoires sont un fait indéniable pour toute l’Afrique. Les populations n’ont jamais cessé leurs déplacements dans tous les sens géographiques à la recherche d’un mieux-être. Pour le cas du Rwanda, la plus part des mouvements migratoires venaient du Nord. Par exemple la dynastie des Abanyiginya, légendairement supposée venir du ciel, comme le donne à penser le mythe des Ibimanuka, venaient du Nord.

 

 

Mais quand il s’agit des origines très lointaines comme celles du Tchad pour les Hutu et de l’Ethiopie pour les Tutsi, la tradition est totalement muette. Elle n’en parle même pas dans les légendes comme celles des Ibimanuka. Bien au contraire, quand il s’agit d’expliquer la différence entre ces trois groupes, la tradition légendaire en donne une explication morale. Nous avons plusieurs contes qui sont similaires à celui que nous allons résumer en ces termes :

 

   -Jadis, il y avait un homme qui avait trois enfants dont les noms étaient Gatwa, Gahutu, Gatutsi.

 

  –Un beau jourImana voulut éprouver leur fidélité pour savoir à qui il allait confier le pouvoir sur leur famille. Il donna à chacun un pot rempli de lait. Il leur dit : demain matin, je viendrai chercher mon lait. Quelques heures après le départ d’Imana, Gatwa but son lait. Durant la nuit, gagné par le sommeil, Gahutu renversa son lait. Quant à Gatutsi, il garda son lait intact. Le lendemain matin, Imana vint chercher ses trois pots. Comme nous le savons déjà, seul Gatutsi put remettre son lait intact à Imana. Suivant le comportement de ces trois frères, Imana leur assigna la place sociale hiérarchique conforme à leur propre comportement.

 

Voilà pourquoi Gatutsi fut établi chef de ses frères. Gatwa devint serviteur de ses deux frères à cause de sa gourmandise. Quant à Gahutu, à cause de son manque de courage à vaincre le sommeil, fut placé au rang intermédiaire entre ses deux frères.

 

Ce conte, on le voit bien, tente d’expliquer la différence entre ces trois catégories de la société rwandaise. Ainsi donc, les Rwandais de jadis ne cherchaient pas la différence de ces trois groupes ni dans leur origine géographique étrangère, ni dans leur origine généalogique puisqu’ils étaient supposés être des frères, mais dans leur différence de comportement.

 

III.2.4 Quel est le critère de différenciation entre les trois

            groupes sociaux de la population rwandaise ?  

 

Qu’il y ait une différence apparente entre ces trois groupes, cela est possible pour les étrangers. Mais cette différence est si superficielle qu’elle ne devrait pas faire croire à l’existence d’une différence raciale. Tout le monde sait, tout de même, que la différence physique entre des individus dépend de beaucoup de choses. Elle dépend spécialement des éléments suivants : l’alimentation, l’hérédité, les exercices physiques, environnement,  etc. Au Rwanda, les éleveurs tutsi pouvaient avoir une taille très élancée à cause de la consommation de lait qui développe les os des bras et des jambes. Les Hutu, dont le métier consistait à passer des journées à cultiver, pouvaient développer une musculature robuste et courte. Quant à l’hérédité, on sait que tous les habitants du pays étaient regroupés en 16 clans ou cognats, donc descendants des mêmes ancêtres patrilinéaires. C’est ainsi que chaque clan possède, en son sein, des familles appartenant aux trois catégories. Le livre de Marcel d’Hertefelt nous en donne la preuve. Voici un petit tableau qui indique la composition des grands clans qui ont les trois groupes en laissant de coté ceux qui n’ont pas le groupe des Twa :

Noms des clans    Population         Hutu         Tutsi           Twa

01. Nyiginya            25,09              23,02       36,58          15,54

  1. Singa 14,60 15,08         12,49            06,30
  2. Zigaaba 11,46 12,86         04,41            09,24
  3. Gesera 11,04 11,94         06,36            24,79
  4. Eega 08,00 07,49         10,74            11,76
  5. Baanda 06,69 07,64         01,65            18,48
  6. Cyaaba 06,46 06,64         05,74            02,52
  7. Uungura 05,84 06,84         00,76            03,36
  8. Shaambo 03,94 02,99         09,00            03,36

TOTAL                      100,00               100,00      100,00          100,00

 

Ce tableau d’une enquête effectué par un auteur du monde colonial doit être crédible. Il montre que tous les Rwandais se considéraient comme descendants des mêmes ancêtres patrilinéaires. Ce qui signifie que leur triple catégorisation ne relève pas du critère biologique, puisqu’ils sont supposés descendre des mêmes ancêtres, par conséquent d’une même race. Cet argument constitue un démenti fragrant du dogme colonial de trois races.

 

Pour qui connaît l’histoire du Rwanda ancien, il apparaît que ces clans correspondent aux anciens royaumes claniques qui se sont succédés sur le territoire du Rwanda actuel. Le clan des Abanyiginya, le plus nombreux sur ce tableau, a formé, comme on le sait, une dynastie qui a présidé au dernier royaume du Rwanda dont le premier roi fut Gihanga Ngomijana. C’est ce royaume qui, à partir de Kigeli I Mukobanya, a débuté le programme d’intégration des autres royaumes claniques voisins. Rappelons les noms de certains de ces royaumes claniques dont les monarques n’étaient rien d’autres que les chefs patriarcaux de leurs cognats respectifs. 1°- Abasinga : Ce clan, supposé descendre de l’ancêtre éponyme GASINGA,  gouvernait un pays dont le territoire débordait largement  les limites du Rwanda actuel. Le créateur de ce royaume se nommait Rurenge.

 

2°- Abazigaba : Ce clan dont l’ancêtre éponyme s’appelait KAZIGABA gouvernait le pays nommé le Mubari dont une grande partie est couverte actuellement par le Parc National de l’Akagera. 3°- Abagesera : Ce clan dont l’ancêtre éponyme s’appelait KAGESERA, régnait sur le pays nommé jusqu’à aujourd’hui le Gisaka. 4°- Ababanda : Ce clan dont l’ancêtre éponyme s’appelait KIBANDA, régnait sur un immense pays nommé le Nduga dont le territoire couvrait le centre du Rwanda actuel.  5°-Abashambo : Ce clan dont l’ancêtre éponyme s’appelait MUSHAMBO, régnait sur le pays nommé le Ndorwa dont le territoire se situait au Nord du Rwanda actuelle. Le rappel de ces royaumes claniques permet de comprendre comment, au sein des mêmes clans, ils puissent y avoir des clivages basés sur le critère de richesse. Nous arrivons ainsi à l’existence des trois classes sociales nommées Abatwa, Abahutu, Abatutsi.

 

III. 3 Le changement d’alliances

 

Utilisant la théorie de l’origine étrangère des Tutsi qui demandaient l’Indépendance du pays, les Autorités belges ont eu une riposte énergique et décidée. Celle-ci a pris deux formes. La première fut de chasser les Tutsi du pouvoir et de les remplacer par des Hutu. La deuxième fut de créer un parti politique raciste qui effectuera la déchirure du tissu social des Rwandais.

 

III.3.1 Il fallait chasser les Tutsi du pouvoir

 

Après avoir affirmé que la colonisation des Tutsi est antérieure à la leur, ils ont décidé de les bouter hors du Rwanda avant l’Indépendance de celui-ci qu’ils entendaient laisser aux mains des Hutu. Pour ce faire, ils ont mis à la tête du pays un Résident spécial avec plein pouvoir pour assurer cette opération. Le colonel Guy Logiest fut l’homme de la situation. En quelques mois, il déposa toutes les autorités tutsi, les remplaça par des Hutu et poussa un grand nombre de familles des Tutsi à chercher refuge à l’étranger. Avant de poursuivre cette idée, voici quelques citations de son livre intitulé Mission au Rwanda (Bruxelles, 1988) dans lequel G. Logiest témoigne de son action au Rwanda.

 

« … pour comprendre pourquoi il y a un Rwanda hutu, il faut comprendre le Colonel Logiest (p.6). Dès le 17 novembre 1959, ce pur néophyte en politique rwandaise, réunit les Administrateurs de territoire et décide d’assurer l’avenir du Rwanda en renversant d’un seul coup, brutalement, la politique traditionnelle menée par la Tutelle belge depuis les origines : à la place des chefs et des sous-chefs tutsi, il décide de nommer systématiquement, en masse, des Hutu (p.3). Je me rendis à l’évêché où Mgr Perraudin me reçu très aimablement. Il me fit comprendre en termes mesurés, qu’il fallait réparer les injustices dont les Hutu étaient constamment les victimes et que des changements s’avéraient nécessaires dans l’organisation politique du pays (p.50). Les circonstances n’étaient cependant pas défavorables aux Hutu. La Tutelle et l’Eglise leur donnaient une chance de s’imposer (p.104). Quant à Gitarama, c’est là que débuta la jacquerie et que se situait le vicariat apostolique de Kabgayi qui avait, dans une large mesure, épousé la cause hutu (p.107). Le Résident spécial décida de profiter de la situation créée par les troubles pour « débarquer » du moins partiellement, sinon complètement, la hiérarchie tutsi (p.108) ».              

 

Ces quelques citations glanées ici et là dans ce livre, suffisent pour montrer que les profonds changements politiques advenus au Rwanda en 1959, sont l’œuvre de la Tutelle belge. On voit bien que le Tutsi a été le bouc émissaire des injustices créées par la politique belge du  « gouvernement indirect belge » qui avait mis le pouvoir exclusif dans les mains d’un groupe des Tutsi en excluant toutes les Autorités hutu. On voit également que ce changement d’alliances n’est pas une conversion brusque à l’amour des Hutu mais simplement le refus de donner l’indépendance du pays. Les nouvelles Autorités hutu ont dû proclamer leur renoncement à l’Indépendance immédiate du pays. Ce qui les intéressait avant tout, était d’être débarrassé de l’oppression du pouvoir tutsi. C’est ainsi que dans le premier Gouvernement, dit Provisoire, après l’exclusion des Autorités tutsi, les Ministres en furent à égalité des Belges et des Hutu.

 

III.3.2 La création du Parmehutu

 

Pour pérenniser l’alliance entre les Hutu et les Belges, la Tutelle créa le Parti politique nommé le Parmehutu. Comme son appellation le précise, ce Parti était destiné à gouverner seul le pays et à n’accueillir que des Hutu dans son sein.

 

 

L’Administration belge le confia à Grégoire Kayibanda, fils de Rwamanywa, celui-ci fils de Rwabanyiga,  un immigrant du Bushi dans l’actuelle Congo Démocratique. Arrivé au Rwanda, ce Rwamanywa devint le serviteur du chef Kanyemera qui reprit en charge ainsi que sa famille. Kayibanda était un ancien séminariste et secrétaire personnel de Mgr André Perraudin, évêque de Kabgayi. C’est ce lien entre ces deux hommes qui les a poussé à militer ensemble pour la même cause en faveur des Hutu. C’est ce Parti ainsi que son successeur le MRND de Juvénal Habyarimana, qui eurent la mission de diviser la population en deux blocs des soi-disant « natifs » et « étrangers ». Pour ceux qui ne le savent pas, Juvénal Habyarimana, comme Kayibanda du reste, était fils d’un immigrant nommé Jean Baptiste Ntibazirikana. Il était venu du Bufumbira, dans l’actuel Uganda, comme cuisinier des Pères Blancs qui venaient fonder la Mission de Rwaza. Ces deux blocs englobaient d’un coté les Hutu et de l’autre les Tutsi. Les Twa furent considérés comme partie négligeable dans cette stratégie. Par l’ironie du sort, ce sont justement ces deux Présidents d’origine étrangère récente qui furent chargés de diviser la population en deux blocs et de chasser les Tutsi supposés être des étrangers. La conséquence finale la plus amère de cette politique divisionniste fut le Génocide de 1994 qui avait commencé officiellement en 1959 par ce que ses auteurs ont nommé la révolution sociale des Hutu. Après cette catastrophe nationale, la Tutelle belge a cessé mais la cassure entre les Hutu et les Tutsi perdure. Jusques à quand ces deux groupes  comprendront-ils qu’ils ont été tous victimes d’un ennemi commun et que leur intérêt est de redécouvrir l’unité nationale ? Cette unité nationale, antérieure à la colonisation, est un fait qu’aucun souvenir ne peut contredire.  Toute l’histoire millénaire de cœxistence entre ces deux groupes, connue depuis le septième siècle av. J.-C., comme nous le disent les archéologues, a été empreinte d’une harmonie sans bavure.

 

 

Les luttes connues dans le passé mettaient aux prises des individus ou des familles pour leurs intérêts particuliers. Mais, de mémoire d’homme, on n’a jamais entendu parler  de  lutte entre les Hutu et les Tutsi durant la période monarchique.

 

  1. CONCLUSION

  

De cette réflexion mise dans son contexte historique global, tirons une conclusion qui met en  exergue les données suivantes :

 

1°- Les fouilles archéologiques pratiquées au Rwanda et au Burundi attestent que cette région est habitée depuis, au moins, le 7ème siècle av. J.-C. La population, qui s’y trouvait, tirait sa subsistance des produits de trois métiers : l’élevage de bovidés, l’agriculture et la céramique. En plus de ces trois métiers, la population connaissait la métallurgie du fer pour fabriquer divers instruments nécessaires à ces trois métiers. « Ces peuples, commente l’Auteur que nous citons, auraient pu être initiés à la métallurgie du fer au cours de leurs migrations mais la fréquence des datations très anciennes que l’on possède actuellement pour la région des Grands Lacs autorise à supposer qu’ils auraient pu l’acquérir d’eux-mêmes ». De toute évidence, la tradition orale a fini par donner à ces trois groupes de professionnels le nom de Tutsi aux éleveurs, celui de Hutu aux agriculteurs et celui de Twa aux potiers. Ces révélations archéologiques sont loin de nous orienter vers la fameuse théorie de l’extranéité inventée par J.-H. Speke. Elles donnent plutôt à penser que pour défricher cette région, qui était couverte de forêt, la vache aurait  précédé la houe  (cf. Marie-Claude van Grunderbeek, et al., in Le premier âge du fer au Rwanda et au Burundi archéologie et environnement, Butare, 1983, p.46).

 

2°- C’est depuis la réforme administrative de 1926, attribuée au Résident Mortehan, que l’identité raciale de la population rwandaise est fixée immuablement dans le carnet d’identité (Ibuku) imposé à chaque homme adulte et valide (H.A.V.).

 

 

On se souvient que cette répartition raciale se référait au nombre de vaches  possédées par chaque homme. Avant la création de ce carnet d’identité, la répartition de la population en ces trois groupes était mobile selon la richesse et le pouvoir politique des individus qui pouvaient changer.  La conception selon laquelle les trois groupes de Rwandais sont des races différentes au sens biologique est d’importation coloniale comme on vient de le voir. Malheureusement, tous les Rwandais, et non des moindres, continuent à croire ou à faire croire à ce mensonge colonial. Donnons un exemple de deux personnes de notoriété internationale, l’un du tutsi et l’autre du hutu. Le premier est Alexis Kagame, le meilleur témoin de notre tradition, mais qui a accepté sans la moindre critique, la double erreur des écrivains occidentaux. En effet, il affirme dans ces écrits, que les trois groupes de Rwandais sont de vraies races différentes au sens proprement scientifique. Il affirme également que les Tutsi sont d’origine éthiopienne. A l’époque coloniale, cette myopie historique avait atteint presque tout le monde. Le second exemple est celui du Ministre Anastase Makuza. Celui-ci a affirmé dans un film documentaire intitulé  « Une République devenue folle » : Depuis l’existence du Rwanda, il existe un peuple, peuple rwandais, qui est composé de trois races distinctes : la race hutu qui comprend les 85% de la population, la race tutsi d’origine hamitique, qui comprend 14% de la population et la race pygmoïde qui comprend un peu plus d’1% de la population. Or il se fait qu’au cours de notre histoire, la population tutsi, la minorité de 14% de la population, a dominé l’immense majorité qu’on peut appeler en réalité le véritable peuple rwandais. Elle a fait peser sur lui tout le poids d’une féodalité aussi farouche, si pas plus farouche, que la féodalité du Moyen-Age européen.  Jusqu’à tout dernièrement en 1959, le peuple hutu, guidé par des leaders sortis des écoles chrétiennes, s’est levé comme un seul homme et a commencé la révolution que nous appelons nous autres la révolution sacrée ».

 

 

3°-Durant le règne des deux premières Républiques colonialo-Parmehutu-MRND, les Hutu et les Tutsi ont été considérés non seulement comme des races différentes mais aussi comme incompatibles. La conséquence fut la décision d’éliminer physiquement les Tutsi par le Génocide.

 

Pour ce faire, il fallait les transformer en ennemis du pays. Les leaders hutu s’en sont chargés en lançant des mots d’ordre appropriés. En voici deux exemples. Mgr Phocas Nikwigize, ancien évêque de Ruhengeri  a pu déclaré au journaliste Els de Temmermen, du Journal flamand De Volkskrant, du 26 juin 1995, ce qui suit : « Le Mututsi est rusé, hypocrite et mauvais de nature ». Le second exemple est le discours du professeur Léon Mugesera, dans un meeting politique tenu à Kabaya, le 22 novembre 1992. A cette occasion, il a prononcé les paroles suivantes : « Il y a quelques temps, j’ai dit à un Tutsi qui se présentait à moi avec leur fierté habituelle, ce qui suit : L’erreur que nous avons commise en 1959 est que nous vous avons laissés sortir du pays. Je lui ai demandé : Connais-tu l’histoire des Falashas qui sont retournés chez eux en Israël en provenance de l’Ethiopie ? La réponse fut négative. J’ai alors ajouté : je te fais connaître que la Patrie des Tutsi est l’Ethiopie. Nous allons les rapatrier par le chemin le plus court, à savoir, le cours de la Nyabarongo » !

 

4°-Sous la mouvante de la 3ème République, qui a su retrouver la boussole de l’unité nationale, nous devons considérer l’histoire du Rwanda made in Europe comme un cauchemar à oublier définitivement. Avec le temps et avec la bénédiction d’ Imana qui protège le Rwanda, nous réussirons à regarder ensemble dans la même direction pour créer une société sereine et prospère.

 

 

 

 

 

Imana qui a crée la vache

 

 

Par le poète Rukomo sous Mibambwe III Sentabyo au 18ème siècle.  Ce poème indique clairement que c’est la vache qui donne à son possesseur  l’identité sociale de Tutsi.

 

  1. Ce sont les vaches qui donnent aux hommes

leur identité raciale,

  1. Ainsi, celui qui les possède devient un Tutsi.
  2. Si un Hutu les reçoit,
  3. Il devient un Umwega, i.e. un membre du clan riche en bovidé.
  4. En conséquence, celui qui le dédaignait

lui offre la main de sa fille.

  1. Celui qui les possède est au dessus du rang des indigents,
  2. Ce sont elles qui mettent les gens à l’abri de la pauvreté.

 

 

 

 

 

 

THE PROBLEM OF RACES IN RWANDA

 

 

Présentation

 

This issue number 42 of our review Cahiers Lumière et Société presents a kind of sum-up. We are going to show the path we have followed before we add a new subject relating to this issue. While presenting the end of a long program that was assigned to this review, let us recall the three stages already covered. The first stage comprised of the first 20 issues of our periodical. Those issues aimed at the collaboration with the main actors of the social, political and religious life of this country. The second stage comprised of 13 issues that specifically targeted the study and publication of    “history-telling poems” named Ibisigo. To this group we added 6 issues on the history and culture of Rwanda derived from this invaluable poetic inheritance. The third stage that we have reached recently tries to make a critical re-reading of our history manipulated by the writers of the colonial world. To this effect, we are now tackling the problem of races in Rwanda which is one of the major points of this manipulation. In the previous issue of this review, we carried out a sharp criticism on the manipulation of our religious inheritance concerning the change of our traditional name of God, Imana, by that of Mungu, an exotic name! The preceding issue to this last one presented our precious historic document named Ubwiru = The Royal Ritual.

 

The text of this document had been published by Marcel d’Hertefelt and André Coupez in their book entitled “La Royauté sacrée de l’ancien Rwanda” (Tervuren, 1964). These authors had affirmed that their text was different from the one of Alexis Kagame. This affirmation was erroneous to the eyes of those who knew well that the official text of this sacrosanct document of our royalty was only entrusted to Alexis Kagame. Indeed, it is on orders of King Mutara III Rudahigwa that the official Holders of this text had been obliged to dictate it to him. Readers of the said book were then questioning the value of this supposed version that is different from the one of Alexis Kagame known as the uniquely original. The astonishment was even much bigger as this new version was “miraculously discovered 15 days after the suppression of monarchy in Rwanda”. Fortunately, in 1968, 4 years after the publication of the book, the same authors confessed, for reasons that we ignore so far in Africa-Tervuren (XIV, 4, p.117 and p.119) that their version was nothing less than a copy of the text of Alexis Kagame.

 

In our issue number 40 entitled Ubwiru As a Political Philosophy, our critical re-reading was made on two points. The first consisted in informing the vast public of this recognition that the original text is the unique text held by Alexis Kagame. A lot of people were unaware of this confession. They simply remained shocked by this sort of “vandalism”! Indeed, to say that this text has been transmitted to them precisely 15 days after the abolition of the monarchy and that this was made by a secret informant, all this seemed to confirm the rumor according to which this text had been stolen from the royal palace of Nyanza by an agent of the colonialists. After the publication of this confession the authenticity of this text was now assured for its global content.

 

As for its textual authenticity, this constituted exactly the objective of our critical intervention. Indeed, what the authors qualified as “gaps” consisted among others of failures to understand and translate many passages of this text. Our contribution also consisted of an internal critique of the text by introducing certain passage corrections that appeared to us erroneous. The value of these corrections can be appreciated by the one who possesses the original version of Kagame. Unfortunately, we don’t have such an individual!

 

The present issue keeps and finalizes this critical re-reading of writings on the history of Rwanda. Its specific subject is The Problem of Races in Rwanda. We are going to try to show that this problem is a pure creation of western writers under the pay of the colonial administration. We will show that this manipulation of our history is the main reason for the misfortunes that occurred since 1959 and reached their climax in 1994. Today, in a national redress effort, it is necessary to denounce this political lie that disguises itself in a scientific semblance of the Rwanda history made in Europe. It is high time that Rwandans refuse their people’s tribalisation and reaffirm that Rwanda has been inhabited, at least since the 7th century before Jesus Christ, by only one race whose members lived mainly on cattle-raising, agriculture and ceramics. Their common name was Abanyarwanda shared in 16 clans = amoko.

 

Since the present Rwandan government opted for the use of three official languages, this article will be presented in those three languages. This way, it will allow for all Rwandans the access to its message. However, since the original text is in French, we shall write in this language all the elements that are not part of the internal content of this reflection. Here we mean, for instance, the general presentation of this article as well as the introductory and conclusive elements of this issue.

 

  1. INTRODUCTION

 

The question of knowing whether there are ‘races’ in Rwanda or not has become almost insoluble because of its political dimension. As it stands, the question itself is however simple. It only becomes problematic because it has no satisfactory answer that can please everyone. Indeed, two categories of people find themselves face-to-face in relation to this question. Due to diverging political interests, some people affirm that there is only one race: that of Rwandans. Others argue that there are rather three races, namely the Twa, the Hutu and the Tutsi. Currently, there is a project of teaching the history of Rwanda to the growing generations, a history that is undistorted and adapted to the present realities. The issue of races in Rwanda becomes therefore a problem that can no longer be avoided. In this reflection, I shall attempt to provide an answer which naturally calls for some corrections and complements. To do so, I am going to develop this topic in three stages.  In the first stage, I shall examine the terminology used to express the core elements of that question. In the second stage, I shall analyze the meaning of the term ubwoko applied to the Rwandan population. In the third stage, I will present the political dimension of this problem of races in Rwanda.

 

  1. THE PROBLEM OF TERMINOLOGY

 

When you deal with this problem of races in Rwanda, the first difficulty arises from the used term in Kinyarwanda as well as in foreign languages, notably the French. The terminological correspondence between these languages creates, indeed, a supplementary problem. Thus, let us closely examine this problem of terminology in these two languages.

 

I.1 The Kinyarwanda Terminology

 

Ubwoko is the Rwandan term which corresponds to the French term race. Its meaning expresses the idea of having a specific nature. Here are some examples illustrating different specific natures: an orange, a lion, a Chinese. The simplest criterion to verify the difference in nature is reproduction. Elements of the same nature can reproduce between themselves; which is impossible between those of different natures. For instance, two sheep of opposite sex can generate another. In the same way, all humans of opposite sex reproduce between themselves. On the contrary, a goat and a sheep cannot generate anything. Subsequently, we will see how the term ubwoko came to acquire a second meaning when it was applied to the Rwandan people.

 

 I.2 The French Terminology.

 

The French language as well as other European languages possess several terms that are more or less synonymous with the term race. The example is the word ethnic group. I deliberately choose this example of the term « ethnic group » because it was also utilized in Rwanda as the equivalent of “race” to refer to the Rwandan people. At this juncture, it is worthy noting that the two terms are not equivalent. The term race signifies, first of all, individuals of the same biological species, whereas the word ethnic group indicates individuals of the same cultural background.

 

The French Dictionary ‘LE PETIT LAROUSSE’ defines, indeed, the term ‘ethnic group’ as: « a human grouping whose unity of community rests on the same language and culture ». Here, it is clearly visible that the term ‘ethnic group’ does not refer to the biological unity between individuals.

 

As for its use on the Rwandan people, it was totally inadequate to speak of three ethnic groups since all Rwandans have one culture and speak the same language; thus belong to the same ethnic group. We shall see after that the term race is itself inadequate as we have just shown by the above given example. Indeed, all humans belong to the same human race. The same applies even more to inhabitants of the same country.

 

  1. THE TERM UBWOKO APPLIED TO THE RWANDAN

      PEOPLE

 

The use of this term applied to the Rwandan population currently refers to two categories of users. The first category of users is the Rwandan people itself in its traditional use. The second category of users is made up of colonizers who gave it a new meaning that they simply invented or constructed. I shall elaborate more on what I mean by that invention.

 

II.1 The traditional meaning

 

When you analyze its traditional meaning, you realize that Rwandans used this term ubwoko to designate a group of people descending from the same patrilineal ancestor or simply a clan. In his book Les clans du Rwanda ancien (Tervuren, 1971), Marcel d’Hertefelt listed out eighteen (18) clans. In reality, he should have limited their number to sixteen (16) because he multiplied the clan of Abanyiginya by 3 by separately counting 3 groups that compose it, namely: Abanyiginya, Abasindi, Abatsobe. If one were to ask a question to a Rwandan who is informed of our tradition, which « ubwoko » do you belong to, the answer will be the reference to one or the other of these clans or agnatic groups. No one would answer: I am a Twa, Hutu or Tutsi.

 

II.2 The Colonial Terminology

 

As for its colonial use, we have just said that the term ubwoko got a meaning constructed by those foreigners who ignored or voluntarily distorted its traditional meaning. They purely and simply gave it the meaning of race when applying it to the three social groups of Rwandans.  This is how all the first writings published by foreigners on the history of Rwandan start with the ‘assertion’ that Rwanda is inhabited by three races. Towards the end of colonization, this word race was replaced by another, that of ‘ethnic group’, doubtlessly to mitigate the uncouthness of the first. However, despite the obvious meaning of this last term, which is merely cultural, it has been made synonymous with race by giving it a biological dimension.

 

II.3 What is then the true meaning of the three names 

        designating the Rwandan people?

 

One observation imposes itself. The Kinyarwanda language does not have a common noun to designate the three social groups. The only common denomination is that they are all called Abanya-Rwanda (=Rwandans). This absence of a specific common noun surely means something. It means that the three names do not refer to a biological category of people but rather to a state of being or a mobile social condition. Those who are conversant with our tradition know that these three nouns refer to professional categories of traditional Rwandans. The Hutu referred to a group of land farmers = Abahinzi, the Tutsi to the group of cattle-herders = Aborozi, while the Twa indicated the group of professionals in ceramics and pottery = Ababumbyi. Given the considerable importance of those trades or professions in traditional Rwanda, and the amount of income they were generating, those three names came also to denote the three social categories of people in terms of wealth.

 

Thus, the Tutsi formed the class of the rich just because wealth was measured in terms of the amount of cows one possessed. The Hutu formed the middle-class which constituted the majority of the population in those times. As for the Twa, they formed the class of the poor, just because their profession was the least remunerating compared to land-farming and cattle-rearing. Of course, the demarcating line between these three groups was permeable in the sense that many individuals could cross it up or down depending on their fortune. For example, a fortunate descendant from a Hutu family could become a Tutsi after having acquired a great number of cows and hence occupied an important place within the social hierarchy. This upward change of class and social status (kwihutura) could be the result of individual effort, donations of cows through Ubuhake (cattle clientism) or from other benefactors, or through an appointment by the King to an important position of command (which would usually be followed by many offers of cows by subordinates seeking leadership favours =kurabukira umutware). The case of Busyete and his descendants, Abasyete, enriched by King Cyilima II Rujugira, is a well-known classic example of this social mobility upwards. The reverse was also possible. For instance the descendants of a poor tutsi family would normally get married to women from the hutu families and become Hutu themselves since “Birds of a feather flock together !” This setback (gukena) could be the result of simple misfortune, dispossession or even confiscation of cows by one’s patron (kunyagwa) or by foreign aggressors in war, or even as a result of famine or cattle epidemics like rinderpest.

 

Forgetting the colonial theory according to which the three social groups of Rwandans were races that are biologically distinct, the Belgian Colonial Administration contradicted itself when it was creating an identity card for Rwandan citizens.  Indeed, as we shall see after, the same administration based its argument on the criterion of cow possession only.

 

 

III. THE POLITICAL DIMENSION OF THE PROBLEM OF

       RACES IN RWANDA  

 

A lot of countries are inhabited by several races or nationalities. This plurality does no cause any problem. Instead, it constitutes an invaluable source of richness through complementarity. In Rwanda, there exist three socio-professional groups whose names have just been mentioned. The coexistence of these three groups did not show any special problem throughout many centuries of the pre-colonial period. It has become problematic because of its political manipulation by the Belgian colonial rule. Three reasons explain this manipulation: the so-called indirect rule of the colonial administration, the demand for independence of Rwanda by indigenous authorities (i.e. nationals), the change of alliances by the Belgian colonial administration with indigenous authorities and its consequences under the first two Republics.

 

 

  III.1 Indirect Rule

 

The system of the Belgian tutelary government was indirect in the sense that the colonial authorities were to rule the country through interposed indigenous authorities. To do so, they chose members of some aristocratic Tutsi families familiar with the exercise of traditional power. To this small group of persons, they confided the monopoly of power as auxiliaries of the belgian authorities. Unfortunately, by the same occasion, they suppressed all the other structures of traditional power. This is how all the local authorities descending from modest Tutsi families were also deposed, along with other Hutu and Twa authorities. Alexis Kagame, the great scholar of our tradition, reports that by the same occasion, 40 Twa Sub-chiefs were laid off (Un abrégé de l’Histoire, Butare, 1975, p.187).

 

Since many people are nowadays likely to doubt the veracity of this information, let us see the list:

 

  1. Mahenehene 11. Mvuzarubango 21. Nyiragatuntu       31. Mpisuka
  2. Rubango 12. Nyirakinazi 22. Buyenge              32. Bageshi
  3. Kabare 13. Muhunyeri 23. Gicunatiro           33 Nyaminani
  4. Cyizihira 14. Sebishwi 24. Rukaburacumu    34.Sembuba
  5. Buskete 15. Rwasimitana 25. Mitsindo              35. Gashambara
  6. Ntacyabukura16. Ntundabusheke 26. Gashi 36. Kanyamakwe
  7. Karibushi 17. Semutungo 27. Ntacyabukura       37. Nturo
  8. Bikumbura 18. Ntama 28. Rwangiyehe          38. Rwabineza
  9. Nyiramugore 19. Gatuka 29. Kanyamuhango 39. Semukama
  10. Kanyana 20. Gasirabo 30. Ruhigira               40. Mutoni

 

This so-called administrative reform attributed to one Resident Mortehan, was carried out since 1926. It is towards the end of this reform that the belgian administration imposed to every adult and able-bodied Rwandan to carry with him an individual identity booklet. The same ID had to mention the ‘race’ of its bearer: Hutu, Tutsi, or Twa.

 

III.2 The demand for independence of Rwanda by national

         authorities

 

The collaboration between colonial authorities and the small group of Tutsis in power could have continued indefinitely. Unfortunately, the time of independence for African countries finally came. Rwanda was among the first to claim for independence. Taking the lead, King Mutara III Rudahigwa, backed by national authorities, strongly agitated for independence of his country. Faced with that implacable agitation from within, the colonial authorities quickly saw it as a sign of sheer ingratitude. They quickly resolved: we won’t leave this country before you (the Tutsi) since you are also colonizers, who even came first.

 

 

Determined not to give up at all costs, the belgian administration resorted to two theories: the old theory of racial inequality and the new theory of extraneity (i.e. of foreign origin) of the two main groups of inhabitants, a theory invented by the British explorer John-Hanning Speke.

 

III.2.1 The theory of races inequality

 

Let us first talk about this theory of races. In the old cultures of some nations there was a conception according to which all the humanity is subdivided in three races: The Black, the Yellow and the White.  In the Bible, the story of Noah’s three sons seems to refer to that theory. Cham, who sinned against his father, would be the ancestor of the Black. Sem, Noah’s second son, would be the ancestor of the Yellow. Japhet, the third, was believed to be the ancestor of the White. These three categories of people are classified on a scale of value and ranked in hierarchy. To the superior echelon is situated the class of nobles. In the racist doctrines of Nazi inspiration, this race of nobles designated « the White race », the descendants of Japhet. To the intermediate echelon is situated the class of the middle nobility or commoners designating the race of the Yellow, descendants of Sem. To the lowest level of the scale is situated the Black race, said to be the descendants of Cham, meaning a class of the « half-baked humans» or savages. It is this theory that the colonialists transported to Rwanda and applied to our three social groups, thus making of all the Tutsi ‘nobles’, of the Hutu ‘commoners’ and of the Twa ‘savages’.

 

It is obvious that the application of this theory of inequality of human races to our population constitutes the basis for the present discord between Rwandans. The latter unfortunately accepted and even assimilated this theory that has been instilled into them, the Tutsi with pride, the Hutu with humiliation! Here are now some quotes that apply this theory of inequality to our population.

 

 

– Of the Twa, Louis de Lacger writes: “the Mutwa reaches, on average, 1.59 m. He has a short head, flat and crushed nose, thick and prominent lips, extensively cleft mouth, squared shoulders, badly proportioned limbs on the trunk, hairy chest, ungainly and vulgar general aspect” (Le Rwanda ancien, Kabgayi, 1959, p.45).

 

– Of the Hutu, the same Author writes: “the Muhutu reaches, on average, 1.67m. He is the type the more common and the most general of the Black type. He has a very dark coloration of the skin, curly hairs, brachcephalic and prognathous skull, a crushed nose and thick lips and with beautiful proportion of limbs” (Ibid, p.49).

 

– Of the Tutsi, Idem writes,: ” the Tutsi is of high size, reaching the average of 1.79 m and exceeding two meters for some giants, with a thin body, long and spindly limbs, with regular features, noble traits, serious and haughty “ (Ibid, p. 56).

 

This Author plainly shows how the colonial world was conceived and its theory on the inequality of human races applied to our population. Father Léon Delmas was even more explicit when he titled his book  Généalogies de la noblesse (les Batutsi) du Rwanda, Kabgayi, 1900-1950). This coloni